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Test blu-ray

Fedora

BLU-RAY - Région B
Carlotta
Parution : 26 / 2 / 2014

Image

Dans le cadre de cette restauration, menée par CinePostproduction pour le compte des compagnies Bavaria Media et Global Screen, l'image a bénéficié d'un traitement spécifique, via le procédé ReFine, développé spécialement pour l'occasion. L'objectif n'était pas seulement de nettoyer les images, mais également d'homogénéiser leur rendu, notamment à cause de la présence de nombreux contretypes abîmés insérés dans le négatif 35 mm original, scanné à 2K. Précisons que ce procédé ReFine implique notamment une phase de réduction du grain avant l'essentiel des manipulations numériques, puis un "re-grainage" inspiré par des références issues du nitrate original.

Quid du résultat, donc ? Tout d'abord, il va sans dire que l'on n'avait jamais vu(e) Fedora comme ça, déjà parce que l'on l'avait si peu vu sous support numérique, cette édition contribuant à sortir le film du purgatoire où il sommeillait depuis si longtemps. Un petit module de comparaison proposé en supplément du Blu-ray permet de mesurer l'étendue du travail mené lors de cette restauration, et la très grande qualité globale du résultat : le rendu est souvent assez superbe, avec une propreté sans défaut, un piqué redoutable (la précision des arrière-plans, dans certaines scènes - notamment au marché - est même assez stupéfiante) et un rendu chromatique de très bonne tenue. Malgré tout, on se doit de constater une variation, d'une séquence à l'autre, de la définition, parfois imputable à la compression (mais là, on pinaille un peu), et souvent à la photographie particulière, cotonneuse et filtrée, de Gerry Fisher, qui navigue parfois avec le flou artistique si cher aux années 70. Certains plans, comme le tout début, quelques extérieurs sur l'île de Fedora, ou les intérieurs plus sombres du bar, offrent ainsi un rendu un peu moins précis, plus voilé. Concernant la question du grain, que nous évoquions précédemment, le résultat est tout à fait convenable, si ce n'est sur certains gros plans (par exemple, la comtesse retirant son voile) où l'effet de lissage numérique se fait ressentir. Là encore, il s'agit de bémols marginaux, mais qui traduisent bien les difficultés rencontrées pour l'obtention un rendu homogène.

Son

La version originale DTS-HD Master Audio 1.0 est totalement satisfaisante, dépourvue de tout artefact nuisible et ménageant un équilibre constant entre les dialogues, les sons d'ambiance et la partition musicale de Miklos Rosza. Si l'on ne peut s'empêcher de tiquer un peu sur la voix de Fedora (voir la chronique du film pour des explications sur cette post-production compliquée), son phrasé tranchant se trouve encore valorisé par la clarté du mixage. La version française est également très claire, mais le doublage est parfois décevant (la rencontre entre Fedora et Barry jeune, consécutive au flash-back de la "piscine aux nénuphars", est par exemple traitée avec beaucoup de mollesse). 

Suppléments

Aux côtés des habituels crédits, bande-annonces (celle de la ressortie en salles de l'été 2013) ou galeries photos (beaucoup d'images de tournages montrant Billy Wilder avec ses comédiens), deux modules ont principalement attiré notre attention.

Le premier, d'une durée d'environ 4 minutes, est consacré à la restauration menée par CinePostproduction, et détaille certaines séquences selon le principe, classique mais diablement efficace, du avant/après. Outre les différences attendues de définition ou de propreté, c'est la différence de la luminosité qui suscite une certaine stupeur, tant les nuances de la photographie lumineuse de Gerry Fisher semblent ressurgir des ténèbres. L'occasion de rappeler qu'une bonne restauration est aussi - et peut-être même avant tout - affaire d'étalonnage.

Le second est un long documentaire de presque 90 minutes, Le Chant du cygne : le tournage de Fedora de Billy Wilder (2014), film de Robert Fischer qui revient sur le contexte de production et le tournage mouvementés de ce film, si éprouvant pour Billy Wilder à bien des égards. La qualité de la réalisation comme celle des intervenants participent à l'intérêt de ce supplément, mais l'émotion, subjective, surgit parfois d'ailleurs. Nous concernant, elle sera venue de l'adjonction des images successives de Marthe Keller, rayonnante sexagénaire (bientôt septua-), et de Michael York, jeune premier flamboyant à l'époque du film devenu aujourd'hui un vieil homme rabougri à la vue baissante. Le propos du film, tragédie sur le vieillissement des icônes d'autrefois, s'en est trouvé une nouvelle fois renforcé...

Par Antoine Royer - le 21 février 2014