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Test blu-ray

Les Vitelloni

BLU-RAY - Région B
Tamasa
Parution : 18 / 5 / 2021

Image

Comme on nous le précise par un carton au lancement du film, Les Vitelloni a été restauré en 2019 (en 4K selon l’éditeur) conjointement par le Centro Sperimentale di Cinematografica, Cineteca Nazionale et Istituto Luce et Cinecitta. La difficulté principale de cette entreprise a tenu dans le fait que le négatif original n’était pas exploitable et les techniciens ont dû alors utiliser diverses sources pour établir ce nouveau master : un marron (un interpositif à grain très fin) ainsi que, pour quelques segments du film, une copie positive appartenant à la Fondation Alberto Sordi et un contretype négatif. C’est en toute logique que le résultat ne peut être parfaitement régulier. Cela dit, la qualité de la restauration saute aux yeux : la copie est été parfaitement nettoyée (les yeux les plus acérés remarqueront la présence d’un poil ou deux), sa stabilité est sans faille, on ne relève pas de pompage ni de tremblements. Les contrastes ont été rehaussés avec des noirs d’une belle densité et une échelle de gris agréable à l’œil même si pas optimale. Les plans nocturnes paraissent très naturels même si les parties sombres de l’image semblent souvent bouchées. Les scènes diurnes ou en hautes lumières présentent un beau cachet. En règle générale, l’étalonnage de cette copie noir et blanc nous semble tout à fait correspondre à la nature originelle d’une telle œuvre, même si l’on est conscient de la subjectivité d’un tel jugement (selon notre expérience, nos souvenirs et nos présupposés inévitables). Comme attendu, la définition globale est irrégulière suivant la nature des scènes et surtout l’origine chimique des plans utilisés ; nombreux sont les plans qui voient ainsi leur piqué chuter mais sans que cela ne soit trop dommageable pour le confort de visionnage. La texture globale est tout de même satisfaisante, nous sommes devant une vraie HD avec un respect du grain cinéma et un rendu des matières plutôt digne de la haute de définition. Enfin, on doit saluer l’absence d’effets numériques destructeurs. Maintenant il nous reste à pointer un bémol qui concerne le travail d’encodage, loin d’être parfait. En examinant de près l’image, celle-ci présente une sorte de voile qui se traduit par une granulosité et quelques légères vibrations dans le rendu de la compression numérique. On ne voudrait pas trop insister sur ce problème, qui n’est pas du tout de nature à gâcher la vision du film, mais il est dommage de constater ce maillon faible en fin de chaîne après tous les efforts consentis pour cette nouvelle édition. Ceci étant dit, nous n’avions jamais vu Les Vitelloni dans de telles conditions.

Son

Tamasa propose deux pistes sonores. L’éditeur a tenu à faire figurer la version française mais prévient que cette bande-son n’a pas fait l’objet d’une restauration et qu’elle est incomplète (cf. le carton reproduit ci-dessous). On salue la volonté complétiste de l’éditeur mais force est de constater que ce doublage, même si très clair et sans stridences caractéristiques, dénature trop la bande-son d’origine en amenuisant fortement les ambiances (voire en en éliminant certaines) et en plaçant les voix bien trop en avant du spectre. De plus, la qualité du doublage laisse souvent fortement à désirer. On ne saurait donc trop conseiller de se retourner vers la version italienne qui, elle, a été restaurée à partir d’une copie positive. Même si elle n’est disponible qu’en Dolby Digital 2.0, elle montre une vaillance certaine (malgré quelques saturations), une plus large ouverture et une propreté évidente. Et bien entendu, un rendu bien plus naturel malgré la postsynchronisation, inévitable. Même si l’ensemble manque de netteté, de précision et de profondeur, la musique et les ambiances sont correctement rendues (le son de la pluie est exemplaire).

Suppléments

Pour ce film de Federico Fellini, assez mal servi en vidéo jusqu’ici, l’éditeur Tamasa nous propose aujourd’hui un joli mediabook contenant deux disques (un Blu-ray et un DVD) ainsi et surtout qu’un livret de 48 pages rédigé par une pointure, le journaliste et historien du cinéma Aldo Tassone, grand expert du cinéma transalpin. En fait, pour être honnête, Tamasa a compilé plusieurs extraits de l’ouvrage Le cinéma italien parle paru en 1982.  En une trentaine de pages, ces écrits de Tassone mêlés à différents morceaux d’interviews, traitent ainsi de l’enfance de Fellini, de ses débuts de scénariste, de ses tout premiers films et d’un certain nombre d’œuvres choisies : Les Vitelloni, Amarcord, La Strada, Il bidone, Les Nuits de Cabiria, La Dolce vita, Huit et demi, Juliette des esprits, Toby Dammit, Satyricon, Les Clowns, Casanova, Répétition d’orchestre et La Cité des femmes. Le reste du livret est consacré à la retranscription du dossier de presse italien de 1953 ; illustré et rédigé en plusieurs langues, il constitue un très intéressant document d’époque même s’il faudra se munir d’une loupe pour compulser les textes reproduits.

Les Vitelloni vu par Jean-Christophe Ferrari (44 min 04 - 1.85 - DTS-HD MA 2.0 - 2020 - HD)
Jean-Christophe Ferrari est journaliste et critique de cinéma, membre de la rédaction de Positif, rédacteur en chef à Transfuge ainsi qu’enseignant en esthétique du cinéma. Habitué à intervenir en salles lors d’animations et conférences, auteur d’essais et d’ouvrages sur Tarkovski, Zurlini ou encore Mizoguchi, ce spécialiste s’impose naturellement pour décortiquer le film de Fellini. Il ne faut pourtant pas s’attendre à une analyse filmique stricto sensu ; ce qui intéresse Ferrari, ce sont surtout les personnages « au statut social difficile à identifier », l’implication personnelle du cinéaste et l’univers fellinien en gestation. Après avoir expliqué l’origine du titre, Jean-Christophe Ferrari commence donc par décrire les protagonistes des Vitelloni, des jeunes hommes désœuvrés issus de la petite bourgeoisie qui « ont du mal à sortir de la jeunesse », inspirés des gens que fréquentait Fellini jeune à Rimini. Sa relation complexe avec sa ville natale est aussi explicitée (le film a d’ailleurs été tourné à Ostie). Ferrari cite plusieurs éléments biographiques contenus dans Les Vitelloni, « dont la dimension autobiographique est revendiquée ». Il décrit bien la sensation générale qui est celle d’un certain flottement avec « une structure narrative lâche » qui découpe des « tranches de vie ». Les motifs de l’errance et de la plage sont évidemment évoqués pour exprimer la solitude des protagonistes dans un film « entre chronique réaliste et rêverie mélancolique ». Il souligne la « grande perspicacité » de Fellini dans la description de personnages médiocres et pathétiques, mais vus avec tendresse et un certain mystère préservé, « plus spectateurs de leur vie qu’acteurs ». Ce qui permet à Ferrari de faire une digression intéressante sur le néoréalisme selon Fellini (dont la vision a été critiquée par ses pairs), témoin aussi la présence de l’enfant acteur de Scuscia dans Les Vitelloni, « personnage emblématique du néoréalisme accompagné vers la vie adulte » par le réalisateur. Ferrari poursuit avec le rapport fellinien à la fête, au défilé et au cirque ; mais ces rituels festifs s’achèvent inexorablement dans l’amertume, l’épuisement et la mélancolie. L’entretien se termine sur le travail particulier de la postsynchronisation, la collaboration avec Nino Rota, compositeur très classique attiré par la musique populaire, et sur une notion de mise en scène qu’on aurait aimé voir plus analysée, soit « l’alternance entre plans saturés et plans vides qui donne sa respiration et son identité au film. » Plutôt instructif et plaisant, cet entretien traîne néanmoins un peu en longueur ; le montage aurait pu et dû regrouper certains développements répétitifs pour dynamiser l’ensemble.

Films-annonces (4 min 05)
Cette section propose deux bandes-annonces à la suite. La première en SD est celle d’époque en version française, non restaurée, moyennement définie avec de multiples scories et du pompage lumineux. Une voix off un peu moqueuse précise les enjeux du film de Fellini et sa vision de ces « inutiles ». La deuxième, en VOSTF et en HD, est toute récente et réalisée par Tamasa avec des plans du master restauré, et destinée à une reprise en salle des Vitelloni initialement prévue en 2020.

Les Nuits de Cabiria (1 mn 41 - 4/3 - DTS-HD MA - VOST - HD)
Il s’agit de la bande-annonce du film restauré, avec sa propreté toute retrouvée et ses noirs denses, réalisée également pour une reprise en salles prévue l’an dernier.

Par Ronny Chester - le 27 mai 2021