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Test dvd

Coffret Yasujiro Ozu Volume 2

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 6 / 2 / 2007

Image

Rappelons une fois encore qu'éditer du cinéma japonais antérieur aux années 60 signifie le plus souvent chercher en vain du matériel dans un état de conservation admissible. Carlotta a néanmoins choisi de nous offrir des oeuvres rares. La copie de Chœur de Tokyo est jalonnée de tâches et de griffures, et un certain nombre de plans est envahi par les moisissures, il apparaît clairement que le matériel de départ devait être dans un état irrécupérable. Pour le reste, l’image manque de contraste, mais la définition reste acceptable. On fera à peu près le même constat pour Une Auberge à Tokyo : une copie bien tachée et griffée, aux blancs brûlés, sans doute déjà touchée par la décomposition. Toutefois, compte tenu de l'état de conservation du film, la définition reste acceptable, et on peut penser qu'il était difficile d'atteindre un meilleur résultat. Les choses s’arrangent très nettement avec Eté Précoce, présenté dans une belle copie très bien restaurée – ne subsistent que quelques lignes verticales. La définition est globalement satisfaisante, et les contrastes très corrects. Toutefois, les légères instabilités ponctuelles du master donnent du fil à retordre à l’encodage – chose rare chez l’éditeur – et on peut observer quelques fugitives pertes de définition. Les copies de Le Goût du Riz au Thé Vert et Printemps Précoce ont également bénéficié d’une restauration impressionnante, ne laissant pratiquement aucune impureté à l’écran ; les contrastes ne sont peut-être pas assez poussés, mais la définition est le plus souvent satisfaisante, même si l’on observe quelques manques de netteté dans certains plans d’ensemble. Les masters présentent de ponctuelles variations de luminosité et quelques brèves instabilités, mais qui ne gêneront pas le spectateur. En résumé, si l’on excepte les deux premiers films - il faudra se montrer indulgent pour découvrir ces raretés -, Carlotta nous offre un coffret qui devrait satisfaire les amateurs d’Ozu, pour peu qu’ils gardent à l’esprit les difficultés à trouver du matériel en bonne état concernant les films japonais antérieurs aux années 60. Une fois encore, pas de miracle, mais une restitution globalement satisfaisante.

Son

Chœur de Tokyo est présenté dans sa version d’origine, donc muet sans accompagnement musical. En revanche, Une Auberge à Tokyo bénéficie d’une bande-son mono où subsistent des craquements, mais rien de grave. Eté Précoce : mono très légèrement étouffé mais correct. Quant à Le Goût du Riz au Thé Vert et Printemps Précoce, ils sont présentés dans un mono de bonne qualité, net et intelligible.
Test technique de Franck Suzanne

Suppléments

J’ai été diplômé, mais… (10 mn) : Les vestiges d’un film perdu d’Ozu sur un jeune homme fraîchement diplômé ne trouvant pas d’emploi. A partir des quelques minutes retrouvées de ce film, on arrive pourtant miraculeusement à s’attacher aux personnages d’autant plus qu’à l’aide d’intertitres nous racontant les passages manquants, on se trouve devant une histoire totalement cohérente ; nous avons eu l’impression de voir un court métrage dans son intégralité, des séquences de début et de fin ayant été retrouvées. Un véritable trésor.

Voyage dans le cinéma : Été précoce (15 mn) et Le goût du saké (15 mn) : Ces deux petits documents d’un quart d’heure chacun font partie d’une série de documentaires japonais sur le retour sur les lieux de tournage de certains films du pays. Tout comme pour celui présent sur le DVD de Voyage à Tokyo, il est intéressant et assez nostalgique de pouvoir comparer les lieux dans lesquels se sont déroulées ces histoires et pouvoir ensuite retrouver ces mêmes endroits à l’époque actuelle. Entre temps, nous aurons aussi appris quelques anecdotes sur la genèse et le tournage de ces films. Loin d’être ennuyeux.

Figures : Linges, fumées et poteaux électriques (10 mn) et Figures : Affiches et panneaux (10 mn) : Déjà présents dans le volume 1 mais portants sur d’autres ‘objets’, ces petits documents sont des montages chronologiques mettant en parallèle les images de certains éléments récurrents dans la filmographie du grand cinéaste japonais ; ils sont accompagnés des musiques tirées elles aussi de ses films. L’idée a beau être d’une simplicité absolue, il n’en demeure pas moins que ces montages se révèlent ainsi à la fois apaisants, intrigants et non dénués d’intérêts.

J’ai vécu, mais… (118’) : Documentaire de 1983 réalisé par Kazuo Inoué. Le gros morceau de ces bonus et le supplément que tout fan du cinéaste attendait, qui était déjà présent, mais non sous titré en français, dans le Criterion de Voyage à Tokyo. Nous reprendrons donc ici le texte que Benoit Van Den Abeele a écrit pour nous à l’occasion du test de ce dernier film : 'Ce documentaire réalisé en 1983 Kazuo Inoue est l’un des beaux jamais consacré à un cinéaste. Il justifierait à lui seul l’achat du DVD. Il a la particularité d’avoir été photographié par le chef opérateur attitré d’Ozu, Yuharu Atsuta, qui compose ici des plans de ville et de nature, à la manière de son maître, d’une grande beauté. C’est un documentaire passionnant sur les méthodes de travail d’Ozu. Les principaux collaborateurs encore vivants ou leurs proches sont interviewés avec une grande intelligence. Habillement, Inoue fait parfois succéder à ces interventions de longs extraits de la scène correspondante. Ainsi après que Chishu Ryu, enfin vieux comme dans les films d’Ozu (quel grand acteur), ait expliqué que son mentor lui avait parlé de la façon dont son père était mort d’une crise cardiaque devant ses yeux, nous revoyons l’extrait poignant où il rejoue cette scène traumatique dans Il était un père (1942). Malgré l’absence de Setsuko Hara, les différents entretiens avec la plupart des acteurs de la dernière période permettent de mieux comprendre la manière dont il les dirigeait. La fille et la veuve du scénariste Kogo Noda livrent de précieuses anecdotes sur leur longue et fructueuse collaboration. Suivant les indications d’Atsuta, le réalisateur du documentaire recrée les attitudes d’Ozu sur un plateau. Enfin de grands réalisateurs, qui ont été parfois l’assistant d’Ozu comme Keisuke Kinoshita et Shohei Imamura, nous parlent également de sa technique de mise en scène et de son influence sur leurs carrières. Le documentaire s’articule brillamment entre ces entretiens qui dévoilent les méthodes de travail d’Ozu, des longs extraits (bien choisis) des films, et un récit biographique illustré par les très belles images photographiées par Atsuta. La poésie de ces plans, la lecture de certains textes et le plaisir de revoir les acteurs d’Ozu procurent une émotion, difficile à contenir, particulièrement vers la fin. Le document indispensable pour tous les fans d’Ozu'. BENOIT VAN DEN ABEELE

Conclusion : encore un travail éditorial remarquable et un coffret absolument indispensable pour tout fan de Yasujiro Ozu qui se respecte. Merci à Carlotta et vivement le troisième volume !

Par Erick Maurel - le 24 janvier 2007