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Critique de film
Le film

La Poursuite dura sept jours

(The Command)

Partenariat

L'histoire

1878 au Wyoming, peu de temps après la défaite de Custer. Après que le capitaine d’un régiment de cavalerie a été blessé à mort par une flèche indienne, c’est le Docteur Robert MacClaw (Guy Madison) qui est choisi pour le remplacer, le Sergent Elliot (James Whitmore) ayant été estimé peu apte à prendre sa succession le temps de rentrer au fort. Ce n’est évidemment pas du goût des soldats de se faire diriger par un simple médecin, inexpérimenté qui plus est, pour mener à bien cette mission. Sur le chemin du retour, les cavaliers tombent sur une compagnie d’infanterie dont le colonel leur ordonne de se joindre à eux afin d’escorter un convoi de civils à travers le dangereux territoire indien. Les membres de la cavalerie, par fierté, orgueil et pour ne pas inquiéter les colons, ne révèlent pas le secret de la véritable identité de leur commandant. Ce dernier va pourtant réussir à mettre au point d’excellentes tactiques militaires qui permettront au convoi de ne pas se faire massacrer par les Indiens sauvages qui ne cessent de les harceler. Il devra aussi faire face à une épidémie de petite vérole qui risque de se propager au sein des caravanes. Il sera d’autant plus attentif à l’évolution de la maladie que le porteur du virus n’est autre que le jeune protégé de Martha (Joan Weldon), une pionnière dont il vient de tomber amoureux...

Analyse et critique

Fort Bravo avait été le premier film tourné au format 1.75 pour la MGM ; au tour de La Poursuite dura sept jours d’inaugurer un format encore plus large au sein du western, le fameux CinémaScope sorti des studios de la 20th Century Fox l’année précédente avec pour cobaye le péplum La Tunique (The Robe) de Henry Koster. The Command est d’ailleurs également le premier film en scope de la Warner. Probable coïncidence mais, dans le genre, les westerns militaires auront été placés en première ligne pour affronter de nouvelles dimensions du cadre. Mais la ressemblance entre les deux films s’arrête là, puisqu’autant le film de John Sturges était une remarquable réussite autant celui de David Butler s’avère un film de série sans grand intérêt. Si, du même réalisateur, San Antonio et Calamity Jane avaient été fort divertissants, il n’en est pas de même pour ce nouvel opus bavard, paresseux et assez vite ennuyeux. Où l’on se rend compte que le nouveau format rectangulaire n’est pas évident à manier et qu’un réalisateur sans génie peut s’y casser facilement les dents. D’ailleurs, la même année, David Butler réalisait également dans ce format, auquel il n'avait visiblement encore rien compris, le catastrophique et interminable Richard Cœur de lion (King Richard and the Crusaders). Mauvais cru que 1954 pour un cinéaste habituellement très sympathique et notamment dans la comédie musicale, celles avec Doris Day notamment.

Il est curieux de savoir que Samuel Fuller a participé à ce scénario adapté d’un roman de James Warner Bellah (l’auteur des histoires adaptées par John Ford pour sa trilogie cavalerie) ; on se demande bien à quel niveau car on ne retrouve rien de ses préoccupations ni de son énergie dans ce western militaire qui semble nous faire opérer un retour arrière de quelques années concernant la description de la nation indienne. Si l'on pouvait encore accepter dans les années 30 et 40 un tel discours, ce n’est plus guère possible après la vague des westerns pro-Indiens qui ont déferlé ces dernières années. Il faut donc non seulement supporter ici des Indiens idiots et braillards, mais aussi le discours paternaliste assez insupportable sortant de la bouche du personnage joué (très bien d’ailleurs) par Guy Madison. Alors que sa compagne lui demande la raison de ses sympathies pour les natifs, le médecin lui rétorque : “Perhaps because we destroyed the Indian's ability to make a distinction between the good and the bad. He has a child's logic : the white man hurt him, therefore all white men are bad.” Bref, pour résumer en nos termes : il faut avoir pitié de ces pauvres bougres, ils ne sont pas méchants, ils sont juste demeurés et infantiles (sic !) A la limite, ce discours rétrograde aurait pu passer si le film possédait d'autres qualités annihilant cette "tare" ; ce qui n’est pas le cas dans ce western de David Butler, dont les seules originalités sont en gros résumées dans le pitch ci-dessus.

Le film rentrait d’ailleurs immédiatement dans le vif du sujet et le postulat de départ était assez sympathique et même tout nouveau : un médecin se retrouvant sans le vouloir à la tête d’un régiment de cavalerie dont les membres, par fierté, ne supportent pas de se faire diriger par un homme peu au courant des protocoles du commandement. Malheureusement, excepté également la traditionnelle rivalité entre cavalerie et infanterie et l’intégration au sein de l’intrigue d’un suspense lié à la probable propagation d’un virus, le scénario a du mal à progresser et se met rapidement à tourner en rond puis à faire du sur-place. L’humour made in Warner est toujours aussi pénible (Harvey Lembeck chiquant, jurant et crachant à tout bout de champ ; les soldats se travestissant en femme) et Dimitri Tiomkin toujours aussi inégal à l’intérieur d’une même partition, cette dernière préfigurant en mineur sa plus grande réussite, celle à venir pour Alamo.

Au sein de ce western laborieux et paresseux, il reste un duo de deux bons comédiens (Guy Madison et le toujours excellent James Whitmore dans la peau du sergent "grande gueule") qui arrivent à nous tenir éveillés, une Joan Weldon charmante (chanteuse d’opéra par ailleurs, elle sera en haut de l’affiche la même année dans le très bon Des monstres attaquent la ville - Them de Gordon Douglas) et de nombreuses séquences d’action qui, même si mollement mises en scène, peuvent faire agréablement passer le temps. Pour la petite histoire, le film fut également tourné en 3D mais cette version n’a jamais été diffusée. Il n'y a guère grand-chose de plus à en dire.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 mars 2014