Woody Allen

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Gounou
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Re: Woody Allen

Post by Gounou »

Federico wrote:le très oubliable Vicky, Cristina, Barcelona
Le plus injustement sous-estimé, plutôt :mrgreen:
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Thaddeus
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Re: Woody Allen

Post by Thaddeus »

Supfiction wrote:Pas d'accord avec toi concernant le "triptyque Scarlett", moi c'est Scoop, au contraire, qui m'a déçu.
Même avis pour moi. Celui-ci me semble le moins convaincant des trois.
De toute manière, hormis les grands classiques des années 70 et 80 sur lesquels à peu près tout le monde s'accorde, les films de Woody Allen sont perçus de façon très différente par les uns et les autres. Il me semble par exemple que, sur ces dernières années, Whatever Works a été assez largement apprécié alors que pour moi c'est vraiment un tout petit Allen.

Sinon, je suis globalement très d'accord avec le top de Télérama. Crimes et Délits, Manhattan, Annie Hall, Une Autre Femme, Hannah et ses Soeurs, c'est vraiment la crème de la crème.
Strum
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Re: Woody Allen

Post by Strum »

Il n'est pas si mal Vicky Cristina.
Chez moi, un top 10 Woody Allen ressemblerait probablement à cela :

1 Crimes et délits
2 Hannah et ses soeurs
3 Annie Hall
4 Manhattan
5 Maris et femmes
6 La Rose Pourpre du Caire
7 September
8 Une autre femme
9 Guerre et Amour
10 Coups de feu sur Broadway /Radio Days
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Thaddeus
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Re: Woody Allen

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Prends l’oseille et tire-toi !
Le premier long-métrage du réalisateur emprunte déjà la forme du faux documentaire, ponctué d’images d’archives et de fausses interviews, qu’Allen réutilisera à plusieurs reprises au cours de sa carrière : principe parfaitement adapté pour raconter la vie dérisoire et pathologiquement ratée de Virgil Starkwell, voleur de son état, doué principalement pour échouer dans chaque projet de cambriole et élaborer des plans d’évasion plus ou moins foireux. Si le couple qu’il forme avec sa femme descend en droite ligne des films de Chaplin (le vagabond et la belle âme, pure et généreuse), c’est surtout aux Marx brothers et à leur sens de l’absurde que ce commentaire burlesque de la délinquance renvoie. Parfois amusant, l’ensemble incite à la clémence mais reste bien trop brouillon pour convaincre. 3/6

Woody et les robots
Cryogénisé à la suite d’une mésaventure médicale, notre héros, servi par son physique de pierrot piteux, se réveille en 2173 au cœur d’une société orwellienne. Pour Allen l’anticipation n’est que prétexte à tester sa maladresse ironique face à l’excentricité charmante de Diane Keaton, se livrer à des pantomimes inspirées, rendre absurde le familier en le multipliant, aligner gags et dispositifs ubuesques à la Marx brothers : combat acharné contre un pudding proliférant qui devient raz-de-marée, découverte de l’Orgasmaton, imitation délirante et inversée du couple Brando/Leigh chez Kazan, ferme de fruits expérimentaux aux proportions cyclopéennes, reconstruction génétique d’un dictateur à partir de… son nez. Il y a de quoi rire, même si l’ensemble paraît décousu et dilettante en regard de l’œuvre à venir. 4/6

Guerre et amour
Doté d'un budget conséquent et d'une excellente équipe technique, Allen affirme une plastique dominée, une impeccable direction d'acteurs, un niveau supérieur du scénario. Sa relecture de Tolstoï, pas si éloignée des Monty Pythons, l'impose maître de son langage et de ses ambitions, et laisse filtrer des soucis intellectuels qui anticipent sur ses grands films autobiographiques : il va ainsi jusqu’à truffer ses calembours de métaphysique et d’absurde sartrien. Ni solennité ni sérieux pour autant : les clins d'œil à Bergman (de la Faucheuse – blanche – tout droit sortie du Septième Sceau au jeu de profils féminins à la Persona), les monologues sur la finalité de l'existence et la peur de la mort, les références culturelles ne freinent pas mais nourrissent l'esprit iconoclaste d'un hilarant festival comique. 5/6
Top 10 Année 1975

Annie Hall
Voir Woody faire surgir le philosophe Marshall McLuhan dans une file d’attente d’un ciné new-yorkais pour remettre à sa place à un intello snobinard donne une petite idée de la jubilation que procure la vision de ce journal intime à l’anarchisme narratif proliférant. Car des idées de ce genre, il y a quasiment dans chaque scène, organisées par la grâce d’une forme éblouissante et iconoclaste qui mêle sketchs, monologues intérieurs, interviews, entretiens analytiques, animation... L’auteur s’exprime sur tous les sujets, assume sa personnalité névrosée mais libérée face à tout ce qui le préoccupe (la religion, l’amour, le show-business, la culture...) dans un dialogue constant avec le spectateur qui pousse à son comble le jeu avec le plan réel et le plan fictionnel. 6/6
Top 10 Année 1977

Intérieurs
Trois frangines face à la séparation de leurs parents, leurs époux respectifs, leurs secrets inavoués, leurs rancœurs enfouies, l’amour qu’elles se portent, parfois si difficile à communiquer… Ce n’est pas encore l’admirable Hannah et ses Sœurs, mais c’est déjà une réussite achevée, où l’éclatement et la solitude tendent à révéler la crise d’un groupe uni par une affection instinctive et miné par des antagonismes souterrains. Avec une remarquable de moyens, l’auteur cisèle une étude psychologique faite de pénombre, de rigueur et de gravité. La fermeté elliptique et distante de la mise en scène n’empêche nullement l’émotion de fleurir, car loin du drame guindé trop respectueux de son maître (suédois), c’est une œuvre habitée, sincère, pas loin d’être bouleversante sur la fin. 5/6
Top 10 Année 1978

Manhattan
Suite dans la continuité, avec en sus une plus-value esthétique qui fait du réalisateur un véritable poète (que ceux qui ont vu la visite au planétarium, où les silhouettes des protagonistes se confondent sur un ciel constellé d’étoiles, osent dire le contraire). La gerbe d’images montées sur les rythmes euphorisants de Gershwin, l’inclination pour les aphorismes délicieux, le goût de l’introspection, l’humour ravageur qui atténue une angoisse portée par instants sur une réelle acrimonie, la tendresse et la nostalgie qui prédisposent de l’aptitude au bonheur (comment oublier cette séquence finale où notre binoclard égrène la liste des choses qui valent la peine d’être vécues ?). Tout cela est nourri au ton doux-amer, à la satire au vitriol, à la réplique étincelante, à l'intelligence spirituelle et malicieuse, et c’est plus qu’un bonheur magique, c’est une œuvre-phare. 6/6
Top 10 Année 1979

Stardust memories
L’introduction décalque explicitement celle de 8 ½ (l’attente ferroviaire se substituant à l’embouteillage routier), et annonce d’emblée la couleur : Woody s’offre une auto-analyse en forme de bilan fellinien. Allen-Guido ne cherche pas à masquer la filiation, et se coule dans la ronde des femmes et des fans, la ronde des angoisses et des interrogations créatrices, en s’y dévoilant comme peut-être jamais auparavant. Sandy est son double grimaçant et amer, un artiste qui ne sait pas vraiment aimer, un comique qui découvre les limites de l’humour dans une vie moyennement engagée et prétend percer à jour les raisons profondes de son art, ses limites morales, sa fonction thérapeutique et son niveau libérateur. Très joli film, tendre et attristé, souriant et nostalgique à la fois. 4/6

Comédie érotique d’une nuit d’été
Réunion à la campagne, en cette année 1905. Un Merlin bricoleur, marié à une dame inexplicablement frustrée, reçoit son meilleur ami coureur de jupons avec sa dernière conquête, un savant pédant et la fiancée de ce dernier. Entre passions fugaces et douleurs secrètes, Cupidon en pleine folie se met à tirer ses flèches au hasard et le désordre envahit les esprits, les corps, voire les cœurs. C’est un ballet amoureux, un film gai et léger, un badinage qui part de chez Tchekhov pour arriver chez Marivaux. Plaçant sa confiance dans l’harmonie universelle et panthéiste de la nature, Allen replace son univers parmi les vents coulis de ces étés luxuriants où la magie hante de nuit les frondaisons. Mais le ton est moins mordant, la réflexion moins profonde, le dialogue moins vif qu’à l’accoutumée. 4/6

Zelig
D’une verve comique toujours aussi féconde, Allen élabore un faux-docu qui accommode la rigueur et l’ironie des fausses images d’archive et des reconstitutions au "plat esthétique" de l’image, et les intègrent dans la réflexion plus globale engagée sur le cinéma. Au-delà de la drôlerie irrésistible de l’objet, véritable patchwork identitaire prouvant que la marqueterie est aussi une forme d’art, c’est la continuation de l’auto-examen allenien, un modèle de distanciation critique, un formidable questionnement sur la frontière entre folie et normalité, et l’exploitation jubilatoire d’un canevas digne d’un canular pirandellien mêlant l’ubiquité à la satire et la psychanalyse à l’amour triomphant, présenté comme le seul remède à l’angoisse de vivre. Bref c’est génial. 5/6
Top 10 Année 1983

Broadway Danny Rose
J’ai été moins séduit par celui-ci. En se remémorant ses propres débuts laborieux, Allen revient à veine comique plus classique, s’octroie une pause rieuse, nostalgique et amicale, loin du comique savant des précédents opus. Autour d’un cachetonneur de cabarets que ses poulains abandonnent sans remords à la moindre ruade de succès, il organise un petit vaudeville mâtiné de parodie de film de gangsters, avec sa galerie de caricatures égratignées, son chanteur rital et replet, ses mafiosi agités et lents du bulbe... Mia Farrow est drôle en idiote à la voix haut perchée, la toile de fond offre l’occasion d’un jeu plaisant avec les stéréotypes du genre, et certaines situations sont savoureuses, mais je trouve le film franchement mineur. 3/6

La rose pourpre du Caire
On est ici dans la veine la plus féérique de l’auteur, mais où le merveilleux est constamment cerclé (et même motivé) par une triste réalité, par l’impossibilité d’échapper à sa vie autrement que par le biais de l’imaginaire. De cette histoire de fascination éperdue pour l’univers doré et excitant de films d’époque, Allen tire la matière d’un superbe hommage au septième art et d’une réflexion profondément mélancolique sur l’enfermement du réel, la magie à la fois libératrice et douloureuse du rêve et du spectacle : illusion, réalité trompe-l’œil, jeux de miroirs. Ce faisant, il distille l’un de ces bonheurs légers et fugaces qui forment le sel du cinéma et de la vie. Lucide et poétique, grave et émouvante, la réussite est admirable. 5/6
Top 10 Année 1985

Hannah et ses sœurs
L’un des très grands sommets polyphoniques de Allen, dont la structure romanesque élaborée et la densité du matériau narratif offre un aperçu éblouissant de son aisance à jongler avec les récits, les personnages, les régimes (grave, comique, introspectif, chaleureux, mélancolique). Comme souvent, Woody se donne un rôle hilarant de comique hypocondriaque, réservant à ses acteurs des rôles particulièrement étoffés qui respirent le parfum des choses vécues et sereinement remémorées. Vif, tendre, mordant, c’est un magnifique film tchékhovien autour de la famille, de la fidélité, des solidarités intimes et des rivalités secrètes, qui agence une ronde de coups de foudre et de retournements en phase avec la beauté automnale de New York. 6/6
Top 10 Année 1986

Radio days
Le temps d’une parenthèse légère, assortie des couleurs chaudes de souvenirs tendrement évoqués, le cinéaste revient en enfance. Tentant de rendre palpable la notion du temps évaporé et de ses irisations, il donne vie à des petites vignettes qui donnent l’impression de feuilleter un album de photos jaunies ou d’écouter un vieux 78 tours oublié. Cette évocation de sa jeunesse brode autour des univers parallèles de sa famille et de la radio une savante mosaïque d’événements et de personnages (plusieurs dizaines, parfois juste esquissés), s’autorisant des échappées mélancoliques sur la trace indélébile du passage de nos vies (le réveillon final). Elle distille un charme diffus, fait sourire et berce par la chaleur de sa tonalité, mais demeure une étape mineure dans le parcours de l’auteur. 4/6

September
Intérieurs, neuf ans après. Comme pour son premier film grave, Allen met le sourire hors jeu : enfermés dans le huis-clos d’une maison de campagne, chacun ou presque de ses six personnages aime sans retour et se dérobe devant le/la prétendant(e). C’est la fin des vacances et, l’automne arrivant, on parle de vendre la bâtisse, de rentrer chez son mari, de finir le grand roman inachevé. Il n’y pas de temps mort, que des vies en creux, des larmes amères, des éclairages aux bougies et des volets fermés sur les chagrins des femmes et les regrets des hommes. L’écriture est si verrouillée, les murmures si affectés, la scénographie si uniformément rigoureuse que le film flirte parfois davantage avec le calcul qu’avec la sensibilité. Mais sa lucidité plaintive l’emporte largement aux points : Art Tatum a le dernier mot. 4/6

Une autre femme
De tous les films de l’auteur, c’est sans doute celui qui accuse le plus ouvertement l’héritage bergmanien (c’est d’ailleurs sa première collaboration avec Sven Nykvist). Allen fait une nouvelle fois fructifier son inspiration intimiste et introspective et compose l’un des ses plus beaux portraits de femme, auquel Gena Rowlands prête sa fragilité tourmentée. Subtilement construit, osant des glissements oniriques inédits pour son auteur, le film prend à revers le réalisme psychologique des grandes réussites précédentes et capte les pulsations d’un théâtre intérieur qui tient davantage de la psychanalyse, de l’auto-investigation, de la mise à nu du refoulé et des blessures intimes, avec un ton doux-amer qui exsude une mélancolie douloureuse. 5/6
Top 10 Année 1988

Crimes et délits
Le cinéaste se fait métaphysicien, confrontant ses principes et sa culture juifs aux grandes questions existentialistes. Ici, un intellectuel admiré pour son exaltation de la vie finit par se suicider, un homme hanté par son crime s’interroge, comme chez Dostoïevski, sur la nature de la culpabilité et l’idée d’une Justice universelle, un autre s’aveugle, tel Isaac par Jacob, d’un refus du compromis qui le fait passer à côté de l’amour. Si le ton est souvent à l’humour noir, à l’ironie cinglante, égratignant les infidèles, les lâches, les arrogants, les intellectuels faussement incompris, l’œuvre, construite avec une rigueur implacable, dévoile une amertume, un malaise, une tristesse qui n’ont d’égale que sa lucidité. C’est une admirable comédie humaine qui brasse déterminisme, poids de la morale et responsabilité individuelle, choix et destin, crime et châtiment… Probablement le chef-d’œuvre d’Allen. 6/6
Top 10 Année 1989

Alice
Sur un mode plus léger et plus fantaisiste, le film reprend les leitmotivs alleniens : allers-retours avec le passé, confrontations intérieures, jumelage de fiction et de réalité, sous le patronage assez euphorisant d’un véritable éloge du surnaturel et de la magie, de ses possibilités miraculeuses et de ses libérations désinhibantes. Le réalisateur fait ici le récit d’une métamorphose, d’une prise de conscience, de la lutte d’une femme contre son milieu pour changer sa vie et devenir une autre. La réussite est mineure en regard des grands opus de l’artiste, mais ce qui est mineur chez lui demeure on ne peut plus savoureux : péripéties extravagantes, aventures cocasses et changements de ton composent une fable radieuse, qui dispense comme toujours, sans effet ni chichis, un sens et une morale. 4/6

Ombres et brouillard
Une pincée de Nosferatu, une ville étouffante où rôdent des milices et un tueur à la M le Maudit, un cirque sorti de La Nuit des Forains, un expressionnisme accentué et trempé dans le burlesque des origines… Les références croulent mais on est bien chez notre auteur binoclard. Car il est ici un petit bureaucrate portant toute la culpabilité originelle du peuple juif, se demandant quel rôle il est censé jouer dans le "plan", fuyant comme Joseph K. dans une nuit de plus en plus absurde, se voyant demander par trois fois s’il croit en Dieu, s’offrant finalement une sortie à la faveur du jeu et de l’artifice, humbles stratégies que l’homme se donne pour enchaîner le mal juste un instant afin de s’en souvenir, pour affronter le réel sans en mourir. En somme il s’agit d’un Woody moyen, c’est-à-dire d’un très bon film. 4/6

Maris et femmes
Un autre sommet, et une œuvre de synthèse (quinze ans de questionnement artistique s'y condensent) autant que de rupture. Fragmentée, instable, privilégiant le plan-séquence fébrile, la caméra n'a peut-être jamais été aussi libre, aussi proche des personnages. Avec l'acuité et la cruelle lucidité d'un Cassavetes ou d'un Bergman, dont il redécline en quelques sorte les Scènes de la vie conjugale, Allen s'en prend à la lâcheté et l'hypocrisie des rapports amoureux, ausculte le mariage au péril de l'âge et de l'égoïsme, dresse son bilan conjugal sous forme de journal intime, poignant d'impudeur et de vérité. L'analyse est à la fois mordante et douloureuse, magnifiée par deux couples d'acteurs exprimant doutes et mensonges, sincérité et mauvaise foi, déraison et fragilité, secrets et amertumes. Dernier film avec Mia Farrow, une page se tourne. 6/6
Top 10 Année 1992

Meurtre mystérieux à Manhattan
Allen est coutumier du rebond et du contre-pied : le dernier film était noir et anxieux, celui-ci est l’une de ses comédies les plus irrésistibles. Voir la dégaine chétive de Woody suivre à contrecœur, comme un toutou angoissé, une Diane Keaton-détective, aussi intrépide que lui est couard et peureux, donne une petite idée du plaisir procuré. Le rythme est trépidant, les répliques étincelantes fusent à la vitesse de l’éclair, l’humour est dévastateur (le message reconstruit mais misérablement foiré dans la cabine : à pisser de rire), les clins d’œil au policier hollywoodien alimentent une intrigue tenue avec un formidable sens du suspense, et qui dessine une morale tendre et heureuse : un couple se raffermit dans l’aventure. Dans tous les registres, ce type fait de l’or. 5/6
Top 10 Année 1993

Coups de feu sur Broadway
Légèrement moins mordante et euphorisante mais toujours ô combien savoureuse, la comédie est une fois de plus au menu de ce mélange inattendu de pochade broadwayenne et de pastiche de film de gangsters, où un petit génie du théâtre new-yorkais se faire prendre en main par un caïd qui se découvre des sensibilités de dramaturge insoupçonnées. Allen réinvente une exquise atmosphère rétro, charge le divertissement d’une réflexion grave et parfois amère sur la créativité et l’intégrité artistique. Car sous la gaze de la bonne humeur, il est comme toujours probable comme qu’il n’ait pas le moral, dissimilant à nouveau ses ennuis sous sa quête de la chimère toute américaine de l’entertainment. 4/6

Maudite Aphrodite
Entre New York et le temple de Taormine, l’esprit souffle, les imbroglios amoureux s’entremêlent, les destins se dénouent. Les dieux ne jouent pas à cache-cache, ils interviennent à tout moment déguisés en chœur antique, ils pensent, critiquent, participent et aident. Fil rouge d’un film que l’on peut qualifier de mineur, mais en précisant que Woody est comme les bons crus : ses petites années restent bien supérieures à tout ce que l’on peut trouver ailleurs. Chroniqueur du désarroi, il bouscule son ordinaire d’éléments disparates, grignote en gags oratoires ce qu’il gagne en polyphonie, et offre une malicieuse comédie sur l’incomplétude, la frustration, la paternité, les jeux du destin et du hasard, qui arbore de bien jolies couleurs. Quant à l’épatante Mira Sorvino, elle fait une adorable gourde. 4/6

Tout le monde dit I love you
Entre Minnelli et Donen, ce sont les charmes de la comédie musicale féérique, dopée à la poudre de perlimpinpin, qu’Allen tente de réactiver ici. Entre Paris, Venise et New York, le cinéaste organise une ronde de déconvenues et de retrouvailles amoureuses avec une légèreté de tous les instants : nulle angoisse existentielle ici, le film se situe clairement dans un espace de rêve et d’artificialité lustrés, où les chagrins se soignent au champagne le temps d’un réveillon au Ritz, où les couples entament un pas de deux en voltigeant sur les quais de la Seine, et où le glamour recouvre le réel de son voile onirique. Ce n’est pas forcément la veine de Woody qui me parle le plus, mais la grâce est souvent au rendez-vous. 4/6

Harry dans tous états
Si le ton est toujours à la comédie, celle-ci est pour le coup très noire, macérant les éternelles peurs de l’auteur avec une liberté éblouissante, un sens de la répartie et de la dérision (désespérée) des plus incendiaires. La forme est hachée, décousue, aussi contradictoire que son protagoniste. On y saute d’un régime narratif à un autre, au fil d’une chronologie déconstruite qui pratique constamment la rupture de ton, mêle réalité (vacillante), scènes de roman, virée en enfer. Bourré jusqu’à la garde d’idées géniales (le mec flou, jouissif), le film n’épargne rien à son auteur, qui s’affiche dans tout son narcissisme destructeur, dans toutes ses névroses, ses phobies, ses lubies. Rarement autoportrait aura été aussi féroce, aussi angoissé. 5/6

Accords et désaccords
En mode mineur, Allen paie son tribut au jazz à travers le portrait d’un guitariste imaginaire de l’entre-deux guerres. Curieusement, le film est l’un des moins musicaux de l’artiste, se contentant d’aligner les vignettes historiques, les faux témoignages, les anecdotes malicieuses en suivant une structure qui rappelle celle de Zelig, l’originalité en moins. Dans un plaisant exercice de pédagogie virtuelle, il invente et impose l’existence d’un surdoué fantasque en fuite perpétuelle pour échapper aux créanciers, aux femmes, aux gangsters. Le ton enlevé de la chronique, la tendresse mêlée d’humour piquant avec laquelle le cinéaste dépeint les atermoiements artistiques de son héros, la jolie galerie de seconds rôles (Samantha Morton surtout) et le talent de Penn emportent le morceau. 4/6

Hollywood ending
Un opus passablement raté. Allen y verse dans la satire revancharde mais ultra-molle du microsome hollywoodien et de son absurdité aveugle, à travers une série de portraits caricaturaux et de situations un peu faciles qui épanchent une misanthropie et une amertume d’assez mauvais aloi. L’artiste se cogne aux meubles et aux diktats du système, tombe du haut des décors, brocarde sa propre propension à engager des chefs opérateurs asiatiques, mais tout cela patine bien vite et finit par tourner à vide. En bref je me suis beaucoup ennuyé à ce divertimento fort redondant et paresseux au possible dans son refus de faire varier d’un iota le plaisir du bon mot allenien, et dont l’autodérision lourde et l’épaisseur du trait sont à peine atténuées par une verve clownesque (légèrement) retrouvée. 2/6

Match point
La résurrection, le coup de jeunesse magistral que je n’attendais plus de sa part. Galvanisé par la présence érotique de Scarlett Johansson et la cruauté feutrée de la haute société londonienne, qu’il scrute avec une acuité cinglante, le cinéaste retrouve la veine moraliste de Crimes et Délits, analysant le parcours d’un jeune arriviste et auscultant les rapports serrés entre recherche d’élévation sociale, jeux du pouvoir et de la séduction, conflit des intérêts et des sentiments. D’un pessimisme noir qui n’égale que l’amoralité joyeuse avec laquelle il est conçu, le film agence un suspense au cordeau : un travail d’orfèvre, une mécanique implacable, des images à l’élégance vénéneuse, au service d’un propos ironique, grave, désenchanté, d’une terrible lucidité. Un gros 5/6.
Top 10 Année 2005

Scoop
Aussitôt après, hélas, le feu semble déjà éteint. S’il retrouve Londres et Scarlett (dans un rôle de Rouletabille en jupons et lunettes, naïve et déglamourisée), Woody semble avoir déjà perdu la verve étincelante qui animait son retour en grâce. Le film s’inscrit dans la lignée des réflexions alleniennes sur la survivance de l’esprit et l’influence des êtres disparus ou imaginaires, et défend l’idée du passage de témoin, de la transmission d’un art et d’une passion à une jeune génération. Mais surtout le ton évanescent d’une comédie sans prétention, même dans le pastiche du film à enquête (assez fumeuse), même dans le recours réitéré au surnaturel et à la magie, même dans la peinture au vitriol du microcosme bourgeois, trahit une inspiration un peu tarie. L’ensemble est néanmoins plutôt sympathique. 3/6

Le rêve de Cassandre
Si elle puise dans le pittoresque britannique, du côté des classes populaires, cette tragi-comédie serrée comme un café noir devient vite un pur jeu de l’esprit autour du dilemme et de la crise morale, mâtinée d’accents dostoïevskiens – un registre que le cinéaste maîtrise à la perfection. Scène après scène, suivant une logique criminelle inéluctable, il enserre les protagonistes dans une spirale sans issue et questionne le mécanisme corrupteur de l’argent, les limites de l’intégrité et de la liberté individuelles. Mon pote Ewan est parfait, Colin Farrell explore très subtilement les affres de la culpabilité, Sally Hawkins émeut en trois scènes, Hayley Atwell est une bombe à réveiller les morts. Il paraît que le film est considéré comme mineur ; personnellement des comme ça j’en mangerais bien tous les jours. 5/6

Vicky Cristina Barcelona
Barcelone sied bien au cinéaste : ses effluves ensoleillées, sa séduction alanguie et capiteuse nourrissent d’un charme suave, tenace et sensuel l’escapade estivale des héroïnes. Mais cette séduction agit comme l’envers d’une réflexion plus inquiète. Derrière l’ivresse d’une été merveilleux, Allen questionne à nouveau la nature volatile du bonheur, la difficulté du choix et de l’engagement, l’indécision amoureuse, à travers une croisée d’aventures sentimentales sens lendemain qui font déplacer les certitudes des protagonistes. Ici chacun est amené à se laisser emporter par le plaisir et le simulacre de liberté mais aussi condamné à éprouver l’insatisfaction du désir, qu’il soit réalisé ou frustré. L’œuvre est solaire, lumineuse, mais voilée d’une mélancolie douce-amère. Une réussite subtile. 4/6

Whatever works
À ce moment-là je me dis que la carrière d’Allen est vraiment en dents de scie. Le regain de lucidité et de profondeur est aussitôt étouffé dans la banalité d’une comédie sans relief ni originalité, où Larry David débite des vannes passées de mode sur le mariage, la religion, la politique, la vieillesse et autres grands sujets vaguement survolés. Derrière la bile du protagoniste, Allen cherche sans doute à célébrer une philosophie pragmatique proche du Carpe Diem, et l’ensemble n’est pas désagréable du tout tant les bons mots crépitent et la bonne humeur de l’ensemble s’avère souvent contagieuse, mais tout ça me paraît franchement superficiel et très approximatif, caricatural en fait, dans son regard sur les gens – le républicain conservateur sudiste qui découvre l’amour gay, so easy. 3/6

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Tissant les fils de sa narration polyphonique sans jamais susciter la confusion, Allen organise une ronde faussement gaie et vraiment émouvante, peuplée de personnages qui se bercent d’illusions : Alfie et la vieillesse qu’il se cache, Roy et ses ambitions d’écrivain raté, son mirage de l’autre côté de la rue, et même Sally, qui perd sur tous les tableaux alors qu’elle semble être la plus lucide, la plus mature de tous. Ces êtres, dont l’auteur rend palpable la vulnérabilité, sont en sursis et se trouvent entraînés dans une sorte de course décrivant un cercle puis se refermer sur elle-même. Hantée par la peur du temps qui passe, la crainte de s'être trompé de chemin, la comédie moraliste est bienveillante, grave et triste, dispense un sourire crispé, un peu sinistre, face à la dérision de nos existences si fragiles. Superbe. 5/6
Top 10 Année 2010

Minuit à Paris
Allen semble à nouveau concevoir un film en réaction au précédent : au désenchantement poignant de Vous allez rencontrer… répond la légèreté radieuse d’une rêverie minnellienne sur le nouage entre songe et réalité, qui agit comme un élixir gorgé de fantaisie dorée. Si Paris, dans toutes ses époques, est filmé comme une superposition de cartes postales et de chromos intemporels, c’est parce que le propos se situe exactement ici : dans les impasses du passéisme et l’éternelle insatisfaction de vivre au présent. L’artiste poursuit ainsi son interrogation sur la création et le doute artistiques, dispense une morale souriante, optimiste (la fin, compromis idéal entre lucidité et nostalgie), moins profonde que celle de La Rose Pourpre du Caire auquel on pense beaucoup, mais qui vaut bien un petit 5/6.

Blue Jasmine
Carburant au martini et aux antidépresseurs, fissurée, flippée, à la fois pathétique et déplaisante, Jasmine réfléchit la gueule de bois d’un pays ravagé par la crise de confiance, la ruine des apparences et les combines illégales des puissants. Sa personnalité borderline, son mépris de classe et son culte du paraître butent sur un credo intenable : à toujours détourner les yeux, on échafaude sa propre perte. Avec ce film sans pitié sur la dérive intérieure et la déchéance sociale, le cinéaste affirme l’extrême finesse psychologique de son regard, habille de rire jaune chaque étape d’une chute sans rémission, et compose une savante construction temporelle qui remodèle en permanence toutes les perspectives. Magistralement servi par Cate Blanchett et Sally Hawkins, il signe l’une de ses œuvres les plus noires, abrasives et tranchantes. 5/6
Top 10 Année 2013

Magic in the moonlight
À mesure qu’il s’approche de l’échéance fatidique (et redoutée), Allen problématise ses sujets de façon toujours plus littérale. Il est parfaitement conscient des mécanismes qu’il manipule, n’essaie même pas de contourner les attentes, et filme désormais en vieux maître débonnaire, toujours capable de générer le plus vif des plaisirs sans donner l’impression de forcer. Une nouvelle preuve avec cette savoureuse comédie romantique, petite friandise où il récapitule ses positions sur l’illusion, l’aveuglement heureux et la lucidité triste, en colorant son pessimisme foncier d’un hymne aux délices de la magie amoureuse. Le divertissement est enlevé et pétillant, Colin Firth délectable en cynique touché par Cupidon (voir entre autres le râteau de sa demande en mariage) et Emma Stone à croquer. 5/6

L’homme irrationnel
Ça commence comme une comédie romantique, ou presque, avec un prof dépressif arrivé au sommet de la déglingue qui se laisse aller au jeu des affinités électives en compagnie de son étudiante. Ça bifurque vers le film noir tendance sarcastique alors qu’il se découvre nouveau souffle en explorant les joies du crime idéaliste, censément parfait. Et ça démonte au fil d’un implacable engrenage les failles de l’énoncé auquel notre héros pensait se soumettre : qu’importe les principes pourvu qu’il y ait l’ivresse de la transgression. Avec ce conte moral affûté comme une lame de couteau, précis comme un mécanisme d’horlogerie, expurgé du moindre détail inutile, le Allen tragédien prouve à nouveau qu’il sait traiter des questions existentielles avec la légèreté et l’invention les plus vives, les plus stimulantes. 5/6

Café society
Fidèle au mouvement de pendulation qui anime toujours son inspiration, le cinéaste revient à la fiction au passé et ajoute une nouvelle pièce à sa peinture mi-nostalgique mi-amusée d’un Hollywood scintillant de charmes glamours. Ce qui aurait pu n’être que la satire convenue d’un milieu obnubilé par le fric, la gloire et le règne de l’apparence explore pourtant des terrains plus subtils et mélancoliques, bien que propres à son auteur : l’écart entre ce que à quoi l’on se destine et ce que les hasards de l’existence réservent, la difficulté du choix et celle de l’assumer, la conscience obsédante, pour des êtres lucides et bienveillants, que la quête accomplie du bonheur et de l’amour ne se défont jamais de la présence lancinante du regret. Un opus fluide et harmonieux, touchant et secrètement spleenétique. 4/6

Wonder wheel
La grande roue qui tourne au-dessus du parc d’attractions de Coney Island, c’est un peu le cinéma allennien, fondé sur le retour du même, la réitération de motifs bien connus, mais dont la scintillante exécution ne cesse de provoquer sinon l’admiration, du moins le plus franc respect. Les contempteurs affirmeront que ce film-ci est signé Storaro : rien d’autre qu’un superbe travail sur la couleur et la lumière. Qu’il soit permis de goûter aussi au tranchant d’une analyse psychologique dictée par la seule nécessité, à l’économie parfaite d’un récit qui joue sciemment avec les clichés et où s’invite sans détour le grand théâtre américain, à la finesse d’un portrait de femme éprouvée, désemparée, toxique pour les autres et pour elle-même, creusant à son corps défendant le sillon inéluctable de sa propre perte. 4/6

Un jour de pluie à New York
Woody revient à sa ville, et c’est un bonheur à défaut d’une révolution – dont on a évidemment deviné qu’elle ne surviendra jamais. Il se penche avec une magnanimité non dépourvue d’ironie sur cette jeunesse dorée qui fut sans doute un peu la sienne, sur ce microcosme culturel et dandy qu’il se plaît à égratigner à coups de réflexions barbelées et de notations piquantes, tout en jouant le jeu d’un romantisme suranné, celui des confidences en taxi jaune, des pavés mouillés, des pianos-bars, des promenades à Central Park. Et derrière cette ballade fringante et inactuelle, ce vaudeville sophistiqué à l’écriture affûtée et au rythme très assuré, s’éploie la philosophie souriante d’un auteur pour qui le rêve et l’idéalisme ne sauraient capituler devant les contingences de la réalité. La friandise est délicieuse. 5/6


Mon top :

1. Manhattan (1979)
2. Annie Hall (1977)
3. Crimes et délits (1989)
4. Hannah et ses sœurs (1986)
5. Maris et femmes (1992)

Que dire ? Woody Allen est un cinéaste d’une importance exceptionnelle pour moi, à l’origine de l’une des filmographies les plus admirables, riches et cohérentes qui soient. Il a composé une véritable comédie humaine, aussi merveilleusement drôle que profondément poétique et émouvante, et su allier une pensée profonde et originale à une forme d’une rare élégance. Mon admiration et ma gratitude pour cet artiste sont sans bornes.
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Par ailleurs, et c'est loin d'être une constatation accessoire, aucun réalisateur de ces quarante dernières années au bas mot ne peut se targuer d'avoir fait tourner un panel d'actrices aussi époustouflant. Ont joué devant sa caméra (liste non exhaustive) : Cate Blanchett, Marion Cotillard, Penelope Cruz, Judy Davis, Elle Fanning, Mia Farrow, Jodie Foster, Helen Hunt, Anjelica Huston, Scarlett Johansson, Diane Keaton, Natalie Portman, Charlotte Rampling, Julia Roberts, Gena Rowlands, Meryl Streep, Uma Thurman, Naomi Watts, Dianne Wiest, Kate Winslet... Si quelqu'un trouve un seul autre cinéaste affichant un tel tableau de chasse, qu'il me le dise, je serais curieux de savoir.
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

Mon Top

(mis à jour après la découverte récente de September, sinon j'en démords pas mon Woody préféré reste un film non dirigé par Allen aussi paradoxal que cela puisse être, ce film continuant de me faire hurler de rire) :

N°1 Tombe les filles et tais toi
N°2 Annie Hall
N°3 Manhattan
N°4 Match Point
N°5 Meurtre Mystérieux à Manhattan
N°6 Maudite Aphrodite
N°7 Alice
N°8 Le sortilège du Scorpion de Jade
N°9 The Front "Le prête-nom"
N°10 Woody et les robots
N°11 September
N°12 Vicky Christina Barcelona
N°13 Tout le monde dit I love you
N°14 Guerre et amour
N°15 Crimes et délits
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Re: Woody Allen

Post by Strum »

Supfiction wrote:(mis à jour après la découverte récente de September, sinon j'en démords pas mon Woody préféré reste un film non dirigé par Allen aussi paradoxal que cela puisse être, ce film continuant de me faire hurler de rire)
Dans ta liste, il n'y a pas que Tombe les filles et tais-toi qui n'est pas un film de Woody Allen, il y a aussi Le Prête-nom (qui est de Martin Ritt).

Sinon, dans le genre comique de ses débuts, Prends l'oseille et tire-toi (Take the money and run) est dix fois plus drôle et inventif que Tombe les filles et tais-toi d'Herbert Ross.

Cela dit, ton inclusion de Tombe les filles et tais-toi en 1 est cohérente avec ton classement de son chef-d'oeuvre Crimes et délits en dernier. :fiou:
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

Strum wrote:Dans ta liste, il n'y a pas que Tombe les filles et tais-toi qui n'est pas un film de Woody Allen, il y a aussi Le Prête-nom (qui est de Martin Ritt).
Je précisais à propos de Tombe les filles et tais-toi, parce que ACR m'en avait déjà fait la remarque ...
Je ne note jamais la qualité objective d'une œuvre, sa mise en scène etc. La seule chose qui compte pour moi, c'est le plaisir éprouvé à voir le film.
Spoiler (cliquez pour afficher)
J'en ai rien à foutre, j'assume comme disait Florent Brunel :lol:

D'autre part, je précise que je pense avoir vu pratiquement tout Woody Allen (il doit m'en rester 3-4 encore à voir), donc Crimes et délits est loin d'être en dernier dans mes préférences, Strum! .. 8)
Strum wrote: Sinon, dans le genre comique de ses débuts, Prends l'oseille et tire-toi (Take the money and run) est dix fois plus drôle et inventif que Tombe les filles et tais-toi d'Herbert Ross.
Question humour, difficile de juger, le rire ça ne se commande pas. Et puis dans Prends l'oseille et tire-toi, il n'y a pas Diane Keaton..
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Re: Woody Allen

Post by Strum »

Supfiction wrote:Je précisais à propos de Tombe les filles et tais-toi, parce que ACR m'en avait déjà fait la remarque ...
Je ne note jamais la qualité objective d'une œuvre, sa mise en scène etc. La seule chose qui compte pour moi, c'est le plaisir éprouvé à voir le film.
Je comprends. Moi, j'éprouve beaucoup de plaisir devant La Rivière Rouge de John Ford par exemple.
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Re: Woody Allen

Post by Federico »

Strum wrote:
Supfiction wrote:Je précisais à propos de Tombe les filles et tais-toi, parce que ACR m'en avait déjà fait la remarque ...
Je ne note jamais la qualité objective d'une œuvre, sa mise en scène etc. La seule chose qui compte pour moi, c'est le plaisir éprouvé à voir le film.
Je comprends. Moi, j'éprouve beaucoup de plaisir devant La Rivière Rouge de John Ford par exemple.
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Re: Woody Allen

Post by kiemavel »

Federico wrote:
Strum wrote: Je comprends. Moi, j'éprouve beaucoup de plaisir devant La Rivière Rouge de John Ford par exemple.
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Pareil mais avec la grande vadrouille
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Re: Woody Allen

Post by Supfiction »

Première image de Magic in the Moonlight, son quarante-septième film.

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Re: Woody Allen

Post by Profondo Rosso »

Minuit à Paris (2011)

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Un jeune couple d’américains dont le mariage est prévu à l’automne se rend pour quelques jours à Paris. La magie de la capitale ne tarde pas à opérer, tout particulièrement sur le jeune homme amoureux de la Ville-lumière et qui aspire à une autre vie que la sienne.

L’échappée européenne de Woody Allen aura permis au réalisateur de magnifiquement se réinventer, mêlant ses thèmes à la culture et l’atmosphère des villes visitées. La lutte des classes au cœur de la société anglaise imprègnera le Londres de Match Point (2005) et Le Rêve de Cassandre (2007), tout comme la langueur latine et le libertinage estival de Vicky Cristina Barcelona (2008) pour la cité catalane. Lorsqu’il poursuivra le cycle dans la ville des lumières (déjà visitée en 1996 pour Tout le monde dit I love you), Woody Allen revisitera à sa manière l’imagerie romantique associée à Paris. Woody Allen était tombé sous le charme de Paris lors de sa première visite lors du tournage de Quoi de neuf, Pussycat ? (1965) dont il était interprète et scénariste. Il nourrit depuis un regret de ne pas s’être installé dans la ville à l’époque et être retourné poursuivre son ascension dans sa New York natale. C’est de ce même regret qu’il caractérise son héros et double à l’écran Gil Pender (Owen Wilson) venu dans sa jeunesse à Paris mais qui retourna également aux Etats-Unis pour devenir scénariste hollywoodien. Il y est aujourd’hui de retour en compagnie de sa fiancée Inez (Rachel McAdams) et de ses beaux-parents, les souvenirs et la beauté des lieux l’aspirant tout en réveillant ses angoisses d’aspirant écrivain.

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Owen est le prolongement idéal des personnages rêveurs et anxieux de Woody Allen dont l’insatisfaction s’exprime dans des névroses diverses. L’échappée à ce mal-être peut se faire par l’irrationnel à l’image du héros caméléon de Zelig (1983) ou de l’épouse esseulée de La Rose Pourpre du Caire (1985). C’est donc ce même irrationnel qui viendra trouver un Gil se flânant au hasard dans la nuit parisienne. Une rutilante Peugeot des années 20 et une invitation joyeuse de ses passagers qu’il acceptera va faire passer Gil « de l’autre côté ». Cela il ne s’en rendra compte que dans un bar rétro où un couple avenant l’apostrophe amicalement en se présentant comme Scott et Zelda Fitzgerald. Lui si mal à l’aise dans son époque à fait un saut dans le temps pour se trouver dans son époque rêvée, l’Age d’or artistique que constitue pour lui le Paris des années 20. Il va ainsi se confondre et s’identifier à ses idoles de la « Génération Perdue » soit ce groupe d’écrivains américains (Fitzgerald, Hemingway) venu chercher l’inspiration dans la capitale française dans l’entre-deux guerre. Chaque soir aux douze coups de minuit, Gil ira donc se ressourcer comme par magie dans ce passé rêvé et enchanteur tandis que sa réalité lui semble de plus en plus compliquée. L’esprit libre et insouciant du passé trouve sa terrible réponse dans la superficialité de sa fiancée.

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Woody Allen alterne des visions du présent avec un Paris à l’imagerie touristique terne dont toute l’aura se trouve réduite à l’érudition ennuyeuse d’orateur pédant (Michael Sheen tout en condescendance odieuse lors des scènes à Versailles ou au Louvre) et des visions merveilleuses dès que l’on plonge dans les Années Folles. La photo de Darius Khondji s’imprègne alors d’un halo féérique dans les magnifiques scènes d’intérieurs où donne une aura de mystère envoutante au séquences nocturnes tandis que la mise en scène étriquée d’Allen au présent se fait ample et confère enfin toute leur majesté à ses rues et lieux de fêtes parisien. Les rencontres illustres sont idéalisées, fidèles à leur légende tout faisant preuve d’une proximité chaleureuse avec entre Picasso, Dali ou Buñuel mais aussi Gertrude Stein (jouée ici par la grande Kathy Bates) qui corrigera même les premiers essais écrit de Gil. La plus belle rencontre sera pourtant celle d’une inconnue avec la séduisante muse Adriana (magnifique Marion Cotillard) dont la sensibilité et le gout du passé se confond avec la sienne. Il serait ainsi facile de s’oublier dans ce passé mais tout comme un Alvy Singer (Manhattan (1979) doit se libérer da peur de s’engager ou un Zelig de retrouver on identité, c’est dans le présent que Gil doit reprendre son destin en main. Tous le film distille les éléments à cet équilibre à retrouver, que ce soit la définition du complexe de l’âge d’or, la rencontre furtive avec une jeune femme de son temps partageant son attrait de la culture d’antan (à savoir l’amour de la musique de Cole Porter) et bien sûr le final nous plongeant plus loin encore à la Belle Epoque.

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Cette frustration et médiocrité du présent apparaît alors comme un phénomène cyclique n’existant que dans le l’esprit des insatisfaits qui le décrètent. A nous de créer notre Age d’Or semble nous dire un Woody Allen dans un état d’esprit remarquable, sa production et sa qualité quasi inchangée depuis tant d’années étant une belle réponse implicite aux grincheux nostalgiques. Owen Wilson, candide à la mélancolie si attachante trouve un de ses plus beaux rôles et la rencontre pluvieuse finale allie merveilleusement beauté passée et présente dans cette traversée du Pont des Arts. 6/6

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Re: Woody Allen

Post by Anorya »

Comédie érotique d'une nuit d'été (Woody Allen - 1982).


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Au cours de l'été 1905, Andrew et sa femme reçoivent leurs amis dans une maison de campagne. Le temps d'un week-end, attirances et fantasmes sexuels vont briser ou renforcer la cohésion de ces couples...


"La famille nombreuse de Mia effraie Allen qui noue avec elle une relation fusionnelle sans jamais lui proposer de vivre sous le même toit. Les amants ont des appartements qui se font face, séparés seulement par Central Park. Ils deviennent une légende new-yorkaise, surtout quand ils commencent à travailler ensemble. En 1980, le contrat d'Allen avec la United Artists arrive à expiration, ce qui lui permet de retrouver Arthur Krim chez Orion Pictures. Il arrive avec deux projets, un faux documentaire sur un homme-caméléon nommé Leonard Zelig, et une variation sur Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Allen tourne d'abord Comédie érotique d'une nuit d'été (1982), son premier film d'époque depuis le joyeux délire de Guerre et Amour."

("Woody Allen" - Florence Colombani. Editions Le Monde/Cahiers du cinéma - collection grands cinéastes)


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Curieusement et malgré le fait qu'Allen s'amuse à joyeusement changer ses habitudes pour prendre quelques risques, le film ne dépassera pas ses modèles avoués que sont à la fois le livre de Shakespeare mais aussi Sourires d'une nuit d'été d'Ingmar Bergman. Du premier il reprend la confusion inhérente à cette fameuse nuit où les couples se font et se défont. Du second, le jeu des apparences qui ne sont jamais ce qu'elles sont et ne permettent de montrer les êtres humains sous leur vraie nature une fois qu'ils ont été acculés à des situations fortes. De fait et l'idée est ingénieuse (mais pas nouvelle), les personnages ne prennent leur vraie incarnation qu'une fois que leurs traits de caractères ont étés inversés ou aplati d'un autre côté, comme une crêpe ou une pièce qui retombe sur une autre face, un autre côté. Ainsi l'être le plus volage se montrera celui qui au fond, la coquille brisée (par un joli coup de flèche), était le plus romantique et le pacifiste le plus raisonné avouera qu'une bonne chasse pour faire couler le sang, ça réveille agréablement les pulsions primales.


Pourtant, et malgré le charme de ses interprètes féminins (première apparition de Mia Farrow dans l'univers Allenien comme noté précédemment, Mary Steenburgen et Julie Hagerty), difficile de s'attacher aux personnages, ou du moins à une partie d'entre eux. Sans surprise, Allen réserve les meilleurs dialogues pour ses actrices et sa pomme, laissant les autres se démêner dans des rôles un peu déjà vus (Tony Roberts qu'on retrouve une troisième fois chez Allen reste toujours aussi insipide) ou assez pénible (l'éminent professeur qui pérore à tour de rôle jusqu'à finir par en être plus que caricatural malgré une scène intéressante où il avouera qu'il désire succomber à la tentation avant de s'unir définitivement dans le mariage avec sa promise). Outre certaines répliques qui font toujours autant mouche, c'est sur un autre terrain que se situe le petit plaisir que peut procurer le film.


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En effet, pour ce film qui scelle à la fois tant la longue union bienfaitrice avec Orion que Mia Farrow, Allen choisit un tournage complet en extérieur en pleine campagne. Un peu du jamais vu pour celui qui à l'époque ne fait guère trois pas en dehors de New-York. Ensuite, la photographie de Gordon Willis, sublime, qui met très bien en valeur les plans de nature champêtre et sur lesquels Allen en profite pour se faire plaisir et offrir la touche rafraîchissante du film (le DVD MGM ne rend malheureusement pas très bien compte de ça). Puis la musique de Félix Mendelssohn qui rompt avec les goûts essentiellement jazzistiques du bonhomme alors. Enfin, quelques petits effets spéciaux un brin cheap qui font parfois leur effet (le couple fantômatique aperçu de loin en pleine nuit --cf capture au dessus) ou pas (je demandais pas non plus plein de lucioles qui éclairent la nuit comme dans un film d'Isao Takahata mais là le final, mouais).


Sur ce dernier point, rien ne permet encore de deviner le bond ambitieux qui se profile sur le film d'après, Zelig, où les effets spéciaux sidèrent littéralement tout le film et en fond un véritable écrin qui transporte l'histoire vers certaines cimes. Pour tout ça, Comédie érotique d'une nuit d'été reste donc un petit film bien mineur mais somme toute assez plaisant. Un petit Woody du samedi soir.

4/6.
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Jeremy Fox
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Re: Woody Allen

Post by Jeremy Fox »

Guerre et amour

Pas 10 secondes du film sans qu'il n'y ait un gag, qu'il soit visuel, sonore ou au travers de dialogues surréalistes, parodiques, nonsensiques déjà typiquement 'alleniens'. Du coup, il n'est pas étonnant que ce film burlesque s'essouffle un peu dans sa dernière partie avec cette succession de monologues au spectateur qui vient casser un peu le rythme de fou qu'avait réussi à maintenir Allen durant 60 minutes. Malgré tout, Guerre et amour reste l'un des films les plus immédiatement hilarants du cinéaste ; et que Diane Keaton était jolie !
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Kevin95
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Re: Woody Allen

Post by Kevin95 »

Jeremy Fox wrote:Malgré tout, Guerre et amour reste l'un des films les plus immédiatement hilarants du cinéaste ; et que Diane Keaton était jolie !
C'est marrant, ce n'est pas d'elle dont je me souviens. :oops: :mrgreen:
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Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)