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Test blu-ray

Le Prêteur sur gages

BLU-RAY - Région B
Potemkine Films
Parution : 7 / 12 / 2021

Image

Il aura fallu attendre plus de sept ans après sa ressortie dans les salles françaises pour que Le Prêteur sur gages soit enfin édité chez nous en vidéo. Potemkine emboîte le pas de l'Anglais BFI et son Blu-ray sorti en juillet dernier, dont il reprend le très beau master, légèrement réajusté dans les contrastes par rapport au disque Olive Films édité aux Etats-Unis en 2014. Aucune information spécifique n'est disponible sur cette restauration, vraisemblablement effectuée à partir du négatif original. Un scan qui ressemble beaucoup à du 2K, lorgnant même régulièrement (dans les gros plans) vers le 4K. Car à l'exception de certains plans truqués (fondus, zooms dans le cadre) ou de quelques moments épars un peu plus doux, peut-être issus d'une seconde source, les images sont d'une redoutable précision, avec un niveau de détail aiguisé qui rend justice aux textures. La granulation est fine et abondante, restituant très fidèlement la patine argentique, parfaitement gérée par un encodage invisible (bien mieux travaillé que sur le disque américain). Le scan est de qualité, donc, non seulement pour sa précision mais aussi sur le rendu des gris, avec une palette nuancée et très agréable à l'oeil. Les contrastes sont solides, sans pulsations, avec un niveau de noirs équilibré, dense mais encore détaillé. Le master serait parfait s'il avait aussi bénéficié d'un nettoyage numérique, ce qui n'est pas le cas. On remarque en effet d'infimes traces d'usure, points blancs, taches (syndrome du vinaigre), griffures plus ou moins marquées. Des traces très ponctuelles et peu visibles car le matériau de départ était heureusement en très bon état - et très stable. D'excellentes conditions de visionnage pour un film rare, qui plus est.

Son

Hormis une petite faiblesse dans les basses fréquences et un souffle parfois légèrement perceptible, il y a peu de choses à redire à cette piste son relativement fidèle au matériau d'origine. L'ensemble est extrêmement clair, plutôt bien mixé entre les voix cristallines et les ambiances. La prise de son direct est très détaillée, que ce soit en intérieur ou en extérieur, ce qui accentue le réalisme. On ne relève aucune trace d'usure marquée. Le Prêteur sur gages n'est présenté qu'en version originale sous-titrée alors que le film est bien sorti en France (en 1968) et a sans doute été doublé.

Suppléments

Potemkine ne reprend malheureusement pas les suppléments de l'édition anglaise (commentaire et entretien audio, focus sur Quincy Jones) mais n'est cependant pas en reste en proposant, comme à chaque fois, des modules de qualité.

Hollywood Breakdown, le mélange comme style (14 min - HD)
Dans la continuité de ses interventions pour le coffret Hitchcock ou certains Richard Fleischer parus chez Carlotta, le cinéaste Nicolas Saada retrouve son ancien costume de critique et livre une sorte de mini commentaire audio passionnant. Il resitue Le Prêteur sur gages dans une période un peu négligée par la cinéphilie, où Hollywood commence à imploser par l'émergence d'un courant indépendant qui s'émancipe du système des studios et qui aboutira au Nouvel Hollywood dans les années 70. Nicolas Saada parle d'un "film assez hybride", entre réalisme et mise en scène stylisée, voire expérimentale, entre expressionnisme et décors ultra signifiants (la boutique montrée comme une prison). Il revient sur le travail de Sidney Lumet, qui "met du théâtre dans le cinéma pour servir le cinéma", parle de son "sens de la ville" lorsqu'il filme New York en caméra cachée ou utilise des décors naturels de manière totalement scénographiée par sa mise en scène (le square). Un "modèle d'intelligence" notamment enrichi grâce à deux "techniciens artistes" : le chef opérateur Boris Kaufman, qui a travaillé avec Jean Vigo ou Elia Kazan, et qui apporte sa "conception très ambitieuse du cinéma" par une esthétique très travaillée, et le monteur Ralph Rosenblum qui s'inspire d'Alain Resnais pour un résultat très sophistiqué. Nicolas Saada évoque également Quincy Jones, dont la musique aux styles multiples accompagne la variété des formes visuelles.

La Shoah au cinéma (24 min - HD)
Le critique et enseignant Jean-Michel Frodon revient sur Le Prêteur sur gages, "un geste de cinéma d'une virulence assez incomparable" qu'il prend d'abord soin de resituer dans son époque. Il rappelle longuement que le spectateur américain n'est pas vraiment familier avec la Shoah, notamment parce que les juifs américains ont préféré regarder vers l'avenir que se retourner sur leur passé - et ne pas également provoquer un antisémitisme qui n'a pas disparu. La Shoah reste aussi un concept encore "très flou" pour beaucoup de monde car les images des camps ne sont plus beaucoup diffusées depuis l'après-guerre. Soumis à des "enjeux difficiles", économiques et politiques, Hollywood a peu abordé le sujet des violences contre les juifs en Europe, hormis quelques films antinazis et l'obstination de Chaplin qui a dû se battre contre l'industrie qui n'était pas du tout favorable au tournage du Dictateur. Les choses ont à peine changé dans les années 60 avec Le Journal d'Anne Frank et Jugement à Nuremberg. Le film de Sidney Lumet est donc "un acte très fort" pour l'époque, "un tournant" même, d'autant qu'il dénonce également "l'apartheid états-unien", le sort des Noirs américains dans un pays qui se vante de faire le bien. Jean-Michel Frodon admire la façon très originale dont Boris Kaufman filme la ville, comment les plans d'urbanisme ancrent dans le présent une histoire du passé et se démarquent de l'archétype traditionnel de la ville américaine, si souvent montrée dans les Films Noirs. Une analyse très intéressante.

Bande-annonce (2 min 24 s - SD upscalé - VOSTF)

En savoir plus

Taille du Disque : 41 686 966 514 bytes
Taille du Film : 33 208 846 464 bytes
Durée : 1:55:31.799
Total Bitrate: 38,33 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 16-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 16-bit)
Subtitle: French

Par Stéphane Beauchet - le 4 janvier 2022