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Test blu-ray

La Chair et le sang

BLU-RAY - Région B
Carlotta Films
Parution : 19 / 4 / 2022

Image

Pour son nouveau coffret Ultra Collector, Carlotta n'a pu concrétiser le miracle que beaucoup attendaient et, en l'absence de nouvelle restauration, reprend le seul master HD existant à ce jour, qui fut notamment édité en France en 2012 par Filmedia (disque aujourd'hui épuisé) puis en 2014 chez Kino Lorber, aux Etats-Unis.

Cette restauration, qui ressemble à un télécinéma, a sans doute été effectuée à la fin des années 2000. L'image présente une qualité forcément datée mais encore correcte puisque l'impression de Haute-Définition est bien là : il reste du détail, une certaine stabilité et l'ensemble est assez bien nettoyé. On ne peut en même temps ignorer que l'image possède aussi les limites techniques de son temps : le rendu manque encore du naturel argentique que l'on sait restituer aujourd'hui, la patine générale sent beaucoup la retouche électronique. Pour renforcer le piqué et compenser un trait nativement peu aiguisé, on a appliqué (heureusement de façon modérée) une accentuation des contours. La palette de couleurs apparaît un peu restreinte, contrebalancée par une saturation parfois assumée et des retouches artificielles sur certaines scènes (celles censées être éclairées à la bougie, notamment), sans pour autant éviter des raccords couleur parfois peu homogènes. Si l'on trouvera une petite dérive magenta plus affirmée que sur l'édition Filmedia de 2012, le disque Carlotta en améliore cependant un défaut non négligeable : le film est enfin proposé en France à son cadencement original de 24 images par secondes, là où l'ancien Blu-ray (en 1080i et à 25 images/s) était légèrement accéléré. L'encodage de ce nouveau Blu-ray évite tout lissage abusif, restituant idéalement un grain bien présent, mêlé en même temps à un peu de bruit vidéo (ce qui peut donner un rendu brouillon dans les montées de grain des scènes en basse lumière).

En attendant LA restauration 4K que les fans de Paul Verhoeven attendent (et qui finira bien par arriver), cette réédition reste encore la meilleure façon de voir le film aujourd'hui...

Son

La version originale est proposée dans un mixage stéréo de bonne facture, où un certaine qualité de détail est conservée, avec une spatialisation palpable et une bonne présence de la musique. L'ensemble se montre bien équilibré et très propre, sans souffle mais avec de légères sifflantes. La version française, en mono, soutient plus difficilement la comparaison : le rendu est plus caverneux et plus couvert, la dynamique est sensiblement plus terne, l'ensemble est beaucoup moins détaillé. On notera que la tonalité de cette VF est plus grave qu'en VO.

Suppléments

Comme c'est la tradition, ce coffret Ultra Collector bénéficie d'un visuel inédit, cette fois réalisé par Pete Lloyd. Il propose le film en DVD et en Blu-ray, et comprend Comment survivre, un livre de 160 pages écrit par Olivier Père, directeur de l'Unité cinéma d'Arte France. Reprenant dans de multiples allers-retours les spécificités de ce film "annonciateur" au sein de la filmographie d'"un des plus grands cinéastes en activité", le journaliste et critique fait une brillante analyse du cinéma de Paul Verhoeven, "trivial jusqu'à la démesure", dont l'esprit provocateur, le goût de ironie, l'"outrance satirique" sont portés par un style "excessif et agressif" qui ont bousculé les conventions et le puritanisme anglo-saxon. Olivier Père dissèque longuement La Chair et le sang, la fascination pour la violence toujours accompagnée d'un regard critique, l'aspect allégorique qui le rapproche de l'"entreprise démystificatrice" de Sergio Leone, la représentation du Moyen-Âge entre fiction et fantaisie, écartelée "entre le putride et le romantique" (la scène de l'arbre aux pendus), dans une transposition d'époque du canevas de La Horde sauvage, mêlée à d'autres références cinéphiles ou artistiques. Olivier Père raconte l'"obsession du cinéaste pour la guerre" qu'il a connue enfant, et de sa vision "indissociable du fascisme", ou parle de l'"imposture religieuse", instrument de pouvoir notamment personnifié par le cardinal charlatan et manipulateur. Il examine la représentation de la sexualité, les unions charnelles "riches en significations" ou le "courant libidinal qui irrigue ses films", et s'arrête sur le personnage central féminin, "mélange d'intelligence perçante et de caractère impénétrable", qui annonce les héroïnes du cinéma de Verhoeven, puissantes et libres, incarnations d'une "féminité victorieuse" qui refuse le statut de victime. Il raconte la production de La Chair et le sang, qui permettait à Verhoeven d'échapper à "l'étroitesse du cinéma néerlandais" mais qui se révèlera "un traumatisme" à la "désorganisation à peu près totale" : le tournage se transforma en "conflit inattendu", se déroulant "dans le bruit et la fureur" à cause d'un Rutger Hauer aussi démotivé que peu reconnaissant. Le récit d'Olivier Père est accompagné d'un cahier de photographies pour la plupart inédites, signées François Cognard, "jeune journaliste touriste" envoyé sur le tournage pour le magazine Starfix, qui raconte ses souvenirs dans un entretien inédit.

Commentaire audio de Paul Verhoeven (VOSTF)
Le réalisateur se prête à ce commentaire inédit en France, car produit pour l'édition américaine de 2014. Très à l'aise dans l'exercice, il se révèle loquace et très précis, partageant de nombreux souvenirs de tournage, ses contraintes et ses regrets avec une certaine franchise. Malgré une petite tendance à raconter les scènes que l'on voit à l'écran, il complète toujours le propos en analysant les caractéristiques, les motivations des personnages, ou les faits historiques qui les ont inspirées. Il évoque les différents lieux du tournage en Espagne, s'improvisant presque conseiller touristique, et revient par exemple sur la censure américaine, la concurrence historique du christianisme et de la sexualité, la première trame de l'histoire avant qu'elle ne soit modifiée par un changement de production...


Rencontre avec Paul Verhoeven (22 min - SD - VOSTF)
Repris de l'édition Filmedia, un excellent entretien qui montre un cinéaste plutôt critique sur son travail, notamment pour les dialogues qu'il considère mal écrits car il ne maîtrisait pas encore assez l'anglais, et peut-être surtout trop déclamés ("sans le son, le film est mieux"). Il évoque avec une certaine franchise le tournage compliqué de La Chair et le sang, ses relations dégradées avec Rutger Hauer, qu'il reconnaît aujourd'hui avoir poussé à travailler sur le film contre sa volonté. Ce film lui permet de retrouver son scénariste fétiche, Gerard Soeteman, avec qui il avait écrit une série médiévale pour la télévision, une sorte de Ivanhoé hollandais, qui confirme sa passion pour l'Histoire. Il se souvient des recherches effectuées pour "recréer le passé le mieux possible", essayer d'être médiéval sans être forcément tout à fait exact, comme lorsqu'il s'inspire des vêtements représentés sur les peintures de l'époque. Il explique divers éléments qui composent le film : l'importance du mouvement dans la mise en scène, l'utilisation du Mal pour dynamiser la dramaturgie, le sexe "pour exprimer des choses plus profondes", la religion montrée comme "un outil pour manipuler les gens", évoquant au passage un projet sur Jésus, "le plus gros mensonge du monde", qui n'aboutira jamais. Il revient également sur la "demi-transition" que représente La Chair et le sang, financé par les Américains mais tourné en Europe, et sur cette période de sa carrière où il en a assez des producteurs hollandais compliqués, où la tentation de plus en plus grande d'Hollywood sera bientôt actée... grâce à sa femme.

Entretien avec Gérard Soetman (18 min - HD)
Produit pour le Blu-ray allemand de 2013, une rencontre éclairante avec le scénariste du film qui raconte les premières idées d'écriture, l'histoire d'un vieux soldat sur laquelle ont été greffés des récits d'officiers espagnols pendant la révolte des Pays-Bas. Il raconte comment l'art visuel du passé peut inspirer l'écriture des scénarios, et la façon dont il a structuré les personnages en prenant comme modèle la hiérarchie nazie, explique le sens caché de certains détails (Hawkwood est l'Angleterre, Johan est l'Amérique inventive et puissante, les morceaux de chiens catapultés représentent les bombardement de la guerre) dans un film qui parle en fait de fascisme. Il explique sa collaboration en confiance avec Paul Verhoeven, leur façon de travailler dans des "échanges constants" pendant des années avant que les projets puissent se concrétiser. Il raconte la pression et la censure des producteurs américains, évoque Jennifer Jason Leigh, "une actrice extraordinaire" qui a marqué les esprits, ou le manque de loyauté de Rutger Hauer pour un cinéaste qui avait fait de lui une star aux Pays-Bas.


Composer La Chair et le sang (13 min - SD - VOSTF)
Produit pour le DVD américain sorti en 2004, un entretien intéressant avec le compositeur Basil Poledouris qui évoque son "expérience incroyable" avec Paul Verhoeven sur La Chair et le sang, précisant comment s'est déroulée leur collaboration, souvent à partir de notes faxées, pour le choix des tonalités de certaines scènes, des ambiances de spiritualité ou d'aventures, l'utilisation de certains instruments d'époque. Il donne son avis sur le film, "conquis" par les aventures de ces "pirates terrestres", montrés avec "une honnêteté brute de décoffrage", et raconte sa façon de travailler, les mélodies qu'il trouvait d'abord au piano ou le style de la musique de film qui a désormais changé, moins mélodique, ressemblant davantage à de la musique concrète pour souligner les effets psychologiques, qu'il compose aujourd'hui sur ordinateur pour un rendu "plus immédiat".

Bande-annonce (2 min 35 s - HD - VOSTF)

En savoir plus

Taille du Disque : 44 797 562 082 bytes
Taille du Film : 33 433 163 328 bytes
Durée : 2:07:52.873
Total Bitrate: 34,86 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,66 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29669 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1697 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1330 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: English / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 256 kbps / DN -1dB
Subtitle: French / 21,321 kbps
Subtitle: French / 0,014 kbps
Subtitle: French / 53,101 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 16 mai 2022