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Test blu-ray

La Soif du mal

BLU-RAY - Région All
Universal Studios
Parution : 16 / 10 / 2018

Image

La Soif du mal est apparu pour la première fois en Blu-ray en 2011 dans la collection Masters of Cinema d'Eureka. L'éditeur anglais avait alors marqué le coup en proposant le film non seulement dans ses trois montages connus (cf. les détails dans la chronique de Claude Monnier) mais aussi dans deux formats d'image différents : le 1.85, plus large, pour lequel le film avait été pensé, et le 1.33 (image carrée et sans caches) qui était encore largement utilisé dans les salles à l'époque, et avec lequel il était proposé en vidéo ou à la télévision jusqu'en 1998. L'image des deux disques Eureka apparaît aujourd'hui techniquement moyenne, avec un niveau de détail perfectible et surtout une texture un peu épaisse. Les copies présentaient également des contrastes inégaux, des hautes lumières souvent "écrasées" ainsi que quelques instabilités de cadre parfois gênantes, durant certains passages des segments retrouvés. Enfin, le nettoyage était incomplet, essentiellement sur la version Preview, où subsistaient des petits points blancs abondants passés au travers d'une passe de nettoyage automatisé, calibré pour les zones les plus sombres. Ces mêmes masters étaient ensuite sortis en Allemagne en 2014, chez Koch Media.


master au format 1.33


master au format 1.85

Entre-temps, en 2012, La Soif du mal a eu les honneurs d'une sortie française, dans une collection qui fêtait les 100 ans du studio Universal. On retrouvait de nouveau les trois montages sur deux Blu-ray, mais cette fois proposés dans le seul format 1.85. Les masters HD étaient presque identiques à ceux de l'édition anglaise, mais se différenciaient cependant par des contrastes un peu plus soutenus.

Blu-ray Eureka (2011) vs. Blu-ray Universal Fr (2012)1  2  3  4  5

Il fallut attendre 2014 et la sortie américaine du Blu-ray Universal pour visionner le film dans des conditions optimales (ou presque) et une image qui fait, encore à ce jour, office de référence. Nous testons aujourd'hui l'édition 2018 (identique à celle sortie en 2014). La Soif du mal est ici présenté au seul format 1.85 et surtout sur un seul Blu-ray, avec les trois montages disponibles en seamless branching (le parcours de lecture passe d'une version à l'autre de manière invisible, selon le choix du spectateur, via un menu).

Le film a bénéficié d'une nouvelle restauration, sans doute en 2K ou 4K (nous n'avons trouvé aucune information précise à ce sujet). Les images, désormais entièrement stabilisées, sont d'une finesse palpable, grâce notamment à un niveau de détail bien mieux aiguisé. On remarquera toutefois quelques baisses plus ou moins drastiques de précision durant les traditionnels plans truqués (fondus) dont la fabrication occasionnait une perte de qualité, ou dans plusieurs plans à la mise au point fragile, conséquence d'une faible profondeur de champ ou d'un réglage approximatif au tournage (la caméra était toujours extrêmement mobile). Le manque de netteté de certaines parties de l'image est donc un défaut natif et non une maladresse de la restauration. De même, les éléments retrouvés dans les archives, qui ont été rajoutés au montage de 1958 pour les versions Preview ou Reconstructed, ne sont pas issus de négatifs mais de copies de travail, marrons ou interpositifs, et détonnent donc très légèrement en qualité par rapport au reste du film, notamment par une texture moins fine et des nuances de gris plus limitées. On note également quelques rayures verticales (dites "rayures peigne") ponctuelles et discrètes qui n'étaient pas présentes sur les éditions européennes. Cette nouvelle restauration se distingue aussi par un étalonnage général beaucoup plus efficace : les niveaux de noirs sont équilibrés, dénués de pulsations, et la gamme de gris apparaît solide et plus cohérente. Enfin, la texture argentique est respectée, avec un grain fin non dénaturé, peut-être moins présent que sur les copies européennes mais plus homogène et plus fin, sans souci majeur d'encodage. Du tout bon, enfin !

BR Universal Fr (2012) vs. BR Universal US (2014) : 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Son

La Soif du mal n'a pas seulement subi une restauration des images et du montage, mais également une révision détaillée de la bande-son. S'attachant toujours au fameux mémo de 58 pages rédigé par Orson Welles, le monteur et sound designer Walter Murch a reconstitué certains passages sonores tels que souhaités par le cinéaste. Les premières minutes, par exemple, possèdent un contenu sonore différent en fonction du montage : musique de Henry Mancini dans le montage original, sons et musiques d'ambiance (bars, autoradio) dans le montage reconstitué. D'un point de vue général, quelle que soit la version, l'ensemble a été scrupuleusement nettoyé des impuretés et du souffle. Les voix restent assez claires, malgré d'infimes dégradations ponctuelles. Les différences entre le montage original et les segments retrouvés des décennies plus tard sont indécelables. Un excellent travail, uniquement proposé en version originale.

Suppléments

La Soif du mal bénéficie d'une série de très bons commentaires audio qui ont malheureusement perdu leurs sous-titres français en traversant l'Atlantique.

La version reconstituée (1h51min) est complétée d'un premier commentaire avec Charlton Heston et Janet Leigh, accompagnés par le producteur du projet, Rick Schmidlin. Malgré quelques redondances avec des anecdotes racontées dans le documentaire, l'ensemble est vivant et assez rythmé, entre souvenirs du tournage, avis sur les scènes du film ou précisions sur le montage de cette version "ultime", et les variations par rapport à l'original. Ils évoquent en vrac (et entre autres) l'importance de "la bande-son qui anime le film", les plans tournés sans Welles, avec Harry Keller, qui fut félicité par le cinéaste dans son mémo, les différences de maquillage de Welles au cours du film, le travail sur les plans-séquences ou la photographie, avec l'importance des ombres... Rick Schmidlin revient seul, cette fois, dans un second commentaire axé sur les différents montage existants et ce projet de reconstitution "éthique", fidèle aux changements souhaités par Orson Welles, dans son fameux mémo. Il partage énormément d'anecdotes passionnantes sur ses recherches, racontant par exemple que le matériel mis à sa disposition par Universal fut enrichi par des documents de travail retrouvés dans le grenier d'un des cadres du studio de l'époque, désormais à la retraite. Il parle évidemment de sa collaboration avec Walter Murch, "le monteur le plus respecté du cinéma", et son indispensable implication dans le travail de conception sonore de La Soif du mal, à laquelle Welles le précurseur était si attaché. Excellent.

Le montage cinéma (1h36min) est complété par l'excellent commentaire de l'écrivain et cinéaste F.X. Feeney. Malgré quelques redondances inévitables, il livre une très bonne analyse de cette version courte, "la plus rythmée" et "bien plus l'oeuvre de Welles que la version préliminaire", qui influença Hitchcock pour Psychose. Feeney décortique en détail le film, les plans-séquences ou les moments tournés sans Welles, et pointe de nombreux détails disséminés par le cinéaste, qu'on découvre un peu plus à chaque vision : les figures récurrentes ("les poursuites en zigzag", les bric-à-brac), l'aspect grotesque ("un des langages principaux de Welles"), les ombres qui "commentent l'action comme un choeur grec", ou le casting composé de ses fidèles.

Enfin, la version Preview (1h49min) est complétée par le commentaire des spécialistes d'Orson Welles Jonathan Rosenbaum (qui a participé à la version reconstituée) et James Naremore. De manière plus classique, ils reviennent sur "le film le plus politiquement incorrect de Welles", ses sous-entendus sociaux, et l'opposition frontale entre un progressiste et un fasciste. Ils analyse la mise en scène, "toujours en mouvement", et expliquent les spécificités de cette version alternative.


Le mal prend vie (38 min - SD - 4/3 - VOSTF)
Un supplément en deux parties, produit en 2008 par le toujours très efficace Laurent Bouzereau, qui réunit une partie du casting original pour évoquer le tournage, et plusieurs témoins prestigieux pour parler d'Orson Welles et de La Soif du mal, dernier film qu'il tourna au USA. On retiendra certaines anecdotes sur les méthodes de travail d'un personnage hors du commun, cinéaste génial et intuitif qui tournait en un après-midi l'équivalent de deux jours de planning, "juste pour prouver qu'il le pouvait", ou qui réécrivait et restructurait une scène pendant le repas qui précédait les prises de vues. On revient évidemment sur le fameux plan d'ouverture, tourné jusqu'au petit matin parce que le garde-frontière oubliait ses répliques, et sur le style visuel très marqué de La Soif du mal, "une leçon aux cinéastes du monde entier", facilité par l'utilisation d'une des premières caméras 35mm conçue pour être tenue à l'épaule. On apprendra également que la participation de Marlene Dietrich, grande amie de Welles, n'était pas connue du studio, ou que Janet Leigh tourna une partie du film avec le bras dans le plâtre, blessée sur un précédent film. Jusque-là passionnant et bien trop court, la seconde partie s'attarde sur la post-production compliquée de La Soif du mal, comment Welles a perdu le contrôle du projet lorsque les cadres du studio, profitant d'une absence prolongée du cinéaste, ont révisé le montage et tourné des "scènes explicatives" supplémentaires, sans son accord. Le célèbre monteur oscarisé Walter Murch revient sur les différents montages connus (et même en VHS...) et raconte, à partir du fameux mémo de 58 pages, les changements que son équipe a opérés pour reconstituer la vision du cinéaste, des explications précieuses et limpides. Le documentaire se conclut sur quelques images des lieux de tournage à Venice, en compagnie du réalisateur Curtis Hanson.


On trouvera enfin la bande-annonce originale (2 min 10 - SD - VOSTF). Il manque celle de la version reconstituée, sortie en salle en 1998, et présente sur l'édition française.


En savoir plus

version reconstituée

Taille du Disque : 48 808 880 417 bytes
Taille du Film : 23 830 099 968 bytes
Durée : 1:50:41.050
Total Bitrate: 28,71 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 19,98 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 19980 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1852 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
* Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
Subtitle: English / 51,999 kbps
Subtitle: Spanish / 43,818 kbps
Subtitle: French / 42,507 kbps

version cinéma

Taille du Disque : 48 808 880 417 bytes
Taille du Film : 20 536 528 896 bytes
Durée : 1:35:23.550
Total Bitrate: 28,70 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 19,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 19972 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
* Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1854 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
* Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
* Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
* Subtitle: English / 52,074 kbps
* Subtitle: Spanish / 44,071 kbps
* Subtitle: French / 42,682 kbps

version "Preview"

Taille du Disque : 48 808 880 417 bytes
Taille du Film : 23 473 182 720 bytes
Durée : 1:48:59.824
Total Bitrate: 28,71 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 19,98 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 19982 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
* Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1852 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
* Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 192 kbps / DN -4dB
* Subtitle: English / 53,180 kbps
* Subtitle: Spanish / 44,810 kbps
* Subtitle: French / 43,507 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 15 juin 2020

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