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Critique de film
Le film

Le Dernier bastion

(The Last Outpost)

Partenariat

L'histoire

En 1862, au Texas, le long de la piste de Santa Fe par laquelle sont acheminés des convois d’or et de munitions destinés à l’armée nordiste. Le Capitaine Vance Britten (Ronald Reagan), sur les ordres du Général Lee, mène une guérilla sans relâche contre les troupes de l’Union. Cependant, lui et ses hommes ne font aucun mal à l’ennemi lors de ces raids incessants ; s’assurant surtout de pouvoir voler une belle provision de cigares, ils s’emparent en même temps de l’or et des fusils mais ne tuent pas leurs adversaires, les laissant juste regagner leur garnison à pied et sans bottes. Ces sabotages et humiliations répétées n’en agacent pas moins les Tuniques Bleues qui n’en peuvent plus d’être harcelées de la sorte. Un officier de l’Union est envoyé à Fort Point pour mettre fin aux agissements de Vance ; il s’agit de Jeb Britten (Bruce Bennett), son propre frère. On ne lui donne cependant guère de moyens pour agir. Sam McCloud (John Ridgely), un trafiquant d’armes que n’arrange pas cette situation pour la bonne marche de ses affaires peu recommandables, donne l’idée à Washington de faire "embaucher" les Apaches pour qu’aux côtés des soldats ils combattent les rebelles. Malgré l’opposition de Jeb à cette proposition, l’état-major envoie le Major Riordan pour négocier avec les Indiens. Ayant eu vent de ce piège qui va leur être tendu, Vance fait prisonnier Riordan, endosse son identité et se rend chez les Apaches pour leur conseiller la neutralité...

Analyse et critique

The Last Outpost bénéficia du plus gros budget des productions William H. Pine & William C. Thomas, compagnie spécialisée dans la série B et dont les films étaient distribués par la Paramount ; ce fut aussi le plus gros succès à ce jour des deux hommes. Après l’anachronique et plaisant El Paso et l’excellent L’Aigle et le vautour (The Eagle and the Hawk), tous deux avec John Payne, j’attendais peut-être un peu trop de ce troisième western réalisé par Lewis R. Foster. Attention, il ne s’agit pas d’un mauvais film ; celui-ci possède même un certain charme par le fait de ne jamais vraiment se prendre au sérieux et grâce à la touche reconnaissable entre toute du scénariste Daniel Mainwaring (encore nommé Geoffrey Homes pour se cacher de la Commission sur les activités anti-américaines du sénateur McCarthy) qui faisait presque de la nonchalance un art, témoins les réjouissants Ca Commence à Vera Cruz (The Big Steal) de Don Siegel et le précédent western de Foster cité plus haut. Mais Le Dernier bastion s’avère cette fois trop bénin pour arriver à retenir notre attention tout du long ; après une première moitié assez amusante, il n’arrive plus qu’à faire du surplace avant même de s’effondrer au moment où il veut reprendre son sérieux (est-ce peut-être voulu par les deux autres scénaristes ?) Quoi qu’il en soit, en cette année 1951, après La Charge victorieuse (The Red Badge of Courage), nous revoici plongés une fois encore au sein de la guerre de Sécession mais "pour s’amuser" cette fois ; le film de John Huston est déjà loin dans les esprits !

Outre ce qui a été déjà décrit dans le pitch au-dessus, il y aurait encore beaucoup à raconter sur cette intrigue rocambolesque, y compris l’antagonisme des deux frères pour la jolie veuve du trafiquant d’armes, interprétée par la sublime rousse qu’est Rhonda Fleming, actrice fétiche du réalisateur Lewis R. Foster qui avait bien du goût à ce niveau-là puisqu’en l’absence de cette comédienne, il fera tourner dans d’autres de ses films Gail Russell ou Arlene Dahl ! Pas mal d’idées sympathiques comme le fait de savoir qu’après avoir attaqué le convoi, les Sudistes laissent leurs ennemis rentrer à pied mais tout en assurant leur protection en les suivant de loin sans se faire voir ; les incessants rebondissements du début avec notamment la séquence des guet-apens imbriqués (les Nordistes se faisant prendre à leur propre piège) ; la vision du groupe hilare emmené par Ronald Reagan détalant à toute allure après avoir fait leur coup, leur plus grand plaisir étant d’avoir un cigare à la bouche... Plaisant aussi le fait de constater que les deux frères, qui combattent dans deux camps adverses, s’estiment malgré tout, comprenant parfaitement que chacun lutte pour son idéal. Un western bon enfant au cours duquel on a justement l’impression d’avoir surpris des gamins en train de jouer à la guerre, aux cow-boys et aux indiens, se sortant de toutes les situations périlleuses avec une facilité déconcertante. Plus proche de la BD de Lambil et Cauvin que de Stephen Crane, une espèce de vaudeville westernien décontracté sans coups de feu ni violence, sans drames ni morts.

Ceci est valable pour la première heure. Le charme s’évanouit malheureusement à partir du moment où le film semble vouloir acquérir une certaine légitimité par le retour à un ton plus grave. Le gros budget étant destiné à l’attaque finale (la reconstitution du camp indien, par exemple, paraissant en revanche très cheap), il fallait y mettre les moyens. Il s’agit d’une bataille au cours de laquelle les deux camps se rejoignent pour combattre les Indiens rendus violents et bellicistes après qu’un civil a tué leur leader. Les premières images les voyant se lancer à la charge à l’aide d’un large travelling arrière sont assez réussies. L’attaque elle-même se révèle bien trop longue, répétitive, embrouillée et manquant singulièrement d’ampleur et de souffle. Nous avons quelques morts parmi les personnages principaux mais ils ne nous font ni chaud ni froid puisqu'on s’attend la seconde d’après à ce qu’ils se relèvent comme lors des jeux d’enfants. Le changement de ton a été fatal et l’on ne prend guère plus au sérieux la partie qui voudrait (à tort) l’être, d’autant que la musique très moyenne de Lucien Caillet a oublié de changer de style et se révèle tout aussi guillerette pendant les combats, ce qui finit de rendre ces dernières séquences tout à fait ratées et c’est bien dommage.

The Last Outpost, sorti également sous le titre Cavalry Charge, est le premier western dans lequel Ronald Reagan tient le rôle principal. S’il ne fait pas d’étincelles, s’il n’a pas la carrure pour porter un film sur ses épaules, s’il manque singulièrement de charisme, il n’en est pas pour autant aussi mauvais qu’on nous l’a souvent laissé croire. Il avait déjà prouvé son talent au sein de films tels que le superbe Crimes sans châtiment (Kings Row) de Sam Wood et on le trouvait déjà aux côtés d’Errol Flynn dans le très bon La Piste de Santa Fe (Santa Fe Trail) de Michael Curtiz. Ici, sur son propre cheval, Tarbaby, et aux côtés de Bruce Bennett, il parvient à faire bonne figure à défaut de mieux. Les deux hommes se disputent les charmes de la sculpturale Rhonda Fleming et on les comprend même si le personnage féminin est quelque peu sacrifié. Sympathique aussi de retrouver John Ridgely, acteur souvent utilisé par Howard Hawks la décennie précédente, notamment dans Le Grand Sommeil (The Big Sleep) mais avec un rôle bien plus important dans Air Force ; époux du personnage joué par Rhonda Fleming, il ne fait malheureusement pas long feu. Quant à Noah Berry Jr., il nous ressert son habituel et parfois pénible numéro de sergent rigolard.

William H. Pine et William C. Thomas arborèrent fièrement leur surnom de The Dollar Bills à cette occasion puisque Le Dernier bastion fut un succès surprenant en cette année 1951. En France tout du moins, il n’en reste pas grand-chose aujourd’hui et cela peut se comprendre : trop superficiel et sans véritable enjeu dramatique, sans rien qui ne sorte franchement du lot à part ce "ton Mainwaring" qui fait mouche au moins durant la première partie. Il peut sans problème être visionné lors d’un après-midi pluvieux à condition de ne pas en attendre monts et merveilles. Du méconnu Lewis R. Foster, je conseille plutôt de remonter une année en arrière et de revoir le réjouissant The Eagle and the Hawk dans lequel nous croisions déjà Rhonda Fleming.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 21 décembre 2019