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Test blu-ray

Tout près de Satan

BLU-RAY - Région B
Rimini Editions
Parution : 19 / 9 / 2023

Image

Inédit sous support numérique en France, ce méconnu mais néanmoins intéressant film de Robert Aldrich sort en blu-ray zone B chez Rimini Editions, qui reprend le master 2K ayant servi à la tout première édition HD du film, chez l'éditeur américain Kino Lorber en février 2015, restauration déjà ancienne donc, mais qui demeure plus qu'honorable.

Hormis pour quelques stock shots (en particulier au début, sur les images de bombardements) ou, comme souvent, pour les fondus enchaînés, le rendu général est assez homogène, d'une belle propreté, sans soucis rédhibitoires de stabilité (quelques variations de luminosité, tout au plus), et d'une qualité de définition tout à fait convenable, en particulier pour les gros plans, souvent superbes. Notons quelques rares plans curieusement moins bien définis (une autre source ? - voir capture 6 dans la galerie ci-contre) et une tendance aux contrastes un peu plus accentués dans les séquences les plus sombres, avec des rendus parfois assez tranchants, mais cela correspond aussi au style parfois agressif de Robert Aldrich.

Le grain est présent, sans effets de lissage numérique (à la limite un peu d'Edge Enhancement - voir les contours du béret sur la capture 5), et la texture argentique du film est restituée avec naturel.

Son

L'atmosphère sonore contribue au suspense, notamment via l'irruption du silence, et les deux versions (originale et française, un peu plus étouffée) sont convenables (tous les dialogues se détachent distinctement, pas ou peu de souffle, mixage assez équilibré) mais manquent un peu de relief. Certaines scènes auraient gagné en intensité dramatique avec un rendu plus dynamique.

On recommandera évidemment la V.O., ne serait-ce que pour la diction si particulière de Jack Palance, qui susurre plus qu'il ne parle.

Suppléments

Les coulisses de l'enfer (23' - HD) est un entretien inédit, datant de juin 2023, avec Frank Lafond, qui témoigne, comme souvent, d'un beau travail de documentation, ainsi que d'une érudition et d'une pédagogie appréciables. Revenant sur le début de carrière de Robert Aldrich, l'historien arrive assez vite à la tumultueuse génèse de Ten seconds to hell, qui intervient pour le cinéaste après "plusieurs mois d'inactivité". Il compare brièvement le scénario du film au roman de Lawrence P. Bachmann dont il est l'adaptation, puis évoque la mise en place progressive d'une coproduction internationale (la Hammer avait acheté les droits dès 1955). Sont ensuite évoquées les difficultés rencontrées sur le tournage (défauts de matériel ; maladie d'Aldrich ; collaboration entre les différentes équipes techniques...), et en particulier la dégradation progressive de la relation entre Aldrich et Jack Palance, qui trouvait le scénario "trop philosophique" et "trop bavard". 

Sont ensuite évoquées les thématiques du film, autour de l' "isolement", mettant en scène des personnages qui "ne trouvent pas leur place dans la société", laquelle est réduite à un "décor abstrait", à "des ruines". Frank Lafond met ensuite en parallèle les deux personnages incarnés par Jeff Chandler et Jack Palance, qui inversent notamment leurs rôles par rapport au Signe du païen, de Douglas Sirk, dans lequel ils jouaient tous deux l'année précédente.

Curieusement, alors qu'il annonce implicitement en deux occasions qu'il abordera le sujet plus tard, Frank Lafond n'évoque pas du tout la question du montage final, dont on sait que Robert Aldrich a été largement dépossédé. On aurait aimé avoir plus de détails sur les circonstances.

Deuxième supplément du disque, Un monde en ruines (15' - HD) voit Jacques Demange se livrer à des éléments d'analyse autour du film, autour en particulier de ce motif des "ruines" (quelques éléments communs avec le supplément précédent, mais les interventions se complètent plutôt bien). Après avoir établi un lien avec Les Douze salopards, qui repose aussi sur une sorte de "mission suicide" de personnages "faibles mais valeureux" et l'idée d'une "élévation", d'une "transcendance" - et après avoir évoqué les difficultés rencontrées par Aldrich (la mésentente avec Palance, les conditions techniques, les producteurs qui l'ont "privé de montage", amputant le film d'au moins une demi-heure... on n'en saura là non plus pas vraiment plus), le sémillant Jacques Demange (qui aime peser ses mots et ménager ses effets) insiste sur la "lucidité" du regard porté sur cette Europe "détruite", inscrivant le film dans une continuité de films américains contemporains "cyniques" qui "ne proposent pas de solutions". Sa lecture de la scène de révélation du passé d'Eric est assez bien vue, l'objectif d'un "avenir à deux" se heurtant à la réalité d'une vie "déjà détruite" . 

La dernière partie offre quelques généralités sur le cinéma de Robert Aldrich, "réalisateur des gueules cassées", qui utilise notamment "la contre-plongée avec grand angle" pour accentuer les caractères physiques de ses personnages, les rendant "quasi-grotesques". Il insiste également sur l' "attention aux détails" du cinéaste, par son utilisation du silence, ou sa "morale extrêmement ambiguë", qui décrit une reconstruction mais sans espoir de rédemption.

Figure également en supplément la bande-annonce originale du film (2'13'' - HD - non sous-titrée).

En savoir plus

Taille du Disque : 33 860 417 536 bytes
Taille du Film : 24 048 482 304 bytes
Durée : 1:34:08
Total Bitrate: 34,06 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 28049 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1924 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2095 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Sous-titres: French 

Par Antoine Royer - le 13 novembre 2023