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Critique de film
Le film

L'Important c'est d'aimer

Partenariat

L'histoire

Depuis longtemps, Nadine Chevalier (Romy Schneider) s'est faite une raison et a remisé ses rêves d'actrice. C'est sur le plateau d'un film horrifico-pornographique dont elle est la triste vedette que Servais Mont (Fabio Testi) la découvre. Le photographe tombe immédiatement sous son charme et Nadine n'est pas sans éprouver de l'attirance pour ce jeune homme dont les yeux amoureux lui renvoient l'image d'une beauté qu'elle croyait définitivement perdue. Mais Nadine reste attachée à son mari Jacques (Jacques Dutronc), un ancien fan qui au fil des ans et des déceptions s'est transformé en épave alcoolique et suicidaire. Espérant relancer la carrière de Nadine, Servais essaye de convaincre l'excentrique metteur en scène de théâtre Karl Zimmer (Klaus Kinski) de lui offrir un grand rôle dans le Richard III qu'il est en train de monter.

Analyse et critique

L'Important c'est d'aimer s'ouvre sur une scène mythique du cinéma français : sur le plateau d'un film X, Nadine, incapable de dire « Je t'aime » à son partenaire couvert de sang, est tyrannisée par une réalisatrice impitoyable. On comprend que si elle ne peut jouer cette scène, c'est que l'idée même d'aimer la fait souffrir. Ancienne star qui a sombré, femme détruite, exsangue, elle est désormais incapable d'opérer cette métamorphose nécessaire au métier d'acteur. Elle ne peut plus se séparer de sa douleur, celle-ci l'accompagne partout, même dans un métier où l'on peut fantasmer les vies, s'inventer d'autres existences. Ce début est bouleversant car l'on voit derrière le jeu enfiévré de Romy Schneider la propre souffrance de l'actrice qui, alors au sommet de sa gloire, est en pleine dépression. On ne peut s'empêcher, tout au long du film, de se demander si la descente aux enfers que met en scène Andrzej Zulawski est celle de Nadine ou de Romy ; et cette friction entre l'acteur réel et le mythe qu'elle incarne à l'écran devient le prolongement naturel d'un film qui creuse la question de la représentation, du jeu de l'acteur, de la mise en scène du réel.

Si le film offre une réflexion sur le cinéma et le théâtre, c'est avant tout - comme tous les films de Zulawski - un film sur l'amour. Nadine non seulement se détruit en refusant l'amour du jeune photographe, mais elle détruit également Servais et son mari Jacques qui pense qu'elle ne le trompe pas uniquement car elle a pitié de lui. Chez Zulawski, l'amour ne va jamais de soi mais advient après un long cheminement dans la nuit, après une longue lutte ou un difficile abandon. Derrière son côté sulfureux, L'Important c'est d'aimer est un mélodrame souvent bouleversant, une œuvre trouble et violente dans laquelle on accompagne Nadine dans un douloureux voyage au cœur des ténèbres qui s'achève de manière poignante dans la clarté et la paix.

Zulawski vient de réaliser Le Diable, film interdit par la censure polonaise. Suite à cette expérience douloureuse, il s'installe en France et travaille comme script doctor. L'un des scénarios qu'il est amené à lire est tiré de La Nuit américaine de Christopher Franck, Prix Renaudot que la productrice Albina du Boisrouvray à l'ambition de porter sur grand écran. Zulawski sent qu'il est impossible d'adapter tel quel ce roman foisonnant, et il fait part de ses doutes à Boisrouvray qui lui propose contre toute attente de reprendre le scénario. Zulawski accepte, à la condition de se cantonner à quelques pages du livre, celles racontant la relation entre une actrice ratée, son mari paumé et un jeune homme séduisant qui s'insère dans leur couple. Grâce à l'amitié de Michelle de Broca, le projet tombe dans les mains de Romy Schneider qui accepte ce rôle difficile et sulfureux qui lui vaudra un César de la Meilleure Actrice.


C'est ainsi que Zulawski se retrouve à diriger son premier film en langue française, un film « bourgeois » comme il le qualifiera par la suite. En effet, si l'on retrouve ici cette théâtralité si caractéristique de ses premières œuvres, ce goût pour l'expressivité des dialogues, ce lyrisme fou et cette vision à la fois comique et tragique de l'absurdité du monde (héritée de Dostoïevski et de Shakespeare), tout cet univers propre au cinéaste demeure un peu à la lisière du film. L'Important c'est d'aimer est une œuvre en demi-teinte où l'on ne sent jamais Zulawski complètement à l'aise. Il n'investit pas complètement un film qui se révèle finalement relativement classique, même si des fulgurances rappellent par moments le rapport excessif que le cinéaste entretient avec son art. C'est ce qui dérange un peu dans ce film pourtant brillant : l'impression que les producteurs sont allés chercher Zulawski pour trouver un peu de cette folie propre aux productions polonaises - et slaves en général - afin de transformer un sujet rebattu en un produit chic et transgressif..

De fait, L'Important c'est d'aimer détonne dans le paysage du cinéma français, mais son côté outrancier, charnel, pulsionnel et furieux n'est que l'ombre de ce que le cinéaste a déjà offert et offrira par la suite. Mais si l'on ne retrouve pas intacte la singularité du cinéaste et son univers de cinéma à nul autre pareil, le film réserve néanmoins des séquences fabuleuses ; il nous bouscule, nous heurte, nous fait passer d'une sensation extrême à une autre. Sa réussite tient beaucoup aux interprètes avec la révélation Dutronc et une Romy Schneider inoubliable en créature divine abimée par la vie, déchirée et souffrante.

Après des débuts difficiles en Pologne, Andrzej Zulawski rencontre avec ce film un grand succès critique mais aussi public. Cependant il n'a aucune envie de profiter de ce nouveau confort que lui offre la production française : il sent que c'est un piège, qu'il va se laisser aller, refaire le même film maintes et maintes fois, répéter les même formules pour finir par rentrer dans le rang. Il préfère rebondir sur le succès du film pour retourner en Pologne et y réaliser un film de science-fiction ambitieux. Ce sera Sur le globe d'argent, un nouvel échec qui le conduira à s'installer définitivement en France.

Dans les salles

Distributeur : LES ACACIAS

Date de sortie : 8 août 2012

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Par Olivier Bitoun - le 8 août 2012