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Test blu-ray

Jabberwocky

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 17 / 2 / 2021

Image

Le premier long métrage tourné en solo par Terry Gilliam, jusqu’à alors inédit en France (en DVD comme en Blu-ray), arrive enfin dans nos contrées, et ce dans des conditions techniques presque irréprochables pour un film qui dissimule son budget modeste derrière une imagerie baroque et foisonnante (entre fantasmagorie, réalisme sordide et sens du grotesque) et des audaces visuelles caractéristiques du style débridé du cinéaste qui se met progressivement en place. Carlotta a pu mettre la main sur le master restauré de Jabberwocky destiné à l’éditeur américain Criterion en 2017. La restauration 4K avait été entreprise conjointement par The BFI National Archive et The Film Foundation à partir du négatif original 35mm, sous la supervision de Terry Gilliam, et fut confiée aux laboratoires L’Immagine Ritrovata et Silver Salt. Parfaitement stable et nettoyé de toutes les impuretés, ce master a surtout l’avantage de rester fidèle à la texture filmique d’origine. Avec sa nature volontairement « craspec » qui rappelle Sacré Graal ! et sa photographie sombre aux dominantes vertes et terreuses, Jabberwocky se présente à nous tel que les spectateurs de l’époque l’avaient découvert, sans « remise au goût du jour » synonyme de trahison. L’apport de la Haute Définition vient parfaire les choses, d’autant que les choix graphiques n’étaient pas de nature à rendre l’opération aisée : fumées, brouillard, éclairage filtré et tamisé, contre-jours, sources lumineuses ponctuelles dans le champ (feux, bougies) lors de scènes diurnes ou peu éclairées, toutes les difficultés étaient de mise pour obtenir un rendu vidéo dégradé. Heureusement, c’est tout l’inverse qui se produit, les obstacles sont franchis haut la main grâce à un encodage parfaitement maîtrisé. Alors certes, il faudra composer avec la forte granulosité générale de l’image (certains plans semblent même avoir été filmés à travers un canevas) mais cette caractéristique fait partie intégrante du style adopté par Gilliam et son chef opérateur ; néanmoins certains plans rendent probablement compte de quelques problèmes survenus au tournage. On ne se plaindra donc pas de l’aspect argentique, ici bien présent et totalement respecté. De même qu’il faudra composer avec des contrastes assez poussés, au point que les noirs en ressortent complètement bouchés. Du côté de la définition, l’ensemble apparaît assez précis avec certes des variations (un rendu plus doux et fin ou plus brut et granuleux selon les cas) mais, globalement, le niveau de détail reste très appréciable au niveau de la peau, des décors et des textures, et le rendu de la profondeur de champ est à saluer. Quant à la colorimétrie, respectueuse du matériel d’origine comme nous le soulignions ci-dessus, elle se caractérise par de fortes saturations et des teintes franches conformes aux différents environnements traversés (heureusement, il n’y a pas eu d’uniformisation destructrice ni de dominante factice adoptée lors de l’étalonnage). En conclusion, c’est de l’excellent travail.

Son

Ce Blu-ray ne présente que la version originale, mais disponible dans deux configurations DTS-HD Master Audio : le mono d’origine et un remixage multicanal. Les deux bandes-son ont été nettoyées et offrent un rendu plutôt clair des différentes sources, mais elles montrent plusieurs différences. La piste mono est évidemment plus étriquée mais aussi plus naturelle et cristalline, notamment dans le rendu des voix. La piste 5.1 apporte une vraie plus-value au niveau de l’ouverture sonore (essentiellement frontale), les ambiances et les effets sonores en tirent le meilleur parti. On gagne ainsi en spatialisation, en profondeur, en vivacité (quand les dialogues se chevauchent, par exemple) et en puissance (les basses sont tonitruantes par rapport à la version mono), mais on perd un peu en équilibre, en naturel et en limpidité ; de plus, l’atmosphère sonore générale semble un peu plus étouffée. Libre à chacun de faire son choix mais la bande-son 5.1 n’est heureusement pas un gadget.

Suppléments

Pour ses suppléments, Carlotta a réussi à obtenir la majorité des compléments de programme conçus pour l’édition Criterion de 2017.

« Jabberwocky » : bonne absurdité (41 min - 16/9 - DTS-HD 2.0 - VOST - 2017 - HD)
Ce documentaire rétrospectif recueille les témoignages de Terry Gilliam, des acteurs Michael Palin et Annette Badland, et du producteur Sandy Lieberson. Il s’agit ici de donner un aperçu d’ensemble de la fabrication du film et des motivations de chacun. Le cinéaste, fervent admirateur de Lewis Carroll, a toujours aimé son poème Jabberwocky  avec ses sons mystérieux, son absurdité et ses sens cachés, et a pu obtenir de son producteur de l’adapter alors qu’ils travaillaient ensemble sur un autre projet. L’excentricité de Gilliam est mise en avant par les intervenants, ainsi que son goût pour l’absurde. On apprend que Jabberwocky fut un projet facile à monter en raison du succès des Monty Python : l’écriture du scénario en cinq mois avec l’ami scénariste Charles Alverson, le montage financier rapide avec la volonté de maîtriser un petit budget. Le personnage de Dennis est analysé brièvement, la figure même de « l’innocence », un « héros improbable » qui n’a aucun rêve de grandeur. Le symbole amusant de la patate, objet d’amour pour Dennis, est abordé ainsi que le personnage de Giselda, moins présent physiquement que dans l’esprit du personnage de Dennis tout au long du film. Badland se remémore son casting pour le rôle de cet être « peu attirant » et Gilliam vante l’implication de l’actrice dans ce personnage vulgaire et repoussant. Ce qui permet de parler du côté caricatural et grotesque des personnages et du film dans son ensemble.



Terry Gilliam évoque ses influences graphiques, à savoir Jérôme Bosch et surtout Pieter Bruegel pour l’ambiance du Moyen Âge. Le tournage en lui-même est ensuite décrit, aux Studios Shepperton et en décors réels. Bien sûr, on revient sur l’importance du travail de Terry Bedford, directeur de la photographie formé auprès de Ridley Scott, avec ses noirs imposants. Le casting est également évoqué puisque a été réuni « le bottin mondain de la comédie britannique », notamment Max Wall qui campe le roi. Gilliam, après avoir décrypté un élément autobiographique qui compte à ses yeux, avoue aimer le monde structuré du Moyen Âge, qu’il s’amuse à la fois à déformer et à rendre plus réaliste. De son côté, Michael Palin souligne l’importance du sous-texte politique discret des Monty Python. On en vient au personnage stupide de la princesse éloignée des réalités du monde et à la présence des femmes dans ce monde masculin. Puis Gilliam vante les mérites des créateurs des costumes, des armures et des maquillages, et s’amuse à rappeler le gag du sang qui gicle pour manifester la violence extrême des duels. Enfin, le documentaire s’achève par la réception critique mitigée du film à sa sortie malgré un « un gros succès financier » surtout en vidéo et par le fait que Jabberwocky annonce les films de Gilliam à venir.



Valerie Charlton : naissance d’un monstre (14 min 45 - 16/9 - DTS-HD 2.0 - VOST - 2017 - HD)
La conceptrice de créatures nous accueille dans son studio et nous présente quelques créations : des sculptures de trois membres des Monty Python ! Puis Valerie Charlton commence à nous parler de son travail à partir du premier croquis qui a servi à créer le Jabberwocky  - « un dessin doit puer » selon Terry Gilliam. La collaboration fut étroite avec le cinéaste. Elle insiste sur le concept singulier de Gilliam, aborde ses essais de nouveaux matériaux au moment où elle se fait enlever le projet. Mais plusieurs défauts de conception du monstre par son remplaçant l’ont remise en selle. Travail dans l’urgence avec ses assistants, accumulation d’accidents et de problèmes, exigences de Gilliam, rien ne lui a été épargné. Charlton décrit en détail la fabrication du Jabberwocky et révèle les astuces du cinéaste pour filmer la créature et la rendre plus imposante qu’elle n’était. La performance de mime de Peter Salmon est évoquée ainsi que l’animation compliquée de la créature (elle insiste sur la nation de mouvement, essentielle à ses yeux). Charlton a finalement acquis sa liberté de création sur Bandits, bandits et termine son intervention en citant ses réalisations sur Dark Crystal et Labyrinthe.



Ouverture originale du film (3 min 36 - 4/3 - DD 2.0 - VOST - HD)
Il s’agit ici de l’ouverture du film au moment de sa sortie en Angleterre. Pour la distribution aux Etats-Unis, Terry Gilliam avait très légèrement modifié son montage et surtout inséré des reproductions de peinture sur cette séquence et développé la narration en voix off. Pour la version restaurée définitive de Jabberwocky, le réalisateur a décidé de conservé l’ouverture américaine.

Des croquis à l’écran - Carnets de dessin de Terry Gilliam (7 min - 4/3 - DD 2.0 - VOST - 2001 - SD upscalée)
Cette section propose des comparaisons entre plusieurs dessins conçus par Terry Gilliam et le résultat à l’écran. Un document intéressant qui montre comment les intentions du cinéaste ont été plus ou moins respectées.


« Jabberwocky » de Lewis Carroll (1 min 27 - 16/9 - DTS-HD 2.0 - VOST - 2017 - HD)
Les comédiens Michael Palin et Annette Badland sont filmés en train de lire le poème.

Bande-annonce originale (1 min 27 - VOST - HD) et bande annonce 2019 (1 min 25  VOST - HD)
Ces deux films-annonces, qui en fait sont les mêmes, ont été joliment restaurés.

Par Ronny Chester - le 2 juillet 2021