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Critique de film
Le film

Les Cadets de West Point

(The West Point Story)

Partenariat

L'histoire

Autrefois chorégraphe et producteur célèbre à Broadway, Bix (Cagney) est dans une mauvaise passe au point d’en être réduit à mettre en scène des numéros musicaux dans un minable night-club de Manhattan. Eve (Virginia Mayo), son assistante et fiancée, supporte de moins en moins la situation et ses colères. C’est ce moment-là que choisit Harry (Roland Winters), le rival qui a provoqué la chute de Bix, pour se racheter en proposant à ce dernier d’aller mettre en place le spectacle annuel de printemps de West Point, "The 100th Nite Show". En réalité il a une idée derrière la tête : il compte sur Bix pour convaincre son neveu Tom (Gordon McRae), l’auteur du spectacle, de se lancer dans le métier de chanteur pour lequel il est doué plutôt que d’embrasser la carrière militaire dans laquelle il s’est engagé avec détermination. Quoi qu’il en soit et malgré son aversion pour l’armée, poussé par Eve qui menace de le quitter s’il n’accepte pas la proposition, Bix se rend à l’académie militaire pour monter le spectacle avec l’aide de Hal (Gene Nelson), étonnant danseur de claquettes, ainsi que des autres cadets qui, selon la tradition, doivent également interpréter les rôles féminins. Bix a cependant l’idée de changer les habitudes en leur adjoignant une femme dont il a lancé la carrière et qui est devenue une star de cinéma à Hollywood, Jan Wilson (Doris Day). Il va de soi que les cadets accueillent l’idée avec enthousiasme...

Analyse et critique

C’est seulement huit ans après l’obtention de son Oscar pour Yankee Doodle Dandy (La Glorieuse parade) réalisé par Michael Curtiz, que James Cagney se voit offrir par la Warner de tourner à nouveau dans une comédie musicale, le genre qu’affectionnait le plus le comédien qui regrettera toujours de ne pas avoir eu l’occasion de jouer dans un plus grand nombre de musicals. Bizarrement, pour le genre qui se déclinait alors la plupart du temps au sein d’un glorieux Technicolor, The West Point Story sera réalisé en noir et blanc. Ce choix n’était probablement pas dû à une question de faible budget au vu de son prestigieux casting constitué de plusieurs stars de l’écran de cette époque ; en effet, aux côtés de James Cagney on pouvait trouver Virginia Mayo, autre vedette du studio et sa partenaire l’année précédente dans le chef-d’œuvre de Raoul Walsh, L’Enfer est à lui (White Heat), mais également l’actrice montante de la Warner, Doris Day, ainsi que les partenaires de cette dernière dans plusieurs de ses films de cette même année : l’étonnant danseur Gene Nelson de même que le chanteur à la voix de baryton qui connaitra son plus grand succès en 1954 dans Oklahoma de Fred Zinnemann, Gordon McRae.

West Point Story n’aura ni le succès du film de Michael Curtiz (un biopic sur le compositeur George M. Cahn) ni celui de Prologues (Footlight Parade) de Lloyd Bacon, dans lequel dès 1933 Cagney prouvait ses réels talents de danseur de claquettes au sein de superbes chorégraphies de Busby Berkeley. Il est évident que le film de Roy Del Ruth ne concourt pas dans la même catégorie ; il n’en demeure pas moins un très honnête divertissement et une comédie musicale souvent très amusante. D’ailleurs, ce cinéaste aujourd’hui totalement méconnu aura auparavant déjà bien bourlingué dans le genre, nous en offrant même quelques savoureux exemples comme Born to Dance (L'Amiral mène la danse) et Broadway Melody of 1936, tous deux de 1936, Broadway Melody of 1938, ainsi et surtout en 1937 qu’un petit bijou au timing impeccable et aux scènes hilarantes, On the Avenue. On peut donc dire que Roy Del Ruth était en terrain connu et il le prouve à nouveau en mettant en scène ici d’impeccables numéros musicaux fort bien réglés, dont quelques superbes numéros de "claquettes militaires" qui prennent pour base musicale des morceaux entièrement rythmiques, assez uniques dans leur genre tout en s’avérant impressionnants de précision et de virtuosité. Cette autre séquence qui voit Gene Nelson danser avec une canne est elle aussi remarquable, démontrant une nouvelle fois qu’avec un bon agent le comédien aurait très bien pu rivaliser - ne serait-ce que du point de vue de la danse acrobatique - avec Gene Kelly, n’ayant en revanche guère eu encore l’occasion de nous montrer s’il possédait ou non un talent dramatique. Quant au couple constitué par Gordon McRae et Doris Day, il tournera à nouveau à deux reprises avec ce cinéaste dès l’année suivante.

Doris Day, qui telle une star qu’elle est devenue en à peine deux ans, véritable poule aux œufs d’or pour le studio de Jack Warner, se fera ici attendre pas moins de 42 minutes avant sa première apparition. Et quelle entrée en scène ! Avec Ten thousand four hundred thirty two sheeps, une fantaisiste et revigorante chanson, avant de se voir offrir juste après une scène où elle se retrouve seule avec son partenaire masculin et dans laquelle leur complicité totale rejaillit sur l’écran d’une manière assez moderne, préfigurant à mon avis - toutes proportions gardées - cette séquence sublime dans The Misfits (Les Désaxés) de John Huston : le petit-déjeuner entre Marilyn Monroe et Clark Gable au cours de laquelle on avait l’impression que les deux stars avaient été filmées à leur insu tellement ils faisaient preuve d’un naturel confondant. C’est un peu ce qui ressort également lors de cette séquence de West Point Story, l’encore toute jeune Doris Day nous dévoilant un des secrets qui en avait rapidement fait une comédienne adulée des Américains, une manière de jouer de son naturel et de sa propre expérience qui crée une apparente proximité avec les spectateurs (comme dans My Dream is Yours, le parcours artistique de son personnage qu'elle narre à Gordon McRae lors d'une séquence romantique ressemble beaucoup au sien). Passer de ce style de jeu "réaliste" au cabotinage le plus jubilatoire, c’est ce que fera l’actrice tout au long de sa carrière, aussi douée dans les deux registres qu’elle le sera dès qu’elle entonnera une chanson. Ici, comme dans Tea for Two, elle nous fait profiter en plus à nouveau de ses talents de danseuse, tout comme d’ailleurs Virginia Mayo que l’on ne s’attendait pas à trouver aussi douée pour la discipline ; cette dernière nous délivre également quelques chansons et un jeu tout en dynamisme et en drôlerie, arrivant même par un effet de mimétisme assez cocasse à imiter son partenaire masculin lorsqu’il pique une colère. Le film se doit d’ailleurs d’être vu rien que pour la manière inénarrable et "cartoonesque" que Cagney a de bouger les bras et les jambes à toute vitesse et de tous côtés, de sauter de rage et d’exaspération lorsqu’il est énervé. Excessif mais jubilatoire !

Après Tea for Two de David Butler, Doris Day se retrouve à nouveau dans une comédie musicale dans laquelle les répétitions d’un spectacle se déroulent dans un endroit assez inhabituel, la villa d’un millionnaire dans le précédent, ici dans l’enceinte de l’académie militaire de West Point. L’équipe n’ayant probablement pas eu l’autorisation de tourner en ces lieux d’où ont été issus beaucoup de grands hommes politiques américains, et où les règles doivent être aussi strictes que celles qui empêchent Bix de faire ce qu’il veut dans le courant du film, des transparences seront fréquemment utilisées devant lesquelles les comédiens parleront en marchant sur un tapis roulant ; des séquences esthétiquement guère gratifiantes mais vite oubliées au regard de tout ce qui les entoure, y compris ce numéro qui aurait pu être gênant car emphatiquement patriotique au cours duquel Gordon McRae et un chœur d’hommes entonnent The Corps, un hymne chaleureux qui vante leur institution et ses grandes personnalités. Un monologue un peu ronflant et lourdement propagandiste mais récité avec une telle sincérité par le baryton de service qu’il en serait presque émouvant. Ceci étant dit, les autres numéros seront évidemment bien meilleurs, que ce soit It Could Only Happen in Brooklyn et It's Raining Sundrops, réunissant tous deux le couple Cagney / Mayo, ou encore l’amusant et entêtant By the Kissing Rock, B’Klyn avec un Cagney survolté, et enfin The Military Polka qui nous offre l’une des rares occasions de sa carrière de voir Doris Day danser. La comédienne aura sur ce tournage tant impressionné son partenaire masculin qu’il fera en 1955 le forcing auprès de la MGM pour qu’elle obtienne à ses côtés dans Love Me or Leave Me (Les Pièges de la passion) de Charles Vidor le splendide rôle de la véritable chanteuse Ruth Etting qui deviendra l’un des plus mémorables de sa carrière.

Certes, l’histoire est à la fois un peu idiote et mince, les mélodies pas forcément inoubliables, les transparences utilisées sans parcimonie, tous les participants mieux utilisés par ailleurs et la mise en scène plutôt paresseuse. Or le film n’en est pas honteux pour autant, mais au contraire fort amusant et suprêmement divertissant grâce avant tout à un James Cagney à l’enthousiasme débordant, plus excité que jamais et qui confirme qu'il était en même temps un dieu des claquettes, ainsi qu’à une Doris Day toujours aussi charmante, le tout enrobé dans de très agréables chansons et numéros musicaux - les arrangements de Ray Heindorf ont même été nommés aux Oscars. Même s'il n'y a pas de quoi s'en relever la nuit, le sympathique Les Cadets de West Point devrait en tous cas aisément contenter les amateurs de comédies musicales hollywoodiennes.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 juillet 2016