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Test blu-ray

Beatrice Cenci

BLU-RAY - Région B
Artus Films
Parution : 7 / 4 / 2020

Image

Artus accueille aujourd'hui Lien d'amour et de sang dans sa collection consacrée à Lucio Fulci, présenté à partir d'un scan annoncé comme 2K. L'éditeur a visiblement effectué un nettoyage numérique appréciable, le master étant pratiquement immaculé, hormis quelques infimes et discrètes petite rayures verticales ponctuelles. La copie est assez stable et bénéficie de contrastes plutôt équilibrés, des noirs bien ajustés et encore détaillés, mais quelques plans peut-être encore trop surexposés, avec quelques visages un peu clairs. Si l'étalonnage ne choque pas outre mesure, il est radicalement différent de ce que proposait le DVD sorti par Neo Publishing en 2007 (dont on peut apercevoir des extraits dans les suppléments). Précisons que le Blu-ray anglais, sorti chez 88Films fin 2019, possède beaucoup de caractéristiques communes avec le DVD Neo Publishing, d'abord dans le choix d'étalonnage qui assume davantage les zones d'ombre et conserve un aspect froid, verdâtre, contrairement au parti pris d'Artus pour un réchauffement général (sans savoir quelle option se rapproche le plus des volontés d'origine). On notera aussi une différence importante dans la composition du cadre, légèrement déporté vers la gauche chez Neo Publishing/88Films : Artus n'a visiblement pas reçu le même matériel, pourtant similaire au niveau de la précision générale, avec un piqué relativement doux et un trait finalement peu ciselé. Le Blu-ray d'Artus bénéficie d'un niveau de détail limité, plus palpable durant les gros plans, mais qui apparaît surtout affaibli par un encodage encore une fois perfectible. S'il y a du mieux par rapport aux quelques Blu-rays de l'éditeur que nous avons pu tester sur DvdClassik, puisque le grain jadis bien lissé est ici un peu mieux respecté, certains paramètres d'encodage restent toujours mal calibrés. On sent que l'aspect du grain a été endommagé par cette gestion hasardeuse d'encodage, la texture devenant plus épaisse et affaiblie dans le détail des textures et des peaux. Le débit vidéo est pourtant correct, à un niveau moyen qui chez d'autres éditeurs ne pose pas systématiquement de problème (d'où la suspicion d'un autre paramètre mal configuré). Mais on pourra quand même regretter que près de 40 % de l'espace disque n'ait pas été utilisé, ce qui aurait permis de remonter le débit vidéo à des valeurs très solides, et peut-être évité ces faiblesses non négligeables...

comparatif DVD Neo Publishing (2007) vs. Blu-ray Artus (2020) 1 2 3 4 5 6 7

Son

Pourtant présentées en PCM plein débit, les bandes-son mono d'origine ne sont pas des plus efficaces. Un travail a visiblement été effectué pour atténuer le souffle mais les plus attentifs sentiront peut-être des relents de traces numériques/métalliques sur les voix. La version italienne apparaît très couverte et finalement peu détaillée, avec des sifflantes sur les voix et un équilibre peu probant avec les ambiances et la musique. La version française est plus claire et plus convaincante, avec là aussi des sifflantes sur les voix, mais elle offre un bien meilleur équilibre - avec des différences parfois surprenantes par rapport à la version originale. Cette VF bénéficie surtout d'un doublage de qualité.

Suppléments

Artus a mis le paquet sur le package de Beatrice Cenci, offrant au collectionneur un digibook au design magnifique comprenant le DVD et le Blu-ray du film. Mais l'éditeur ne s'arrête pas là puisqu'il propose également un très bon livre de 64 pages, souvent plus intéressant que certains des suppléments proposés ensuite. Très joliment illustré, Beatrice Cenci, sainte ou succube ? est un recueil de textes établis sous la direction de Lionel Grenier, spécialiste de Lucio Fulci et proche collaborateur d'Artus pour cette collection. On trouvera d'abord d'éclairants extraits d'entretiens avec le réalisateur à propos de son "film d'horreur historique"  qu'il considère comme l'un de ses meilleurs ; il y parle notamment de Tomas Milian ou de sa collaboration houleuse avec Adrienne Larusso ("je l'aurais tuée"). Puis c'est une longue et passionnante évocation de la véritable histoire de Beatrice Cenci par Stéphane Rolet, qui raconte en détail ce mélodrame sordide qui entraînera la chute d'une richissime famille de Rome. Une histoire qui intéressera autant les artistes que les historiens : Jean Vinneuil dresse ensuite un panorama très complet des oeuvres picturales, théâtrales, musicales, littéraires et cinématographiques qui se sont inspirées de cette figure populaire italienne. On évoque ainsi Antonin Artaud ou Alberto Moravia, Alexandre Dumas père, Stendhal ou Stefan Zweig, Albert Capellani, Ricardo Freda ou même Bertrand Tavernier avec le méconnu La Passion Béatrice. Outre quelques projets de films italiens avortés et une brève énumération des libertés prises par Fulci avec la vérité historique, Lionel Grenier revient enfin sur la reconstitution de ce début du XVIIe siècle, en studio et dans divers châteaux de la région de Rome, grâce au travail du décorateur débutant Umberto Turco.

Le film est également accompagné de plusieurs suppléments :

Présentation de Lionel Grenier (4 min - 1080i)
Une introduction concise et sans spoilers au visionnage de Beatrice Cenci par le fondateur du site luciofulci.fr et superviseur éclairé de cette collection. Il évoque le casting solide et les éléments à portée contemporaine, comme cette peinture d'une caste supérieure et hypocrite qui répond aux  tourments d'une Italie alors en pleine crise sociale. C'est aussi l'occasion de revenir très brièvement sur la filmographie "disparate" de Lucio Fulci, "avant la consécration dans l'horreur".


Moi, Beatrice (9 min - 1080i)
Lionel Grenier livre une bonne analyse du film, d'abord à travers le cinéma de Lucio Fulci, "pur produit du cinéma bis", et de ses figures de style qui parsèment Beatrice Cenci, comme les emprunts au western, "l'oeil supplicié" ou le réalisme des tortures qui annoncent les futurs films d'horreur. Lionel Grenier évoque aussi la critique du clergé, la misogynie du film en même temps qu'un aspect féministe assumé, apporté par l'héroïne, ainsi que le traitement de certains personnages, comme l'empathie pour Olimpio ou le père animal et violent.

Artus propose également deux rencontres concoctées par les Italiens de Freak-O-rama avec des comédiens du film. Dans La famille et la torture (21 min - 1080p), Mavie évoque ses débuts dans le cinéma ("pour m'amuser") et quelques souvenirs du tournage de Beatrice Cenci. Elle n'avait que très peu de rapports avec l'équipe, à l'image de sa relation distante avec Adrienne Larussa qui se prenait pour une diva, mais se rappelle des discussions en français avec Georges Wilson ou les récits nostalgiques de Tomas Milian sur Cuba. Elle se souvient du tournage en plein été, habillée de costumes épais, de sa coiffure très élaborée, ou du directeur de la photographie "très méticuleux" dont les essais lumière étaient extrêmement longs. Ne faisant pas partie des spectatrices type du cinéma de Fulci, Mavie n'a semble-t-il pas tellement goûté aux scènes de torture de Beatrice Censi... Dans Don Giacomo (16 min - 1080p), Antonio Casagrande se remémore quelques vagues souvenirs sur Lucio Fulci (un homme modeste "mais aussi très bizarre"), les soirées au Casino avec George Wilson ("un gros joueur") ou Umberto D'Orsi, jaloux de son succès auprès des femmes. Il évoque la "vraie torture" des séances de démaquillage et fait un petit hors sujet à propos du Hasard et la violence de Philippe Labro (un réalisateur "très Nouvelle Vague")...

Même s'il faut souligner l'effort louable d'Artus de proposer deux suppléments inédits, on atteint un peu les limites du procédé en interrogeant pendant des minutes parfois bien longues des acteurs/actrices qui n'ont pas grand-chose à raconter - un défaut assez habituel des éditions Arrow, par exemple. Antonio Casagrande, acteur vieillissant, a ici la franchise d'annoncer plusieurs fois la couleur : il n'a plus tellement de mémoire, malgré les efforts de Federico Caddeo pour relancer la machine. Pourquoi ne pas chercher davantage de techniciens ou collaborateurs autres que les sempiternels acteurs, dont les témoignages sont souvent réduits à leur propre personne ? Une autre idée aurait été de composer un seul supplément basé sur les deux interviews pour contourner la faiblesse des anecdotes et la mémoire vacillante difficile à prévoir : le résultat aurait été certes moins long, mais surtout plus rythmé...

Nue pour Lucio (2 min - 1080i)
Très brève intervention d'Adrienne Larussa, filmée par Mike Baronas (pour son documentaire sur Fulci ?) sur un coin de terrasse. L'actrice a du mal à trouver ses mots, visiblement un peu gênée, parlant d'un souvenir "pas très drôle". Elle explique qu'elle ne souhaitait pas tourner les scènes de nu et qu'elle força ainsi Fulci, avec qui elle ne s'entendait pas, à trouver lui-même une parade...

Diaporama (3 min - 1080p) de photos de production et d'affiches.

En savoir plus

Taille du Disque : 31 555 313 068 bytes
Taille du Film : 20 912 449 536 bytes
Durée : 1:33:23.166
Total Bitrate: 29,86 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 24,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 24995 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / LPCM Audio / 2.0 / 48 kHz / 1536 kbps / 16-bit
Audio: Italian / LPCM Audio / 2.0 / 48 kHz / 1536 kbps / 16-bit
Subtitle: French / 14,320 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 21 avril 2020