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Test blu-ray

Les Innocents

BLU-RAY - Région B
Potemkine
Parution : 3 / 5 / 2016

Image

Le master utilisé par Potemkine est, par comparatif, tout à fait identique à celui qu'avait utilisé le BFI, en 2010, pour son édition Blu-Ray UK. En son temps, cette édition avait été saluée pour des qualités que le temps n'a pas fait subitement disparaître, et on a pu tout à fait apprécier, lors du visionnage, le gain massif en termes de définition ou de gestion des contrastes, par rapport aux éditions SD antérieures. On peut notamment y apprécier la fabuleuse photographie "gothique" du chef-opérateur Freddie Francis, lequel utilisa délibérément des filtres destinés à rendre l'image plus "brumeuse".

Le problème, puisqu'il en est un, est qu'entre-temps, Criterion a dégainé son propre Blu-Ray (précisiosn-le : verrouillé zone A), et que cette édition américaine de 2014 s'est avérée assez largement supérieure : si on dépasse la première impression d'un rendu un peu sombre (peut-être faudrait-il d'ailleurs dire "un peu moins exagérément lumineux"), on ne peut qu'y constater la finesse du piqué, qui rend bien mieux perceptibles de nombreux détails. Surtout, c'est dans la restitution du cinémascope d'origine que cette édition rendait celle du BFI un peu désuète : la perte d'images de cette dernière, particulièrement visible sur le bord gauche de notre comparatif n°2 (voir ci-dessous), met ainsi en lumière l'étirement excessif du cadre. 

En soi, cette édition française est  plutôt honorable - mais elle arrive indéniablement à contre-temps : le master utilisé nous aurait probablement en partie comblé il y a encore trois ou quatre ans. Ici, on a surtout l'impression de passer à côté de la "meilleure édition possible". En l'état, celle-ci se trouve encore de l'autre côté de l'Atlantique...

Comparatif 1              Comparatif 2

Son

Une seule piste son est proposée (la version originale, bien entendu), et celle-ci s'avère satisfaisante avant même le commencement du générique de début : le chant enfantin qui ouvre le film émerge du silence avec une belle clarté, et le reste du film ne fera que confirmer la bonne gestion des effets sonores (utilisation de la musique, sons d'atmosphère, cris et murmures...), avec une profondeur tout à fait satisfaisante pour un film de cette époque.

Suppléments

Plusieurs suppléments complémentaires figurent dans cette édition (combo DVD+BR, au passage):

dans une brève présentation (9 minutes - HD), le réalisateur Nicolas Saada témoigne de son amour du film, en expliquant en quoi le film remet à plat certaines idées reçues sur le cinéma britannique ou sur le cinéma d'horreur (ou sur le cinéma d'horreur britannique). Il explique notamment que le film est particulièrement novateur en ce que, en dépit de son titre, il n'envisage pas la figure de l'enfant uniquement par le prisme de l'innocence mais bien comme champ de tous les possibles, y compris les pires. Il entreprend également de réhabiliter un peu le mésestimé Jack Clayton, en mentionnant d'autres titres, dont Chaque soir à neuf heures (Our mother's house), qui entretient des liens thématiques avec Les Innocents.

plus long est l'entretien avec Jean-Pierre Naugrette (21 minutes - HD), dans lequel ce spécialiste de la littérature anglo-saxonne (en particulier du 19ème siècle) égraine quelques unes des influences manifestes du Tour d'écrou, le roman d'Henry James, au départ envisagé comme un conte de Noël (ce que le film de Clayton n'est plus du tout) : il est ainsi question du roman néo-gothique (par exemple Jane Eyre) mais également de Rebecca, l'adaptation de Daphné du Maurier que livra Alfred Hitchcock en 1940. Il évoque également quelques motifs formels ou sonores, mais aussi les décors du film ou la musique de Georges Auric. Le contenu est plutôt pertinent, mais la forme, réduite à son strict minimum, et le phrasé un peu saccadé de l'intervenant, peuvent rendre l'ensemble un peu fastidieux.

Plus inattendu, mais non moins intéressant est le moyen-métrage The Bespoke Overcoat (36 minutes), réalisé par Jack Clayton en 1956, également une histoire de fantôme, adaptée du Manteau de Nikolaï Gogol. D'une très belle tenue formelle et remarquablement interprété, ce petit film s'avère tout à fait remarquable.

Enfin, un livret d'une vingtaine de pages accompagne cette édition, principalement illustré d'images du film mais également accompagné d'un texte (de six pages environ) de Jean-Baptste Thoret. Pour tout dire, le texte, intitulé Les Diables au corps, porte la signature de son auteur, puisqu'il débute par la mention soudaine du Corrupteur de Michael Winner, préquel au Tour d'Ecrou tourné une décennie après le film de Clayton (en 1971), et qui décrit la relation toxique entre Quint et Jessel, les figures spectrales des Innocents. Avec la belle ferveur qui habite sa prose, Thoret décrit alors le "feu intérieur" de Miss Giddens, "corps féminin soumis à des désirs hors-normes", révélatrice de la "frustration immense (...) d'une société engoncée, immobile, patriarcale, cireuse, rétrograde, statufiée", pour mettre en lumière la nature politique, profondément transgressive, du film de Clayton. 

En savoir plus

Taille du disque : 36,926,715,904 bytes
Protection: AACS(v60)
BD-Java: No
Taille du film : 20,332,959,744 bytes
Durée : 1:40:00.327
Total Bitrate: 27.11 Mbps
Vidéo: MPEG-4 AVC Video / 1080p / 23.976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Anglais / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 16-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 16-bit)
Sous-titres : Français

Par Antoine Royer - le 6 mai 2016

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