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Critique de film
Le film

La Chute de la maison Usher

(House of Usher)

Partenariat

L'histoire

La Nouvelle Angleterre. Philip Winthrop se rend au manoir des Usher afin d’y retrouver sa future épouse Madeline. Accueilli par le majordome de la maison, il ne tarde pas à faire la rencontre de Roderick, le frère de Madeline. Roderick lui apprend que Madeline est malade et que le mariage ne pourra pas avoir lieu…

Analyse et critique

Soyons définitif : Roger Corman est probablement l’un des personnages les plus importants de l’histoire du cinéma indépendant américain. Cinéaste d’exploitation prolifique, Corman fut surtout le producteur qui permit à nombre de talents d’éclore : Coppola et Scorsese notamment réalisèrent respectivement Dementia 13 et Boxcar Bertha sous son égide. Les budgets et temps de tournage minimalistes (et l’inventivité nécessaire qui en découle) sont parmi les caractéristiques premières du cinéma de Roger Corman. Ayant tâté d’un grand nombre de genres et sous-genres cinématographiques, c’est par le biais du cinéma fantastique et plus particulièrement par ses adaptations de nouvelles d’Edgar Allan Poe que Corman a acquis ses lettres de noblesse. The Fall of the House of Usher, adapté de la nouvelle éponyme, est la première de ces adaptations et se caractérise, comme la suivante The Pit and the Pendulum, par la réunion d’une équipe technique de grand talent, par un budget plus conséquent que ceux de ses productions précédentes et par une réussite dépassant le strict cadre du cinéma d’exploitation.

A l’origine les producteurs de l’American Independant Pictures, James H.Nicholson et Samuel Z.Arkoff souhaitaient, comme à l’accoutumée, que Roger Corman réalise un double programme : 2 films d’horreur en noir et blanc pour 200 000 dollars avec 10 jours de tournage pour chacun des deux films. Corman négocie et parvient à obtenir de ne tourner qu’un film, en couleur, et en 15 jours. C’est, à ce moment là, le temps de tournage le plus long qu’ait jamais obtenu Corman. Il s’atèle au projet entouré de son équipe de techniciens habituelle, qualifiée à l’époque de meilleure équipe du cinéma indépendant. Le "parfois brillant" Richard Matheson (L’Homme qui rétrécit, I am a Legend, Duel) est chargé de l’adaptation de la nouvelle particulièrement métaphorique de Poe, Les Baxter compose un score dont le très beau thème principal n’est pas sans évoquer la musique de Bernard Hermann, et le chef opérateur n’est autre que le brillant Floyd Crosby qui collabora notamment avec Murnau et Zinnemann. Corman estimant que l’univers de Edgar Allan Poe est celui de l’inconscient et de la suggestion refuse tout réalisme et souhaite tourner le film intégralement en studio. Seuls les plans montrant le jeune Mark Damon arrivant au manoir seront tournés en extérieurs, et pour exprimer ces paysages arides et désolés, Roger Corman tournera les séquences sur les collines de Hollywood qui venaient juste d’être ravagées par un incendie. Tout se tournera dans le manoir et on assistera donc à la fin de la décadente lignée des Usher en huis-clos.


Roger Corman boucle le film (son premier en scope) comme à son habitude dans le temps qui lui était imparti pour le "faramineux" budget de 350 000 dollars. The Fall of the House of Usher se hissera parmi le top 5 du box office lors de sa sortie en 1960 et marquera le début d’une longue série d’adaptations d’Edgar Allan Poe parmi lesquelles figurent les plus belles réussites du Roger Corman cinéaste.


Prévenons les amateurs de grand spectacle et d’effets spéciaux : si vous êtes insensible au simple pouvoir de suggestion d’une voix ou d’un regard, vous risquez de vous ennuyer ferme. Hormis quelques séquences "choc" (plutôt réussies d’ailleurs) tout est ici affaire d’ambiance, c’est rarement ce que l’on voit qui fait trembler mais plutôt ce que l’on devine, ce que l’on pressent, que ce soit en ce qui concerne le sort de Madeline ou les exactions passées de la famille Usher. Cette vision basée sur la suggestion se retrouve dans les choix esthétiques de Roger Corman : la maison Usher se meurt avec la lignée du même nom, elle se fissure et gémit dans une brume artificielle du meilleur effet. On retient les très beaux décors gothiques et les superbes éclairages résolument baroques, on retient surtout la prestation de Vincent Price (qui déclarera d’ailleurs plus tard que le rôle avait été celui qu’il avait préféré interpréter) : plus sobre qu’à son habitude, il incarne parfaitement avec sa prestance habituelle le tourmenté Roderick Usher, écrasé par les crimes de ses aînés. Son inimitable voix et sa silhouette de gentleman d’un autre âge font définitivement de lui l’interprète idéal du personnage torturé de Edgar Allan Poe. Face à lui, le jeune premier Mark Damon paraît bien fade et la belle Myrna Fahey ne s’avère, malgré ses efforts, pas réellement convaincante.


Malgré les aspects bavards du script, force est de constater qu’on se laisse prendre au jeu. Le pouvoir de suggestion de Vincent Price fonctionne à merveille, on tremble avec Philip devant la fascination de Roderick pour ses odieux ancêtres… et devant nôtre propre fascination pour cette lignée impie. On est captivé par cette atmosphère de corruption séculaire, la saga finissante de cette décadente famille, la force d’un mythe qu’on ne peut tout entier embrasser… Encore faudra-t-il accepter la grandiloquence du propos et le côté très théâtral de ce huis-clos, mais pour ceux qui joueront le jeu et abandonneront en franchissant le seuil de la Maison Usher tout préjugé et cynisme, que de délicieux frissons en perspective !

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Olivier Gonord - le 20 février 2003