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Test blu-ray

L'Homme de Rio

BLU-RAY - Région B
TF1 Vidéo
Parution : 15 / 5 / 2013

Image

Pour la restauration d'un film mythique tel que L'Homme de Rio, TF1 Vidéo s'est engagé à proposer un nouveau master exemplaire. Dire que celui-ci fait complètement oublier le DVD sorti en 2003 par MGM est un euphémisme. Ce dernier, des plus grossièrement zoomé (mais toujours en 1.66, voir les images ci-dessous), présentait entre autres joyeusetés de nombreuses salissures, une colorimétrie peu fidèle et une définition au rabais. Cette nouvelle édition de 2013 retrouve la beauté des origines et s'offre une cure de jouvence bienvenue. En premier lieu, on a droit à une copie superbement immaculée et harmonieuse, après restauration des divers éléments épars retrouvés et traités par les équipes de TF1 Droits Audiovisuels et TF1 Vidéo.

Conjointement à cette propreté exemplaire, nous sommes ravis de pouvoir visionner un master respectueux du grain cinéma d'origine, auquel aucun effet spécial destructeur n'a heureusement été appliqué - un aspect qui nous préoccupe tout particulièrement sur DVDClassik. Et quand s'ajoutent à cela une excellente définition (certes variable en raison des conditions particulières de tournage) et une compression quasi parfaite, on ne peut que sauter au plafond. "Quasi parfaite" car il faut déplorer quand même une mystérieuse erreur technique de compression (à 62 min 36 s, sur un plan rapproché de Françoise Dorléac et Adolfo Celi) avec l'apparition d'un effet de macroblock très disgracieux sur une image - chose surtout visible en vidéo-projection. Sur une seule image certes, on acceptera donc d'être accusés de pinaillage mais on se devait de le relever. La luminosité du master est également à mettre au crédit de cette belle restauration. Une luminosité peut-être trop poussée, car cohabitent avec elle des contrastes qui manquent de profondeur, les noirs n'étant pas tout à fait noirs. Enfin, si les couleurs se montrent enfin à leur avantage, vaillantes et régulièrement saturées, on doit noter la présence - plus ou moins accentuée selon les scènes - d'une dominante jaune. On ira là aussi probablement chercher la cause dans les conditions de tournage et le choix de la pellicule d'origine. Les dernières copies en circulation du film (à la télévision ou sur le DVD de 2003) nous avaient sans doute également habitués à une vision non fidèle de la colorimétrie originale de ce film. Il n'en reste pas moins que certains spectateurs pourraient se montrer un peu gênés par cette dominante ; cela dit, le résultat n'est pas toujours le même selon les diffuseurs et cet aspect en vidéo-projection n'est pas réellement incommodant. En conclusion, si notre regard se veut toujours aussi pointilleux, on ne peut que témoigner de notre admiration globale devant le travail impressionnant accompli sur l'image par TF1 Droits Audiovisuels et TF1 Vidéo.

Son

Comparativement à l'excellente impression que nous a produite la partie image, la partie son du Blu-ray se révèle plutôt décevante. A vrai dire, la piste sonore s'avère le parent pauvre de la restauration exemplaire de L'Homme de Rio. Une fois que cela a été dit, et avant de monter sur ses grands chevaux, il faut tout de suite en expliquer les raisons fort logiques. Il faut savoir que le film a été tourné avec un simple son témoin, sur lequel on entend le vrombissement insupportable du moteur de la caméra Caméflex qui a servi au tournage. Le choix de postsynchroniser l'ensemble avait été fait dès la mise en place du projet, ce qui apparaît évident même pour les plus néophytes des spectateurs puisque la postsynchronisation des voix produit fréquemment un décalage visible à l'oeil nu. Il fallait alors composer avec les limites techniques des studios d'enregistrement de l'époque et c'est ainsi que l'on se retrouve avec des voix suraigües, souvent mal calées et possédant une faible dynamique. Cela n'a heureusement aucune incidence sur la qualité de jeu des comédiens, mais on note souvent un manque de clarté dans les dialogues. Cela dit, il est certain que la piste sonore a été nettoyée, car on n'y relève aucun véritable défaut. De plus, les bruitages ont été refaits en studios et Stéphane Lerouge - restaurateur de bandes originales de films et responsable d’une collection au sein de Universal - a pu retrouver par miracle le mixage stéréo de la musique de Georges Delerue qui lui offre une très belle ampleur. En conclusion, on a l'impression d'écouter une bande-son un peu déséquilibrée, entre d'un côté une musique et des effets sonores de bonne qualité et de l'autre des voix effacées et nasillardes. Il faudra s'en accommoder en sachant tout de même que cela ne gêne qu'assez peu la vision du film dans son ensemble. Enfin, TF1 Vidéo propose une piste Audiodescription pour les aveugles et malvoyants, sur laquelle deux voix (un homme et une femme) se relaient pour commenter l'action entre les dialogues.

Suppléments


Les aventures d'Adrien : l'affaire Catalan (63 min -16/9 - DD 2.0 - HD - 2013)

TF1 Vidéo propose un documentaire exemplaire de plus d'une heure qui embrasse avec une belle fluidité tous les éléments constitutifs de l'aventure du film et qui parvient, petit miracle s'il en est, à rendre L'Homme de Rio encore un peu plus attachant qu'il ne l'est déjà. Ecrit et réalisé par Jérôme Wybon, ce film - efficace par sa formule consacrée mais très loin du didactisme coutumier du genre - nous invite à prendre connaissance de l'évolution du projet, de son écriture jusqu'à sa postérité, et sans jamais se départir de son idée première : celle de rendre compte d'un projet à la fois original dans sa facture et mené par une bande d'amis, unis par des valeurs communes, et à la fois dédié à la célébration d'un esprit hérité d'un monument de la culture populaire francophone, les Aventures de Tintin. Pour ce faire, Wybon a pu réunir des témoignages consistants de quelques acteurs et témoins de la fabrication du film et y a adjoint des interventions éclairantes de spécialistes ; il a également déniché des extraits d'interviews fort à propos de Philippe de Broca (des extraits audio de 1964, mais surtout vidéo de 1995 tirés d'une émission belge), de Jean-Paul Belmondo (enregistrés à l'époque du film) et enfin de Hergé (datant de 1969 et 1970). Les intervenants sont Philippe Lombard (journaliste et écrivain, auteur de Tintin, Hergé et le cinéma), Olivier Rajchman (journaliste et historien du cinéma), Jean-Paul Rappeneau (réalisateur et scénariste, coscénariste de L'Homme de Rio), Ariane Mnouchkine (metteur en scène, réalisatrice et coscénariste de L'Homme de Rio), Jean-Paul Schwartz (cameraman sur L'Homme de Rio), Olivier Gérard (assistant réalisateur de L'Homme de Rio) et Stéphane Lerouge (spécialiste de la musique de film).



Dans un ordre chronologique (mais jamais trop assené), le documentaire aborde les thèmes suivants : les sources du projet (un démarquage assumé et revendiqué de Tintin, un voyage au Brésil entre potes qui a décidé de la mise en chantier du film) ; le rôle et l'engagement du producteur Alexandre Mnouchkine, qui avait horreur du burlesque mais faisait néanmoins confiance à ses jeunes protégés ; l'écriture du scénario à quatre avec les contraintes y afférant ainsi que l'évolution du script avec les trouvailles de chacun (les apports de Rappeneau et de Boulanger s'avèrent déterminants) ; le portrait de Daniel Boulanger et sa vivacité d'esprit ; l'humour particulier du film ; l'imagination de Philippe De Broca autour du concept des statuettes ; les éléments tirés des Aventures de  Tintin, comme par exemple la séquence d'ouverture avec le vol de la statuette (L'Oreille cassée) et la malédiction des explorateurs (Les 7 boules de cristal) ; l'importance du personnage féminin et l'insistance du cinéaste pour engager Françoise Dorléac, sur laquelle revient Olivier Gérard ; le repérage en Amazonie et le casting brésilien ; différentes histoires de tournage et des anecdotes amusantes autour d'une équipe réduite à 5-6 personnes ; la collaboration essentielle entre Gil Delamare et Jean-Paul Belmondo sur les nombreuses cascades, et l'évocation du personnage Delamare (son travail, sa personnalité) ; le décorticage de la scène du saut en parachute et de la menace du crocodile ; le tournage de la castagne dans le saloon sur pilotis avec des parachutistes qui jouent les clients bagarreurs ; les cascades en haut de l'immeuble à Brasilia, commentés en off par Belmondo et Olivier Gérard, avec les risques encourus et les douleurs physiques ; la personnalité de Belmondo entre concentration, discipline et grâce constante ; l'évocation du personnage Philippe De Broca l'hyperactif, sa fougue lors de la mise en place des scènes et son virage vers le cinéma spectacle ; un visionnage des rushes problématique avec un son témoin pénalisant ; l'apport du compositeur Georges Delerue ; le succès énorme en France et à l'étranger, ainsi que la réception du film aux USA ; et enfin la postérité de L'Homme de Rio avec notamment son influence sur Steven Spielberg et Indiana Jones.



Frères de cinéma (9 min 18 - 1.85 16.9 - DD 2.0 - HD - 2013)

Dans ce module, Jérôme Wybon interroge Jean-Paul Rappeneau sur sa collaboration et ses rapports personnels avec Philippe De Broca. On apprend alors que les deux réalisateurs/scénaristes, après L'Homme de Rio et Le Magnifique, ont travaillé ensemble quatre fois sans que Rappeneau ne soit finalement crédité au générique. La complicité artistique s'avéra souvent difficile sur un plan créatif entre les deux hommes, même si leur travail d'écriture en commun n'excluait jamais l'allégresse et la bonne humeur. Rappeneau revient aussi sur les méthodes de travail avec Michel Audiard, peu féru de construction dramatique et qui intervenait surtout pour les dialogues. On y voit à l'occasion quelques extraits de Tendre poulet (1978) et du Cavaleur (1979) de Philippe De Broca. Jean-Paul Rappeneau prend également plaisir à dire que ses films ont souvent influencé ceux de De Broca ; il faut avouer que cela recouvre une certaine réalité (les ressemblances évidentes entre Le Sauvage et L'Africain, par exemple, en attestent). Rappeneau se révèle un excellent client en interview : sa sagacité, son intelligence piquante et ses connaissances font que l'on se prend à trouver ce document bien trop court. Enfin, la quantité de photos originales exploitées par ce module est toujours un régal pour les yeux.


Léger et grave (13 min - 1.85 16/9 - DD 2.0 - HD - 2013)

Dans ce troisième complément, c'est au tour de Stéphane Lerouge, spécialiste de musique de film, de faire l'objet d'une interview thématique. Lerouge avait pour projet de concevoir une anthologie musicale Delerue/De Broca quand il fit la connaissance du cinéaste dans les années 90. Selon Philippe De Broca, Georges Delerue apportait de la profondeur et de la gravité à ses films. Stéphane Lerouge aborde ainsi - dans le temps qui lui est imparti - la personnalité et l'approche artistique de ce très grand compositeur français, dont la collaboration étroite avec De Broca n'est en effet pas celle que l'on met souvent en avant. Lerouge précise même que dans L'Homme de Rio, Delerue commence à s'éloigner de sa veine tendre et mélancolique. A l'occasion de ce module, on nous fait profiter d'un document exceptionnel datant de 1981 : une interview télévisée de Philippe De Broca et de Georges Delerue assis à un piano. Dans cet extrait amusant et émouvant, le cinéaste lance même un défi à son collègue compositeur surpris, celui d'improviser sur le moment une musique destinée à son prochain film (qu'on devine aisément être L'Africain). Enfin, Stéphane Lerouge aborde le problème de la restauration de L'Homme de Rio, entre image pimpante et son de qualité médiocre, qui crée un décalage inévitable. Néanmoins, on devra heureusement à ce dernier l'apport au master actuel restauré du mixage stéréo de la musique de Georges Delerue - on peut apprécier la différence grâce à un comparatif entre deux mêmes extraits du film (en mono et en stéréo).

Bande-annonce originale (2 min 53 - 16/9 - DD mono 2.0 - HD - 1964)

Cerise sur la gâteau de cette édition vidéo, le réalisateur des suppléments Jérôme Wybon a pu mettre la main sur le film-annonce original de L'Homme de Rio, pour la première fois disponible depuis sa sortie. Dans ce petit film de moins de 3 minutes, on est accueillis par Jean-Paul Belmondo qui nous présente son aventure avec force ironie, prétextant avoir été abusé par Philippe De Broca qui lui promettait un tournage décontracté et reposant. Après de nombreux extraits du film qui voit l'acteur courir et sauter partout, on retrouve à la fin Belmondo plâtré à l'hôpital, une image qui conclue ainsi avec dérision une bande-annonce qui se révèle une sacrée découverte doublée d'un plaisir évident.

Par Ronny Chester - le 24 mai 2013