Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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AtCloseRange
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Re: Le Cinéma britannique

Post by AtCloseRange »

Duane Jones wrote: 11 Jun 22, 16:25 Vu récemment, film magnifique, le discours de fin est incroyable comme Michael Redgrave d'ailleurs. J'aimerais bien voir le remake de Mike Figgis avec Albert Finney.
La version avec Finney ne démérite pas même si la première version est splendide.

EDIT: well ça demande une révision :mrgreen: mais du Asquith d'abord.
AtCloseRange wrote: 19 Jan 09, 22:39 Sa version de The Browning Version est assez loin du magnifique film d'Asquith.
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Duane Jones
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Duane Jones »

AtCloseRange wrote: 14 Jun 22, 22:08 La version avec Finney ne démérite pas même si la première version est splendide.
EDIT: well ça demande une révision :mrgreen: mais du Asquith d'abord.
AtCloseRange wrote: 19 Jan 09, 22:39 Sa version de The Browning Version est assez loin du magnifique film d'Asquith.
Ah oui va falloir réviser. :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

L'anglais du vendredi, c'est Claude Monnier qui s'y est collé et c'est pour La méprise de Alan Bridges.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Baby Love de Alastair Reid : c'est le choix british du vendredi de Justin.
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

I Start Counting de David Greene (1969)

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Wynne (Jenny Agutter) est âgée de 15 ans et vit dans une tour moderne avec sa famille et son frère adoptif George (Bryan Marshall), son ainé de près de 20 ans et dont elle est secrètement amoureuse. Quand une série d’assassinats de jeunes femmes est commise près de leur ancienne maison, Wynne enquête, craignant que George soit l’assassin.

I Start Counting s'inscrit dans un certain courant de thrillers anglais étrange de la fin des années 60 et du début des seventies. Il s'agit de l'adaptation du roman éponyme (et publié en France sous le titre Compte à rebours et Grand Prix de Littérature Policière en 1967) de Audrey Erskine Lindop publié en 1966. Cette dernière avant de rencontrer le succès en tant que romancière gravita dans le monde du cinéma en tant que scénariste, notamment au sein du studio Gainsborough où elle adapta nombre de mélodrame gothique troubles et flamboyants si emblématiques de la firme. Un de ses travaux les plus mémorables sera le script de Blanche Fury de Marc Allégret, sommet gothique tout en ambiguïté et érotisme latent. De cette expérience elle conservera en passant au roman un goût pour les personnages féminins perturbés, une écriture très cinématographique tant dans la description d'atmosphère que par la science du dialogue. Les deux premières adaptations d'Audrey Erskine Lindop se firent pour la télévision avec The Singer not the song (1961) et I thank a fool (1962) mais ne firent guère sensation, sans doute à cause des contraintes du petit écran atténuant largement la provocation des romans.

I Start Counting marquera donc enfin une réussite dans ce registre. David Greene connaîtra surtout la renommée pour son travail à la télévision américaine (où il réalise deux feuilletons culte, Le Riche et le pauvre (1976) ainsi que Racines (1977)) mais avant cela fit réalisera quelques long-métrages cinéma en Angleterre. Sa mise en scène ainsi que le scénario de Richard Harris exploitant habilement les qualités du livre sont pour beaucoup dans le brio du film. L'histoire se présente au départ comme une variation anglaise de L'Ombre d'un doute de Alfred Hitchcock (1943). Wynne (Jenny Agutter) est une adolescente de quinze ans secrètement amoureuse de son frère adoptif George (Bryan Marshall). Alors qu'un serial-killer semble sévir dans la ville et assassinant des jeunes filles, différents indices et comportements étranges de George semble laisser croire à Wynne qu'il soit le coupable. Dès lors on se croit parti sur les rails d'un thriller glaçant mais le récit prend des détours bien plus surprenant. La narration endosse pleinement le point de vue de Wynne, nous faisant partager sa perception, ses rêves, cauchemars, fantasmes et tout un ensemble d'émotion associées à ce qui est un récit d'apprentissage.

La mise en scène de David Greene capture la féminité et charme naissant de Wynne tout en la maintenant dans une certaine mentalité enfantine. La scène d'ouverture nous la présentant au réveil s'attarde sur des détails rattachés à l'enfance dans sa chambre (une peluche, un réveil à l'effigie de Popeye)), quand la scène où elle s'habille s'arrête davantage sur les éléments soulignant sa féminité comme son soutien-gorge, mais dans le même tant l'entrain à enfiler ses vêtements sans coquetterie ramène aussi à l'enfance. C'est toute la dualité de l'héroïne que personnifie parfaitement Jenny Agutter, visage mutin et grands yeux candide tandis que son corps dégage déjà une certaine sensualité, que ce soit dans son uniforme scolaire ou les tenues de ville emblématique de l'adolescente sixties avec mini-jupe particulièrement courte. La découverte de la possible nature criminelle de son frère adoptif, plutôt que de l'effrayer, enflamme au contraire ses fantasmes juvéniles. David Greene orchestre des scènes oniriques (renforcée par la bande-son psyché de Basil Kirchin) où la pulsion de mort s'entremêle à celle du désir dans des tableaux morbides et sensuels traduisant toute l'ambiguïté des sentiments de Wynne, mais aussi de la société changeante d'alors. Il y a quelques moments satiriques fustigeant l'école catholique où elle évolue, tout en prévention par la peur des choses du sexe face à de jeunes élèves qui en savent déjà long sur le sujet. Wynne est ainsi partagé par ce désir et ses envies de provocations, la culpabilité la voyant avoir des sursauts de piété qui l'amène à se confesser (l'attrait "incestueux" de son amour n'aidant pas à son équilibre) ou au contraire défier l'autorité et jouer avec les règles qui s'imposent à son jeune âge.

L'aspect coming of Age prévaut donc mais David Greene parvient constamment à le mêler au sous-texte de thriller. Ainsi la plupart des crimes ont lieu autour de l'ancienne maison d'enfance de la famille de Wynne qui vit désormais dans une barre d'immeuble type HLM. Wynne ne cesse de se rendre dans cette ancienne maison, à la fois par goût du danger et par la nostalgie de la petite enfance heureuse vécue en ces lieux. Ce décor représente donc autant son désir que son refus de grandir, ce que la mise en scène exprime parfaitement en en faisant un cocon bienveillant dont surgissent des flashbacks lumineux ou alors un lieu très inquiétant la nuit venue. Il y a une quasi-dimension de conte à la Hansel et Gretel dans la manière de montrer les différentes "couches" de la maison, l'environnement changeant et cauchemardesque des bois alentours la nuit venue - superbe photo de Alex Thompson annonçant ses travaux sur Excalibur (1981) ou Legend (1985). Enfin, la relation entre Wynne et ce frère aîné est particulièrement réussie, avec une grande ambiguïté soulignant largement plus l'émoi de l'héroïne que l'attrait de George. Qu'il se promène négligemment torse nu, lui lance une œillade complice ou ait un geste tendre envers elle, tout est prétexte à stimuler les sens de Wynne. Bryan Marshall excelle à exprimer ce sex-appeal inconscient et si perturbant pour l'adolescente. On est ainsi dans la tranche de vie parsemée de moments étranges, mais les rails du thriller viennent nous rattraper de manière surprenante tant dans la résolution que de la tournure de l'intrigue dans la dernière partie qui achève de faire de I Start counting un objet assez unique. C'est le premier grand rôle d'une jeune Jenny Agutter amenée à briller dans d'autres œuvres ambitieuses durant les années suivantes comme The Railway Children de Lionel Jeffries (1970) ou Walkabout de Nicolas Roeg (1971). 4,5/6

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AtCloseRange
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Re: Le Cinéma britannique

Post by AtCloseRange »

Découvert ce merveilleux morceau il y a quelques années (à écouter surtout la partie chantée à 1mn30).

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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Oui morceau totalement hypnotique qui est un des gros leitmotiv du film :wink:
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Courleciel
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Courleciel »

Belle article, je note une petite erreur.
Dans Quand gronde la colère, ce n'est pas Peter Sellers qui se transforme en vengeur obsessionnel lorsqu’une voiture qui était son seul statut social lui est volée mais Richard Todd.
Peter Sellers est le méchant contre qui Richard Todd cherche à se venger.
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Flol
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Flol »

Profondo Rosso wrote: 12 Jul 22, 13:02 Oui morceau totalement hypnotique qui est un des gros leitmotiv du film :wink:
Je me surprends encore régulièrement à fredonner le refrain tout seul dans ma tête.
Quant au film, c'est effectivement pas mal du tout. Jenny Agutter est mignonne à croquer dans cette coming-of-story sur fond de serial killer.
Imparfait mais troublant juste ce qu'il faut.
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Courleciel wrote: 12 Jul 22, 14:10 Belle article, je note une petite erreur.
Dans Quand gronde la colère, ce n'est pas Peter Sellers qui se transforme en vengeur obsessionnel lorsqu’une voiture qui était son seul statut social lui est volée mais Richard Todd.
Peter Sellers est le méchant contre qui Richard Todd cherche à se venger.
Ah j'imagine que tu a dû le voir la semaine dernière à la cinémathèque dans leur cycle british noir, oui j'ai bugué et même refais l'erreur sur twitter en causant du film :lol:
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Courleciel
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Courleciel »

Yep!
et voici mon classement des films vus dans ce cycle.

Il pleut toujours le dimanche - It Always Rains on Sunday (Robert Hamer, 1947) 8/10
La Loi du milieu - Get Carter (Mike Hodges, 1970) 7/10
Le Gang des tueurs - Brighton Rock (John Boulting , 1947) 7/10
Train d'enfer - Hell Drivers (Cy Endfield, 1957) 7/10
La Cible hurlante - Sitting Target (Douglas Hickox, 1971) 7/10
Opération Scotland Yard - Sapphire (Basil Dearden, 1959) 7/10
Les Trafiquants du Dunbar Pool of London (Basil Dearden, 1950) 7/10
L'Assassin s'était trompé - Cast a Dark Shadow (Lewis Gilbert, 1955) 7/10
Quand gronde la colère - Never Let Go (John Guillermin, 1960) 7/10
Recherché pour meurtre - Wanted for Murder (Lawrence Huntington, 1946) 6/10
Un homme pour le bagne - Hell Is a City (Val Guest,1959) 6/10
Hold-up à Londres - The League of Gentlemen (Basil Dearden, 1960) 6/10
All Night Long (Basil Dearden, 1961) 6/10
Trois milliards d'un coup - Robbery (Peter Yates 1967) 6/10
Pas d'orchidées pour Miss Blandish - No Orchids for Miss Blandish (St. John Legh Clowes, 1948) 6/10
Cash on Demand (Quentin Lawrence, 1961) 5/10
Le Mystère de la villa blanche - Jigsaw (Val Guest, 1962) 5/10
Racket - The Long Good Friday(John Mackenzie, 1979) 5/10
L'Indic - The Informers (Ken Annakin, 1963) 5/10
Les Frères Krays - The Krays (Peter Medak, 1989) 5/10
Les Gangsters - Payroll (Sidney Hayers, 1960) 5/10
Un soir de rixe - Waterloo Road (Sidney Gilliat, 1944) 4/10
The Last Page (Terence Fisher, 1954) 4/10
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Courleciel wrote: 12 Jul 22, 16:57 Un soir de rixe - Waterloo Road (Sidney Gilliat, 1944) 4/10
J'aime beaucoup celui-ci mais je n'ai pas compris sa présence dans le cycle, pour moi ce n'est absolument pas un polar. Sinon je te trouve sévère avec Racket, Payroll et The Informers mais Il pleut toujours le dimanche en tête tu es pardonné :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

The Orchard End Murder de Christian Marnham (1981)

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The Orchard End Murder est un moyen-métrage en forme de complément de double-programme comme cela se pratiquait encore en Angleterre dans les années 70/80. En l'occurrence là The Orchard End Murder était l'avant-programme de Réincarnations de Gary Sherman (1981) mais sa singularité le fera passer à la postérité au-delà de cette fonction de "bouche-trou". On doit le film à Christian Marnham, réalisateur de publicité et directeur photo qui s'essaie là pour la seconde fois à la fiction après le court The Short. Si la fin du film porte les mentions habituelles de la nature fortuite de toute concordance avec la réalité, le postulat semble pourtant bien inspiré d'un sordide fait divers ayant eu lieu dix ans plus tôt dans la région natale du Kent de Marnham et où se déroule aussi The Orchard End Murder. Cependant il n'est pas question ici de reconstitution réaliste, et ni même d'une approche de thriller classique.

Une jeune femme (Tracy Hyde la fillette du merveilleux Melody (1971) de Wari Hussein qui a bien grandie) est invité par un garçon pour l'accompagner en campagne au match de cricket qu'il doit disputer. Batifolant entre deux points disputés, la fille décide de se balader dans la campagne environnante et va faire de bien étranges rencontres. On retrouve certains clichés puritains inhérent au cinéma d'horreur d'alors à savoir que les jeunes femmes sexuellement libérées sont amenées à mal finir. Le scénario grossit volontairement le trait comme pour nous forcer avec insistance à anticiper le sort funeste à venir de Tracy Hyde. Dans la discussion téléphonique d'ouverture, c'est elle qui rappelle le garçon, lors de leurs scènes de flirt la caméra s'attarde longuement sur sa lingerie et elle est trop facilement encline à engager la conversation, pénétrer dans la demeure ou suivre des inconnus intimidants dans les recoins les plus reculés de cet environnement. Le suspense ne repose pas sur le drame possible à venir, mais de quand il va surgir. Le réalisateur travaille un contraste avec l'émerveillement pastoral de ces paysages du Kent (là aussi avec un degré d'ironie comme la séquence des nains de jardin) et les individus difformes, malintentionnés et inquiétants que Tracy Hyde va croiser. Il y a une grande part de malaise latent face à ce bossu (Bill Wallis) au phrasé précieux mais au regard torve, ou à ce géant (Clive Mantle) dont l'expression et la gestuelle peut passer de la douceur et la férocité barbare.

Nous sommes dans une sorte de relecture moderne de conte où l'on suit un petit chaperon rouge qui a déjà vu le loup symbolique et qui s'apprête à en rencontrer de biens réels. On navigue entre onirisme, inquiétude et humour décalé pour un objet filmique ne ressemblant à rien d'autre. C'est réellement sordide tout en étant poétique, ça provoque le dégoût tout en faisant rire et cela émeut (Clive Mantle en monstre malgré lui) aux moments les plus inopportuns. Un objet inclassable qui aurait dû constituer une belle carte de visite pour son réalisateur qui malheureusement n'aura pas les ouvertures souhaitées malgré l'impact du film et ne signera que quelques épisodes de séries tv par la suite. 4,5/6
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Re: Le Cinéma britannique

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Ceux de chez nous de Sidney Gilliat & Frank Launder, le British Friday de Justin.