Top cinéma des années 2000

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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locktal
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Re: Classement DvdClassik des années 2000 (Résultats p.19)

Messagepar locktal » 24 déc. 12, 14:35

Merci, Stark, enfin Thaddeus :wink: !

Je vais me pencher maintenant sur le top 20 des années 1990 :D !
"Vouloir le bonheur, c’est déjà un peu le bonheur"

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crys met
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar crys met » 25 déc. 12, 10:03

1 -No Country for Old Men -Coen bros
2 -Donnie Darko -R.Kelly
3 -Elephant -Gus Van Sant
4 -25th Hour -Spike Lee
5 -Lord of War - Andrew Niccol
6 -Superbad -Greg Mottola
7 -The Mist -Darabont
8 -L.A Confidential -Curtis Hanson
9 -Girl Next Door -Luke Greenfield
10 -La Guerre des Mondes -Spielberg
11 -The 40 Years Old Virgin -Judd Apatow
12 -Punch Drunk Love -P.T Anderson
13 -The Killing Jar -Mark Young
14 -Click -Franck Coraci
15 -Gentlemen Broncos -Jared Hess
16 -Drag Me To Hell -Sam Raimi
17 -In Her Shoes - Curtis Hanson
18 -La Dernière Maison sur la Gauche -Dennis Iliakis
19 -Funny People -Judd Apatow
20 -Stuck -Stuart Gordon

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Happy Charly
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Mon classement concernant la décennie 2K

Messagepar Happy Charly » 27 déc. 12, 00:45

Même technique que pour les nineties (sortir de mon récent TOP 100 les films de la décennie concernée, en l'occurrence celle de 2K) et y ajouter le(s) titre(s) manquant(s).
Vous trouverez en rouge les films inclus dans ce TOP 100 référentiel.

Le plus dur aura été de classer ces vingt titres :arrow:

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1 Sin City (2005) de Robert Rodriguez (et soi-disant Quentin Tarantino)
2 Watchmen - Les gardiens (2009) de Zack Snyder
3 Earthlings (2005) documentaire de Shaun Monson
4 Bienvenue à Zombieland (2009) de Ruben Fleischer
5 Echine du diable, l’ (2001) de Guillermo del Toro
6 Hellboy II - Les légions d'or maudites (2008) de Guillermo del Toro
7 Hellboy (2004) de Guillermo del Toro
8 Labyrinthe de Pan, le (2006) de Guillermo del Toro

9 Into the Wild (2008) de Sean Penn
10 Hyper Tension (2006) de Mark Neveldine et Brian Taylor
11 Southland Tales (2006) de Richard Kelly
12 Trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson (2001-2003)

13 La Reine des Damnés (2002) de Michael Rymer
14 Devil's Rejects (2005) de Rob Zombie
15 Dyptique Night Watch/Day Watch de Timur Bekmambetov (2004-2005)
16 Massacre à la tronçonneuse (2003) remake de Marcus Nispel
17 Faust (2000) de Brian Yuzna
18 300 (2006) de Zack Snyder
19 Planète terreur (2007) film grindhouse de Robert Rodriguez
20 Dikkenek (2006) d’Oivier Van Hoofstadt


Edith Piaf: classement revu en respectant la règle de réunir les sagas en un titre ("LOTR" et les films russes de Timur, en l'occurrence), même si, contrairement à ce que je laissais entendre la dernière fois (cf. plus bas) je n'arrive pas à réunir les deux films "HELLBOY" de Guillermo del Toro, les considérant réellement comme deux oeuvres distinctes ou qui peuvent être vues comme telles.
Dernière édition par Happy Charly le 28 déc. 12, 20:30, édité 2 fois.
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Thaddeus
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Thaddeus » 27 déc. 12, 00:50

Si tu veux que j'intègre ton classement au décompte général, il faudra changer ça :

Happy Charly a écrit :10 Seigneur des anneaux, le – La Communauté de l’Anneau (2001) de Peter Jackson
11 Seigneur des anneaux, le – Les Deux Tours (2002) de Peter Jackson
12 Seigneur des anneaux, le – Le Retour du Roi (2003) de Peter Jackson

car

Les "sagas" ou films sortis en épisodes dépendants les uns des autres, formant un tout indivisible (ex : Le seigneur des anneaux, Kill Bill...) feront l'objet d'une seule citation. Les épisodes ne peuvent pas être cités séparément.

:wink:

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Happy Charly
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Happy Charly » 27 déc. 12, 01:03

Les "sagas" ou films sortis en épisodes dépendants les uns des autres, formant un tout indivisible (ex : Le seigneur des anneaux, Kill Bill...) feront l'objet d'une seule citation. Les épisodes ne peuvent pas être cités séparément.

J'vais en gagner de la place, alors!
Entre "LOTR", "HELLBOY" et "NIGHT/DAY WATCH"....

Corrigerai demain :wink:
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manuma
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar manuma » 27 déc. 12, 12:49

1 - Le Nouveau monde (T. Malick)
2 - We own the night (J. Gray)
3 - De battre mon cœur s’est arrêté (J. Audiard)
4 - Children of men (A. Cuaron)
5 - Un prophète (J. Audiard)
6 - Démineurs (K. Bigelow)
7 - Un Crime dans la tête (J. Demme)
8 - The Yard (J. Gray)
9 - Stuck (S. Gordon)
10 - Rachel getting married (J. Demme)
11 - Il Divo (P. Sorrentino)
12 - Miami Vice (M. Mann)
13 – Path to war (J. Frankenheimer)
14 - 4 months, 3 weeks and 2 days (C. Mungiu)
15 - Arrivederci amore, ciao (M. Soavi)
16 - Stella (S. Verheyde)
17 - Julia (E. Zonca)
18 - L’Enfant (J-P. Dardenne, L. Dardenne)
19 - L'emploi du temps (L. Cantet)
20 - Kill Bill Vol.1 (Q. Tarantino)

Quelques recalés :

The Quiet american (P. Noyce), Vincere (M. Bellochio), Collateral (M. Mann), The Last king of Scotland (K. MacDonald), Wall-E (A. Stanton), Night at the Golden eagle (A. Rifkin), Inglorious basterds (Q. Tarantino), Sur mes lèvres (J. Audiard), Two lovers (J. Gray), Goya's ghosts (M. Forman).

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hellrick
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar hellrick » 31 déc. 12, 11:59

Allez, moi aussi je "maj" sans bouleversements majeurs mais avec quelques petits aménagements:

1) Seigneur des anneaux, Le (Peter Jackson)
2) Kill Bill (Quentin Tarantino)
3) Fall, The (Tarsem)
4) Rocky Balboa (Sylvester Stallone)
5) Charlie et ses drôles de dames (McG)
6) Black Book (Paul Verhoeven)
7) A.I. Intelligence Artificielle (Steven Spielberg)
8 ) Spiderman (Sam Raimi)
9) From Hell (The Hughes Brothers)
10) John Rambo (Sylvester Stallone)
11) Minority Report (Steven Spielberg)
12) Prestige, Le (Christopher Nolan)
13) Dark Knight, The (Christopher Nolan)
14) Agora (Alejandro Amenabar)
15) V pour Vendetta (James Mc Teigue)
16) Stardust (Matthew Vaughn)
17) Moulin Rouge (Baz Luhrmann)
18) Stuck (Stuart Gordon)
19) X Men (Bryan Singer)
20) Watchmen (Zack Snyder)


Puis:
Autres, Les (Alejandro Amenabar)
Batman Begins (Christopher Nolan)
Bubba Ho Tep (Don Coscarelli)
Donnie Darko (Richard Kelly)
Emprise (Bill Paxton)
Eternal Sunshine of the spotless mind (Michael Gondry)
Fils de l’homme (A. Cuaron)
Gladiator (Ridley Scott)
Guerre des mondes, La (Steven Spielberg)
Harry Potter à l’école des sorciers (Chris Columbus)
Hellboy (Guillermo del Toro)
Hot Fuzz (Edgar Wright)
Incassable (M. Night Shyamalan)
Inglorious Basterds (Q.T.)
Kick Ass (Matthew Vaughn)
Labyrinthe de Pan, Le (G. Del Toro)
Massacre à la tronçonneuse (Marcus Nispel)
Memento (Christopher Nolan)
Million Dollar Baby (Clint Eastwood)
Mist, The (Frank Darabont)
Mulholland Drive (David Lynch)
Nuit nous Appartient, La (James Gray)
Planète Terreur (Roberto Rodriguez)
Shaun of the Dead (Edgar Wright)
Spiderman 2 (Sam Raimi)

:wink:
Critiques ciné bis http://bis.cinemaland.net et asiatiques http://asia.cinemaland.net

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Thaddeus
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Thaddeus » 31 déc. 12, 14:00

La bataille pour la troisième place est acharnée.

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LéoL
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar LéoL » 31 déc. 12, 16:02

Ma MAJ (entrée de Gerry et A.I. et pas mal de chamboulement dans les places) :

- 1 - Mulholland Drive (David Lynch, 2001)
- 2 - Le Nouveau monde (Terrence Malick, 2005)
- 3 - Gerry (Gus van Sant, 2002)
- 4 - In the Mood for Love (Wong Kar Waï, 2000)
- 5 - A.I. Intelligence Artificielle (Steven Spielberg, 2001)
- 6 - Le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2002)
- 7 - Les fils de l'homme (Alfonso Cuaron, 2006)
- 8 - The Yards (James Gray, 2000)
- 9 - Two Lovers (James Gray, 2008)
- 10 - Zodiac (David Fincher, 2007)
- 11 - Millenium Actress (Satoshi Kon, 2001)
- 12 - There Will Be Blood (Paul Thomas Anderson, 2007)
- 13 - La vie Aquatique (Wes Anderson, 2004)
- 14 - La famille Tenenbaum (Wes Anderson, 2001)
- 15 - La 25ème heure (Spike Lee, 2003)
- 16 - Lost in Translation (Sofia Coppola, 2003)
- 17 - Le Pianiste (Roman Polanski, 2001)
- 18 - Ponyo sur la falaise (Hayao Miyazaki, 2008)
- 19 - Gladiator (Ridley Scott, 2000)
- 20 - Un conte de Noël (Arnaud Desplechin, 2008)

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Thaddeus
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Thaddeus » 31 déc. 12, 16:50

Hey, copain de top 4 !

Spoiler (cliquez pour afficher)
Remarque au passage la petite incohérence avec ton top 100 ; mais ce n'est pas un mal, ça veut dire que rien n'est figé. :wink:

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Gregg Toland
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Gregg Toland » 31 déc. 12, 17:58

1. Mulholland Drive de David Lynch
2. Le nouveau monde de Terrence Malick
3. Elephant de Gus Van Sant
4. Zodiac de David Fincher
5. No country for old men de Joel & Ethan Coen
6. 2046 de Wong Kar-Wai
7. There will be blood de Paul Thomas Anderson
8. The barber, l’homme qui n’était pas là de Joel & Ethan Coen
9. Exilé de Johnnie To
10. In the mood for love de Wong Kar-Wai
11. 21 grammes de Alejandro González Iñárritu
12. The proposition de John Hillcoat
13. Seraphim Falls de David Von Ancken
14. Hunger de Steve Mc Queen
15. Révélations de Michael Mann
16. Les conséquences de l’amour de Paolo Sorrentino
17. A tombeau ouvert de Martin Scorsese
18. La 25ème heure de Spike Lee
19. Il Divo de Paolo Sorrentino
20. Gerry de Gus Van Sant
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar LéoL » 31 déc. 12, 18:03

Thaddeus a écrit :Hey, copain de top 4 !

Et ce qui est quand même surprenant c'est qu'au delà, on a plus rien en commun (excepté Le Pianiste, mais il est loin)

Thaddeus a écrit :Remarque au passage la petite incohérence avec ton top 100 ; mais ce n'est pas un mal, ça veut dire que rien n'est figé. :wink:

Tiens, oui c'est vrai. C'est pas plus mal, ça met un peu plus en valeur l'un ici, et l'autre là-bas.

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Jeremy Fox
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Jeremy Fox » 19 févr. 13, 21:56

Si ça peut compter, j'ai remplacé Inglourious Basterds par Entre les murs de Cantet

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Thaddeus
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Thaddeus » 21 sept. 13, 15:57

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1. Le Nouveau Monde (Terrence Malick, 2005)
2. Gerry (Gus Van Sant, 2002)
3. In the Mood for Love (Wong Kar-wai, 2000)
4. Yi Yi (Edward Yang, 2000)
5. Parle avec Elle (Pedro Almodóvar, 2002)
6. No Country for Old Men (Joel & Ethan Coen, 2007)
7. La Graine et le Mulet (Abdellatif Kechiche, 2007)
8. Elephant (Gus Van Sant, 2003)
9. La Chambre du Fils (Nanni Moretti, 2001)
10. Le Pianiste (Roman Polanski, 2002)
11. 21 Grammes (Alejandro Gonzalez Iñarritu, 2003)
12. Million Dollar Baby (Clint Eastwood, 2004)
13. Cœurs (Alain Resnais, 2006)
14. Le Voyage de Chihiro (Hayao Miyazaki, 2001)
15. Signes (M. Night Shyamalan, 2002)
16. Syndromes and a Century (Apichatpong Weerasethakul, 2006)
17. Rois et Reine (Arnaud Desplechin, 2004)
18. The Yards (James Gray, 2000)
19. L’Esquive (Abdellatif Kechiche, 2003)
20. Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008)



2000
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1. In the Mood for Love – Wong Kar-wai

Hong Kong, années 60. Un homme et une femme fragilisés par l’adultère de leurs époux se rencontrent, se frôlent, s’aimantent en un langoureux tango du désir et de l’attraction. Au sommet de son expression sensualiste, WKW poétise l’ivresse de l’accord amoureux et la frustration du renoncement, infiltre de grâce et de mélancolie chaque plan de cet envoûtant et soyeux ballet d’étoffes, de gestes, de regards sur fond de tapisseries à fleurs, aussi poignant que les plus beaux mélos de l’histoire.

2. Yi Yi – Edward Yang

C’est l’histoire d’un quadragénaire qui retrouve un amour de jeunesse, d’une adolescente déprimée, d’une vieille femme qui se meurt sans un bruit. C’est l’histoire de tout un chacun, qui caresse par sa structure musicale et sa sérénité, subjugue par la subtilité calligraphique de ses accords et de ses entrelacs. Cette magnifique fresque chorale et impressionniste est aussi vaste et variée, aussi calme et agitée que la vie ; son harmonie touche à la complétude dans ce qu’elle a de plus universel.

3. The Yards – James Gray

James Gray, 30 ans, réunit monstres sacrés et jeune garde – ce trait d’union entre héritage et modernité qu’il est l’un des rares à assurer. Patronages prestigieux : Le Parrain 3 pour la construction opératique et les préoccupations (liens familiaux et crime organisé), Visconti pour le raffinement plastique, De la Tour pour l’ocre somptuosité de la lumière. Le résultat est à leur hauteur : un film noir majestueux, au lyrisme funèbre et aux larmes rentrées, serti dans le marbre des classiques.

4. Erin Brockovich – Steven Soderbergh

Quel régal. D’une success story édifiante, Soderbergh extrait des gerbes d’euphorie qui tutoient les comédies pétillantes de l’âge d’or hollywoodien, notamment dans la complicité taquine et les étincelants ping-pongs verbaux du duo Roberts/Finney. Nulle lourdeur pontifiante à l’œuvre ici, car l’histoire d’Erin est racontée avec cet humour mutin, cette lucidité joueuse, cet enthousiasme lumineux qui rendent possibles toutes les utopies, et qui font gonfler le cœur de plaisir et d’excitation.

5. Traffic – Steven Soderbergh

Dans une logique de circulation permanente, le cinéaste éclaire le fonctionnement d’une hydre planétaire et rampante, le gigantisme d’un fléau social et économique qui s’étend aux portes de l’Occident. S’imaginer l’éradiquer est une chimère, mais quelques soldats désarmés arrachent à cette guerre perdue des miettes de victoire justifiant leur magnifique utopie – si la drogue s’étend, si les narcotrafiquants restent intouchables, la lumière finit par éclairer les enfants du stade de Tijuana.

6. La Commune (Paris 1871) – Peter Watkins

Un tour de force cinématographique, un bouillon d’investissements personnels, une création coopérative unique en son genre par laquelle chacun amène ses convictions dans le tissu de l’Histoire et participe d’un corps collectif en action. La méditation lucide et mordante sur le quatrième pouvoir, passé au peigne fin, ne trahit jamais la lecture politico-sociale d’une utopie plus libertaire que classiste, que le traitement génialement anachronique fait vibrer en phase avec le monde d’aujourd’hui.

7. Seul au Monde – Robert Zemeckis

À un moment, Tom Hanks soliloque sur la notion du temps, s’interroge sur sa relativité – qu’est-ce qu’un jour ? un mois ? une année ? Tout l’enjeu du film est là, qu’il exploite avec une audace et un sens de l’épuration narrative assez prodigieux. Zemeckis a tout compris de Defoe : il s’agit de changer d’échelle, revoir ses standards de nécessité, faire de la moindre entreprise une épopée captivante, entretenir l’imaginaire qui sauve (un ballon est un ami précieux, on y croit). Passionnant.

8. High Fidelity – Stephen Frears

Le talent de Frears est protéiforme et s’adapte à toutes les entreprises, mais il est rarement aussi performant que dans la comédie de mœurs, carburant au détail rigolard, à la notation croustillante, à l’allusion sensible. Son adaptation du roman de Nick Hornby, où s’invite toute une palanquée de guest stars savoureuses, swingue entre humour et tendresse en maniant l’acuité d’un regard très juste sur les atermoiements sentimentaux d’un éternel adolescent peu enclin à la maturité.

9. Le Goût des Autres – Agnès Jaoui

Ce que l’homme préfère mépriser, c’est l’homme. En suivant un bourgeois moustachu qui tombe de son Olympe de chintz à fleurs et bibelots superflus dans l’enfer des intellos théâtreux, Jaoui signe un film acide mais tendre, nuancé mais cruel, drôle mais grave. L’étanchéité des sphères sociales et le mur des préjugés dessinent une langueur de la solitude, et le tableau psychologique nous apprend que si une tragédie c’est une reine qui a des malheurs, une comédie serait comme un PDG en dépression.

10. Harry, un Ami qui vous veut du bien – Dominik Moll

Une inquiétante et familière étrangeté plane sur ce thriller toxique, hérité d’Hitchcock, Chabrol et Polanski, qui emprunte les sentiers de la chronique estivale pour insensiblement dérailler vers l’humour noir, l’ambiguïté et la déraison. Une salle de bain écarlate, un jaune d’œuf avalé cru, un puisard profond comme l’inconscient distillent un malaise, une angoisse se nourrissant aux tréfonds inavouables des désirs et frustrations de la vie de parent, d’enfant, de couple. Formidable réussite.


Sur le banc : Amours Chiennes (Alejandro Gonzalez Iñarritu), Chicken Run (Peter Lord & Nick Park), Insomnies (Michael Walker), Saint-Cyr (Patricia Mazuy), Tu peux compter sur moi (Kenneth Lonergan)...


2001
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1. La Chambre du Fils – Nanni Moretti

Trouver au quotidien la force de continuer malgré la perte vécue comme une amputation, depuis l’instant où tout a basculé. Revivre cet instant, celui que l’on aurait pu éviter, ressasser sa culpabilité, refuser l’arbitraire qui enferre dans la souffrance. Moretti fixe tout cela, lui donne consistance et tangibilité. Patiemment, avec tact et compréhension, il filme le lent cheminement d’un travail de deuil, accompagne ses personnages jusqu’au rivage d’un apaisement enfin atteint. Bouleversant.

2. Le Voyage de Chihiro – Hayao Miyazaki

Il faudrait inventorier tous les prodiges graphiques, toutes les proliférantes visions de rêve ou de cauchemar que Miyazaki déploie devant nos yeux écarquillés, mais ce serait citer le film entier et affadir un charivari ébouriffant conçu pour l’écran seul. On se contentera de rappeler qu’avec cette sublime odyssée animiste, c’est toute la quête de l’enfance qu’il poétise, ses angoisses, ses émerveillements, et cette perte irréparable qui ouvre sur le plus magique de mondes inconnus – l’avenir.

3. Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’Anneau – Peter Jackson

L’imaginaire est un vaste continent que chacun s’est approprié en lui apportant sa part irréductible de rêve et de merveilleux. Ce premier volet de l’adaptation de Tolkien lui rend gloire : c’est un prodige d’émotion et d’équilibre, une gageure impossible dont on sort avec la certitude de tenir un mètre-étalon, pour des années à venir. Dans sa féérie et son ensorcelante poésie de la terreur, dans le bruit et le fracas de ses hauts faits, la fresque transporte au-delà des espoirs les plus fous.

4. Ghost World – Terry Zwigoff

Monde-fantôme que la ville à l’indifférence hostile où vivent Enid et Rebecca, ces jeunes filles liées par une longue amitié, dont les trajectoires vont peu à peu s’éloigner. Zwigoff trempe son portrait dans l’acide mais c’est bien sa douce et compatissante mélancolie qui touche le plus : ce bijou s’inscrit dans les plus belles chroniques d’adolescence, le long d’un récit aux aspérités tendres et ironiques – le chemin est long pour monter dans le bus qui emmène sur sa ligne de vie personnelle.

5. Roberto Succo – Cédric Kahn

Comme les flics incrédules essayant de décrypter la logique imprévisible du tueur sur la carte, on est bousculé, confronté aux manifestations chaotiques d’une pure altérité. Ce que Cédric Kahn nous fait ressentir à travers cette analyse behavioriste et clinique, fuite en avant reconstituée au travers de pièces à conviction concrètes mais bardée d’ellipses et de trous noirs, c’est un insondable mystère, celui du règne des affects et des pulsions incontrôlés, qui oblitère tout jugement rationnel.

6. L’Emploi du Temps – Laurent Cantet

À la fin, lorsque le héros rattrapé par la logique économique se coule dans le moule asphyxiant de la norme, le couperet tombe. Conclusion logique d’un suspense souterrain qui dévoile l’envers de notre société cannibale, et à travers lequel Cantet poursuit son étude entomologique de l’aliénation au monde du travail et à la position sociale, seuls facteurs de reconnaissance. La forme serrée, le cadre travaillé, le sens du non-dit, la soustraction des effets témoignent d’une maîtrise sans faille.

7. L’Anglaise et le Duc – Éric Rohmer

Rohmer n’a pas peur d’être incorrect, politiquement s’entend. Il filme la Révolution à travers les yeux d’une aristocrate anglaise royaliste, comme un cauchemar qui inverserait les valeurs de barbarie et de civilisation. Et pour faire briller ses stratégies intellectuelles et ses jeux d’amitié, il revient à une enfance pure du cinéma, aux toiles peintes du commencement. Accord parfait entre une esthétique originale et un propos suprêmement affûté : le grand Momo évolue dans la continuité.

8. The Barber – Joel & Ethan Coen

Il est dans l’œuvre des frères Coen de ces personnages hors du temps qui portent un regard lent et décalé sur le monde. Ed Crane en fait partie, coiffeur désenchanté pris dans une arnaque trop grande pour lui, qui finira condamné pour un crime qu’il n’a pas commis. Toute en lassitude hébétée, ironie poisseuse, sombre mélancolie, cette marche funèbre d’un homme comprenant que la liberté n’est qu’un leurre envoûte par sa plastique somptueuse, son atmosphère entêtante, son sens de l’impalpable.

9. Va Savoir – Jacques Rivette

2h34 : à son échelle, Rivette fait court. Surtout il fait drôle. Autour de l’axe noir de la jalousie s’anime une ronde colorée des sentiments, se croisent des intrigues rocambolesques dénouées lors d’un final cukorien où les comptes amoureux se règlent en duel à la vodka dans les cintres du théâtre, et où les couples se reforment délivrés des maléfices du passé. Mi-fantaisie rêveuse sur les affinités électives, mi-fugue allegretto saisie par la douceur du printemps, le cocktail enchante.

101. Millennium Mambo - Hou Hsiao-hsien

Tanguant au cœur d’une nuit saturée de néons futuristes, perdue entre la projection de souvenirs diffractés et d’instants mouvants, la frêle Vicky vit dans une conscience altérée, passe d’un amant possessif à un autre protecteur. De la piste de danse supersonique au calme d’une province enneigée, HHH accompagne ses moments d’abandon ou d’accélération, les trépidations de son cœur insatisfait qui a perdu jusqu’au désir du jour, en favorisant une hyper-sensorialité aussi brumeuse qu’un rêve.


Sur le banc : La Ciénaga (Lucrecia Martel), Liberté-Oléron (Bruno Podalydès), Loin (André Téchiné), Mulholland Drive (David Lynch), Sur mes Lèvres (Jacques Audiard)...


2002
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1. Gerry – Gus Van Sant

Il est des films conçus de façon presque cosmique mais engageant un dialogue intime avec nos angoisses les plus profondes. Gerry est de ces rares spécimens ; sa collision avec le spectateur propulse ce dernier sur orbite. Revenu aux origines du monde, dans un espace à la fois mental et hyper-physique qui dilate toutes les perceptions, on est le participant actif d’une odyssée du vide, de la perte et de la dissolution – celle de l’amitié, de la présence aux choses, de la conscience d’être vivant.

2. Parle avec Elle – Pedro Almodóvar

Douceur des soins prodigués au corps, larme perlant à l’éveil d’un souvenir douloureux, mots chuchotés à la patiente aimée ou à l’ami en détresse, comme autant de baumes affectueux. La texture charnelle des images respire comme la belle endormie, le lyrisme feutré se nourrit aux sources complémentaires de la tristesse et de la générosité. Almodóvar entrelace les récits avec le soin d’un vannier, relie les lignes de vie en un magnifique échafaudage de passions retenues et de douleurs rentrées.

3. Le Pianiste – Roman Polanski

Polanski a connu le ghetto, il y a survécu et en a gardé la terreur et l’incompréhension de l’enfance face à la barbarie. La progressive abstraction du film, qui fixe cliniquement l’abjection nazie puis glisse dans une réalité de plus en plus étrange et ralentie, c’est l’expression de son angoisse existentielle. Le regard hébété de Władysław Szpilman, être seul, démuni, dernier Juif de Varsovie errant dans les ruines d’un monde sur lequel il ne pèse plus, c’est le sien. Une œuvre indispensable.

4. Signes – M. Night Shyamalan

Auréolé d’une réputation de petit génie à Hollywood, Shyamalan pose la clé de voûte d’une des filmographies les plus stimulantes du cinéma américain de la décennie. Il y a tant à admirer ici : la maîtrise confondante du hors-champ, le tempo doucereux qui dispense l’angoisse au compte-gouttes, la faculté à élever un récit minimaliste en interrogation inquiète sur la place de chacun dans ce monde, la probité du regard posé sur des personnages perclus de doutes mais liés par le même amour.

5. Ten – Abbas Kiarostami

Kiarostami réduit son cinéma à ses composantes essentielles et abat ses cartes une à une pour appréhender le spectre de la société iranienne. Dix cartes, dix séquences : dispositif radical, mais résultat prodigieux d’intensité, constamment passionnant, car du filmage de la parole découle une dramaturgie singulière qui réinvente la question du regard, donc de la mise en scène. Cette proposition, tout à la fois politique, humaine, conceptuelle, demeure l’une des plus stimulantes de la décennie.

6. Le Fils – Luc & Jean-Pierre Dardenne

Jamais peut-être le cinéma des Dardenne n’aura atteint un tel point de rencontre entre la matérialité la plus brute et l’expression la plus dépouillée d’un cheminement spirituel. Les gestes et les souffles comme autant de sentiments, le travail du bois, les mains caressant les poutres polies, les outils maniés avec soin, comme des mots… Tout cela retranscrit l’intériorité d’un homme dont la présence au monde panse les blessures, l’amène vers l’apaisement, la réconciliation, le pardon. Puissant.

7. Chicago – Rob Marshall

Ma plus belle surprise de l’année. Cette tournoyante et jubilatoire comédie musicale, hélas oubliée d’à peu près tout le monde aujourd’hui, atomise la presse à scandale, la justice, le show-business avec une féroce causticité. Et si les numéros chorégraphiés envoient au septième ciel (l’étourdissant ballet de marionnettes, pour n’en citer qu’un), c’est pour mieux chanter, le sourire de l’arrivisme et de l’hypocrisie aux lèvres, la joyeuse amoralité d’un monde gangrené par le culte des apparences.

8. Minority Report – Steven Spielberg

Retour aux affaires pour Spielberg. Étourdissante souscription à ce qui fait le meilleur de son cinéma : le sens de la dynamique et du mouvement, l’élégance des formes et la fulgurance des visions, dans un idéal de limpidité narrative qui saute d’un rebondissement à l’autre. Pas de sentimentalisme lacrymal ni de stabilo pontifiant. Paradoxes et questions morales (la matière est riche, les enjeux passionnants) se développent avec un sens harmonieux du spectacle réflexif. Enthousiasmant.

9. In America – Jim Sheridan

Comme son voisin Ken Loach, mû par un même engagement, Sheridan est de ces cinéastes discrets qui comptent pour moi, par sa faculté à restituer la vérité du lien familial et ses vertus thérapeutiques dans le travail de deuil, par son sens inné à exprimer les manifestations du traumatisme qui empêche d’avancer, ou la valeur de la parole qui libère. À la fin, on quitte à regret cette petite famille liée dans la perte mais tournée vers l’avenir, mais avec la certitude qu’elle a retrouvé le bonheur.

10. Choses Secrètes – Jean-Claude Brisseau

Deux amazones veulent mettre le monde à leurs pieds. S’aventurant toujours plus loin, expérimentant les limites du jeu social jusqu’à se frotter à la caste des puissants, elles se prennent un bon coup de fouet en retour de leur naïf scénario de manipulation. Brisseau se situe à la lisière de l’abstraction fantastique, joue en équilibriste avec le fil séparant le grotesque du lyrisme incantatoire, et signe un conte moral grandiose et brûlant sur la vertigineuse ambiguïté des rapports de pouvoir.


Sur le banc : Blissfully Yours (Apichatpong Weerasethakul), Le Chignon d'Olga (Jérôme Bonnell), Gangs of New York (Martin Scorsese), Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (Peter Jackson), La 25è heure (Spike Lee)...


2003
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1. Elephant – Gus Van Sant

Palme d’Or rêvée, diamant poli dans la beauté gracile d’un quotidien sublimé dont Van Sant dénude les noyaux mythologiques. Les couloirs où les êtres déambulent, se croisent, se parlent au gré des boucles spatio-temporelles forment comme un labyrinthe hanté par le Minotaure ; le massacre est filmé avec la douceur d’une caresse pour pleurer la grâce botticellienne des adolescents qui meurent. Découpé au laser, ce poème spectral et funèbre constitue la corne d’abondance de son auteur.

2. 21 Grammes – Alejandro Gonzalez Iñarritu

Iñarritu est-il un esbroufeur pour festivaliers ? En tout cas, comme un corps humain est irrigué par son réseau sanguin, il s’écoule dans ce puzzle organique tant de flots de compassion brute que sa complainte sur la douleur et la fatalité (et sur la capacité des êtres à les dépasser) atteint l’universalité. Concret mais concerné par la quête spirituelle de ses protagonistes, pathétique mais jamais complaisant, le drame arrache à son époustouflant trio d’acteurs une humanité déchirante.

3. L’Esquive – Abdellatif Kechiche

Marivaux dans les classes de banlieue : rencontre fructueuse et contre-champ radical aux stéréotypes. En accord avec l’énergie bouillonnante de ses jeunes acteurs, le cinéaste accouche d’un éblouissant exercice de langue parlée, trouve l’équilibre entre la lucidité critique et l’optimisme, la finesse de la peinture sociale et le rapport qu’elle entretient avec la représentation. Et si le conte revêt les atours du réalisme, c’est pour imposer la vigueur admirable du geste politique qu’il dessine.

4. Mystic River – Clint Eastwood

Dans le quartier irlandais de Boston se joue une tragédie immémoriale dont les secrets finiront immergés sous les eaux dormantes de la Mystic. La culpabilité des hommes, l’instinct de vengeance et la loi du sang, lorsqu’ils ne dévorent leurs victimes expiatoires, sont apaisés par les mots vénéneux d’une lady Macbeth. Eastwood exhume les démons américains le long d’un film noir impérialement maîtrisé, qui s’ouvre tel un conte ténébreux et se referme comme un tombeau.

5. Saraband – Ingmar Bergman

Des limbes dont il revient après vingt ans de retraite, Bergman ramène l’un des couples fondamentaux de sa filmographie. Les rancœurs recuites, l’inceste voilé, la cellule familiale éclatée trouvent comme un apaisement dans la mosaïque des photographies coagulées qui clôturent le film. Accéder à la vérité des hommes consiste en un art simple de la disposition et de l’effacement : cette œuvre rigoureuse et frémissante comme une ultime confession en porte la philosophie. Un testament magistral.

6. Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi – Peter Jackson

Où PJ enterre entérine définitivement sa capacité à synthétiser les arcs narratifs engagés, et propulse la conclusion de la trilogie tout là-haut, dans le sanctuaire des rêves de cinéma formalisés – comme une version actualisée de l’Iliade ou de la Bible. Les enjeux se résolvent en une apothéose lyrique enrichie du poids des aventures traversées, la quête des personnages s’achève dans un déluge de visions grandioses, et les pages de l’épopée se referment avec un sentiment d’immense gratitude.

7. Master and Commander – Peter Weir

Pour ressusciter avec un tel panache le souvenir des canonnades et des abordages, des engagements marins et des défis lancés à la tempête, il faut un sacré maître d’œuvre. Weir est celui-ci, qui à la poursuite de cet Achéron paré des brumes de l’enfer, réveille un goût de l’aventure oublié depuis Curtiz et Walsh. Il ménage à l’épopée ses plages contemplatives, sa richesse de caractères, ses éclairs de superstition dignes des plus beaux récits de flibuste. Merci Peter.

8. Deux en Un – Bobby & Peter Farrely

Où les frères Farrely tombent le masque, dévoilent comme un aveu ce que cachait leur comique de saturation aux saillies outrancières : soit une tendresse désarmante, une foi sans retenue en la beauté – et même la poésie – de la différence. La force du lien fraternel dicte à la comédie son intransigeant optimisme, l’enchante avec les couleurs vives d’un conte de fées sentimental, et infiltre jusqu’au délire d’un microcosme hollywoodien caricaturé avec bienveillance. Le bonheur absolu.

9. Bon Voyage – Jean-Paul Rappeneau

Attachez vos ceintures. Rappeneau embarque dans le tourbillon de la débâcle, en juin 1940, sur les talons de personnages ballottés par les bourrasques d’un romanesque fou. C’est proprement éblouissant ; un style virevoltant, un souffle continu, un rythme infernal de comédie emportent tout, y compris la gravité du sujet. Ça va, ça vient, ça court ; on ouvre une porte, tiens c’est Pétain, une voiture roule, tiens c’est de Gaulle. On tutoie la virtuosité, l’élégance, la fluidité d’un grand Hawks.

10. Le Retour – Andreï Zviaguintsev

L’ombre de Tarkovski plane évidemment sur les cadrages majestueux, le lyrisme plastique, la poésie éthérée, la prééminence de l’élément aquatique, la topographie picturale de ce conte allégorique, jusqu’aux prénoms des héros – Andreï, Ivan. Deux jeunes ados quittent la rassurante douceur de la mère pour se confronter à la figure ombrageuse du père, et ce sont tous les cycles de l’enfance, sa crédulité, ses terreurs, ses passions violentes et éphémères, que le film explore. Envoûtant.


Sur le banc : Cadeau du Ciel (Dover Kosashvili), Love Actually (Richard Curtis), Memories of Murder (Bong Joon-ho), Le Monde de Nemo (Andrew Stanton & Lee Unkrich), Shara (Naomi Kawase)...


2004
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1. Million Dollar Baby – Clint Eastwood

La carrière de l’auteur aurait pu s’achever au terme de l’ultime plan de ce mélo définitif, qui coupe les jambes et laisse les yeux noyés. A la fois synthèse et épuration du corpus eastwoodien, le film balaie les idées reçues, vectorise la beauté et l’envers du rêve américain, les dilemmes déchirants de la perte, du remords et de la transmission, le long d’une tragédie intime sculptée dans les ombres, développée avec cette pureté d’expression qui demeure l’apanage des plus grands maîtres.

2. Rois et Reine – Arnaud Desplechin

De film en film, le cinéma de Desplechin progresse vers le fantastique. Remontant deux récits parallèles, l’un sous l’égide du drame bergmanien, l’autre celui du burlesque échevelé, le réalisateur plonge dans les entrailles de la famille, en extrait un mille-feuille tourmenté aux multiples brisures, qui radiographie tous les affects menant de l’amour à la haine. Ses changements de braquet perpétuels, ses bifurcations chaotiques, sa vitalité romanesque témoignent d’une inspiration prodigieuse.

3. La Vie Aquatique – Wes Anderson

Heureux le spectateur embarquant avec Zissou et ses acolytes aux rouges bérets coustaldiens dans cette odyssée marine, qui pleure les occasions manquées mais célèbre le temps des retrouvailles. Accepter la main tendue, se pardonner à soi-même, secourir l’ennemi et le reconnaître comme un des nôtres… Anderson est l’un des derniers humanistes, et ce voyage baigné d’une chaleureuse mélancolie, qui fait fondre le cœur, enchante la pupille et ravit l’oreille, en porte la philosophie à quintessence.

4. Hôtel Rwanda – Terry George

On tombe régulièrement sur des films sans grande signature qui brisent la routine des livraisons attendues et dont la force brute frappe droit au cœur. Empoignant un sujet presque impossible, Terry George rappelle à un monde qui préfère fermer les yeux la réalité d’inimaginables atrocités, met son humanisme au service d’un éclairage poignant, défend la norme de la civilisation en adoptant le regard désemparé du héros. On en sort la gorge serrée d’impuissance, hanté par les charniers du génocide.

5. Tropical Malady – Apichatpong Weerasethakul

Weerasethakul plonge son regard au fond d’un abîme sans âge. Comme certains grands poètes du cinéma, il cherche à stimuler les zones anesthésiées de notre cerveau, use des sortilèges opiacés des contes et des légendes millénaires pour nous guider dans un voyage somnambulique au bout de la nuit. Les mystères de l’amour et de sa dévoration y trouvent leur exacte expression lors de la rencontre entre l’homme et le tigre, la proie et le chasseur, dans une jungle ensorcelée de début du monde.

6. Just a Kiss – Ken Loach

Ken Loach est un type précieux, imperméable aux modes et à l’étiquette, d’un mépris royal pour les diktats du "grand cinéma." Chez lui priment le respect accordé aux personnages, la foi intraitable en ses valeurs idéologiques, et la juste transcription de la réalité sociale. Dans son éclairage des tensions communautaires et des difficultés de l’intégration, Just a Kiss est de cette eau, avec en prime la superbe histoire d’amour entre deux héros craquants de complicité. Un grand petit film.

7. Les Indestructibles – Brad Bird

Délice de couleurs orangées et du design exotique ou rétro-moderne, élastique fluidité des personnages, gestuelle poétique aussi chorégraphiée que dans une comédie musicale. Faut-il rappeler à quel point les artisans de Pixar, auquel Bird apporte un sens bien à lui du délire contrôlé, flattent la rétine ? Faut-il encore louer la finesse de leur propos, qui met à l’amende tout ce que la concurrence a pu proposer sur les dilemmes des super-héros et les ressources de la famille face au danger ?

8. Before Sunset – Richard Linklater

Boy meets girl, boy loses girl, boy finds girl. Neuf ans après leur rencontre amoureuse, Céline et Jesse se retrouvent, flânent et déambulent dans Paris, un après-midi d’été, jusqu’au coucher du soleil. Il y a le travail sur le temps réel de Cléo de 5 à 7, la romantique poésie de l’éphémère de Solitude et Brève Rencontre, et la grâce ineffable de Ma Nuit chez Maud, avec ses personnages qui parlent comme sur le divan, sa petite musique de la séduction des corps, son intimisme volatil. Exquis.

9. 2046 – Wong Kar-wai

WKW poursuit son voyage en apesanteur au pays des souvenirs amoureux, entre présent, passé et futur. Ronde nocturne et coloriste, sans début ni fin mais structurée en boucles sérielles, inépuisable catalogue de moues, de bouderies, de chatteries, de coquetteries, le film invente un étrange balancement entre éternel retour et subtile variation, et entraîne dans une spirale sensuelle et mélodique, florale et parfumée, faite de sensations, de lumières, d’images venues d’ailleurs ou de nous-mêmes.

10. Collateral – Michael Mann

Duel dans la nuit angeleno, immersion dans une mégapole artificielle et sauvage, voyage au sein d’un enfer urbain qui devient de plus en plus métaphorique tandis qu’il avance au creux des heures sombres. Du cache-cache mortel dans un immeuble de verre au dernier tunnel du métro, moderne embarcation pour traverser le Styx, Mann chorégraphie de main de maître la trajectoire de deux hommes encagés dans un même espace. Derrière la fulgurance du style, toute la puissance de perpectives existentielles.


Sur le banc : Aviator (Martin Scorsese), Clean (Olivier Assayas), Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry), Sideways (Alexander Payne), Le Village (M. Night Shyamalan)...



La suite juste en dessous...
Dernière édition par Thaddeus le 10 févr. 20, 22:15, édité 42 fois.

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Thaddeus
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Re: Classement Classik des années 2000 (Résultats évolutifs

Messagepar Thaddeus » 21 sept. 13, 16:37

La suite, avec la deuxième moitié.


2005
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1. Le Nouveau Monde – Terrence Malick

Au son de l’Or de Rhin, les colons découvrent fascinés la nouvelle terre. Sur les berges, même saisissement des autochtones devant les navires gracieux et redoutés. Séquence enivrante, élevant d’emblée le chef-d’œuvre à un degré de lyrisme épiphanique tenu jusqu’à l’ultime image. Avec cette bouleversante méditation spirituelle, Malick puise dans les vibrations secrètes du monde et l’émerveillement des cœurs la même inspiration astrale, et inscrit son poème symphonique dans le lit de l’éternité.

2. Match Point – Woody Allen

On le croyait perdu mais en une magistrale montée de sève Woody Allen a fait jurisprudence : il ne faut jamais l’enterrer. Sa peinture de l’arrivisme dans un sociotope londonien qui balance entre architecture en verre du business et nobles lambris de la haute bourgeoisie jouxte l’analyse sociale et les affres de l’ambition et de la culpabilité avec la même ironie noire et désenchantée. Polar feutré à la précision chirurgicale, la fable retrouve la veine moraliste la plus cinglante de son auteur.

3. La Guerre des Mondes – Steven Spielberg

L’angoisse que Spielberg a nourrie sur la décennie n’a pas trouvé plus fulgurante expression que dans ce cauchemar visionnaire, où remontent des salves d’images hallucinatoires à la surface de l’œil. Devant la poussière des corps carbonisés et les machines de mort qui les exterminent sous un ciel rouge d’Apocalypse, face aux trains en flammes traversant la nuit ou au chaos qui fait sauter les verrous de la civilisation, les hommes fuient dans un exode rappelant toutes les terreurs de l’Histoire.

4. L’Enfant – Luc & Jean-Pierre Dardenne

Être père, ça veut dire quoi ? Loin de Chaplin et de son kid, le héros vagabond conçoit la naissance du fils comme une manne immédiatement capitalisable. C’est compter sans la rigueur de l’éthique à l’œuvre derrière la caméra, chevillée par un humanisme qui le fera passer de l’inconséquence à l’embrassement des responsabilités, le long d’un suspense moral hypertendu. La lumineuse conclusion, qui redonne au pardon sa valeur et cite explicitement celle de Pickpocket, achève de mettre à terre.

5. The Descent – Neil Marshall

Lorsqu’un jeune cinéaste décide de frapper un grand coup, avec un respect total aux modèles qu’il convoque, ça donne ça : un shoot d’adrénaline qui cloue au fauteuil du début à la fin. Une heure de claustrophobie pour mettre en bouche. Puis quand le spectateur est à bout, passage à l’échelon supérieur : atomisation des points de rupture, irruption du surnaturel comme exaspération des terreurs, retour du refoulé, déchaînement des pulsions primales. Le genre n’a pas trouvé mieux cette décennie.

6. A History of Violence – David Cronenberg

Il fallait cette impulsion néo-classique, cet écrin de film noir à la subversive ambiguïté pour offrir un nouvel éclat, sous une forme toujours mutante, aux préoccupations de Cronenberg. Son histoire de violence est celle de la famille qui à la fois protège de l’extérieur et épouse l’altérité, de la communauté porteuse du virus ingéré, du territoire américain qu’il faut remonter, d’Ouest en Est, pour se confronter au frère maléfique et oublié, nid de la corruption originelle. Brillantissime.

7. Les Berkman se séparent – Noah Baumbach

New York, 1986, milieu aisé et intello – on déblatère sur Fitzgerald, on va voir Blue Velvet en salle. Le cinéma indé est devenu normatif, mais Noah Baumbach en évite les écueils avec une dextérité de prestidigitateur. C’est bel et bien la finesse du trait et l’équilibre entre sourire et malaise qui président cette subtile chronique d’un divorce vu à travers les yeux de deux ados en pleine ébullition hormonale, entre un père à l’écrasant rayonnement et une mère qui s’affranchit.

8. De Battre mon Cœur s’est arrêté – Jacques Audiard

Revisitant les codes du polar à la lumière de la chronique intimiste, accordant une juste place à l’échec dans l’existence de son héros, qui pour devenir un homme doit savoir domestiquer les puissances d’Éros et d’Érato, Audiard confectionne l’un de ces superbes vaisseaux dont il le secret. Il met en scène une mue, le combat d’un sale type pour conquérir sa rédemption, en affirmant un univers sans certitude et sa couleur à lui, ni tout noir ni tout blanc, la couleur rare des pénombres de la vie.

9. Munich – Steven Spielberg

Toujours prompt à surprendre et à se remettre en question, Spielberg déplace son analyse de la psyché américaine sur le terrain de la politique internationale et questionne la fragilité d’une idéologie confrontée à ses propres limites. Son odyssée vengeresse articule en termes éthiques une réflexion passionnante et désenchantée sur la violence et la culpabilité, la conscience et l’engagement, au sein d’un film d’action dense, sec, méticuleux, remarquable dans son exigence comme dans sa conduite.

10. Star Wars Épisode 3 : La Revanche des Sith – George Lucas

Les premiers volets étaient pour le moins bancals mais Lucas a su finir en beauté, et rendre hommage à une saga chérie entre toutes. Il trouve la respiration idéale pour traduire les dilemmes de son héros damné par amour, entremêle ses enjeux complexes avec un souffle crépusculaire, gagnant en puissance jusqu’à une conclusion faramineuse qui propulse trente ans en arrière. Lorsqu’enfin le casque de Vador se fixe, l’émotion est si forte qu’on ne veut retenir qu’elle de toute la trilogie.


Sur le banc : Bubble (Steven Soderbergh), Caché (Michael Haneke), Mary (Abel Ferrara), Syriana (Stephen Gaghan), Walk the Line (James Mangold)...


2006
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1. Cœurs – Alain Resnais

Les méduses d’On connaît la Chanson se sont minéralisées, et c’est prises dans les flocons neigeux que Resnais a l’élégance de les ramener à la vie. Car si la mélancolie infiltre tous les recoins de l’image, figeant jusqu’aux décors irréels et aux accessoires insolites, la fantaisie fonctionne à plein, même voilée d’une angoisse funèbre. Dans ce ballet de spectres minés par la solitude frémit la sensibilité d’un auteur toujours aussi attentif au flamboiement des couleurs qu’à la vérité des êtres.

2. Syndromes and a Century – Apichatpong Weerasethakul

Les films de Weerasethakul sont des incantations fixant sur pellicule les variations infra-visibles des affects et des expériences. Il parcourt ici la césure autour de laquelle il déplie, avec l’onctueuse délicatesse d’un thérapeute, deux virtualités complémentaires de l’existence – murmure citadin ou sieste sylvestre, présent ou passé, langueur extatique ou angoisse diffuse. Les fragrances de cette chimie cristalline, qui prophétise peut-être le cinéma de demain, procurent un pur enchantement.

3. Volver – Pedro Almodóvar

Qu’elle soit habillée de rouge sang, dans un décolleté pigeonnant, ou vêtue du la sombre couleur du deuil, Penelope Cruz, volcanique et radieuse, est la femme méditerranéenne dans toute son impétueuse séduction, l’héritière des Magnani et des Loren. A travers elle et ses amies, Almodovar chante la ferveur du quotidien et la détresse de l’absence, filme la campagne balayée par la poussière et ses fantômes qui se mêlent aux vivants, avec une générosité colorée qui emporte tout.

4. Paprika – Satoshi Kon

Concevoir la logique des rêves comme une superposition de couches interdépendantes, un système complexe de peurs et de fantasmes qui se nourrissent l’un l’autre et grignotent la tangibilité du réel, un enchevêtrement vertigineux de niveaux de conscience. L’ambition est folle, sa formalisation étourdissante de brio car Satoshi Kon parvient à traduire cette exploration psychique en termes toujours limpides et en images follement imaginatives. On en sort sous l’emprise d’un délicieux vertige.

5. The Host – Bong Joon-ho

Le ventre de Séoul a accouché d’une monstrueuse créature qui se repaît des enfants arrachés à la surface. Face au mensonge des autorités et à l’incompétence des scientifiques, un seul recours pour retrouver la courageuse fillette disparue : l’union familiale. La traque est palpitante, portée par un sens galvanisant de la fantaisie et de l’épopée, et consume jusqu’à plus soif, avec une absolue fluidité, les ressources gargantuesques de ses enjeux – de la satire délirante au merveilleux trivial.

6. OSS 117 : Le Caire, nid d’espions – Michel Hazanavicius

Tel une anomalie, un bug de production, voici l’antidote aux comédies inodores déferlant par charters sur les écrans. Hazanavicius est un esthète qui peaufine le plaisir gourmet du pastiche, dans un exquis raffinement de détails, et qui atomise le ridicule d’une France sclérosée par sa misogynie, ses certitudes passéistes, son colonialisme paternaliste. Le rire intelligent, c’est exactement ça : la rencontre de l’élégance et de la bouffonnerie, dont Dujardin est la géniale personnification.

7. Lady Chatterley – Pascale Ferran

En deux heures et demie attentives à la découverte spirituelle et charnelle d’une femme qui s’épanouit et s’ouvre à elle-même, Pascale Ferran raconte l’amour comme utopie politique, et la sexualité comme instrument de libération sociale ou culturelle. Sa déclinaison du roman de Lawrence combine l’appel panthéiste et le progressisme idéologique, la communion avec la nature et le refus des normes, dans un idéal de limpidité où vibrent la respiration des arbres et la clarté des sentiments.

8. Raisons d’État – Robert De Niro

Peut-être parce qu’il réalise peu, De Niro vise haut lorsqu’il passe derrière la caméra. Nulle fioriture ici, mais une sobriété sans faille à la solde d’une fresque amère, passionnante, pleine de personnages et de ramifications complexes, qui impressionne par sa touffeur et sa densité. Soit les vingt premières années de la CIA scannée à travers un homme se soustrayant de son individualité pour ne plus devenir qu’un fantôme, vampirisé par sa mission. Une grande réussite injustement sous-estimée.

9. Le Labyrinthe de Pan – Guillermo del Toro

Ofelia, s’accrochant à sa mère diminuée comme à un dernier rempart, circule entre deux mondes. L’un est celui de la dictature franquiste, cauchemar du réel. L’autre est un royaume féérique dont elle est la princesse oubliée. Du beau-père sanguinaire ou des monstres de Goya, quelle est la plus grande terreur ? Avec une imagination splendide, le conte dit toutes les peurs, la souffrance et la solitude de l’enfance, en un requiem déchirant à l’innocence sacrifiée qui s’achève dans les larmes.

10. Marie-Antoinette – Sofia Coppola

Comme dans ses précédents ouvrages, Sofia enchante ici par ses talents d’aquarelliste et la délicatesse vibratile avec laquelle elle démaquille la jeunesse, ses bleus à l’âme, sa solitude désemparée. La reine honnie et admirée est une petite fille grandie trop vite, qui s’enivre de pastels, de fêtes et de luxure pour oublier son désarroi et son adolescence volée. L’Histoire est peut-être trahie, mais c’est au profit d’un petit bijou de cruauté feutrée, aussi doux et amer qu’un bonbon Arlequin.


Sur le banc : Black Book (Paul Verhoeven), Le Caïman (Nanni Moretti), Exilé (Johnnie To), Les Infiltrés (Martin Scorsese), The Queen (Stephen Frears)...


2007
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1. No Country for Old Men – Joel & Ethan Coen

Nouveau sommet pour les Coen, qui remontent la généalogie de la violence et de la cupidité américaines au sein des immensités brûlées du Texas, cette terre de corruption originelle où, surgi du néant, le diable est venu exécuter sa sanglante entreprise. Avec une méticulosité d’orfèvre qui fait claquer séquences d’anthologie et visions infernales, le film tisse la toile prophétique d’une fatalité inéluctable, se couvre de la mélancolie résignée du shérif impuissant face à la propagation du Mal.

2. La Graine et le Mulet – Abdellatif Kechiche

On stigmatise souvent le désert existant, dans le cinéma français, entre grisâtres drames petit-bourgeois et comédies qui tâchent. En un geste exténuant de vitalité romanesque et d’énergie solaire, Kechiche enterre l’accusation. Son troisième film est une tumultueuse fresque sociale qui embrasse tous les rêves, tous les espoirs, toutes les douleurs de la France immigrée, avec cette générosité de feu, cette dignité héroïque et ces torrents d’humanité qui renvoient au plus grand cinéma populaire.

3. There Will Be Blood – Paul Thomas Anderson

Avec No Country for Old Men, l’autre exhumation des racines de l’avidité et du Mal américains. Le film s’impose avec un poil d’ostentation, mais quel vent terrible souffle sur le parcours de ce prospecteur sociopathe, ravagé par la haine et l’ambition ! Anderson dévoile le mariage incestueux du capitalisme et de la religion, ces deux mamelles de l’oncle Sam, dans une fresque hantée où s’entredévorent la lucidité et l’ironie les plus implacables, entérinées par un final à la noire bouffonnerie.

4. En cloque, mode d’emploi – Judd Apatow

A quoi reconnaît-on une grande comédie ? A sa capacité à faire rire et à ce qu’elle révèle des doutes et aspirations formant notre quotidien. Ce film hilarant nous parle, nous aide, avec une tendre bienveillance qui émeut parfois aux larmes. Car dans le parcours d’un couple mal assorti apprenant à s’aimer, dans celui d’un éternel immature qui se responsabilise, dans le miroir tendu par un mariage qui étouffe, s’expriment tant la difficulté que le bonheur de s’assumer, d’évoluer ; bref de vivre.

5. Into the Wild – Sean Penn

Il serait facile de ricaner devant l’emphase et la naïveté de cette odyssée sauvage. Mais cette candeur est celle du héros, que Sean Penn accompagne avec une empathie absolue, un respect immense pour son idéal de liberté et son secret désarroi. Son parcours, bruissant de l’humanité des gens rencontrés, est un lent cheminement vers la prise de conscience finale – Le bonheur ne vaut que s’il est partagé. Humanisme lucide, sincère et généreux ; film superbe jusque dans ses maladresses.

6. De l’Autre Côté – Fatih Akin

On croit tout connaître de ces échafaudages narratifs aux lignes savamment entrecroisées et aux incidences signifiantes du destin. Mais la singulière personnalité de Fatih Akin impulse à chacune de ses trajectoires une telle ardeur de vivre que la dynamique de l’ensemble consume tout lieu commun. Chant vibrant aux échanges communautaires et culturels, qui manie la vigueur politique et la force des sentiments avec une intarissable compassion, c’est un film particulièrement poignant.

7. Secret Sunshine – Lee Chang-dong

Accablée par le destin (Tu pues la mort, lui lance sa belle-mère), murée dans sa souffrance, la stupéfiante Jeon Do-yeon se noie dans la foi – la ferveur religieuse y est autant catharsis qu’aveuglement. Pour réussir ce genre de mélo XXL sans sombrer dans la putasserie, il faut une sacrée dextérité. Le bras toujours tendu du prétendant, la lumière baignant le bord du cadre, l’appel confiant de la sérénité au-delà de la douleur y pourvoient avec une étourdissante pudeur. J’en suis sorti essoré.

8. Zodiac – David Fincher

Fincher a mûri. Le long d’un récit de plus en plus touffu, affolé, abstrait, il perd ses protagonistes dans un dédale de d’hypothèses et de supputations, un labyrinthe de signes indéchiffrables dont il a jeté la clé : cette nouvelle société de l’information qu'il traduit avec une remarquable hauteur de vue. Magnifiquement filmé, posé, interprété, le film dispense une circonspection presque mélancolique, contre-champ désenchanté à l’époque qu’il décrit.

9. Lumière Silencieuse – Carlos Reygadas

Bain de famille panthéiste, torrents de pluie diluvienne, travail de la terre et des moissons, rythme des jours et des nuits… Encadré par deux spectacles sublimes (l’éveil et de l’endormissement de la Création), ce drame passionnel s’offre telle une déclinaison magnétique d’Ordet dans la communauté mennonite. L’aura spirituelle de ses images n’apparaît pas comme un frémissement face au pouvoir divin mais comme un combat mystique ne visant rien d’autre que l’expression humaine et la vérité.

10. Les Témoins – André Téchiné

Chronique d’un été brillant de mille feux, d’un idéal d’insouciance marqué par tout un champ des possibles, mais sur lequel plane l’ombre d’un mal terrible, le fléau des années 80. Pris d’une intarissable appétence de vie, Téchiné tient la menace à distance, en dessine précisément les contours, pour mieux exalter les élans fiévreux de ses personnages. Il est un grand peintre d’époque doublé d’un sismographe attentif des vibrations du cœur : rarement l’aura-t-il aussi bien prouvé qu’ici.


Sur le banc : Go Go Tales (Abel Ferrara), J'attends quelqu'un (Jérôme Bonnell), Naissance des Pieuvres (Céline Sciamma), Paranoid Park (Gus Van Sant), Tehilim (Raphaël Nadjari)...


2008
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1. Valse avec Bachir – Ari Folman

Transes en boîte de nuit, rêveries mêlant chaos et fantasmes érotiques, bain nocturne récurrent sous des fusées d’éclairage, que la musique déréalise jusqu’à l’hypnose… Le film se veut documentaire mais il formalise un ensemble de processus mentaux – mémoire, culpabilité, traumatisme, refoulement. Le filtre de l’animation devient un outil d’auscultation intime, les plans défrichent le passé pour trouver l’image juste, le long d’un réquisitoire sans appel contre l’horreur de toutes les guerres.

2. Gran Torino – Clint Eastwood

Combien de cinéastes sont arrivés à un degré de distanciation aussi impérial vis-à-vis de leur légende ? Eastwood c’est l’Amérique, et cette œuvre en forme de démythification est la radioscopie transversale de ses lignes de force. Aucune solennité pourtant, mais l’ironie facétieuse d’un acteur qui joue avec sa caricature avant de retourner le récit comme une crêpe, y célébrer la valeur de la transmission et de la différence culturelle, et le charger du poids crépusculaire de l’adieu.

3. The Wrestler – Darren Aronofsky

Les corps anabolisés des années 80 sont épuisés, survivants dans des rêves de gloire révolue que nourrit le fol espoir d’un retour. Le catcheur meurtri par les échecs affectifs de sa vie, la douce strip-teaseuse qui lui tend une main secourable, alimentent le mélodrame d’une déchirante humanité. Rebondissement inespéré pour Aronofsky, qui après son nanar intergalactique filme la détresse de ces êtres brisés, leur recherche éperdue d’un nouveau souffle, avec une douleur secrète et chagrinée.

4. Still Walking – Hirokazu Kore-eda

Dans la douceur campagnarde, au sein d’une maison ancestrale où bruissent les rires et les murmures des retrouvailles, la famille se réunit autour de l’aïeule. Tout passe par un sourire plissé, un rayon du soleil éclairant la terrasse, un geste esquissé que la pudeur réprime, une étreinte chaleureuse dans le cocon d’une chambre, entre le père, la mère et leur petit garçon. Délicatesse infinie, cruauté en sourdine, art admirable de la nuance et du non-dit. Ozu a peut-être trouvé son héritier.

5. Un Conte de Noël – Arnaud Desplechin

Les parents se prénomment Abel et Junon. Manière de clarifier les choses : la mythologie inspire Desplechin, qui puise jusque dans ces drames antiques où un fils indigne se voit banni du royaume par sa sœur. Le spectre de Fanny et Alexandre, ses fantômes joyeux, sa cruauté mâtinée de tendresse, traversent aussi l’effervescente matière romanesque de ce cinéma plus boulimique et virtuose que jamais, nourri par une énergie vitale brûlant jusqu’aux dernières poches d’acrimonie. Grand film.

6. Wall-E – Andrew Stanton

Une arabesque de niveaux de lecture, une splendeur graphique qui fait écarquiller les mirettes. C’est le plus bel art du muet qui renaît ici, un travail prodigieux sur l’oscillation entre minimalisme et dilatation, statisme et saturation – Wall-E est, comme Keaton ou Hulot, le grain de sable transformant le bel ordonnancement en anarchie généralisée. C’est surtout une histoire d’amour d’une pureté absolue, qui fait chavirer par ses manifestations de tendresse et sa poésie plastique.

7. Le Silence de Lorna – Luc & Jean-Pierre Dardenne

Le précédent Dardenne était emprunt d’un ton parfois guilleret ; celui-ci donne un tour de vis à la noirceur. Sans misérabilisme (ils ne mangent pas de pain-là), les frangins poursuivent leur mise en lumière de la marchandisation capitaliste du facteur humain, et se plaçant du point de vue d’une conscience en éveil. Comme toujours, la réflexion sociale est sous-tendue par une attention infaillible aux manifestations de la morale. L’exigence et la rigueur de leur cinéma sont inentamées.

8. Entre les Murs – Laurent Cantet

Précis de décomposition du groupe social et des expressions de la démocratie en huis-clos. Forces en présence : les individualités de chacun, leur émulation, leur subordination aux instincts comportementaux, leur volonté d’affirmation. Les élèves d’un côté, le professeur de l’autre, la maîtrise complexe du langage au milieu. Cantet filme la rencontre de ce petit monde, son apprivoisement, peut-être son enrichissement mutuel, dans un film passionnant de vie, de tact et de spontanéité.

9. Je Veux Voir – Joana Hadjithomas & Khalil Joreige

Que veut-elle voir, Catherine Deneuve ? Peut-être la réalité des bombes derrière l’illusion du tournage, peut-être le dévoilement d’une vérité que son métier d’actrice ne cesse de traquer, ou bien encore ce qui pourrait se produire si, tout à coup, fiction et documentaire trouvaient l’accord parfait. C’est précisément ce qui se passe dans cette troublante et poétique échappée au cœur d’un pays en ruine, qui part de chez Rossellini pour atterrir chez le Antonioni pictural du Désert Rouge.

10. Two Lovers – James Gray

New York, ses appartements mordorés cultivant le poids étouffant des familles, ses discothèques où l’on s’abandonne à une soudaine ivresse, ses aubes éteintes accueillant la détresse d’un amour mort – ou la promesse d’un cœur qui revit. Entre une blonde névrosée et une brune rassurante, Phoenix secrète une vulnérabilité d’oiseau blessé. James Gray murmure la fragilité de l’existence et l’aveuglement de la passion avec un art de la litote, un lyrisme feutré qui renvoient au grand roman américain.


Sur le banc : Be Happy (Mike Leigh), Cloverfield (Matt Reeves), Home (Ursula Meier), Ponyo sur la Falaise (Hayao Miyazaki), Stella (Sylvie Verheyde)...


2009
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1. Vincere – Marco Bellocchio

L’Histoire racontée du côté des oubliés. Pour dépeindre l’Italie possédée à l’heure du régime mussolinien, Bellocchio sort la grande pompe d’un lyrisme noir, et extrait des ténèbres du passé mille images baroques, hallucinées, enfiévrées par une partition wagnérienne. C’est l’irrésistible propagation de l’idéologie aveugle, les ravages de la politique sur le peuple que ce fiévreux portrait de femme met en lumière, avec un souffle mélodramatique hanté par les victimes de toutes les dictatures.

2. Fantastic Mr Fox – Wes Anderson

En passant à l'animation, Wes Anderson franchit une étape dans la mise en place d'un délicieux univers d'artifices et de coquetteries, mais dont toute la batterie de séduction se met au service d'une philosophie vibrante, gorgée de tendresse et d'humanité. Burlesque dévastateur, plastique somptueuse lustrée de lumières ambrées, humour exquis... Tout le cinéma du Texan est ici, qui approfondit la question de la filiation, de l'héritage et de l'amour familial avec une fondante sensibilité.

3. Tetro – Francis Ford Coppola

Histoire d’héritage et de création comme les affectionne Coppola, qui fait flamboyer sa veine opératique et revient à une enfance de l’art. Comme toujours, la trajectoire personnelle de l’auteur nourrit chaque recoin du film, l’habite d’une sincérité nue : dans ces superbes jeux d’ombres lustrées et de lumières scintillantes, ces flashs de couleur enflammant la pellicule comme des souvenirs ravivés, se joue la poignante réconciliation de deux hommes, avec eux-mêmes et avec leur passé.

4. Un Prophète – Jacques Audiard

La prison comme école du crime, on connaît. Le film pénitentiaire et son collier de lieux communs également. Mais Audiard est un maître-queux de la confection, et il n’a pas son pareil pour faire de son initiation à haut risque une parabole sur les visages de la servitude, de la filiation et de la trahison. Entre les murs se jouent toutes les tensions de la société française et des rapports communautaires ; à l’écran s’épanouit la matière brute et gracieuse à la fois d’un film noir grand cru.

5. Les Arrivants – Claudine Bories & Patrice Chagnard

L'une, ancienne et expérimentée, a appris à mettre de la distance entre elle et la douleur côtoyée, maniant générosité et mesure avec philosophie ; une autre, jeune et idéaliste, se prend la réalité de plein fouet, s'emporte maladroitement contre son impuissance. C'est l'humanité brute qui bouillonne ici, l'universelle inclination à la compassion et à la colère, qui confronte notre regard à la détresse de ces immigrants, candidats en transit au beau rêve de notre pays. Un docu bouleversant.

6. La Route – John Hillcoat

Peut-être parce que l’argument minimaliste est suffisamment chargé en allégorie, John Hillcoat évite toute afféterie formaliste et se met entièrement au service de ce qui se joue entre le dernier des hommes et cet enfant protégé comme un dieu, une promesse de renouveau. Le cœur battant sous les images grises et allusives de ce cauchemar apocalyptique fait naître, dans l’espoir qu’il refuse d’abandonner, dans la force irréductible du lien paternel et filial, une profonde émotion.

7. Dans la brume électrique – Bertrand Tavernier

Les bayous moites de la Louisiane, un flic vieilli et fourbu par le désenchantement mais à la moralité intraitable, un homme d’affaires visqueux aux intentions bien pourries, et évidemment un cadavre pour remuer la vase. Délectables archétypes du film noir atmosphérique, que Tavernier, dont on connaît l’affection pour ses amis américains, réactive avec un vrai bonheur, un sens inné de la langueur entêtante. Pour qui aime se baigner dans ces eaux vénéneuses (j’en suis), c’est le panard intégral.

8. Brothers – Jim Sheridan

Sur un sujet usé jusqu’à la corde – les ravages traumatiques de la guerre – Sheridan bâtit un film d’une grande puissance émotionnelle où le soldat rendre exsangue et criblé de culpabilité, où le frère, l’épouse, la famille constituent un refuge loyal et un foyer salvateur. Passé maître dans l’entrelacs des réalités sociopolitiques et des vérités intimes, il éprouve les piliers que sont l’Armée, l’Église et la Loi, pour mieux faire triompher les vertus de l’amour sur l’ironie d’un destin cruel.

9. Le Ruban Blanc – Michael Haneke

Si son cinéma dispense toujours le malaise, Haneke s’éloigne de ses précédentes leçons professorales et drape son expression d’une beauté glacée, inédite chez lui. Sa mise en scène, rigoureuse, serrée, toute en compositions de clairs-obscurs rembrandtiens et de blancs éclatants, débusque le mal à la racine, dans la violence et la terreur larvées qui étouffent l’épanouissement individuel, et ce qu’elle dévoile d’une humanité bâillonnée par l’autorité et le rigorisme touche autant qu’il effraie.

10. Les Derniers Jours du Monde – Arnaud & Jean-Marie Larrieu

Les frères Larrieu sont complètement fous. Investis d’un budget conséquent, ils transforment le film-catastrophe en une fête lubrique et délirante, un grand barnum hallucinatoire en forme de joyeux bordel. Sans calcul, avec une sincérité et une audace renversantes, ils nous catapultent d’une féria colorée à une dernière nuit à la Jean Rollin, de Toulouse en état de guerre à l’obscurité d’un Paris éteint, le long d’un trajet chaotique qui stimule les sens et exalte toutes les formes de liberté.


Sur le banc : Ajami (Scandar Copti & Yaron Shani), À propos d’Elly (Asghar Farhadi), Everyone Else (Maren Ade), In the Loop (Armando Iannucci), Looking for Eric (Ken Loach)...
Dernière édition par Thaddeus le 15 oct. 18, 13:53, édité 6 fois.