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Test dvd

Infidèlement vôtre

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 6 / 4 / 2004

Image

L’image proposée par ce DVD est un enchantement. Le master est d’une propreté quasi insolente pour un film de cette époque (la présence de rares points blancs, surtout en fin de film, est aisément excusable). La définition et les contrastes, de leur côté, sont excellents. On pourrait dire que la profondeur des noirs est un peu trop accentuée, mais ce serait vraiment pour chercher la petite bête. A noter toutefois la présence de quelques photogrammes altérés (56'57"), mais cette dégradation ne court que sur 2 ou 3 images. La compression est du même tonneau : exemplaire. Nous sommes donc réellement en présence d’une très belle restauration.

Son

Les voix et les ambiances de la piste sonore mono 1.0 sont parfaitement claires. De légers craquements sont néanmoins perceptibles sur toute la durée du film. Et quelques chuintements se font parfois sentir dans les voix, mais cela n’a rien de vraiment dommageable pour l’écoute. Les musiques sont parfaitement rendues dans leurs variations thématiques. On notera cependant un changement de couche un peu abrupt.

Suppléments

Le design choisi pour ce DVD démontre à sa manière que de jolis menus ne font pas automatiquement une belle jaquette, même si la volonté de proposer une esthétique cohérente est de mise pour cette édition. Les acheteurs décontenancés pourront toujours se débarrasser du fourreau cartonné et de son illustration de type Smoking / No Smoking pour tenir en main un boîtier amaray traditionnel orné d’une affiche du film (en anglais), Le menu principal est joliment animé avec des petites vignettes présentant les personnages principaux du film, et avec comme accompagnement sonore l’un des thèmes classiques joués par l’orchestre du film. Le menu des suppléments est fixe et sonorisé avec des dialogues de Infidèlement vôtre et reprend le même choix des vignettes cerclées pour donner accès aux bonus. Cette édition ne dispose pas de chapitrage et l’on devra jouer de la télécommande pour accéder aux dix segments découpant le film.

Les suppléments comportent :

Introduction de Terry Jones (13'48") : en fait plus qu’une introduction, il s’agit d’un véritable entretien avec l’un des célèbres membres de la troupe anglaise des Monty Python, grand amateur de l’auteur de Infidèlement vôtre. Jones nous parle du style de Preston Sturges, de sa gestion des rebondissements et de son habileté à mélanger les genres. Il évoque l’énergie des personnages et le rythme qu’ils imposent. Il aborde ensuite le thème du film : la jalousie maladive et la manière dont les hommes se perçoivent eux-mêmes au sein du couple. La gentillesse, la gaieté et la décontraction de Terry Jones font plaisir à voir et nous rend nostalgiques de ses frasques au sein des vénérables Monty Python.

Preston Sturges et la Screwball Comedy (20'02") : ce document co-produit par Carlotta est en fait une interview de Marc Cerisuelo, professeur d’université et écrivain de cinéma, grand connaisseur du cinéaste à qui il a consacré un livre, Preston Sturges ou le génie de l’Amérique (PUF, 2002). Illustré par des affiches et des photographies, ce document vient à point nommé pour faire connaissance avec Sturges et son univers. En premier lieu, Cerisuelo nous expose une courte biographie du scénariste/réalisateur (ses multiples activités, sa carrière théâtrale, son entrée à Hollywood au moment du passage au parlant, sa réussite en tant que premier scénariste passé à la réalisation, son départ de la Paramount pour une association courte et problématique avec Howard Hughes et sa relation avec Zanuck à la Fox). Il aborde ensuite les traits caractéristiques des films de Sturges, et particulièrement de Infidèlement vôtre, son apport à la comédie américaine dont il est l’un des grands créateurs, et son travail avec sa troupe de comédiens (la Stock Company). L’entretien se termine par l’évocation des influences de Preston Sturges sur des cinéastes comme Frank Tashlin et Blake Edwards (au niveau de la "cartoonisation" de la mise en scène) et, plus récemment, sur des artistes comme les Monty Python et surtout les frères Coen (dont O Brother, Where Art Thou (2000) est un hommage direct au film Les voyages de Sullivan de Sturges). Voilà un document fort instructif qui permet de lever un voile sur un cinéaste toujours peu connu malgré une reconnaissance tardive au début des années 80 aux Etats-Unis.

Analyse d’un fantasme (9'32") : Marc Cerisuelo se livre à une brève analyse du dispositif choisi par Sturges pour amener les fantasmes au sein du film et de leur répartition dans le temps de la narration. L’utilisation des différentes musiques est également abordée. Ce document trop court tourne malheureusement un peu à la paraphrase de l’image.

Fidèlement vôtre, Preston Sturges vu par sa femme Sandy Sturges (24'40") : au cours de cet entretien, la veuve du cinéaste nous conte diverses anecdotes personnelles (sa rencontre avec Sturges, son mariage précipité, etc.) avant d’évoquer ses méthodes de travail et les conditions de production de Infidèlement vôtre (on apprend, par exemple, que le rôle du chef d’orchestre était destiné à James Mason, un acteur trop peu connu à l’époque). Un film très personnel au regard du réalisateur (Sandy Sturges affirme même que le personnage de Alfred De Carter était Preston Sturges tout craché). On apprend aussi que l’amitié avec Darryl Zanuck n’empêchait pas les tensions lors du tournage (les célèbres mémos du producteur finissaient par peser sur la concentration du réalisateur) et que ce dernier eut la maîtrise totale du montage (15mn supplémentaires furent coupées). Ce document bienvenu apporte un éclairage intime fort intéressant sur la vie et l’œuvre du cinéaste américain.

L’éditeur Carlotta Films fournit également un jeu de 5 photos cartonnées en noir et blanc du plus bel effet. Cette belle édition a vraiment de quoi contenter les cinéphiles les plus exigeants.

Par Ronny Chester - le 1 avril 2004