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Critique de film
Le film

La Piste des caribous

(The Cariboo Trail)

L'histoire

Jim Redfern (Randolph Scott), Mike Evans (Bill Williams) et Ling (Lee Tung Foo), leur cuisinier chinois, viennent de passer la frontière canadienne pour entrer sur le territoire de la British Columbia en empruntant la piste Cariboo (Cariboo Trail). Ils arrivent du Montana avec 36 têtes de bétail destinées aux chercheurs d’or qui sont en manque de viande. Avec l’argent récolté, Jim espère établir un ranch dans la vallée du Chilcotin et continuer l’élevage de bovins ; en revanche, Mike est uniquement préoccupé par la possibilité de trouver de l’or. Alors qu’on veut leur faire payer le passage d’un pont, les trois hommes, estimant qu’il s’agit de vol éhonté, forcent le passage en lançant leurs bêtes à vive allure et continuent leur chemin sans être poursuivis. Au cours de leur cheminement, ils rencontrent le vieux prospecteur Grizzly (George "Gabby" Hayes) et sa mule Hannibal qui se joignent au trio. Une nuit, alors qu’ils sont endormis, des hommes de Frank Walsh (Victor Jory), le notable qui tient la ville de Carson Creek sous sa coupe (et qui récolte au passage les "bénéfices" du péage du pont), affolent et font fuir le bétail de Jim. A cette occasion Mike perd son bras gauche et nos héros se retrouvent sans plus aucune bête, pas même leurs chevaux. Heureusement, une diligence vient à passer qui les conduit jusqu’à Carson Creek où Mike est amputé puis soigné. Jim fait la connaissance de Francie Harrison (Karin Booth), la propriétaire du saloon, la seule à résister à toutes sortes d’avances et /ou pressions du potentat local. Elle lui fait comprendre que celui à l’origine du stampede pourrait bien justement être Frank Walsh ; d’ailleurs, Jim tombe sur un des hommes de ce dernier qui essaient de vendre l'une de ses bêtes disparues. C’est le début d’un violent conflit dont ne veut pas se mêler Mike qui, amer et aigri, accuse Jim de tous ses maux...

Analyse et critique

Un conseil pour éviter de perdre du temps, y compris pour les aficionados du genre : si vous croisez au sein d’un générique de western le nom du scénariste Frank Gruber ou celui du producteur Nat Holt, arrêtez tout de suite les frais en poussant plus avant ; les westerns qu’ils ont écrits ou produits sont parmi les plus mauvais de l’histoire du genre durant les années 50, que ce soit à la RKO, à la Paramount ou la à 20th Century Fox. Les deux hommes ont même réussi à faire signer un navet à Gordon Douglas avec Les Rebelles du Missouri (The Great Missouri Raid). Dans la filmographie de Randolph Scott, trois westerns furent produits par l’indépendant Nat Holt et distribués par la Fox, trois titres au parfum d’aventure et d’exotisme : Canadian Pacific, The Cariboo Trail et Fighting Man of the Plains. Si je me suis plains auparavant du fait qu’ils soient difficiles à dénicher, après le calvaire subi à la vision de The Cariboo Trail je me contenterais de citer les deux autres sans spécialement chercher à les découvrir à tout prix. Alors quand un film produit par Nat Holt est de plus écrit par le médiocre Frank Gruber, vous pouvez aisément imaginer que l'on atteint des tréfonds de nullité ! Le scénariste est incapable de nous captiver et l’on capitule très vite devant autant d’idioties, de clichés et de situations déjà vues et revues. C’est le cas de ce film du tâcheron Edwin L. Marin, cinéaste qui lui non plus n’aura pas vraiment laissé grand-chose de potable dans le domaine qui nous concerne, son meilleur western ayant probablement été L’Amazone aux yeux verts (Tall in the Saddle) avec John Wayne.

Nous n’allons évidemment pas nous éterniser longuement sur un film qui n’en vaut absolument pas la peine. Excepté un ample et beau thème musical signé Paul Sawtell (surtout utilisé lors des images de l’avancée du troupeau), il n’y a quasiment rien d’autre à sauver de ce western affligeant. Bien évidemment que Randolph Scott est égal à lui-même, mais devant tant de bêtises et d’incompétences, on arrive presque à l’oublier. Peu de temps avant, il jouait déjà dans le médiocre Colt 45 du même Edwin L. Marin, pour la Warner cette fois. Cette même année, mieux vaut se souvenir du comédien dans l’agréable The Nevadan de Gordon Douglas. Pour en revenir rapidement au film dont il est ici question, son postulat de départ - qui ressemble d’ailleurs beaucoup à celui du sublime western à venir d’Anthony Mann, Je suis un aventurier (The Far Country) -, et quoique ultra classique, s’avérait pourtant alléchant et semblait pouvoir nous apporter notre compte d’aventure et d’exotisme, les westerns se déroulant sur le territoire canadien ayant encore été jusque-là plus que rares. Mais dès les premières images, on déchante : non seulement on ne croise aucune Tunique rouge à l’horizon mais les paysages qui auraient dus nous dépayser ressemblent finalement à des centaines d’autres vus auparavant dans des films se déroulant aux USA. Et puis il faut dire que le réalisateur ne fait aucun effort pour leur donner de l’ampleur, pas même pour les filmer correctement. La mise en scène ne vaut guère mieux lorsqu’il s’agit de séquences mouvementées ou intimistes. Le minimum syndical à tous les niveaux, et encore !

Tout est mou et sans saveur mais, pire que tout, le scénario de Frank Gruber est aussi terne et inconsistant que ridicule. Il suffit de se souvenir de la séquence dans le camp indien que même Roy Rogers ou Gene Autry n’auraient pas acceptée dans un de leurs innombrables films. Emprisonnés par les Indiens, nos héros ont l’idée de faire ruer leur mule en l’effrayant. Et voilà que l’animal envoie des coups de sabots à droite à gauche, décimant la tribu entière pendant que nos trois hommes s’éclipsent comme si de rien n’était. D’idées consternantes en ellipses foireuses, The Cariboo Trail se rapproche bien plus d’une navrante série Z que d’une efficace série B. L’un des plus mauvais westerns avec Randolph Scott et la Fox de continuer à nous prouver qu'à cette époque le western n'était pas vraiment sa tasse de thé : à fuir sans regrets !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 mai 2020