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Test blu-ray

Ipcress : Danger immédiat

BLU-RAY - Région B
Elephant Films
Parution : 26 / 8 / 2014

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Ipcress : Danger immédiat fut l'un des films d'espionnage les plus emblématiques des années 1960. Il convient par ailleurs de souligner qu'il est devenu un objet culte au fil des ans. Le film connut dans l'hexagone plusieurs sorties vidéos jusqu'à aujourd'hui. Il fut tout d'abord édité par PVB dans une belle édition collector sortie en 2003. On y trouvait alors le film, joliment présenté, accompagné du CD de la bande originale complète. Il ressortit en 2005 pour une édition plus simple, toujours chez PVB. Ce dernier ayant mis la clé sous la porte, les droits furent récupérés par Seven 7 qui tira une éphémère édition DVD contenant excactement les mêmes spécificités que chez son prédécesseur. Le film demeurait depuis épuisé, plus difficilement trouvable, si ce n'est chez quelques fournisseurs disposant encore de stocks.

Or, l'éditeur Elephant Films ressort aujourd'hui cette oeuvre marquante en deux éditions : une édition DVD, et une édition Blu-ray/DVD (disposant des deux formats). Mieux encore, l'éditeur ressort plusieurs titres jadis édités par PVB, et cette fois-ci dans des éditions Blu-ray/DVD également : L'aigle s'est envolé (très bon film de guerre avec Michael Caine, ultime réalisation de l'illustre John Sturges), Elémentaire mon cher Lock Holmes (remarquable et hilarante comédie adaptée de l'oeuvre de Sir Arthur Conan Doyle, toujours avec Michael Caine) et Le secret du rapport Quiller.

Ipcress : Danger immédiat revient donc cette fois-ci en HD (1080p). Après comparaison, il semble bien que le blu-ray du film parte visiblement de la même source que celle utilisée pour le blu-ray britannique Network paru cette année (à peine un mois plus tôt). La copie est très stable, profitant par ailleurs d'une restauration fort visible. Pas de rayures, pas de scratches, aucune mouvance... On ne dénote pas non plus d'abus de DNR ni de Edge enhancement. Un travail dès lors propre et sérieux, même si l'ensemble manque peut-être d'un peu de luminosité. Le film parait un poil sombre, mais il convient de préciser que la comparaison pour ce genre de résultat s'effectue souvent vis-à-vis des précédentes éditions, ce qui tend à fausser le jugement général. Un grand nombre de films des années 1960 et 1970 paraissent de nos jours plus sombre sur support blu-ray, et cela n'est pas dû à une mode particulière, mais bien au fait que ces oeuvres étaient un peu moins "exposées" que ce que l'on pensait jusqu'ici. En l'occurence, si l'édition DVD de chez PVB faisant autorité en 2003, elle parait en revanche totalement dépassée si l'on la compare avec celle de chez Elephant. Le grain cinéma semble conservé la plupart du temps, mais cette fois-ci sans granulosité vidéo suspecte. Les couleurs sont bien plus naturelles aujourd'hui, et les contrastes beaucoup plus convaincants. Les noirs ne tirent plus vers le gris et s'avèrent plus profonds.

Le rendu HD est quant à lui un peu plus discutable. Bien sûr, la globalité du film en profite bien, surtout durant les scènes de jour, et notamment celles en extérieurs. La clarté de ces passages fait honneur au support. C'est moins probant durant les scènes d'intérieurs, parfois un peu trop douces. Reste ainsi un beau blu-ray, accrocheur et respectueux du film, mais un peu en-dessous du niveau que l'on aurait pu attendre. Cela étant, l'éditeur n'est pas à fustiger sur ce point, car rappelons que le film possède un nombre invraissemblable de focales différentes, de changements de colorimétrie réguliers et de sources de lumière plus ou moins faciles à gérer. Ipcress : Danger immédiat est un film difficile à transférer sur ce genre de support, et l'on peut être à peu près certain que l'on aura guère mieux dans les années à venir. Pour ces raisons, et malgré les quelques réserves qu'il fallait bien énoncer afin de procéder à une démarche honnête, cette édition Elephant s'avère bien, avec celle de chez Network, celle de référence.

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Voici un comparatif entre les deux copies exploitées sur support DVD (édition PVB et Seven 7 en haut / édition Elephant en bas) :

On apperçoit très nettement les différences de traitement. La nouvelle édition de chez Elephant présente des couleurs plus chaudes, un rendu plus homogène et une meilleure saturation. La peau du visage parait plus réaliste et moins "pâle". L'ancienne édition PVB/Seven 7 présentait en outre un léger voile rosâtre assez énervant et qui faisant dès lors quelque-peu mentir la colorimérie. A noter que la nouvelle édition présente enfin plus d'informations sur les côtés (l'ancienne présente un recadrage évident).

Les scènes d'extérieur sont encore plus marquées. Par exemple, la façade du bâtiment est ici plus détaillée chez Elephant et la compression de l'image bien moins visible. Cela se retrouve enfin dans la stabilité d'ensemble et dans l'absence de "grésillement" intempestif de l'image désormais. Bref, en un mot comme en cent, la nouvelle édition enterre très largement l'ancienne, pourtant convenable.

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Néanmoins, le blu-ray du film fait état d'une très dommageable erreur d'authoring que n'ont pourtant absolument pas les autres titres également sortis chez Elephant Films à la même date (L'aigle s'est envolé, Elémentaire mon cher Lock Holmes, Le secret du rapport Quiller). En effet, la dernière minute du film sur blu-ray (il semblerait qu'il s'agisse d'environ 60 secondes, après comparaison avec le DVD qui, lui, pour une raison inconnue, n'a pas subit cet outrage) est absente. Cette dernière partie "saute" et laisse place à un écran noir. Ainsi, tout le générique de fin (environ 45 secondes) et les quelques plans qui le précédent (Caine, la main ensanglantée, et son supérieur, quittant tous deux les lieux) ont tout bonnement été éjecté du film. Après questions, il semble que l'éditeur ait commis une erreur d'authoring et l'ait laissé comme telle au moment du pressage du disque. L'erreur est très regrettable si l'on considère que : 1) Le DVD, fourni avec, conserve la totalité du film (ainsi que le générique de fin) / 2) Le blu-ray est impropre à la consommation, si l'on ose ainsi l'exprimer. Difficile de faire accepter à un cinéphile (car le grand public sera difficilement visé par ces sorties) la dépense de près de 20€ pour un tel manque.

Si l'éditeur (qui a toute notre sympathie et notre respect pour son travail) peut éventuellement être excusé pour cette maladresse, nous l'invitons cependant à contacter les lieux de ventes (Amazon, Fnac... qui le présentent à l'heure actuelle parmi leurs nouveautés) et à procéder à ceci : Avertir le consommateur par un bandeau d'information bien visible, ou bien retirer purement et simplement l'édition des bacs. Etant donné qu'il s'agit d'un éditeur indépendant, nous pouvons tout à fait comprendre qu'il sera peut-être impossible de faire retirer l'édition après correction (car un pressage coûte très cher, et si une Major peut l'absorber, la chose apparait moins évidente pour un indépendant). A l'inverse, nous ne pouvons tolérer l'absence de prévention autour d'un tel problème, absence qui confine en l'état actuel des choses, à ce que l'on pourrait qualifier "d'arnaque" pour le consommateur.

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Additif important : L'éditeur (et c'est tout à son honneur) a souhaité réagir sur certains points évoqués dans ce test, en l'occurence concernant le fameux problème d'authoring du blu-ray. Ces informations nous semblant essentielles, nous les faisons parvenir ici même. 1) Elephant a fait suivre le problème à son distributeur Arcadès ("avec une description précise des éléments manquants, avec times-codes et descriptifs de la minute à l'appui, puisque toute la gestion avec les lieux de vente sont assuré de leur côté" informe-t-il). Espérons que les fournisseurs (tels que la Fnac) fassent ce travail d'information. 2) Le retour des blu-rays et un nouveau pressage coûtent effectivement bien trop cher, la chose est donc impossible et ne se fera pas. L'éditeur en est le premier déçu et désolé. On le remercie pour ces précisions sincères.

Son

La version française du film est celle d'époque, un peu étouffée et parfois peu claire. Elle propose un certain souffle, même si l'ambiance reste correcte et écoutable. Préférons totuefois nettement la version originale (comme d'habitude), proposant els véritables voix des acteurs et une tenue générale beaucoup plus convaincante. L'équilibre voix/ambiances est cette fois-ci très convaincant, et la profondeur sonore plutôt agréable. Très peu de souffle, aucune saturation, et une musique de John Barry parfaitement intégrée au niveau des basses. Du bon boulot !

Suppléments

Dans les suppléments, on retrouve les habituelles bandes-annonces de la collection et une galerie d'images (photographies du film). Le gros morceau, c'est bien entendu le passionnant entretien (mais cela est-il encore utile de le préciser ?) avec Jean-Baptiste Thoret, éternel spécialiste du cinéma de genre et du Nouvel Hollywood. L'auteur de ces lignes est un fan absolu, et donc il ne se montrera peut-être pas tout à fait objectif en disant que la lecture du film faite par le bonhomme est encore une fois remarquable. Thoret possède bien son contexte, délaie suffisament d'anecdotes, connait tous les noms du générique, et livre des pistes de lecture souvent passionnantes. On arguera qu'il a déjà fait mieux sur d'autres films (il suffit de regarder ses présentations/débats de projections au Forum des Images -disponibles sur Youtube- pour s'en rendre compte). Mais sa passion communicative, sa sincérité pleine d'enthousiasme et son accessibilité qui ne cède en rien à l'intellectualisme prétentieux, en font un incontournable de cet exercice. Un bonus de choix !

Par Julien Léonard - le 9 septembre 2014