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Critique de film
Le film

Le Mouron rouge

(The Scarlet Pimpernel)

L'histoire

En France, sous la Terreur, des membres de l'aristocratie sont sauvés de la guillotine par les coups de mains audacieux d'un individu qui se fait appeler le Mouron rouge. Agissant sous divers déguisements, il leur permet de trouver refuge sur le sol anglais. Exaspéré, Robespierre confie à l'ambassadeur Chauvelin la tâche primordiale de le démasquer. Celui-ci fait pression sur Madame Blakeney, une connaissance française, mariée à un intime du Prince de Galles, afin qu'elle obtienne les renseignements décisifs...

Analyse et critique

Après l'immense succès de La Vie privée d'Henri VIII, Alexander Korda persévérait dans le filon du récit historique sautillant (ici plus orienté film d'aventures) avec The Scarlet Pimpernel. Le film est souvent considéré comme la meilleure adaptation du personnage de la Baronne Orczy, héros d'une pièce puis d'une série de neuf romans. C'est ici le premier de la série qui est adapté. Le personnage, très populaire, sera notamment une des sources d'inspiration de Johnston McCulley pour Zorro, le cadre de la Révolution française laissant place à son équivalent mexicain et les deux héros ayant les mêmes caractéristiques avec un alter ego falot et frivole empêchant tout soupçon.

Le Mouron Rouge aura connu quatre adaptations muettes (deux en 1917, en 1919 et en 1928) avant celle de Korda qui demeure la plus populaire. Pour surfer sur le succès de La Vie privée d'Henri VIII, le producteur tenta même d'imposer Charles Laughton dans le rôle ; mais après l'annonce, le mécontentement (justifié) des lecteurs des romans fut tel qu'il opta finalement pour le plus approprié Leslie Howard tandis que du film de 1933 on retrouve néanmoins Merle Oberon qui a entretemps entamé une liaison avec Korda. Le récit nous plonge en pleine France sous la Terreur où les nobles tombent à la chaîne sous l'impitoyable lame de la guillotine. Hormis un dialogue au début soulignant qu'ils ne sont pas totalement étrangers à leur sort, le film (et donc le roman) présente plutôt cette caste comme des victimes tandis que le peuple révolutionnaire passe pour une horde de barbares assoiffés de sang. Une des premières scènes est à ce titre parlante en reprenant une image iconique associée à la barbarie de la Révolution française, celle des tricoteuses assistant au premier rang et hilares aux exécutions publiques.

On prend donc un pur plaisir romanesque, sans prêter attention à une quelconque véracité historique, pour se laisser emporter quand entre en scène le Mouron Rouge pour sauver une famille de nobles promise à une mort certaine. Ce premier exploit donne le ton avec un héros jouant plus de sa tête que de ses muscles, où on le découvre adepte du déguisement, des faux-semblants et des plans alambiqués, aidé d'une dizaine de fidèles complices. On revient ensuite en Angleterre où les évènements se lient avec brio au destin du héros et permettent d'explorer plus avant sa personnalité. Leslie Howard est absolument irrésistible dans son double jeu, meneur déterminé pour les intimes et dandy de salon superficiel aux yeux de tous les autres. Tous les autres dont sa propre épouse Marguerite (Merle Oberon magnifique), qui ne reconnaît plus celui qu'elle a épousé dans cet homme précieux et oisif. Les échanges entre eux sont passionnants avec un Leslie Howard subtil dissimulant une vraie mélancolie face à la détresse de son épouse qui s'éloigne de lui mais à qui il ne peut révéler la nature de ses activités. L'histoire sera donc aussi celle de leur réunion à travers les évènements qui vont se jouer.

A l'image de son héros, les rebondissements donnent essentiellement dans la manipulation et la dissimulation avec une pure intrigue d'espionnage. Raymond Massey, ambassadeur de France (et en fait, agent mandaté par Robespierre), se rend en Angleterre pour démasquer le Mouron rouge en faisant du chantage à Merle Oberon dont il a emprisonné le frère en France. Ce nœud de complots est prenant de bout en bout et réserve son lot de grands moments (Howard qui nargue Massey dans la bibliothèque ou qui lui apprend à faire sa cravate, la conclusion), notamment cette splendide scène où Merle Oberon devine la double identité de son époux. Production Korda oblige, la reconstitution est un régal de tous les instants pour les yeux entre les vues aériennes du décor parisien, les somptueux intérieurs des demeures anglaises et les tenues flamboyantes de Merle Oberon. Tout juste pourra-t-on peut être reprocher un certain statisme dans la mise en scène de Harold Young, le panache passant davantage par le charisme des acteurs plutôt que par la réalisation. La courte durée du film et un casting au sommet de son art (Massey parfaitement sournois en méchant, Leslie Howard - redisons-le - parfait et Merle Oberon qui porte toute la charge émotionnelle avec talent) font oublier ses défauts et l'on passe un très bon moment. Le succès du film engendrera une suite trois ans plus tard, avec  Barry K. Barnes et Sophie Stewart en remplacement de Leslie Howard et Merle Oberon.

They seek him here, they seek him there,

Those Frenchies seek him everywhere.

Is he in Heaven, is he in Hell,

That damn'd, elusive Pimpernel ?

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 13 mai 2022