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Test blu-ray
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Main basse sur la ville

BLU-RAY - Région B
Rimini Editions
Parution : 7 février 2024

Image

Après la récente sortie de Salvatore Giuliano chez Studiocanal, Rimini réédite à son tour l'un des grands films de Francesco Rosi, Main basse sur la ville, à partir de la très belle restauration 4K menée en 2020 par la Société Cinématographique Lyre, "coproducteur d'origine". C'est vraisemblablement une première mondiale en Blu-ray pour cette restauration 4K, après une précédente édition HD sortie en Angleterre, chez Eureka, en 2014. Les travaux ont été effectués "à partir de l'ensemble des éléments négatifs disponibles en France et en Italie", numérisés en Italie par Cinecittà Studio et en France chez Hiventy, dans le laboratoire de Boulogne où ont également été supervisés la restauration numérique et l'étalonnage. Le résultat est très convaincant, d'une très belle finesse et bien détaillé, offrant une convaincante restitution de la photographie argentique d'origine. Le rendu appuie la facture documentaire de l'image, avec un grain fin assumé, même s'il est parfois un peu discret. L'étalonnage propose une gamme de gris nuancée et des noirs relâchés, conformément aux caractéristiques de la projection en salle. (C'est la principale différence avec le master britannique, sorti chez Eureka en 2014, où les contrastes étaient au contraire très affirmés.) La copie a été stabilisée et profondément nettoyée, il reste à la rigueur quelques micro griffures presque invisibles. C'est désormais la présentation de référence, visionnée sans souci majeur d'encodage, qui apporte en toute logique de nombreuses améliorations par rapport aux précédentes éditions françaises.

comparatif DVD Éditions Montparnasse (2005) vs. Blu-ray Rimini Éditions (2024) :
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Son

Chose très rare pour l'époque, Main basse sur la ville n'a pas utilisé le procédé habituel de post-synchronisation, qui perdurera pendant encore plusieurs décennies dans le cinéma italien. A l'exception des scènes avec l'acteur américain Rod Steiger, forcément doublé pour le faire parler italien, le film a été capté en prises de son direct, ce qui renforce le réalisme documentaire. La piste originale italienne est de très bonne qualité, conforme à la technique de son temps et optimisant au mieux le signal sonore sans en dégrader les défauts d'origine : ainsi, les scènes conservent les sonorités parfois inadaptées des lieux réels où a été tourné le film, avec un réverbération peu discrète de certains intérieurs, ou des arrière-plans parfois brouillons. Les voix sont très claires, avec une belle présence. La piste a été complètement nettoyée, il ne subsiste pas de craquements, souffle disgracieux ou sifflantes. On notera une infime limitation du spectre sous forme de saturation dans les basses fréquences, un défaut d'origine que l'on retrouve sur les passages musicaux, aussi bien en VO qu'en VF. Si cette version française se montre de très bonne facture, conforme au mixage d'origine, très propre et plutôt équilibrée (avec des basses un peu plus faibles), il faut noter qu'elle perd sensiblement en réalisme. Il y a de légères sifflantes mais pas de saturations.

Main basse sur la ville est également proposé en Audiodescription pour les malvoyants.

Suppléments

Main basse sur la ville est présenté dans un boitier Mediabook et, comme toujours avec Rimini, un grand soin est apporté au visuel. Le film est proposé en Blu-ray et en DVD, également accompagné d’un livre de 80 pages, illustré de photos de tournage et divisé en trois parties. En premier lieu, Francesco Rosi, cinéaste du réel est un essai d’une soixantaine de pages signé de l'éminent historien Jean A. Gili, spécialiste du cinéma italien qui a publié plusieurs ouvrages sur Rosi. Gili revient sur la trajectoire de cet "artiste d’exception", "observateur lucide" et "cinéaste citoyen" qui su capter les contradictions et les maux de l’Italie. Appuyé par de nombreux extraits d’entretiens du réalisateur, avec notamment Giuseppe Tornatore ou le romancier Roberto Saviano (Gomorra), Jean A. Gili livre une belle analyse de Main basse sur la ville, son "histoire qui était déjà dans la réalité" et surtout une parabole sur l’état du pays et son gouvernement compromis. Gili montre comment le film "étale au grand jour les rouages du jeu politique" et la "condamnation violente d’un système" qui est en fait "l’antithèse d’une société démocratique". Le livre est en même temps un portrait du cinéaste au travail, son idée de "cinéma de la réalité" à travers une écriture qui espère provoquer la "prise de conscience" du spectateur, son goût pour les décors réels, ou ses rapports avec les comédiens, de traditions diverses : l’américain Rod Steiger, mélange d’autonomie et de "contrôle continuel sur la matière expressive", ou le conseiller municipal et "vrai tribun" Carlo Fermariello, qui deviendra sénateur quelques années plus tard.

Le film transpire du "sentiment d’amertume" d'un Rosi qui aura malheureusement eu "l’intuition juste". Un pessimisme latent que confirmera un documentaire réalisé 30 ans après (que Rimini a tenté, sans succès, d’inclure dans cette édition), qui suit Rosi revenir dans sa ville de Naples, "défigurée par la spéculation immobilière, mise à mal par la pègre". Le livre se poursuit avec une présentation du film par le chercheur et écrivain Hacène Belmessous, paru récemment dans la revue Gibraltar, qui décrit Main basse sur la ville comme "le film politique par essence", un film "intemporel" dont le "banquet spéculatif" fait écho au drame marseillais de 2018. Le livre se conclut avec un extrait du dossier de presse de 2022 et un bref texte de Patricia Barsanti, présidente de la société Cinématographique Lyre, coproductrice française de Main basse sur la ville, film par lequel Rosi "a donné naissance au docu-fiction moderne". Une oeuvre respectant la liberté de penser des spectateurs et s’adressant à notre intelligence, dans un "face à face brutal entre morale et politique", qui a "la force d’un coup de poing".

Le film est accompagné de plusieurs suppléments, également rassemblés sur un second DVD. L'éditeur a tenté d'acquérir deux documentaires, malheureusement sans parvenir à en débloquer les droits vidéo : Diario Napoletano, tourné en 1993 dans un cadre institutionnel, dont un extrait était proposé sur le DVD des Éditions Montparnasse ; et Citizen Rosi, réalisé en 2019 par la fille de Francesco Rosi.

La Contre-Enquête de Francesco Rosi (29 min - HD)
Entretien avec l'un des grands spécialistes français de Francesco Rosi, le regretté critique Michel Ciment, disparu en novembre dernier, à qui cette édition est par ailleurs dédiée. Il revient sur "le réalisme critique" introduit par Rosi dans le cinéma italien, un cinéma d’analyse, bourré d’énergie, dont Main basse sur la ville est l’un des meilleurs exemples, "d’une extraordinaire actualité". Il relève les influences du Film Noir et celle de Luchino Visconti, avec le parti-pris documentaire inspiré de l’expérience néo-réaliste "très marquante" de La Terre tremble. Main basse sur la ville se démarque cependant du néo-réalisme en expliquant les choses et en montrant le rapport entre la rue et le pouvoir : au contraire de ses "films-dossiers", c’est le seul film où Rosi "voit clair" et détient les réponses. Michel Ciment recontextualise le film et sa vision de Naples, suite au "grand changement économique" qui a secoué l’Italie des années 50, où la prospérité a finalement entraîné la corruption. Main basse sur la ville est un "théorème économique transformé en images absolument irréfutables", dans lequel Francesco Rosi ose aborder le rôle de l’Église, alors intouchable, et son pouvoir politique du côté des puissants et des spéculateurs. Il revient sur le personnage "passionnant" de Nottola, qui rappelle le Kane d’Orson Welles et une forme maléfique qui prend possession de la ville, digne du "regard rationnel et critique" de Fritz Lang. Un personnage que Rosi "dénonce en tant que force politique mais dont il reconnaît l’énergie et le talent". Michel Ciment revient sur le procédé de post-synchronisation des dialogues qui a permis au cinéma italien de faire jouer des acteurs étrangers, et à Rod Steiger de devenir "formidablement napolitain", et évoque également quelques-uns des collaborateurs fidèles de Francesco Rosi : le compositeur Piero Piccioni et sa musique "extrêmement forte et rythmée", comme la démarche de Rod Steiger ; ou le chef opérateur Gianni Di Venanzo, l'"un des génies de la photographie européenne". Il se souvient enfin du "succès à scandales" qui eut lieu en Italie alors que l’accueil fût unanime à l’étranger.

Conversation autour du film (40 min - HD)
Rimini retrouve ses entretiens à deux voix, initiés sur la collection Billy Wilder, et réunit pour l'occasion le regard d'une plus jeune génération avec Paola Palma, maîtresse de conférence en études cinématographiques, et Frédéric Mercier, critique au magazine Transfuge. Ils reviennent sur le travail de Francesco Rosi qui, dès ses premiers films engagés, observe le miracle économique italien, ses richesses éphémères et illusoires, abondamment commenté dans les comédies de l'époque, que le cinéaste aborde cependant plus frontalement. Ils montrent comment Main basse sur la ville fonctionne comme un théorème à partir duquel le spectateur peut tirer ses conclusions, le réalisateur cherchant comme dans une enquête ce qui se trame derrière des "situations problématiques". Ils évoquent la manière dont Rosi dévoile les mauvaises règles du jeu, le mariage entre les spéculateurs et le pouvoir politique, soulignant la caractérisation de Nottola comme "un vrai personnage" qui n’est pas réduit à une caricature. Ils montrent le courage de Rosi lorsqu’il met en avant le pouvoir culturel et économique de l’Église, complice, et suggère, dans un souci d’équité, l’éducation insuffisante d’un peuple qui subit mais ne réfléchit pas, qui préfère penser à son intérêt immédiat en acceptant les billets de banque du maire, sans sourciller. Paola Palma raconte le tournage de l’effondrement de l’immeuble, aborde l’importance du son dans le film, capté en direct, qui donne une présence à la ville jusque dans le plan sonore, ou ces images en plongées d’un point de vue métaphysique, visions de Dieu et de Nottola. Ils évoquent un montage du ressenti, "qui s’effondre sur nous", le contraste provoqué par certains enchaînements de plans, parfois teintés d’ironie, ou le faible succès du film à sa sortie. Malgré quelques redondances inévitables, c'est un supplément très réussi, le format de la conversation entraînant de nombreuses réflexions pertinentes.

Bande-annonce (3min 30s - HD - non sous-titré)


En savoir plus

Taille du Disque : 38 598 110 699 bytes
Taille du Film : 28 487 460 864 bytes
Durée : 1:41:14.666
Total Bitrate: 37,52 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29997 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1568 kbps / 16-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 16-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1571 kbps / 16-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 16-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2011 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 28,286 kbps
Subtitle: French / 38,429 kbps
Subtitle: French / 0,107 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 21 février 2024