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Test blu-ray

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Nouvel opus de la collection Mario Bava de Sidonis et vraisemblablement une première mondiale en Blu-ray, Les vampires est présenté dans une restauration récente et très réussie effectuée par Rai Com. Le film a été scanné dans un très bon 2K, voire en 4K, à partir du négatif original. La copie est totalement stable et immaculée, elle bénéficie d'une jolie définition et d'un trait fin, soutenu par un bon niveau de détail. On peut parfois rester un peu sur sa faim à cause de faiblesses ponctuelles, mises au point fragiles ou défauts optiques des objectifs Cinemascope (quelques profondeurs de champ sont très réduites ; la précision peut être tempérée par des flous périphériques), voire également à propos du grain qui, s'il n'a pas été gommé et reste bien palpable, n'est peut-être pas conservé à sa juste valeur (mais cela semble natif du master fourni à Sidonis). L'étalonnage est particulièrement élégant : la gamme de gris est nuancée et offre des noirs particulièrement bien ajustés, denses mais encore détaillés, et sans aucune pulsation. Petit bémol éventuel sur certains visages parfois très clairs, mais c'est une impression négligeable. On relèvera durant la 15e minutes une sorte de transparence étrange, visible dans les noirs d'une scène de pénombre. On remarquera aussi 2 ou 3 plans furtifs de Paris visiblement issus de stock shots ou d'un autre film (l'image est très zoomée), avec une nette perte de génération et donc une facture très épaisse. Une très belle présentation qui surpasse largement la précédente édition française du film, qui datait de 2009.

comparatif DVD Carlotta (2009) vs. Blu-ray Sidonis (2022) : 1 2 3 4 5 6 7 8

Son

La version italienne restaurée semble conforme aux rendus de cette époque, avec des faiblesses techniques (ensemble un peu couvert, ambiances très en retrait, presque diminuées, peu de bruitages) qui pourraient être d'origine. On relève de petites sifflantes, parfois marquées, et une légère saturation dans la musique et les voix, restituées dans un spectre sonore équilibré. L'ensemble a été nettoyé, il n'y a pas de craquements ni de souffle disgracieux. Absent du DVD Carlotta sorti en 2009, le doublage français d'époque réapparaît aujourd'hui, dans une qualité relativement bonne, peut-être retrouvée grâce à un collectionneur de bobines 35mm? Cette VF a visiblement été numérisée récemment, on sent la qualité du transfert, remixée en mélangeant certains segments muets de la VO (plus couverts) avec des parties doublées en VF (on peut parfois croiser quelques différences de tonalité, plus aigue en VF)... Les voix sont d'une grande clarté et extrêmement propres, dans des mediums et des aigus plus marqués. Les ambiances et surtout les passages musicaux reprennent une qualité souvent similaire à la piste italienne. La VF est dénuée de toute trace d'usure. Pas de souffle ni bruit de fond.

Suppléments


Présentation de Christophe Gans (45 min - HD)
C'est toujours un grand plaisir de retrouver l'érudition du réalisateur de Crying Freeman ou Silent Hill, qui évoque l'aspect précurseur des Vampires, non seulement parce que le film devance de quelques années la vague du cinéma fantastique portée par la Hammer mais aussi parce qu'il contient les scènes fondatrices du cinéma de genre européen, avec son aspect pré-giallo et une imagerie que Bava popularisera dans ses propres oeuvres, peu de temps après. Les Vampires est, par accident, le premier passage de Bava au poste de réalisateur, et "l'avènement du plus grand cinéaste fantastique européen". Christophe Gans montre comment Mario Bava s'est nourri de l'influence de son père Eugenio, opérateur et inventeur touche à tout au temps du muet, racontant la façon dont "le fils est [devenu] l'extension du père" dans une collaboration étroite, "prolongement affectueux et génial" d'un certain artisanat visuel. Gans revient aussi sur la collaboration au long cours entre Riccardo Freda et Mario Bava avant que leurs noms ne soient inscrits pour la première fois, ensemble, au générique des Vampires. Il parle de la production "désordonnée" du film, l'abandon de Freda qui l'avait pourtant initié dans un "coup de poker", et la reprise en main du tournage (pour deux jours et demi !) par Bava. Il évoque le projet initial, plus violent, porté par Freda, qu'on ne retrouve plus dans le montage final, se questionne sur les références (françaises) au film de Louis Feuillade et au théâtre du Grand Guignol, et analyse la paternité des deux réalisateurs, trouvant finalement un équilibre dans leurs influences, même si Bava lui semble plus inspiré. Forcément passionnant.


Présentation d'Olivier Père (23 min - HD)
Un bon complément aux propos de Christophe Gans, sans redondances majeures, dans lequel le Directeur de l'unité cinéma d'Arte France revient sur Les Vampires, "un film très important" puisqu'il est le premier film fantastique italien, inaugurant un nouvel âge d'or du genre, cette fois-ci en Europe après les monstres Universal des années 30. Il retrace rapidement le parcours de Riccardo Freda, "cinéaste assez passionnant" et souvent à contre-courant, influencé par le cinéma américain et très attaché à "l'art de l'évasion et du spectacle". Il rappelle le savoir-faire de Mario Bava, alors un directeur photo très demandé et créatif dans les effets spéciaux, et évoque la légende d'une comtesse hongroise dont les bains de sang de vierges pour conserver une beauté éternelle ont inspiré le film, un projet atypique mais matriciel du cinéma fantastique des années 60, ici encore un peu affranchi des règles, notamment dans son mélange des genres, mais malheureusement tempéré par des producteurs frileux de toute violence. Olivier Père rappelle l'importance des décors de Beni Montresor, le Paris fantasmé en studio qui renforce le tempérament de Freda contre le réalisme, avec ce château censé être en plein Paris, un espace mental cauchemardesque "au délabrement décadent". Il évoque rapidement les sommets de la carrière de l'actrice Gianna Maria Canale, épouse du réalisateur "à la beauté statuaire", et l'échec du film au box-office local, le public italien n'ayant pas confiance en ses propres artistes pour raconter du fantastique. Cette déconvenue poussera quelques temps plus tard Freda à adopter un pseudonyme anglo-saxon, lançant alors involontairement une sortie de mode "pour tromper le public".


Scènes coupées ou supplémentaires (11 min - SD - VOSTF
Passages supprimés par les producteurs du film avant la sortie italienne et plusieurs scènes tournées (sans l'accord de Freda ou Bava) pour la seconde sortie américaine, sous le titre Lust for The Vampire, dans les années 60.


Bande-annonce américaine (1 min 38 s - SD - non sous-titré)

Bande-annonce allemande (2 min 34 - SD upscalé HD - non sous-titré)
Un document intéressant puisqu'il contient deux plans tournés par Riccardo Freda mais non conservés dans le montage final.

Les Vampires est accompagné de Un fauteuil pour deux, un livret de 24 pages signé Marc Toullec. Sans éviter les redites avec certains propos de Christophe Gans ou Olivier Père, mais apportant aussi quelques précisions ou nouvelles anecdotes autour de la production ou de la sortie du film, l'ancien rédacteur en chef du magazine Mad Movies revient sur ce premier film fantastique officiel produit en Italie qui modernise un mythe du genre en passant de "la succion à la transfusion", pour lequel le réalisateur s'inspira de l'impressionnisme allemand, retrouvant un goût de l'épouvante qui suscitait ses peurs de l'enfance et de l'imaginaire. On s'arrête là aussi sur les décors de Beni Montresor, inspirés de La chute de la maison Usher d'Edgar Poe, l'élaboration du casting où l'on peut même apercevoir le réalisateur (derrière un masque de chirurgien), ou sa collaboration avec Mario Bava, son "vrai travail d'illusionniste" pour les trompe-l'oeil des rues de Paris ou le fameux trucage du vieillissement. Marc Toullec raconte le comportement désagréable de Freda, non seulement avec ses acteurs mais aussi avec les producteurs, lorsqu'il ira jusqu'à quitter le projet en fanfare, et la gageure de Bava de finir le travail en quelques jours. Il évoque la version originellement pensée par Freda, dont il ne reste que des bribes dans le montage final, et raconte comment on a engagé des fausses spectatrices pour hurler de frayeur dans certaines salles, à la sortie.

En savoir plus

Taille du Disque : 40 600 664 510 bytes
Taille du Film : 21 947 406 336 bytes
Durée : 1:21:31.136
Total Bitrate: 35,90 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,86 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29867 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2006 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: Italian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1982 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,327 kbps
Subtitle: French / 24,911 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 21 juillet 2022