Menu
Test dvd

La Piste des géants

DVD - Région 2
Opening
Parution : 1 / 3 / 2011

Image

Cette édition Opening possède l'énorme avantage, outre le fait de contenir un master restauré, de proposer la version large (au format "Grandeur") du célèbre western de Raoul Walsh. Le négatif 70 mm de La Piste des géants a été restauré au début des années 80 par le MoMa de New York puis transféré sur un négatif 35 mm anamorphosé (en Cinémascope). Après les Etats-Unis en 2008, c'est ainsi au tour de la France de présenter un DVD de la version panoramique originale. Léger bémol : la jaquette du DVD indique "123 mn" alors que la durée du film est en réalité de 115 mn...

Restaurée, l'image affiche une propreté exemplaire pour une production de cette époque. Les quelques micro rayures blanches qui apparaissent quelquefois ne sont jamais vraiment source de gêne visuelle, et la présence de quelques scènes plus abîmées par le temps n'occasionne pas ce grand écart qualitatif que l'on remarquait sur la version 4/3. De leur côté, les contrastes sont beaucoup mieux gérés que sur la version 4/3 du DVD FPE, même si on pourra trouver parfois des noirs un peu bouchés. La définition, quant à elle, est très satisfaisante ; les gros plans comme les formidables plans larges s'apprécient avec d'autant plus de confort et les détails de la réalisation prennent alors toute leur importance. La compression, bien que se caractérisant par une très légère instabilité, ne gâche pas le confort de visionnage avec un bel étagement des plans. Cela dit, sur un écran très large et particulièrement en vidéo projection, ces mouvances se font sentir. Mais on n'hésitera pas à dire que, compte tenu de l'âge du film et de la difficulté de la restauration, ce DVD offre une qualité d'image très belle et surtout inespérée.

Son

Sur le plan sonore, l'âge du film se fait plus remarquer. La bande-son est surtout axée sur les voix, qui ont une tonalité plutôt aigüe voire parfois stridente (la musique pâtit encore plus de ce phénomène). Les ambiances et les bruitages restent donc discrets même si leur présence est bien réelle. Cela dit, les dialogues restent suffisamment clairs dans leur majorité pour être bien compréhensibles. On échappe heureusement à une version française aux voix ridicules et aux ambiances sous-mixées ou même absentes. Il faut donc relativiser la qualité moyenne de cette piste sonore qui n'empêche absolument pas d'apprécier ce grand spectacle.

Suppléments

Contrairement au DVD de FPE qui ne proposait aucun complément de programme, nous avons ici droit à trois suppléments qui contribuent, avec la qualité technique de l'image, à faire de ce DVD l'édition "définitive" du classique de Raoul Walsh. On regrettera seulement une jaquette au visuel triste et décevant, alors que les affiches sont superbes, et une phrase d'accroche erronée ou maladroite sur son verso : « Le premier grand western de l'histoire du cinéma. » C'est par exemple faire peu de cas des westerns muets de John Ford, dont certains sont des chefs-d'œuvre du genre. On suppose que l'éditeur voulait préciser qu'il s'agissait du premier grand western du parlant, mais on ne lui en tiendra pas rigueur au vu de son travail éditorial.

Présentation du film par Patrick Brion - 11 mn 26
En plus de dix minutes, l'indispensable Patrick Brion nous vante les mérites de l'œuvre. La Piste des géants est justement présenté comme un film essentiel dans l'histoire du western, le premier du cinéma parlant avec Billy the Kid de King Vidor. Brion nous parle du contexte difficile de l'époque (la sous-estimation du genre western au temps du parlant, la Grande dépression, les contraintes techniques), de la singularité de ce film avec son format large "Grandeur" et ses multiples versions ou bien ses version parallèles disparues (espagnole, allemande, italienne et française). Le journaliste et critique rend également un hommage mérité à John Wayne, à son apport dans le film de Walsh et à son implication dans la réussite d'une trentaine de fleurons du genre. A ce sujet, il affirme que « l'histoire du western et l'histoire de John Wayne sont parallèles. » Chose qui ne semble pas évidente pour tout le monde manifestement. Enfin, Brion évoque trois points thématiques essentiels soulevés par La Piste des géants, en insistant particulièrement sur les thèmes du courage et de l'effort manifestés par les pionniers que l'art de Raoul Walsh sut parfaitement mettre en valeur. Voilà une introduction instructive et concise, comme se plaît à le faire Patrick Brion.

La Piste d'un géant - 44 mn 30
Ce documentaire est réalisé et présenté par Christophe Champclaux, historien du cinéma, et illustré par des extraits de films, de bandes-annonces et de photos. Champclaux entame son récit par l'historique du film de Raoul Walsh et de son ambition tant technique qu'artistique. Il aborde les phases du projet, de la production, du tournage, de sa sortie en salles et de son évolution par-delà les décennies. On y apprend entre autres quelques anecdotes intéressantes (c'est par l'entremise du cinéaste et du producteur que Marion "The Duke" Morrison devient John Wayne, ou encore le souci que manifeste Walsh pour l'authenticité de la reconstitution au point d'improviser la fameuse séquence de la descente des chariots effectuée sans aucuns trucages). Mais alors que l'on s'attend à un documentaire traitant exclusivement du film (même si Raoul Walsh est quasiment évacué du sujet traité...), on s'aperçoit qu'il s'attache surtout à mettre en exergue son acteur principal. Et l'on bifurque ainsi rapidement vers l'étude du cas John Wayne, de l'artiste et de l'homme. Les extraits fournis sont majoritairement tirés de The American West of John Ford (1971), film documentaire sur le réalisateur de Stagecoach, qui insistent sur la collaboration entre Wayne et son père spirituel. On est ainsi en présence d'images belles et émouvantes, mais on finit par s'interroger sur la pertinence d'un tel choix. Voir Wayne faire l'éloge de son ami et partenaire John Ford est certes touchant, mais quid de La Piste des géants et quid surtout de Raoul Walsh ? Bref, malgré les informations distillées, il s'avère difficile de se satisfaire totalement d'un tel supplément, d'autant que sa réalisation manque d'un minimum d'organisation, le réalisateur se contentant d'aligner les sujets et les thèmes sans un réel point de vue.

John Wayne, réalisateur - 27 mn 16
Ce documentaire fait partie d'une série nommée Les Maîtres du regard (Masters of the Silver Screen) créée par Christophe Champclaux. Proche dans la forme du supplément cité ci-dessus, il est narré par la voix off de Linda Tahir (productrice et réalisatrice au sein de la société Rose Night aux côtés de Champclaux) et illustré par des extraits de films, des bandes-annonces et des photographies. On y apprend que John Wayne avait depuis longtemps de velléités demetteur en scène, mais que de nombreuses contraintes l'ont poussé à retarder ses projets. Alamo, l'œuvre de sa vie, a ainsi mis 15 ans à se monter. Le documentaire base son récit autour du premier film que Wayne a mis officieusement en scène : le curieux Ange et le mauvais garçon (Angel and the Badman) avec la belle Gail Russel, signé par le scénariste James Edward Grant qui travailla sur les films du comédien jusqu'en 1966. Sont évoqués également divers proches et collaborateurs du Duke comme Archie Stout (directeur de la photo) et Yakima Canutt (chef cascadeur et réalisateur de 2nde équipe). Il nous est également affirmé que Wayne a aussi réalisé en sous-main Hondo de John Farrow (jusqu'à présent, il était connu qu'il en avait tourné de nombreuses séquences). On aurait apprécié de voir confirmer l'ensemble de ces propos, forts intéressants d'ailleurs, par des interviews de gens concernés. Mais le principal reproche que l'on se doit de faire à ce documentaire c'est qu'il survole son sujet. Ainsi les caractéristiques propres au travail de John Wayne réalisateur ne sont absolument pas abordées, Alamo est cité plusieurs fois sans faire preuve d'un minimum d'analyse et Les Bérets verts n'est même pas mentionné.

Par Ronny Chester - le 13 avril 2007

Partenariat