Top 20 : les films des années 70

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

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AtCloseRange
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Messagepar AtCloseRange » 15 avr. 07, 12:35

Manhattan (Allen)
Voyage Au Bout de L'Enfer (Cimino)
Little Big Man (Penn)
Les Proies (Siegel)
Patton (Schaffner)
Delivrance (Boorman)
Lenny (Fosse)
Phantom Of The Paradise (De Palma)
Carrie (de Palma)
Le Parrain (Coppola)
Frankenstein Junior (Brooks)
Alien (Scott)
Taxi Driver (Scorsese)
1900 (Bertolucci)
Le Dossier 51 (Deville)
La Nuit Américaine (Truffaut)
Parfum de Femme (Risi)
La Fille de Ryan (Lean)
Mort à Venise (Visconti)
La Meilleure Façon de Marcher (Miller)

Pour ne prendre qu'un film par réalisateur.
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7swans
Nuits de Sheen...
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Messagepar 7swans » 15 avr. 07, 12:39

Phantom of the paradise (Brian de Palma)

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Johnny got his gun (Dalton Trumbo)

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The Last Picture Show (Peter Bogdanovich)

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Paper Moon (Peter Bogdanovich)

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Harold and Maude (Hal Ashby)

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The Last Detail (Hal Ashby)

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The French Connection (William Friedkin)

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Sorcerer (William Friedkin)

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Carnal Knowledge (Mike Nichols)

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The Godfather (Francis Ford Coppola)

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The Godfather part 2 (Francis Ford Coppola)

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Apocalypse Now (Francis Ford Coppola)

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Badlands (Terrence Malick)

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Days of heaven (Terrence Malick)

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Phantasm (Don Coscarelli)

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Dog Day Afternoon (Sidney Lumet)

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Serpico (Sidney Lumet)

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Annie HAll (Woody allen)

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Manhattan (Woody Allen)

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Barry Lyndon (Stanley Kubrick)

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Boubakar
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Messagepar Boubakar » 15 avr. 07, 12:43

7swans a écrit :The Last Detail (Hal Ashby)

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Qu'est-ce que c'est ? Ce ne serait pas La dernière corvée ?
Vu qu'il est dispo chez Play à 7,9 euros, j'aimerais avoir ton avis sur le film. :wink:

7swans
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Messagepar 7swans » 15 avr. 07, 12:55

Boubakar a écrit :
7swans a écrit :The Last Detail (Hal Ashby)

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Qu'est-ce que c'est ? Ce ne serait pas La dernière corvée ?
Vu qu'il est dispo chez Play à 7,9 euros, j'aimerais avoir ton avis sur le film. :wink:


UN film irrévérentieux. D'une liberté de ton qui symbolise a merveille les années 70. Le film, tourné dans un souci de réalisme assez posé (appuyé par la photo de Michael Chapman) n'empeche pas des pointes d'un humour doux amère (grace au scénario intelligent de Robert Towne surement). Sans parler de Nicholson, alors en état de grace, parfait en "badass" (il avait du choper un prix a cannes je crois d'ailleurs).


Faudrait que je me trouve le livre de Darryl Ponicsan dont le film est adapté...

Et puis, en mémoire au grand Hal Ashby, un peu trop vite oublié...

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Boubakar
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Messagepar Boubakar » 15 avr. 07, 12:58

7swans a écrit :UN film irrévérentieux. D'une liberté de ton qui symbolise a merveille les années 70. Le film, tourné dans un souci de réalisme assez posé (appuyé par la photo de Michael Chapman) n'empeche pas des pointes d'un humour doux amère (grace au scénario intelligent de Robert Towne surement). Sans parler de Nicholson, alors en état de grace, parfait en "badass" (il avait du choper un prix a cannes je crois d'ailleurs).


Faudrait que je me trouve le livre de Darryl Ponicsan dont le film est adapté...

Et puis, en mémoire au grand Hal Ashby, un peu trop vite oublié...


Merci :wink:

angel with dirty face
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Messagepar angel with dirty face » 15 avr. 07, 13:33

AtCloseRange a écrit :Delivrance (Boorman)
Parfum de Femme (Risi)


... Encore des films sublimes que j'ai oublié de noter sur ma liste!

Verdi
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Messagepar Verdi » 16 avr. 07, 12:05

1. Mean Streets de Martin Scorsese
2. Apocalypse Now de Francis Ford Coppola
3. The Godfather, Part 2 de Francis Ford Coppola
4. Taxi Driver de Martin Scorsese
5. Pat Garrett and Billy the Kid de Sam Peckinpah
6. The Godfather de Francis Ford Coppola
7. Barry Lyndon de Stanley Kubrick
8. The Deer Hunter de Michael Cimino
9. Sorcerer de William Friedkin
10. The Conversation de Francis Ford Coppola
11. Obsession de Brian De Plama
12. Suspiria de Dario Argento
13. Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville
14. The French Connection de William Friedkin
15. Bring to me the Head of Alfredo Garcia de Sam Peckinpah
16. Rencontres du Troisième Type de Steven Spielberg
17. Les Moissons du Ciel de Terrence Malick
18. Cross of Iron de Sam Peckinpah
19. Le Conformiste de Bernardo Bertolucci
20. Jaws de Steven Spielberg & Profondo Rosso de Dario Argento
"L'art et les systèmes sont contradictoires, et ceux qui adhèrent à des idées préconçues se trompent, car ils sacrifient leur imagination et leur talent." Giuseppe Verdi

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Lord Henry
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Messagepar Lord Henry » 17 avr. 07, 09:02

En aucune façon un "top", mais simplement vingt titres qui m'auront marqué à titres divers et comptent aujourd'hui pour mon imaginaire:

I walk the line (John Frankenheimer)
Punishment Park (Peter Watkins)
Across 110th street (Barry Shear)
Pat Garrett and Billy the Kid (Sam Peckinpah)
La course du lièvre à travers champs (René Clément)
Frenzy (Alfred Hitchcock)
Lisa et le Diable (Mario Bava)
"10" (Blake Edwards)
Eugénie de Sade (Jésus Franco)
Lèvres de sang (Jean Rollin)
Aguirre, la colère de Dieu (Werner Herzog)
Being there (Hal Ashby)
Zardoz (John Boorman)
The Parallax view (Alan J. Pakula)
Charley Varrick (Don Siegel)
Lifespan (Alexander Whitelaw)
Todo Modo (Elio Petri)
Chinatown (Roman Polanski)
Fedora (Billy Wilder)
It's alive (Larry Cohen)
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Thaddeus
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Re: Top 20: les films des années 70

Messagepar Thaddeus » 22 juil. 14, 15:18

C'est parti pour les années 70. Je n'ai pas trouvé de topic plus adéquat, et suis surpris que celui-ci ne figure pas dans la section naphtas.

Comme toujours, des notules de 500 caractères au plus et un maximum de cinq suppléants par an, sous réserve d'une note minimale de 5/6.


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1. Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)
2. La Guerre des Étoiles (George Lucas, 1977)
3. Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1975)
4. Le Parrain & Le Parrain, 2ème Partie (Francis Ford Coppola, 1972, 1974)
5. Phantom of the Paradise (Brian De Palma, 1974)
6. Chinatown (Roman Polanski, 1974)
7. Manhattan (Woody Allen, 1979)
8. Une Femme sous Influence (John Cassavetes, 1974)
9. Aguirre, la Colère de Dieu (Werner Herzog, 1972)
10. Voyage au Bout de l’Enfer (Michael Cimino, 1978)
11. Annie Hall (Woody Allen, 1977)
12. Les Moissons du Ciel (Terrence Malick, 1978)
13. Walkabout (Nicolas Roeg, 1971)
14. Série Noire (Alain Corneau, 1979)
15. Le Limier (Joseph L. Mankiewicz, 1972)
16. Providence (Alain Resnais, 1977)
17. Conversation Secrète (Francis Ford Coppola, 1974)
18. Le Miroir (Andreï Tarkovski, 1975)
19. Scènes de la Vie Conjugale (Ingmar Bergman, 1974)
20. Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)


Une décennie richissime, fertile en émergences de talents nouveaux, en évolutions esthétiques et idéologiques – et à titre personnel, en films constitutifs de mon panthéon personnel, parmi les plus chers à mon cœur.

Une chose frappe tout d’abord, dans toute son aveuglante évidence : les années 70, ce sont un peu celles d’un homme qui a symbolisé et accompagné toute la période, qui l’a marqué de son empreinte en érigeant certains des plus grands mythes du cinéma contemporain. Cet homme est évidemment Francis Ford Coppola. En passant le seuil des années 80, il franchira ses 40 ans et s’envolera dès lors pour d’autres horizons. Dans son sillage, toute la génération du Nouvel Hollywood s’affirme et prend son envol : Spielberg, Scorsese, Cimino, De Palma... Cette période est aussi celle de la plénitude et du triomphe artistique pour des artistes en marge du système hollywoodien, gorgés de culture européenne mais au cœur d’une société américaine dont ils se font les témoins les plus critiques, virulents, polémiques. Ces francs-tireurs ont pour noms Robert Altman et Sidney Lumet. Sur la côte Est, deux réalisateurs impriment de leurs voix reconnaissables entre toutes le cinéma de cette époque. Le premier, peintre écorché des visages et des sentiments, connaît une fécondité créatrice sans équivalent : c’est John Cassavetes. Le second met sa personne en crise et au centre d’un propos ironique et sentimental, porté par une forme toujours plus élaborée : c’est Woody Allen, qui régnera pendant longtemps (il règne encore aujourd’hui). Clint Eastwood fait comprendre qu’il n’est pas qu’une belle gueule charismatique mais l’un des plus grands cinéastes contemporains en devenir ; Terrence Malick livre deux splendeurs élégiaques avant de s’évaporer pour vingt ans. Last but nos least, le cinéma américain trouve l’un de ses créateurs les plus fondamentaux en la personne d’un génie installé en Angleterre depuis la fin des années 60, qui ne savait réaliser que des chefs-d’œuvre et qui en a pondu deux sur cette période : tout le monde l’aura reconnu.

En Europe, le septième art est dominé par deux monuments apparus au début des années cinquante, qui s’imposent comme les supers-auteurs de leur époque et portent leur art à un degré inédit d’accomplissement : j’ai nommé Ingmar Bergman et Federico Fellini. Le premier poursuit, sous une forme toujours plus dépouillée et viscérale, son investigation de l’âme humaine et de ses tourments. Le second, poussant à fond sa logique d’inflation baroque et de démesure poétique, brûle les derniers feux du cinéma italien. Une paire de réalisateurs à peine plus jeunes, qui n’ont strictement rien en commun, atteignent aussi le faîte de leur talent au cours des années 70. Oscillant entre les deux côtés de l’Atlantique, Roman Polanski bâtit l’une des œuvres les plus singulières, iconoclastes et inquiètes de son temps. Beaucoup plus à l’Est, Andreï Tarkovski se démène comme il peut avec la censure soviétique et offre des joyaux de poésie méditative. Enfin, l’allemand Werner Herzog, chantre d’un néo-romantisme ambigu, et le britannique Nicolas Roeg, à la pointe d’une certaine modernité, témoignent d’un renouveau précieux.

Et la France dans tout cela ? À bien y regarder, si les grands films et les grands auteurs n’ont pas manqué, un nom se détache particulièrement du tableau, à mes yeux. Le cinéma français des années 70, c’est celui d’un auteur populaire et exigeant, sensible et précis, d’un portraitiste minutieux de l’intime et du collectif, attaché à la fragilité des êtres, à leurs doutes, à leurs amours, à leurs secrets : c’est celui de Claude Sautet.

J’avoue ma très large méconnaissance du cinéma asiatique des années 70. Puisque les grands noms classiques sont soit morts (Ozu, Mizoguchi), soit au creux de la vague (Kurosawa), puisque je découvre à peine ceux de la nouvelle génération japonaise (Imamura, Oshima), mes classements sont désertés par ces cinématographies-là. Seul brille, encore et toujours, le nom de Satyajit Ray, qui poursuit un art toujours plus sensible, politique et poétique.


1970
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1. Wanda – Barbara Loden

Un petit bout de femme vulnérable comme un moineau perdu rencontre un gangster au rabais bien flippé, et les deux marginaux vont se reconnaître, s’attacher l’un à l’autre, avant de retourner à leur solitude. Le seul film de l’épouse d’Elia Kazan, tourné avec une urgence documentaire, en 16 mm, est une bouleversante pépite qui exprime tout le non-dit d’une société dure aux exclus, aux déclassés, aux paumés du petit matin, aux vaincus sans combattre, ces épaves en quête d’un havre introuvable.

2. La Fille de Ryan – David Lean

Lean mettra treize ans pour se relever de l’échec de son œuvre la plus téméraire, lyrique et cruelle. La splendeur affolante des ciels perturbés, des falaises d’émeraude et des vagues tumultueuses s’y accorde au portrait bovaryste d’une jeune fille en éveil, épouse le trajet de sa conscience au sein d’un village grégaire, saisit ses élans comme un ensemble de phénomènes climatiques. Car il est aussi vain de juger des passions humaines que de condamner la nature lorsqu’elle déchaîne ses forces.

3. Les Choses de la Vie – Claude Sautet

L’onde de choc de mai 68 semble déjà loin, on entre dans une ère néo-libérale qui prépare l’avènement du giscardisme. Avec un art de la vérité sans pareil, dynamique, musical, Sautet déstructure la temporalité, livre quelques morceaux d’une existence qui s’éteint, dessine par touches impressionnistes ses méandres affectifs. C’est le superbe portrait d’un homme hanté par la solitude et la tragique impossibilité de donner forme à sa vie, c’est-à-dire réconcilier le passé, le présent et le futur.

4. Des Jours et des Nuits dans la Forêt – Satyajit Ray

Partie de campagne à l’indienne, chronique d’une régénération de corps et d’esprit, grand bol de sérénité où les plaisanteries et dialogues piquants des jeunes citadins forment l’écume d’affrontements muets, de désirs tus, d’espoirs ignorés de l’autre. Des parties d’ivresse aux promenades dans les bois, de la danse des femmes santhals au jeu de la mémoire lancé lors d’un pique-nique sous les arbres (comble du ravissement), le même état de grâce, la même réconciliation entre nature et culture.

5. Husbands – John Cassavetes

Des tâtonnements, des cafouillages, des hésitations, des emportements. Des éclats colériques et des envolées de tendresse, des insultes à la terre entière et des embrassades gouleyantes. Un rapport direct et exacerbé aux choses, aux gens, à l’écoulement du temps, à la détresse inextinguible, à la chaleur de l’amitié. C’est tout Cassavetes qui respire dans cette flânerie éthylique, sa générosité d’approche, sa drôlerie triste, son rythme de la parole, sa vérité du sentiment. Une alchimie rare.

6. L’Enfant Sauvage – François Truffaut

En passant dans le cadre, Truffaut assume son intimité avec le personnage et ses efforts et s’engage dans un film dont les enjeux dépassent le cinéma. Il médite sur la nécessité et la beauté du geste par lequel un être transmet à un autre ce qu’il a de plus précieux, et magnifie la facture quasi-scientifique d’un récit d’où la plus vive émotion jaillit sans cesse de façon inattendue. Aucun de ses autres opus ne laisse peut-être une telle impression de plénitude maîtrisée, d’optimisme serein.

7. Le Cercle Rouge – Jean-Pierre Melville

Chantre du milieu et de l’amitié virile, des errances urbaines et de la clandestinité, Melville synthétise son cinéma. Le chapeau, l’imper, le revolver constituent les objets emblématiques d’un lent enlisement dans les eaux de la fatalité, où des hommes sans mémoire accomplissent avec méticulosité des gestes d’automates. La grandeur de ce vaisseau hiératique naît de sa morale de la loyauté, de sa poétique de la solitude, et de l’obsession de la mort qui se devine sur les masques des visages.

8. Performance – Nicolas Roeg & Donald Cammell

Titre aussi approprié que réducteur, car si le programme de mise en scène vise un effet d’hypnose et une logique de désorientation permanents, rompant avec les codes en vigueur, elle sert de support à une réflexion sur la pop culture et les manifestations volontiers décadentes du bouleversement moral de l’époque, ce qui le préserve de toute gratuité. Éclaté, fantasmagorique, anticipant les recherches du clip et de la vidéo, le film conserve un pouvoir de stimulation sensorielle assez stupéfiant.

9. Deep End – Jerzy Skolimowski

Transfuge d’Est en Ouest et modèle du cinéaste apatride, Skolimowski affirme pourtant ici une vision des choses typiquement polonaise, par son goût de l’absurde et de l’ironie. Dans une atmosphère aqueuse, tendue, il développe un jeu mortel de la provocation et de la sincérité et suit l’immersion agitée d’un ado dans le monde des adultes, du travail et de la sexualité. Un film beau et singulier comme le joyau que le filet d’eau chaude finit par extraire du blanc neigeux où il s’était perdu.

10. La Vie Privée de Sherlock Holmes – Billy Wilder

Pourquoi Sherlock Holmes reste-t-il inconsolable de son unique amour ? Quelles sont les mœurs du Dr Watson ? On peut compter sur le sarcastique réalisateur pour répondre à ces questions. Son évocation apocryphe substitue le réalisme trivial à l’héroïsme et à l’insolite dans un monde où tout est mensonge et illusion, tout en ménageant une part essentielle de romantisme secret. Un superbe travail de mystification doublé d’un résumé tendre, rocambolesque et ironique de la philosophie wilderienne.


Sur le banc : Le Boucher (Claude Chabrol), , Enquête sur un Citoyen au-dessus de tout Soupçon (Elio Petri), Le Genou de Claire (Éric Rohmer), Le Jardin des Finzi-Contini (Vittorio de Sica), Little Big Man (Arthur Penn)…


1971
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1. Walkabout – Nicolas Roeg

Expérience initiatique aux vertus purgatives, conte moderne dont la puissance d’envoûtement tient d’un langage onirique, d’un traitement du temps, d’une plasticité qui défient toute analyse, l’errance de ces deux enfants de la ville partageant la vie d’un jeune aborigène dans le désert fait figure de météore. Elle se vit dans l’apesanteur d’une bulle enchantée, extatique et effrayante à la fois, et renoue avec un espace (aussi bien réel qu’intérieur) délaissé par notre monde contemporain. Unique.

2. Orange Mécanique – Stanley Kubrick

Visionnaire (guerres des bandes, porno arty, psychédélisme), iconoclaste (émotions ambigües, prise intellectuelle sur les choses), baroque (congestion d’images et ballets graphiques, provocants comme des manifestes visuels), transversal (la société, la politique, le comportement, la liberté, la psychanalyse), multi-tonal (dystopique, réflexif, allégorique, musical, transgressif, esthétique)… Arrêtons là : ce conte de la folie extraordinaire demeure le plus culte des films-culte de son auteur.

3. Minnie et Moskowitz – John Cassavetes

Cassavetes a fait son feel-good-movie. C’est Minnie et Moskowitz et c’est un trésor d’allégresse prolongée qui réunit deux composantes contradictoires : le temps et l’action, ou si l’on préfère la modernité et le classicisme. Chaque séquence nous plonge au cœur du présent, chaque personnage a sa chance (voir ces mères désopilantes que nos héros écoutent sans broncher), chaque instant est touché de la poésie et de la candeur qui prévalent à un phénomène miraculeux : la naissance de la tendresse.

4. Max et les Ferrailleurs – Claude Sautet

Le drame de Max, flic rigoriste et puritain, est de voir les autres profiter des joies simples de l’existence sans jamais parvenir à y goûter. Isolé par des vitres et des parois de tout ce qui l’entoure, il n’a qu’une envie : passer de l’autre côté du miroir pour rompre son isolement. Mais le fossé reste infranchissable. Plus proche de Dostoïevski que de Simenon, Sautet développe une saga criminelle nourrie de quotidien, dont la mécanique implacable est repeinte aux couleurs de la vie. Et Romy…

5. A Touch of Zen – King Hu

Estampée dans un écrin pictural de toute beauté, dont chaque image est gonflée de flux et de matières mais dépouillée du moindre ornement superflu, cette prodigieuse aventure mystique suscite un émerveillement qui tient de l’illumination. C’est un trésor de cercles enchevêtrés, de rebondissements et d’intrigues à profusion, une quête de sérénité au sein du désordre, serpentant à travers mille épisodes fulgurants comme la foudre pour atteindre la transfiguration finale – l’initiation au zen.

6. Family Life – Ken Loach

À l’époque où sort le film, la société est l’objet d’une mise en cause de ses structures, de son fonctionnement, de ses objectifs. Loach s’inscrit dans cette contestation globale et questionne le rôle de la famille, courroie de transmission des valeurs établies. Cette mise en examen, accablante comme un reportage sur le vif, débouche sur une condamnation dont la criante justesse et le scrupuleux respect de la réalité confèrent sa force au propos et préserve, au-delà des ans, son actualité.

7. Du côté d’Orouët – Jacques Rozier

Le cinéma de Rozier est tel un cinéma naissant, il donne l’impression d’éclore dans un éternel recommencement. Captant l’ivresse, le bonheur, les fous rires d’un été qui a tout d’un enfouissement dans l’enfance, de la maison pleine de souvenirs à la peur des anguilles, la chronique dévoile en de radieux blocs de vie l’irrémédiable refus de s’engager sur les voies restrictives de l’âge adulte. Car pour retrouver l’instant dans sa plénitude, il faut commencer par le perdre, sans espoir de retour.

8. Le Messager – Joseph Losey

À première vue, une évocation historique très élégante et raffinée du beau monde rural britannique de l’avant-guerre. En seconde analyse, la mise en lumière d’une conscience embrumée, scénarisée par Harold Pinter à la manière d’un puzzle. Le narrateur se souvient de ses vacances cinquante ans plus tôt dans une riche famille, et sa mémoire le trahit. Initiation amoureuse voilée de toutes les illusions de l’enfance, l’œuvre s’attache à éclairer les codes d’une société proche de son extinction.

9. Duel – Steven Spielberg

Un prédateur, une proie, une route sans fin, et la mise en scène qui fait le reste. S’inscrivant dans l’âge d’or du road-movie, Spielberg pousse très loin son dispositif minimaliste et anticipe d’une certaine façon les situations élémentaires et le malaise métaphysique d’Alien. Il dresse aussi la peinture anxiogène d’une Amérique profonde où le désert et la chaleur peuvent autant faire surgir un mal sans visage qu’amplifier la paranoïa d’un homme qui n’est peut être poursuivi que par son ombre.

10. La Dernière Séance – Peter Bogdanovich

En cette année 1951, on a vite fait le tour d’Anarene, bourgade venteuse du Texas, avec sa rue principale déserte, son diner à juke-box grésillant, son cinéma en sursis où les ados viennent flirter et se peloter. Avec précision, mélancolie et un brin d’érotisme (divine Cybill), Bogdanovich raconte l’ennui de la jeunesse, la stérilité d’une vie figée où ne subsistent que les souvenirs des idéaux d’autrefois (Ben Johnson qui rameute avec lui le souvenir de la caravane fordienne). Très beau film.


Sur le banc : Klute (Alan J. Pakula), Macadam à Deux Voies (Monte Hellman), Le Pays du Silence et de l'Obscurité (Werner Herzog), Point Limite Zéro (Richard C. Sarafian), Taking Off (Miloš Forman, 1971)...


1972
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1. Le Parrain – Francis Ford Coppola

Les légendes s’édifient parfois sur ce que les mots refusent de formuler. Ici il n’est jamais question de Mafia mais de Famille, et c’est en fondant les malédictions du crime organisé dans les prestiges d’un immense mélodrame dynastique que la fresque retrouve le souffle et l’ampleur des mythes originels. D’une magnificence, d’une richesse, d’une complexité digne du Guépard, elle dépeint les mutations et l’histoire de son temps, et rayonne à jamais comme un astre central du patrimoine universel.

2. Aguirre, la Colère de Dieu – Werner Herzog

Herzog à l’assaut du nouveau monde : un programme d’un effrayant romantisme. Le premier axe est l’impossibilité de la civilisation occidentale à se préserver face au vertige du néant. Le second est le contact avec une nature étrangère, secrète et mortelle, qui envahit et engloutit les personnages. Le troisième est évidemment la folie, dramatisant et synthétisant la situation du petit groupe absorbé par le fleuve et la jungle, prolongeant à jamais la conquête inachevée dans l’esprit des hommes.

3. Le Limier – Joseph L. Mankiewicz

Plus encore que les autres, le dernier film de Mankiewicz est construit sur le drame de la culpabilité du pouvoir, la jouissance démiurgique qui peut faire dire tout et son contraire aux choses vues, décider de la présentation du monde, du sens et de la vérité. Dans un jardin-labyrinthe, sous les yeux impassibles d’automates contemplant la cruauté des jeux de masques, deux hommes s’affrontent jusqu’à la mort pour la suprématie intellectuelle. Un monument de subtilité, d’esprit et de profondeur.

4. Cris et Chuchotements – Ingmar Bergman

La vie, l’amour, la mort, trois unités de temps, une seule tragédie funèbre : l’hallucinante étude introspective des derniers jours d’une malade et du comportement de ses sœurs, déchirées, murées en leur solitude. Un rouge asphyxiant domine, celui du sang menstruel dans une maison de femmes où l’une se taillade le sexe, ce grenat opératique et embrasé qui ensevelit la figure humaine, avale les personnages dans ses fondus, et dont Bergman imaginait qu’il colorait la membrane intérieure de l’âme.

5. Le Charme Discret de la Bourgeoisie – Luis Buñuel

Loup déguisé en brebis, penseur latéral n’ayant plus besoin de prouver que son art est anarchiste et subversif, Buñuel lâche une nouvelle fois la meute du surréalisme. Il ne se soucie pas d’intrigue, il a mieux à faire : la pétrir dans une construction aléatoire, pousser sa méthode analytique à son apogée et élaborer un contenu révolutionnaire en atomisant le carnaval grotesque des valeurs bourgeoises. C’est d’une liberté folle, d’une nonchalante drôlerie et d’une jubilatoire férocité.

6. Nous ne Vieillirons pas Ensemble – Maurice Pialat

Pour certains êtres l’amour n’est qu’une manifestation détraquée du désir. On veut, on ferait tout pour obtenir, puis lorsqu’on obtient cela n’a plus ni goût ni prix. On se voudrait seul, à cent lieues, libres, et alors la vie sépare ceux qui s’aiment. On part et un jour on se souvient. Fixant d’un regard terriblement cru et authentique une lente désagrégation conjugale, le film parle clair, brut, dur, et met en branle toute la dialectique douloureuse des passions manquées. Pialat à son sommet.

7. Fellini-Roma – Federico Fellini

Ce qui est inhabituel, mystérieux, on le trouve devant sa porte. Il suffit de modifier son axe de vision pour découvrir l’indéchiffrable de la vie quotidienne. Rome est à Fellini ce que Dublin est à Joyce : une structure organique et vivante aux strates temporelles indéfinies, un espace d’amplification mythologique où se fondent, entre l’ancien et le nouveau, les mémoires du peuple, de l’Église, de la culture, et où prolifèrent les traces et manifestations du passage de l’homme dans l’Histoire.

8. Fat City – John Huston

On en a vu des chroniques amères de la dernière chance, et des loques cabossées par la vie qui s’accrochent à un résidu d’espérance pour tenter d’échapper à la mouise. Comme ce boxeur de troisième zone, engagé dans un dernier tour de ring paumé d’avance et survivant au fil des rencontres de bars et de trottoirs. Comme ses camarades de misère, bougres coincés dans le trou du cul du monde, vivotant comme ils peuvent en éternels oubliés de la réussite. Grandeur de l’échec, beauté des perdants.

9. L’Argent de la Vieille – Luigi Comencini

L’argent va à l’argent, c’est bien connu. Et dans l’affrontement implacable que se livrent puissants et prolétaires, les dés sont pipés. Si d’ordinaire une fable joue sur l’exemplarité et déduit d’un cas singulier une morale générale, ce divertissement jubilatoire opère par effet de loupe, élargissant en allégorie une représentation microscopique de la réalité, démultipliant l’enjeu d’un combat épique où les Horace sont le capital et les Curiace le peuple. La comédie italienne à son zénith.

10. Images – Robert Altman

On divise souvent le corpus altmanien en deux versants distincts : le pôle satirico-social et le pôle psycho-imaginaire. C’est de la seconde mouvance, consacrée à la représentation subjective d’un paysage intérieur, que relève cette immersion dans la tête d’une femme dérangée par les manifestations immatérielles de sa folie. Avec une douceur insidieuse, la réalité se disloque, le temps bégaie, l’espace se dédouble, et le verre de la cohérence rationnelle se brise en mille morceaux épars.


Sur le banc : L’Amour l’après-midi (Éric Rohmer), Délivrance (John Boorman), Junior Bonner (Sam Peckinpah), Les Larmes Amères de Petra von Kant (Rainer Werner Fassbinder), The Offence (Sidney Lumet)…


1973
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1. Amarcord – Federico Fellini

Au faîte de sa gloire, Fellini éprouve le besoin de replonger dans le monde bigarré de son enfance. Et voila cette longue rêverie sur ses émois d’antan, la clownerie des adultes en folie, le décrochez-moi ça fleuri de la mémoire, la famille, le pouvoir et les mythes – soit une véritable poétique de la province fasciste. C’est son regard émerveillé de bambino qui transparaît à travers une foisonnante et cocasse exhibition, un grand cirque baroque définitivement coupé des contingences réalistes.

2. Breezy – Clint Eastwood

Eastwood tombe le masque, si tant est qu’il l’ait jamais porté : il est un romantique doublé d’un poète. Un agent immobilier vieillissant et fortuné et une petite hippie rêveuse, toute en jeans et échappes serpillères, s’éprennent et découvrent la force de préserver leur amour, malgré leurs différences sociales et culturelles. Leur relation en demi-teintes est fragile, mais ils prennent le risque de la vivre. Magnifique acte de foi, aussi doux et lumineux qu’une jolie brise nommée Breezy.

3. L’Exorciste – William Friedkin

L’horreur ne vient pas des profondeurs de l’espace, ne se cache pas dans l’obscurité ou sous une forme surnaturelle. L’horreur, la vraie, se concrétise dans le pire endroit imaginable : le corps d’un être cher. Si on sort ébranlé de cette furie transgressive, de ces cris, de ces vomissements, de ces murs qui tremblent, de cette chose sanglée sur le lit, c’est parce qu’on perçoit un gouffre plus noir encore, un grand tabou universel : la peur du Mal entré en nous, et contre lequel on ne peut rien.

4. Mean Streets – Martin Scorsese

Premier grand film de Scorsese, cette chronique tourmentée d’une communauté de petites frappes damnées par leurs fautes est de ces œuvres dont l’influence a été si décisive qu’on a peine à imaginer l’impact généré par leur sortie. Elle se déploie comme le matériau intime d’une angoisse existentielle, et imprime à l’écran une grammaire inédite – le chaos organisé, le ralenti, la musique diégétique – qui traduit dans le sang, sur fond de pop et de bel canto, tout le désarroi d’une âme à vif.

5. La Bonne Année – Claude Lelouch

Lorsqu’on lui demande comment il peut aller voir un film sans avoir lu la critique, Lino le faux rustre répond : "Exactement comme je choisis une femme, en prenant des risques." Une réplique parmi d’autres. Mais l’état de grâce ne s’atteint pas en adoptant une formule idéale, et c’est peut-être pourquoi Kubrick était fan de ce bijou. D’une main Lelouch sème la poudre d’un romanesque séducteur, de l’autre il délivre une ode cocasse et spirituelle à la gloire des affinités inattendues. Succulent.

6. La Balade Sauvage – Terrence Malick

Loin de relire Bonnie et Clyde sur un mode panthéiste, Malick illustre la marge entre l’action et la tonalité du récit, entre le monde et l’opacité de deux êtres immatures, sous-développés. Filmée comme un chromo radieux, la cavale prend des airs de robinsonnade idyllique alors qu’à l’intérieur du couple la conscience du désastre se fait tangible. Son romancer ni condamner son sujet, le cinéaste offre à cette tragédie inconsciente le lyrisme vaporeux et l’irréelle quiétude d’un rêve inexprimé.

7. Serpico – Sidney Lumet

Les précipitations et approximations des polars gros bras, Lumet ne connaît pas. Préférant prendre son temps, appréhender son sujet dans toute sa complexité, il médite sur l’interpénétration du privé et du politique et mesure le prix de l’engagement. L’honnêteté intellectuelle de son propos, sa grandeur utopique, sa lucidité, son amertume aussi devant le constat de l’impuissance face à la corruption du système, élèvent le cinéma américain de son époque à sa plus haute exigence. Remarquable.

8. La Montagne Sacrée – Alejandro Jodorowsky

Disposant d’un large budget octroyé par un producteur qui n’avait probablement pas toute sa tête, Jodorowsky se donne les moyens de visualiser un délire monstre et proliférant. Il vaut mieux garder l’esprit bien ouvert devant ce capharnaüm barré, surréaliste, qui fait valser les espaces-temps et tourner tout un barnum de bizarreries provocatrices, de créatures felliniennes et d’épreuves mystiques. Quel que soit le pied sur lequel on choisit de danser, l’expérience demeure sacrément fascinante.

9. La Nuit Américaine – François Truffaut

C’est une déclaration d’amour à la raison d’être de Truffaut, qui passe les légendes en revue et joue des ressorts fructueux entre l’illusion et la réalité. Le film, le cinéma, la vie, trois dimensions qui ne sauraient faire l’objet d’une distinction, fusionnent avec une légèreté de coton. Créer est un bonheur, le plateau taillé aux dimensions de l’existence, l’écran le reflet de nos jours : on s’immerge dans ce recueil d’anecdotes, de citations et d’hommages comme dans un bain moussant.

10. Pat Garrett et Billy le Kid - Sam Peckinpah

"Times have changed", soupire un Pat Coburn vieillissant. Le dernier véritable western de l’auteur ressemble à une ballade flottante et allégorique, tragique et désespérée, achève la transformation du genre et substitue aux rituels de l’apprentissage la logique meurtrière de l’apocalypse. Tout y est réduit à l’affrontement des deux anciens complices, tout est peint aux couleurs de l’agonie et exhale l’entêtant parfum de mort d’une nature devenue un immense tombeau. Knockin’ on heaven’s door


Sur le banc : La Dernière Corvée (Hal Ashby), L’Épouvantail (Jerry Schatzberg), La Femme en Bleu (Michel Deville), Les Noces Rouges (Claude Chabrol), La Planète Sauvage (René Laloux)...


1974
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1. Le Parrain, 2ème Partie – Francis Ford Coppola

L’épopée filmique des Corleone se poursuit, toujours plus dense et feutrée, ample et majestueuse. Gage de prospérité, la statue de la Liberté apparaissant aux yeux du petit Vito ne sera, beaucoup plus tard, qu’un songe lointain pour son fils momifié dans sa tour d’ivoire, héritier maudit du rêve américain. Cette saga monumentale, voilée des couleurs mates de l’automne, scelle le triomphe de la perte et du désenchantement, lorsque la recherche du temps perdu devient une lente immersion dans les limbes.

2. Phantom of the Paradise – Brian De Palma

De Palma est au début de sa carrière mais déjà il a tout dit. Prophète du plan-roi, il joue avec une sidérante virtuosité des potentialités visuelles de son langage pour traduire la manipulation des consciences par les images. Swan, le démiurge du Paradise, se dérobe à la vue, truffe les murs de caméras, manipule le vrai et le faux, substitue une apparence à la réalité. Ce vertige, le cinéaste l’impulse au sein d’un opéra musical enflammé, frénétique, dont le baroquisme délirant pulvérise tout.

3. Chinatown – Roman Polanski

Il existe des joyaux rares qui atteignent une certaine idée de la perfection, brisent les mécanismes standardisés de l’industrie, et où se surpassent quelques talents des plus extraordinaires. Le film noir de Polanski est de ceux-ci. Sur les pas d’un moraliste envasé dans les ombres, il formule un propos désenchanté avec une classe de seigneur et déplace les motifs immuables du genre dans le monde souterrain du vice, de la névrose et de la dépravation. Ou l’art d’étinceler en exprimant le pire.

4. Une Femme sous Influence – John Cassavetes

Mabel est borderline, sujette à des crises nerveuses, un peu maboule à force de sensibilité. Nick, son ange gardien, essaie tant bien que mal de la suivre dans sa fantaisie. Ils sont fous l’un de l’autre mais ignorent comment vivre avec cet amour. Leur vie de couple échoue, leur tendresse se noie dans la confusion des sentiments. Schizophrénie terrible de l’existence et des rapports entre les êtres : quand on aime quelqu’un, on peut le rendre dingue. Un cataclysme dont on émerge totalement vidé.

5. Conversation Secrète – Francis Ford Coppola

La première Palme de Coppola fait figure de matrice, de manifeste et de laboratoire expérimental. Le son est aussi une affaire de morale. À la fois sujet et objet de la fiction, littéralement porté à l’écran, il fait évoluer l’obsession du contrôle en délire névrotique. S’attachant à une aventure individuelle riche et complexe, le cinéaste radiographie les contradictions d’un personnage en crise à travers une rencontre frustrée, tragiquement vouée à l’échec : celle de l’individu avec autrui.

6. Scènes de la Vie Conjugale – Ingmar Bergman

On dit de Bergman qu’il est sage et érudit, fin psychologue et sondeur d’âmes. C’est en éprouvant l’interminable effilochage de ce couple bourgeois qu’on comprend au mieux sa réputation. Jaugée avec raison comme une peinture des aspects tragiques et ridicules du mariage, à une époque de grands bouleversements sociaux, cette expérience du regard comme principe d’investissement actif dit tout de la vérité des sentiments, du choc des consciences, de la géographie complexe des tourments humains.

7. Vincent, François, Paul et les Autres – Claude Sautet

Un fond sfumato, des ombres valsantes, l’âtre cordial d’une maison de campagne. Les amis, les épouses, les compagnes, les descendants, des gens qui vibrent de complicité, qui mangent, rient, s’engueulent. Au bonheur d’être ensemble se mêle la difficulté financière, la détresse sentimentale, la défaillance physique, tous les mouvements virevoltants de l’humeur. C’est la grande histoire du groupe et de chacun, une ronde triste et joyeuse qui accorde sa lyre sur la nostalgie de l’instant présent.

8. Lenny – Bob Fosse

Lenny est obscène, mais il se sert de son obscénité comme d’une arme pour révéler la bigoterie, la dissimulation et la bêtise à elles-mêmes. À la faveur d’un montage syncopé, Bob Fosse enchevêtre sur plusieurs niveaux le protocole filmé de cette personnalité hors du commun, alterne les variantes documentaires, les interviews, les regards subjectifs, structure une superbe mosaïque d’ombres et de lumières en accord avec l’ambivalence de son sujet – envers du spectacle et revers de l’existence.

9. Monty Python : Sacré Graal ! – Terry Jones & Terry Gilliam

Arpentant un chemin pavé d’embûches pour prouver leur valeur, les preux chevaliers du roi Arthur durent affronter le terrible rongeur sanguinaire, déjouer les pièges de ceux qui font "Ni !", construire un lapin de Troie dans lequel, hélas, ils oublièrent de se cacher. Ce ne sont là que quelques épisodes de leur glorieuse épopée, contée par six hurluberlus décidés à nous flinguer les zygomatiques et à tout faire flamber (le mythe, les institutions, les idéologies) dans un déluge de folie absurde.

10. Zardoz – John Boorman

On est dans une allégorie d’anticipation digne d’Orwell, au beau milieu d’un peuple de chérubins célestes rappelant les Eloïs de Wells. Ou dans un vertigineux délire décoratif qui cite pêle-mêle Magritte, Méliès ou Cocteau. Ou bien encore dans une fable écolo-technologique sur les désirs impies d’une humanité dépassée par son rêve d’immortalité et ayant oublié l’ordre naturel de l’univers. On est surtout dans un film synthétisant toute la pensée de Boorman, son plus fou, ésotérique et complexe.


Sur le banc : Alice n’est plus ici (Martin Scorsese), Edvard Munch (Peter Watkins), Le Flambeur (Karel Reisz), Le Mouton Enragé (Michel Deville), Nous nous sommes tant aimés (Ettore Scola).


La suite juste en dessous...
Dernière édition par Thaddeus le 29 sept. 19, 22:31, édité 44 fois.

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Re: Top 20: les films des années 70

Messagepar Thaddeus » 22 juil. 14, 15:18

La suite, avec la deuxième moitié.


1975
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1. Barry Lyndon – Stanley Kubrick

De l’adolescence au déclin, Kubrick résume par le biais d’un destin policé un siècle de grandeur et de décadence, ses guerres, ses classes, ses mœurs. La perfection suprême de son art assoit une réflexion sur le malaise d’une civilisation, éclaire le conflit de la passion et de la raison, des lois sociales et du libre arbitre, et délivre le constat lucide de cette part d’irrationnel qui traverse l’Histoire, et que l’homme doit assumer pour perpétuer son équilibre. Un des plus beaux films du monde.

2. Le Miroir – Andreï Tarkovski

Un petit garçon dans la campagne russe. Face à lui, à travers la chevelure blonde d’une femme, des fragments de l’Histoire reconstitués, crépitement de la guerre ou douce plénitude de la paix mêlés en une marqueterie indissociable. Comme s’il faisait vœu et promesse d’une descente dans l’âme de sa patrie, Tarkovski n’obéit qu’aux impulsions du rêve et du souvenir, aux seules lois de la sensibilité. Silencieux, lumineux, obscur, son poème nous offre le miroir éblouissant de sa vie remémorée.

3. Vol au-dessus d’un Nid de Coucou – Miloš Forman

Ne pas se méprendre : ce film-phare des années 70 n’est pas un réquisitoire contre la psychiatrie moderne. Forman vise beaucoup plus haut, incite à l’insurrection permanente, questionne le pouvoir et la société, renoue avec une tradition de l’exigence de liberté individuelle, qui émancipe l’homme au lieu de le lier à un système. Le nid qu’il décrit est le notre, le monde dans lequel nous vivons, pauvre fous promis au bonheur mais toujours obligés d’avaler les pilules amères de notre aliénation.

4. Les Dents de la Mer – Steven Spielberg

Le premier blockbuster de notre ère est une prodigieuse remise à jour des angoisses primitives de l’homme et des faiblesses à surmonter pour devenir un héros. Mais Spielberg ne discourt pas, il construit des personnages forts, met les nerfs en compote, joue avec un brio insensé de l’attente, de la litote et de l’électrochoc, en fixant à jamais les images de nos cauchemars : un aileron qui lacère la surface de l’eau, une gueule hérissée de poignards qui s’ouvre béante juste sous les chevilles.

5. Nashville – Robert Altman

Altman frappe un grand coup. Expert de la démystification sauvage, il croise la communauté country et la classe politique et recompose un gigantesque puzzle kaléidoscopique, à la façon d’un maestro de la régie qui retransmettrait en direct le concert du siècle. S’il nous donne une vision contestataire de la folie du Nouveau Monde et d’une société dont la déchéance et la corruption sont manifestes, ce film magistral n’en demeure pas moins une complainte affligée pour les blessés et les perdants.

6. Pique-nique à Hanging Rock – Peter Weir

Lieu vivant d’un choc de civilisations, d’une mémoire aborigène liée par une relation mystique à la nature, Hanging Rock favorise tous les dérèglements. À son contact, l’éveil sensuel et les amitiés saphiques des adolescentes ébrèchent l’austérité morale, le monde sensible est comme infusé par l’appel du cosmos, les refoulements au sein d’une micro-société fermée amplifient les phénomènes surnaturels, ces offrandes aux dieux inconnus qui se manifestent de leur écho géologique. Un ensorcellement.

7. Un Après-midi de Chien – Sidney Lumet

Parfois rien n’est pire que la foule. Mettez-la aux premières loges d’un braquage manqué, catalysez ses ardeurs avec des effets de manche médiatiques, dans la semi-torpeur d’une chaleur écrasante, et elle déchaîne ses instincts primaires de façon incontrôlable. Avec le concours pénétrant de vérité d’un acteur prodigieux, Lumet concentre tous ses talents de polémiste, instaure une tension dramatique frisant le sadisme et ajoute une nouvelle pièce à son grand portrait de la société américaine.

8. La Fugue – Arthur Penn

Sur le papier, La Fugue est un thriller, avec disparition mystérieuse, privé à la dérive et suspects dans tous les recoins de l’intrigue. Dans les faits, il s’agit d’une proposition très personnelle de relecture cérébrale, trop trouble pour pouvoir être qualifiée de postmoderne, trop grave pour obéir aux lois du pastiche, trop indécidable pour être rattachée à quelque courant que ce soit. Un passionnant exercice de mystification donc, traversé par les figures du vide et du désenchantement.

9. Mandingo – Richard Fleischer

S’il fallait un contre-champ historique et politique aux fresques pittoresques de la Southern romance, en voici le plus salutaire, le plus déstabilisant aussi tant il désamorce toute lecture sécurisante. La vérité y paraît dans la brusquerie avec laquelle les humains exécutent ce à quoi leurs pulsions les assignent, romanesque de la détermination qui récuse à la fois l’indéfini, l’hésitation et la liberté. Constat terrible, stupéfiant de rage et de violence, formulé comme on envoie un uppercut.

10. Guerre et Amour – Woody Allen

Woody est le premier fin lettré qui ait couvert son inquiétude existentielle d’une coiffe de bouffon. Personne ne tire un tel fou-rire de la difficulté d’être en manipulant des idées générales comme autant de tartes à la crème. Devenu cinéaste complet, il jauge ici lucidement la part prépondérante à accorder à l’image, jugule sa pensée, l’émonde, la circonscrit en érudit frappé de dérision, et livre un vaudeville de l’atermoiement avec rejets sur le contexte et compression du zeste cérébral.


Sur le banc : Profession : Reporter (Michelangelo Antonioni), Que la Fête Commence (Bertrand Tavernier).


1976
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1. Taxi Driver – Martin Scorsese

Un nuage de vapeur d’eau, une rue grouillante de vices, un yellow-cab glissant au ralenti, des yeux sombres qui percent l’éclairage vacillant de la nuit. Scorsese dépeint New York et c’est l’enfer sur terre. Englouti par la métropole, un cow-boy du macadam erre sans but, reptile nerveux, sociopathe mystique à l’affût d’une croisade qui donnera un sens à sa vie. En synthétisant ses tendances métaphysiques les plus torturées, l’auteur apporte une expression fiévreuse aux névroses de son époque.

2. Le Locataire – Roman Polanski

Polanski braque sur sa personne le regard le plus voyeuriste et radicalement oppressant du cinéma depuis Fenêtre sur Cour. L’œil de la caméra pèse sur lui, les fenêtres de l’immeuble malodorant semblent l’observer se débattre dans son angoisse et ses obsessions, se transformer en quelqu’un d’autre, s’identifier à la morte dont la trajectoire funeste coïncide peu à peu avec la sienne. Jamais le cinéaste n’a exorcisé ses démons en suscitant un sentiment d’isolation si pétrifiant et si tragique.

3. Casanova – Federico Fellini

Seigneur de pacotille à la livide rigidité, Casanova erre de couvent en palais, de salon en château. Fellini démonte les mécanismes de ce présomptueux copulateur national. Il en renie la genèse et la postérité en composant chaque séquence comme s’il s’agissait d’y réunir tout l’éventail des vicissitudes humaines. Venise est une ville de crépuscule et de cendres froides, habitée par un cortège d’ombres, et le pitoyable héros n’aura que le châtiment d’une vieillesse décatie et d’un rire flasque.

4. Network – Sidney Lumet

Lumet ne peut se contenter du banal. Il domine les situations paradoxales et même son cinéma le plus invraisemblable est en-dessous de la réalité. Il montre ici des directeurs de station, des régies publicitaires, des hommes politiques qui s’agitent dans un ballet hystérique. Calque corrosif d’une société aux abois, imbibée par la folie de la télévision, le film prouve son aptitude à traiter l’immanence des catastrophes et à puiser son énergie dans l’art de côtoyer sans cesse le bord du gouffre.

5. La Marquise d’O – Éric Rohmer

La traversée du Rhin n’altère pas le plaisir qu’on prend à tendre l’oreille chez le plus littéraire des cinéastes. Les inflexions, la musicalité, les nuances de la langue parlée dessinent des stratégies de l’esprit et des sentiments permettant d’appréhender dans toute leur profondeur les codes sociaux, les mouvements d’intimité, les conflits de l’être et du paraître. Merveilleuse limpidité de ce cinéma, qui contourne tous les lieux communs pour faire accéder à un état de conscience supérieure.

6. Monsieur Klein – Joseph Losey

1942. Un riche affairiste s’enlise dans un labyrinthe de malentendus et suit son destin usurpé jusqu’au camp de la mort. C’est Kafka revenu dans son siècle, une allégorie angoissante servie par un regard clinique qui jamais ne dramatise. La question de Klein butte sur des visages, des dialogues informels, des décors qui renvoient à l’abstraction symboliste du fantastique, un no man’s land d’angoisses maladives, la déraison d’un système où l’on n’existe plus que par l’aliénation des autres.

7. Josey Wales, Hors-la-loi – Clint Eastwood

À mi-parcours des années soixante-dix, quelle fiction inventer pour en finir avec le Vietnam ? Comment redonner confiance en un système fragilisé par le Watergate ? Comment proposer un nouvel humanisme et renouer les fils défaits ? Par le biais du western, Eastwood trouve celui qu’il peut être et ce qu’il veut dire à l’Amérique de son temps. À l’image du héros, parti en guerre avec le vain espoir d’essouffler sa haine et qui se découvre père fondateur, mort-vivant rendu aux couleurs de la vie.

8. Les Naufragés de l’île de la Tortue – Jacques Rozier

Les années 70, ses cols pelle à tarte et ses larges cravates en laine. Vite, se défaire de tout cela, direction une île déserte des Antilles pour jouer les Robinsons, retrouver son âme d’enfant et s’abandonner aux délices de l’imprévu. Rozier agit de la même manière : il écrit quelques vagues situations et lâche la bride à des mésaventures désopilantes qui poussent comme des herbes folles. En laissant barboter ses acteurs dans des paysages de sable et d’écume, il redonne son sens au mot liberté.

9. 1900 – Bernardo Bertolucci

Dans les champs de blé et les vastes espaces d’un latifundium émilien, sous les arcades de brique des granges ouvertes, sur les airs de battage et dans les petits bois de peuplier, Bertolucci bâtit un opéra bucolique débordant de fécondité orgiastique et de pulsion exubérante. Il raconte le passage de la culture terrienne à la culture industrielle, l’agonie de certaines valeurs nées de la terre, en suivant les pas de deux hommes unis et séparés par leurs origines, leurs idées et leurs amours.

10. Mado – Claude Sautet

Mado n’est pas la femme qui tutoie son miroir mais la marginale des villes, de la corruption, de la politique, du pouvoir. Pour casser l’humiliation du chômage, elle se prostitue. Autour d’elle c’est le monde des requins qui s’organise, les flux et reflux des billets de banque, des hommes agissant par rapport à ces exigences, pour la survie, le profit, le délit. Tant qu’elle se fondera sur ces perspectives, la Terre tournera carrée. Rien ne vaut la chaleur et l’humanité de Sautet pour y remédier.


Sur le banc : Buffalo Bill et les Indiens (Robert Altman), La Meilleure Façon de Marcher (Claude Miller), Le Plein de Super (Alain Cavalier), Rocky (John G. Avildsen).


1977
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1. La Guerre des Étoiles – George Lucas

Un texte d’or qui défile sur fond de symphonie, deux soleils qui se couchent sur un horizon sablé, des vaisseaux tourbillonnants qui s’affrontent au-dessus d’une gigantesque lune d’acier, et me voilà tombé amoureux du septième art. Chaque seconde, chaque réplique, chaque note de cette merveilleuse chanson de geste m’habite, car le volet fondateur de Lucas est rien moins que la sublimation définitive de tous les bienfaits de l’imaginaire. Vénération absolue : en matière de cinéma, je lui dois tout.

2. Annie Hall – Woody Allen

La toile douce-amère déborde d’inventions cocasses, de réparties hilarantes, de notations spirituelles. Un homme et une femme y assument une vie commune pleine de déchirures, se séparent puis analysent leur existence par divans interposés. Le monde du spectacle est faisandé, New York une farce en bocal, la glace fêlée chaque matin, et notre intello rit de tout cela, de ses misères, de ses échecs, en montrant des oiseaux imaginaires pour se protéger de sa pudeur maladive. Comment ne pas l’adorer ?

3. Providence – Alain Resnais

Pas facile de côtoyer la mort quand on en refuse l’idée. Pour Clive, écrivain malade ressassant ses réflexions et ses discours le long d’une nuit de délire, l’heure est venue. Resnais suit patiemment le fil imprévisible de ses pensées, effeuille de façon autonome les épaisseurs de son imagination, dévide les expériences de sa vie jusqu’aux derniers instants de l’homme qui ne contrôle plus les incoercibles incohérences de son métabolisme. La parabole est admirable, le triomphe artistique absolu.

4. Rencontres du Troisième Type – Steven Spielberg

Des lumières multicolores, des visages levés vers le ciel, et une mélodie de cinq notes comme sésame d’une invitation commune à la rencontre. Il n’est pas un être humain n’ayant à un moment ou l’autre rêvé d’un monde d’amitiés rayonnantes. Spielberg fait le pari d’y croire et signe le film le plus lyrique, chaleureux et enthousiasmant jamais réalisé sur le besoin de dépasser les langues et les frontières, d’accéder à un idéal de compréhension et de paix universelles. Un spectacle merveilleux.

5. Opening Night – John Cassavetes

Le père du ciné indépendant met sa muse sur les planches et filme le résultat. Ça paraît simple mais c’est prodigieux car s’invite alors tout le monde intérieur de la comédienne en dérive, un imaginaire recomposé par les puissances du théâtre, un flot de doutes, de paroles et de pleurs où l’expérience de la scène se transforme en cure analytique, où l’on voit une volonté passer à l’acte, et où l’on mesure le chemin harassant à parcourir pour pouvoir enfin traverser un couloir et passer la porte.

6. Trois Femmes – Robert Altman

Il était une fois trois égarées du rêve américain. L’une, venue noyer sur la côte Ouest le crépuscule de ses ambitions, découvre la solitude. L’autre succombe aux représentations cosmétiques d’un univers illusoire. La dernière s’apprête à accoucher d’un enfant mort. Dans le paysage doré d’un Eden improbable, chacune agit pour trouver une identité quoi qu’il en coûte. Avec ce film-mosaïque californien, au sens anthropologique du terme, le cinéaste place brillamment ses pas dans ceux de Bergman.

7. New York, New York – Martin Scorsese

Sous prétexte que jazz et music-hall sont des oiseaux de nuit, Scorsese a tourné un film entièrement nocturne à l’irréalité spectrale, un rêve de cinéphile enivré du romantisme des décors urbains, fasciné par les best-sellers où l’amour se défait sur des pages et des pages. La fin désenchantée a beau rappeler que plus jamais on ne chantera sous la pluie, cet écrin nostalgique sur l’aptitude à rêver New York, à la réinventer, nous apprend que l’angoisse du cinéaste a donc bien son versant soleil.

8. Les Joueurs d’échecs – Satyajit Ray

Le sort de l’Oudh, petit royaume musulman, se joue maintenant : porte-voix du joug colonial, le général anglais est venu déposer le souverain poète. Usant en maître des couleurs, des vêtements et des accessoires, le cinéaste raconte cette page d’histoire comme par le biais d’un imaginaire enfantin. Il joue avec les perspectives démesurées, oscille entre le grand et le petit, le principal et le secondaire, et saisit avec un même raffinement le frémissement des âmes et la densité des atmosphères.

9. À la Recherche de Mr Goodbar – Richard Brooks

Éducatrice dévouée le jour, accro au sexe et à la drogue la nuit. Explorant le mystère abrupt qui fond ces deux caractères en un seul être, l’auteur livre un film superbement ambigu où se juxtaposent le bien et le mal, le juste et l’injuste, le vice et la vertu. En dépit de ses aspects naturalistes, il développe une réflexion inquiète sur les images vacillantes et sur les corps qui en sont l’objet, et parvient à incarner sous une forme tragique la conscience des menaces qui habitent l’individu.

10. La Ballade de Bruno – Werner Herzog

De la prison où on l’a enfermé pour quelque menu délit au télésiège où il se tue tandis que les animaux savants de l’attraction foraine réitèrent sans fin leurs gestes conditionnés, Bruno cherche à fuir sa condition, à articuler les mots disant sa souffrance. Par le prisme de son parcours, le chantre de l’extraordinaire livre un beau récit qui ne joue sur les codes traditionnels que pour en dévier le sens, et où s’exprime la négation pure et simple du vouloir-vivre face à la violence du monde.


Sur le banc : L'Apprenti Salaud (Michel Deville), Rage (David Cronenberg).


1978
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1. Voyage au Bout de l’Enfer – Michael Cimino

Peu de cinéastes ont réussi à évoquer en termes aussi bouleversants la peine universelle des hommes, à dessiner si précisément le visage d’une détresse collective, les contours d’un destin commun, et à tenter de tourner la page en entérinant la douleur d’hier. Épopée humaine, parabole de la perte, de l’amitié et de la désillusion, portrait exact de la société américaine au sortir de la guerre du Vietnam, le film de Cimino demeure ce classique qui balaye par son souffle et son lyrisme romanesque.

2. Les Moissons du Ciel – Terrence Malick

De l’infiniment petit (insectes, animaux des champs, épis de blé) à l’infiniment grand (ciel et horizon), Malick poétise le déracinement, l’industrialisation, la permanence, la civilisation et la passion nodale des rapports entre les êtres. Peintre pictorialiste, il esquisse une philosophie de la vie et montre que la vérité n’est pas enfouie au sein de l’histoire mais qu’elle se fait jour dans la beauté même des images de feux et de ténèbres, de splendeur et d’apocalypse, d’enfer et de paradis.

3. Le Dossier 51 – Michel Deville

La rigueur et la précision inquisitoriales de ce film-dossier sont dignes de Fritz Lang. L’angoisse naît de qu’il dit sur la condition de l’homme moderne, sur sa liberté et son identité illusoires face à une bureaucratie répressive, protéiforme, coercitive. Une enquête d’opinion, une rencontre fortuite, l’amour qu’on croit avoir trouvé, tout peut-être piège, à l’affût d’une oreille, susceptible de révéler ce qu’on ignore de soi-même : nous ne nous appartenons plus, nous sommes tous des Joseph K.

4. Halloween – John Carpenter

Pavillons de banlieue, jeunes gens frivoles et parents complices, virées insouciantes entre la télé, les voitures et le lycée : toutes les composantes de la vie américaine banale. Carpenter en explore la dimension cachée, les obsessions et psychoses qui se nichent dans ses replis, l’effroi délivrée par une multitude d’expériences invisibles. Un territoire de terreur pure, élémentaire, dont la concrétude bute sur le masque fixe du tueur inhumain et l’éclat scintillant de son couteau dans la nuit.

5. L’Arbre aux Sabots – Ermanno Olmi

La peine des pauvres, le miracle permanent de la nature, l’injustice de l’ordre social n’expriment pas ici une nostalgie stérile. S’efforçant d’oublier qu’il est cinéaste, Olmi se rappelle qu’il est paysan. Mais ce paysan est un artiste. Beauté, majesté, noblesse et générosité forment les vertus éclatantes de ces superbes Géorgiques spiritualistes en forme d’opéra rustique, où se réalise une aspiration fondamentale de notre temps : la quête d’une identité historique, ethnique et culturelle.

6. Une Histoire Simple – Claude Sautet

Avec ce film lumineux, infiniment subtil, finissent les hésitations et s’envolent les scrupules. La seule mise en scène y définit la rigueur des échanges entre les forces de vie. L’énergie de chacun, le tonus qui le maintient ou non debout, qui fait et dénoue les rapports amoureux, l’air du temps, la sensibilité d’une époque, le plaisir de voir, d’entendre, de s’émouvoir, de partager chaque instant de la chronique d’une mi-vie, tout porte l’artisanat du cinéaste à son sommet. Sautet est grand.

7. Blue Collar – Paul Schrader

Le harcèlement et la résistance : tels sont les deux pôles de ce premier long-métrage en tous points remarquable, digne des grands et amers réquisitoires politiques de Lumet. Il rappelle que tout combat nécéssite un engagement, mais que cette lutte se paie au prix fort et sans garantie. Le pouvoir établi et le syndicat forment ici un piège à deux mâchoires qui écrase les héros, consume leur révolte et leurs convictions, et annihile à force de compromis leur seule raison de vivre : l’amitié.

8. Un Mariage – Robert Altman

"Réaliser un film, dit Altman, c’est créer un évènement et m’en faire le reporter." Il se tourne donc vers ce qui se passe autour de lui, élargit son champ de vision, réprime l’envie de filmer l’envers du décor, le réel, et n’en finit pas de révéler en témoin inquiet les paranoïas galopantes de son pays. Ce n’est pas l’institution du mariage qu’il prend cette fois à partie, mais une foire de la tartufferie entre Guignol et Shakespeare, et dont sont peu à peu démasqués tous les trompe-l’œil.

9. Intérieurs – Woody Allen

Allen est à la hauteur de ce qu’il est en droit d’exiger de lui-même. Qu’il ait voulu concrétiser l’impossibilité de la vie de famille ou l’effondrement d’un univers factice, son art est d’une sensibilité sans défaut s’efforçant à l’objectivité et à la retenue, évitant toute dramatisation excessive. Il rappelle ici que si ses héroïnes souffrent de ne pas trouver leur place dans ce décor qu’est leur vie, c’est parce que leur déséquilibre tient à une chose : l’enfer, c’est parfois les autres.

10. L’Année des Treize Lunes – Rainer Werner Fassbinder

Elvira était un homme autrefois, puis par amour elle est devenue une femme. Elle déambule dans les rues de Francfort parmi les ruines et souvenirs de son passé, verbalisant son désespoir avec une sérénité paradoxale, comme si son purgatoire était pour elle déjà une forme de nirvana. En de longs monologues narratifs ou méditatifs, Fassbinder gratte la plaie ouverte du malheur des marginaux et chante la condition humaine avec un pessimisme cru qui fournit à la complainte une grandeur tragique.


Sur le banc : Le Convoi (Sam Peckinpah), Driver (Walter Hill), Fedora (Billy Wilder), Le Retour (Hal Ashby).


1979
Spoiler (cliquez pour afficher)
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1. Apocalypse Now – Francis Ford Coppola

Le mogul d’Hollywood raconta la guerre du Vietnam et le cinéma ne fut plus jamais pareil. Régi par la logique irrationnelle de l’inconscient, son voyage dans la nuit restera à jamais cette dérive vers le royaume des morts, ce carnaval maladif et luxurieux, barbare et hallucinogène, ce rêve infernal dont les convulsions épousent l’horreur nichée en tout homme et toute civilisation. Ou comment, en offrant à l’Amérique le reflet démesuré de sa folie, Coppola a fait voler en éclats le mur de la création.

2. Manhattan – Woody Allen

Allen prouve qu’on peut être grave avec légèreté, cruel avec drôlerie, émouvant sans fausse honte, qu’on peut combattre la philosophie chichiteuse en cumulant les bons mots étincelants, brocarder les tics de l’intelligentsia en les partageant, s’afficher dans toutes ses inhibitions en exaltant le goût de la vie. Son poème new-yorkais en noir et blanc est gris comme ses angoisses, bleu comme la Rhapsodie de Gershwin, rose comme le romantisme perçant sous son ironie : du très grand cinéma moderne.

3. Série Noire – Alain Corneau

C’est l’histoire d’un pauvre type, produit fébrile d’une société de béton où tous les rapports sont biseautés, où l’argent ne signifie plus rien pour ceux qui n’en ont pas. Il va de blêmes amours en menus larcins, se prend au piège d’un enchaînement meurtrier pour gagner le cœur d’une gourgandine inconsciente. Pavillons gris, hiver morne, atmosphère sinistre trouée par les hurlements d’un homme enlisé dans son cauchemar. Et pour incarner ce damné des banlieues lugubres, un Dewaere hallucinant.

4. Alien, le Huitième Passager – Ridley Scott

À l’imagerie froide du space-opera, Scott substitue un décor paratechnologique fait de crasse, de suintements d’huile et de tuyauteries-viscères. Élémentaire, extrêmement physique, l’action confronte une nouvelle Ève à un protée fugace, multiforme, dont l’homme accouche après l’avoir ingéré dans une épave aux allures de temple lovecraftien. Le film agit ainsi comme une psychanalyse collective, en développant une prodigieuse richesse visuelle et en puisant au fond des peurs et mythes primitifs.

5. Stalker – Andreï Tarkovski

Quelle est cette chambre obscure dont l’écrivain et le savant, guidés par un mystérieux passeur, cherchent à percer le secret ? Ils finiront par reculer devant l’absolu qui leur est proposé. La SF permet à nouveau à Tarkovski de formuler un questionnement métaphysique. Ses personnages oscillent entre la rigueur matérielle du destin et la poésie des mots, ses images plasmatiques ouvrent à l’extra-perception, et la dialectique de son art permet de comprendre que chacun est dépositaire de sa Zone.

6. Kramer contre Kramer – Robert Benton

Où le publiciste aisé du Manhattan cossu se découvre papa-poule et revendique une fonction familiale légitime. Le film a été brocardé pour sa vision partielle mais sa vertu tient pourtant à la familiarité de son constat psychologique et social, à tous ses détails justes qui nous transforment en Diderots émus et touchent le nerf vital de notre époque. Ni sous-mélo ni chef-d’œuvre, il est d’abord supérieurement composé, orchestré, interprété. Ce doit être pour cela qu’on a mal aux yeux en sortant.

7. Que le Spectacle Commence ! – Bob Fosse

La mort, la mort partout, dans les brumes et les ouates, les fumées bleu-noir des chorégraphies, les veines et les artères zébrant les maillots de chair des ballerines. Mais aussi, pour la conjurer, tout le bataclan de la vie, le bonheur de danser et chanter jusqu’à l’épuisement, l’écho distordu de farandoles oniriques qui malaxent les images, les idées, les symboles, et qui portent le baroque jusqu’à son point d’incandescence limite. Bref, ce que les Américains appellent "and all that jazz".

8. Nosferatu, Fantôme de la Nuit – Werner Herzog

Herzog actualise le romanesque de son modèle et fait tinter l’horloge de la mort à l’oreille des nantis. L’héroïne pâle, révulsée, conquise au bout du rituel, dévisage un démon pathétique au crâne blanchâtre et à la béatitude morbide. Les images en clair-obscur frémissent de leur délire intérieur, le hiératisme de la mise en scène suggère la sinistre et magique progression d’un monde irrationnel au sein d’une ville pétrifiée par l’effroi, et le mal brûle dans la nuit d’une lueur fascinante.

9. Monty Python : La Vie de Brian – Terry Jones

Rappels historiques : le sermon de Jésus sur la montagne fut incompris par la foule, la Judée était déjà déchirée par le conflit israélo-arabe et la résistance contre Rome par la rhétorique contestataire des années 70. Seuls les intégristes ont raison de se sentir offensés par ce souk. Et lorsque Brian, messie malgré lui, entend sur la croix ses compagnons d’infortune chanter leur joie de vivre, c’est la dérision sarcastique d’un Woody Allen qui éclate. "Always look on the bright side of life…"

10. Buffet Froid – Bertrand Blier

Humour absurde et ironie désespérée. Ici les victimes ne saignent pas, les personnages se croisent dans un gratte-ciel désert qu’ils habitent à trois puis dans une surprise-party où les meurtres se commettent à coups de violons, et à la fin une jeune fille belle comme la mort canote tranquillement dans une gorge de l’Aveyron. Lorsque Blier invite Ubu et Céline à la même table, son festin prend des allures de rêve macabre. Le cinéma français peut le remercier de lui apporter un ton si original.


Sur le banc : Norma Rae (Martin Ritt), Scum (Alan Clarke), Star Trek, le Film (Robert Wise), Le Syndrome Chinois (James Bridges), Tess (Roman Polanski).
Dernière édition par Thaddeus le 3 oct. 19, 16:27, édité 42 fois.

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Re: Top 20: les films des années 70

Messagepar Père Jules » 22 juil. 14, 15:20

Thaddeus a écrit :2. Le Miroir – Andreï Tarkovski

Un petit garçon dans la campagne russe. Face à lui, à travers la chevelure blonde d’une femme, des fragments de l’Histoire reconstitués, crépitement de la guerre ou douce plénitude de la paix mêlés en une marqueterie indissociable. Comme s’il faisait vœu et promesse d’une descente dans l’âme de sa patrie, Tarkovski n’obéit qu’aux impulsions du rêve et du souvenir, aux seules lois de la sensibilité. Silencieux, lumineux, obscur, son poème nous offre le miroir éblouissant de sa vie remémorée.

Je ne comprends pas que Demi puisse rester insensible à ça. :|

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Re: Top 20: les films des années 70

Messagepar Père Jules » 22 juil. 14, 15:24

Bon allez, un petit top 50 limité aux US

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A cause d'un assassinat (Alan J. Pakula, 1974)
Alice n'est plus ici (Martin Scorsese, 1974)
Alien (Ridley Scott, 1979)
Apocalypse Now (Francis Ford Coppola, 1979)
Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (Sam Peckinpah, 1974)
Assaut (John Carpenter, 1976)
L'autre (Robert Mulligan, 1972)
La balade sauvage (Terrence Malick, 1973)
Les chiens de paille (Sam Peckinpah, 1971)
Chinatown (Roman Polanski, 1974)

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Cinq pièces faciles (Bob Rafelson, 1970)
Conversation secrète (Francis Ford Coppola, 1974)
Le convoi de la peur (William Friedkin, 1977)
Croix de fer (Sam Peckinpah, 1977)
Délivrance (John Boorman, 1972)
Les dents de la mer (Steven Spielberg, 1975)
La dernière séance (Peter Bogdanovich, 1971)
Duel (Steven Spielberg, 1971)
Elle (Blake Edwards, 1979)
Fat City (John Huston, 1972)

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Les flics ne dorment pas la nuit (Richard Fleischer, 1972)
La fugue (Arthur Penn, 1975)
Fureur apache (Robert Aldrich, 1972)
Halloween (John Carpenter, 1978)
L'homme qui voulut être roi (John Huston, 1975)
Les hommes du président (Alan J. Pakula, 1976)
Husbands (John Cassavetes, 1970)
Klute (Alan J. Pakula, 1971)
Macadam à deux voies (Monte Hellman, 1971)
Manhattan (Woody Allen, 1979)

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Marathon Man (John Schlesinger, 1976)
Meurtre d'un bookmaker chinois (John Cassavetes, 1976)
Les moissons du ciel (Terrence Malick, 1978)
Nashville (Robert Altman, 1975)
Le parrain (Francis Ford Coppola, 1972)
Le parrain II (Francis Ford Coppola, 1974)
Pas d'orchidées pour Miss Blandish (Robert Aldrich, 1971)
Phantom of the Paradise (Brian de Palma, 1974)
Phase IV (Saul Bass, 1974)
Point limite zéro (Richard C. Sarafian, 1971)

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Le privé (Robert Altman, 1973)
Serpico (Sidney Lumet, 1973)
Soleil vert (Richard Fleischer, 1973)
Taxi Driver (Martin Scorsese, 1976)
Trois femmes (Robert Altman, 1977)
Les trois jours du condor (Sydney Pollack, 1975)
Une femme sous influence (John Cassavetes, 1974)
Les visiteurs (Elia Kazan, 1971)
Voyage au bout de l'enfer (Michael Cimino, 1978)
Zombie (George A. Romero, 1978)

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Jeremy Fox
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Re:

Messagepar Jeremy Fox » 22 juil. 14, 15:34

J'en profite pour modifier dans les grandes largeurs le mien, avec un seul film par réalisateur et dans le désordre le plus complet

La Fille de Ryan : David Lean
Le Genou de Claire : Eric Rohmer
La Maman et la putain : Jean Eustache
Barry Lyndon : Stanley Kubrick
Que la fête commence : Bertrand Tavernier
Les Moissons du ciel : Terrence Malick
Aguirre, la colère de Dieu : Werner Herzog
La Salamandre : Alain Tanner
Apocalypse Now : Francis Ford Coppola
Scènes de la vie conjugale : Ingmar Bergman
Max et les Ferailleurs : Claude Sautet
Nous ne vieillirons pas ensemble : Maurice Pialat
Daguerréotypes : Agnès Varda
La Meilleure façon de marcher : Claude Miller
Série noire : Alain Corneau
Alien : Ridley Scott
Pleure pas la bouche pleine : Pascal Thomas
L'arbre aux sabots : Ermanno Olmi
Breezy : Clint Eastwood
Traitre sur commande : Martin Ritt

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hellrick
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Re: Top 20 : les films des années 70

Messagepar hellrick » 23 juil. 14, 10:06

Si j'ai le plus d'affection pour les 80's (la décennie dans laquelle j'ai grandi avec mon magnétoscope), les années 70 sont peut-être les plus riches pour moi.
Pour moi c 'est d'abord la décennie où mes goûts commencent à dévier de la cinéphilie classique (pour les décennies précédentes j'aime à peu près les mêmes choses que les cinéphiles de bon goût): pour moi les 70's ce sont les années de l'exploitation sous toutes ses formes. Vont naitre la nunsploitation, la sexploitation, la naziexploitation, la blaxploitation, les films de prisons de femmes, les films de cannibales, les films d'auto-justice, le rape and revenge, le film de zombies...parfois nés précédemment certes mais qui trouvent ici leur vraie expression afin de flatter un maximum les bas instincts du public. C'est aussi l'avénement de Bruce Lee et du kung fu, la grande époque de la Shaw Brothers, le bref âge d'or du porno chic, les débuts du slasher, la fin décadente mais passionnante du western spagh' avec des films de plus en plus déjantés, le triomphe du giallo, les opéras rock boursouflés, la création de la notion tant galvaudée aujourd'hui de films cultes, l'arrivée des blockbusters et la domination du cinéma de genre (sf et horreur) sur le box-office.

Bref, c'est riche!

Un petit top qui laisse forcément la part belle au bis:

36ème chambre de Shaolin, La (Liu Chia Liang)
Abattoir 5 (George Roy Hill)
Abominable Dr Phibes, L' (Robert Fuest)
Alien (Ridley Scott)

Baby Cart l’enfant massacre (Kenji Misumi)
Barry Lindon (Stanley Kubrick)
Bête tue de sang froid, la (Aldo Lado)
Bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante, Le (Wang Yu)

Caligula (Tinto Brass)
Carrie au bal du diable (Brian DePalma)
Course à la mort de l’an 2000, La (Paul Bartel)
Couvent de la bête sacrée, le (Norifumi Suzuki)
Crippled Avengers (Chang Cheh)

Dents de la mer, Les (Steven Spielberg)
Derrière la porte verte (Mitchell Brothers)
Drunken master (Jackie Chan)

Elle s'appelait Scorpion (Shunya Ito)
Emanuelle en Amérique (Joe d’Amato)
Enfer pour Miss Jones, L’ (Gerard Damiano)
Enfer des zombies, L’ (Lucio Fulci)
Espion qui m'aimait, L’ (Lewis Gilbert)
Etrange vice de madame wardth (Sergio Martino)
Exorciste, L' (William Friedkin)

Fille de Ryan, La (David Lean)
Fureur apache (Robert Aldrich)
Frenzy (Alfred Hitchcock)
Frissons de l’angoisse, Les (Dario Argento)

Guerre des Etoiles, La (George Lucas)

Halloween : La nuit des masques (John Carpenter)

Intimate Confessions of a Chinese Courtesane (Chu Yuan)
Inspecteur Harry, L’ (Don Siegel)
Ilsa la louve des SS (Don Edmonds)

Je suis à prendre (Francis Leroi)
Un Justicier dans la ville (Michael Winner)

Keoma (Enzo Castellari)

Le Limier (Joseph L. Mankiewicz)
Lisa et le Diable (Mario Bava)
Longue Nuit de l’exorcisme, la (Lucio Fulci)

Mad Max (George Miller)
Magnifique, Le (Philippe DeBroca)
Maison aux fenêtres qui rient, la (Pupi Avati)
Malédiction, La (Richard Donner)
Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper)
Mon nom est personne (Tonino Valerii)

Opération Dragon (Robert Clouse)
Orange mécanique (Stanley Kubrick)

Parrain, Le (Francis Ford Coppola)
Parrain, Le 2 (Francis Ford Coppola)
Phantom of the paradise (Brian De Palma)
Phantasm (Don Coscarelli)
Plus longue nuit du diable, La (Jean Brismée)

Rage du Tigre, La (Chang Cheh)
Rencontres du troisième type (Steven Spielberg)
Rocky Horror Picture Show (Jim Sharman)
Rocky (John G.Avildsen)

7 vampires d’or, les (Roy Ward Baker)
Story of Joanna (Gerard Damiano)
Soleil vert (Richard Fleisher)
Suspiria (Dario Argento)

Tommy, The Who’s (Ken Russell)

Vie de Brian, La (Monty Python)

Zombie (George Romero)
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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Demi-Lune
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Re: Top 20 : les films des années 70

Messagepar Demi-Lune » 23 juil. 14, 21:51

Excellente initiative, ça faisait un petit moment que je peaufinais le mien. :P

1970

L'aveu (Costa-Gavras)
La fille de Ryan (David Lean)
Woodstock (Michael Wadleigh)
Le conformiste (Bernardo Bertolucci)
Little big man (Arthur Penn)
Zabriskie Point (Michelangelo Antonioni)
Le cercle rouge (Jean-Pierre Melville)
Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (Elio Petri)
Brewster McCloud (Robert Altman)
Le genou de Claire (Éric Rohmer)

Et Le jardin des Finzi Contini (Vittorio De Sica), Les choses de la vie (Claude Sautet), Tristana (Luis Buñuel), L'oreille (Karel Kachyňa), Patton (Franklin J. Schnaffer), L'oiseau au plumage de cristal (Dario Argento), Portrait d'une enfant déchue (Jerry Schatzberg), Hoa-Binh (Raoul Coutard)

1971

French connection (William Friedkin)
Mort à Venise (Luchino Visconti)
Duel (Steven Spielberg)
Orange mécanique (Stanley Kubrick)
L'inspecteur Harry (Don Siegel)
Macbeth (Roman Polanski)
Panique à Needle Park (Jerry Schatzberg)
Punishment Park (Peter Watkins)
Le chat (Pierre Granier-Deferre)
Klute (Alan J. Pakula)

Et La vérification (Alexeï Guerman), Max et les ferrailleurs (Claude Sautet), Un été 42 (Robert Mulligan), Les chiens de paille (Sam Peckinpah), Réveil dans la terreur (Ted Kotcheff), Les deux Anglaises et le continent (François Truffaut), Walkabout (Nicolas Roeg), Il était une fois la révolution (Sergio Leone), John McCabe (Robert Altman), Johnny s'en va-t-en guerre (Dalton Trumbo), La dernière séance (Peter Bogdanovich), Juste avant la nuit (Claude Chabrol)...

1972

Le parrain (Francis Ford Coppola)
Ludwig ou le crépuscule des dieux (Luchino Visconti)
Aguirre, la colère de dieu (Werner Herzog)
Jeremiah Johnson (Sydney Pollack)
Fellini Roma (Federico Fellini)
Délivrance (John Boorman)
Solaris (Andreï Tarkovski)
Cris et chuchotements (Ingmar Bergman)
Le charme discret de la bourgeoisie (Luis Buñuel)
Frenzy (Alfred Hitchcock)

Et État de siège (Costa-Gavras), The offence (Sidney Lumet), L'argent de la vieille (Luigi Comencini), Guet-apens (Sam Peckinpah), L'affaire Mattéi (Francesco Rosi), Votez McKay (Michael Ritchie), Sous les drapeaux, l'enfer (Kinji Fukasaku)

1973

La montagne sacrée (Alejandro Jodorowsky)
Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman)
La maman et la putain (Jean Eustache)
Serpico (Sidney Lumet)
La clepsydre (Wojciech Has)
L'exorciste (William Friedkin)
La grande bouffe (Marco Ferreri)
Pat Garrett & Billy le Kid (Sam Peckinpah)
Turkish delights (Paul Verhoeven)
Mean streets (Martin Scorsese)

Et Sœurs de sang (Brian De Palma), Amarcord (Federico Fellini), Belladonna des tristesses (Eiichi Yamamoto), Chacal (Fred Zinnemann), Vérités et mensonges (Orson Welles), Breezy (Clint Eastwood), The crazies (George A. Romero), Le privé (Robert Altman)

1974

Le parrain 2 (Francis Ford Coppola)
Chinatown (Roman Polasnki)
Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia (Sam Peckinpah)
Massacre à la tronçonneuse (Tobe Hooper)
Le flambeur (Karel Reisz)
Phase IV (Saul Bass)
Conversation secrète (Francis Ford Coppola)
Alice n'est plus ici (Martin Scorsese)
Phantom of the Paradise (Brian De Palma)
Lenny (Bob Fosse)

Et Céline et Julie vont en bateau (Jacques Rivette), Yakuza (Sydney Pollack), Black Christmas (Bob Clark), Parfum de femme (Dino Risi), Une femme sous influence (John Cassavetes), Sugarland express (Steven Spielberg), Vincent, François, Paul... et les autres (Claude Sautet), Les valseuses (Bertrand Blier), Un vrai crime d'amour (Luigi Comencini)

1975

Barry Lyndon (Stanley Kubrick)
Les dents de la mer (Steven Spielberg)
Salo ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini)
Manille (Lino Brocka)
Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir)
Le miroir (Andreï Tarkovski)
Nashville (Robert Altman)
Maîtresse (Barbet Schroeder)
Les trois jours du condor (Sydney Pollack)
Profession : reporter (Michelangelo Antonioni)

Et Les frissons de l'angoisse (Dario Argento), Monty Python Sacré Graal (Terry Jones & Terry Gilliam), Section spéciale (Costa-Gavras), L'homme qui voulut être roi (John Huston), Katie Tippel (Paul Verhoeven), L'important c'est d'aimer (Andrzej Zulawski), Vol au-dessus d'un nid de coucous (Milos Forman), Dersou Ouzala (Akira Kurosawa), Que la fête commence (Bertrand Tavernier), Frissons (David Cronenberg), L'histoire d'Adèle H (François Truffaut), French connection 2 (John Frankenheimer)

1976

Le locataire (Roman Polanski)
Taxi driver (Martin Scorsese)
L'innocent (Luchino Visconti)
Le Casanova de Fellini (Federico Fellini)
L'Empire des sens (Nagisa Oshima)
Monsieur Klein (Joseph Losey)
Les hommes du Président (Alan J. Pakula)
1900 (Bernardo Bertolucci)
L'homme qui venait d'ailleurs (Nicolas Roeg)
Quien puede matar a un nino (Narciso Ibáñez Serrador)

Et Network (Sidney Lumet), Affreux, sales et méchants (Ettore Scola), Obsession (Brian De Palma), Le désert des Tartares (Valerio Zurlini), L'héritage (Mauro Bolognini), Police python 357 (Alain Corneau), La marquise d'O... (Éric Rohmer), Cœur de verre (Werner Herzog), Rocky (John G. Advilsen), Carrie au bal du diable (Brian De Palma), Assaut (John Carpenter), Insiang (Lino Brocka), Calmos (Bertrand Blier)

1977

Rencontres du troisième type (Steven Spielberg)
New York New York (Martin Scorsese)
Eraserhead (David Lynch)
La guerre des étoiles (George Lucas)
Le convoi de la peur (William Friedkin)
Trois femmes (Robert Altman)
Suspiria (Dario Argento)
Une journée particulière (Ettore Scola)
L'homme de marbre (Andrzej Wajda)
Opening night (John Cassavetes)

Et Les duellistes (Ridley Scott), Annie Hall (Woody Allen), L'ascension (Larisa Shepitko), La fièvre du samedi soir (John Badham), Rage (David Cronenberg), Providence (Alain Resnais), Légitime violence (John Flynn), La dernière vague (Peter Weir), Les joueurs d'échec (Satyajit Ray), Cet obscur objet du désir (Luis Buñuel)

1978

Voyage au bout de l'enfer (Michael Cimino)
Le dossier 51 (Michel Deville)
Zombie (George A. Romero)
Les moissons du ciel (Terrence Malick)
Halloween, la nuit des masques (John Carpenter)
La dernière valse (Martin Scorsese)
L'arbre aux sabots (Ermanno Olmi)
Sonate d'automne (Ingmar Bergman)
Midnight express (Alan Parker)
Le retour (Hal Ashby)

Et La raison d’État (André Cayatte), Une histoire simple (Claude Sautet), Long week-end (Colin Eggleston), La petite (Louis Malle)

1979

Apocalypse now (Francis Ford Coppola)
Alien, le huitème passager (Ridley Scott)
Nosferatu, fantôme de la nuit (Werner Herzog)
Manhattan (Woody Allen)
Stalker (Andreï Tarkovski)
Kramer contre Kramer (Robert Benton)
Série noire (Alain Corneau)
Quelques jours de la vie d'Oblomov (Nikita Mikhalkov)
Que le spectacle commence (Bob Fosse)
Elle (Blake Edwards)

Et Don Giovanni (Joseph Losey), Chromosome 3 (David Cronenberg), 1941 (Steven Spielberg), Le grand embouteillage (Luigi Comencini), Tess (Roman Polanski), Hardcore (Paul Schrader), La vie de Brian (Terry Jones), Caligula (Tinto Brass), Norma Rae (Martin Ritt), L'enfer des zombies (Lucio Fulci), Buffet froid (Bertrand Blier)
Dernière édition par Demi-Lune le 4 juil. 19, 19:31, édité 36 fois.