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Critique de film
Le film

L'Hôtel de la Plage

Partenariat

L'histoire

1978, le grand chassé-croisé des juillettistes et des aoûtiens. A l’hôtel de la plage dans une station balnéaire bretonne sont attendus tout un tas d’habitués arrivant des quatre coins de la France, voire de l’étranger avec certaines "races" aux mœurs étranges pour un Français moyen, les Belges, représentés ici par Lucien (Francis Lemaire) ! Il y retrouve ses amis Euloge (Daniel Ceccaldi) et Hubert (Guy Marchand), tous deux revenant sans cesse au même endroit pour y faire quelques conquêtes féminines de plus malgré la présence de leurs femmes (Rosine Cadoret et Michèle Grelier). L’hôtel est tenu par la charmante Elisabeth (Martine Sarcey) que courtise avec un peu trop d’empressement l'un des jeunes voisins chez qui est venue camper toute sa bande de copains. Tout ce petit monde - adultes, adolescents et enfants - passent des vacances ensoleillées avec une seule idée en tête puisqu’ils "ne pensent qu’à ça"...

Analyse et critique

Comme pour beaucoup dans leur prime jeunesse, très influençable et forcément très impacté par les critiques plus intellectuelles que grand public, par pur snobisme de jeune cinéphile voulant ne côtoyer que le "haut du panier", je me suis toujours intérieurement moqué du succès phénoménal de ce film qui passait ensuite durant les années 80 presque tous les étés en prime time à la télévision - avec cependant à la clé des critiques désastreuses dans ces mêmes programmes télé "haut de gamme". Ceux qui auraient donc pu penser que l’indulgence que j’ai pour ce film serait due à l’effet "madeleine de Proust" se tromperaient dans les grandes largeurs car, hormis l’époque des seventies qui m’attire effectivement énormément pour y avoir passé mon enfance, le film m’était resté totalement inconnu - visionnage parlant - jusqu’à il y a deux ans en arrière où il avait constitué une très belle surprise, surtout par le fait d'avoir comme a priori de tomber sur un navet de première classe en me souvenant de mes lectures de l’époque, ou encore plus récentes, lors des passages de cette comédie familiale sur la petite lucarne où elle était toujours constamment éreintée par Télérama et consorts.


Bon alors évidemment qu’il ne s’agit pas, loin s’en faut, du film du siècle, ni de la décennie, ni même de l’année voire de la semaine de sa sortie, mais il se révèle néanmoins très agréable et extrêmement sympathique, pour beaucoup même le meilleur film de Michel Lang, ce qui fera avec raison rétorquer à une majorité que ce n’est pas bien difficile - d’autant que le réalisateur n’a par ailleurs jamais brillé ni par sa finesse ni par son talent de cinéaste. Très lucide et d’une franchise qui lui fait honneur, Michel Lang est tout à fait conscient de ses lacunes, de ses faiblesses et de ses possibilités ; il disait en 2007 lors du documentaire réalisé autour de son film : "dans la comédie il y en a qui ont le talent de faire acide, mélanger les genres ; moi non, je veux que ça soit pour tout le monde, même pour la famille ; qu’il n’y ait pas quelque chose de graveleux […] que tout le monde puisse s’y retrouver..." Et c’est effectivement ce que nous propose cette insouciante chronique estivale et familiale plus douce qu’amère, non dénuée d’une certaine mélancolie à quelques reprises (la sortie en mer de nos trois copains qui savourent la quiétude de l’instant présent, et le bonheur sans cesse renouvelé de leur amitié qui vaut à leurs yeux plus que tout le reste), un film qui sent bon les vacances, la farniente, le soleil, la bonne cuisine et les amours passagères, sans oublier qu'il baigne dans la douceur de ces paysages bretons et la belle lumière de ses plages du Finistère Nord, qui inspirent bien plus de nostalgie et de poésie que leurs pendants sur la Côte d’Azur. Une ambiance bien plus joviale, d’autant que l’hôtel de la plage s’apparente plus à une pension familiale qu’à un hôtel de luxe.


Clichés et caricatures, il y a ! Tout comme une certaine grivoiserie parfois pas très éloignée de la vulgarité, sans que néanmoins jamais elle n’y verse ; tout comme une certaine cruauté qui demeure l’une des caractéristiques de l’enfance, les jeunes enfants dès qu’ils se retrouvent en groupe n’étant pas toujours tendres et trouvant très souvent un souffre-douleur sur lequel s’acharner. Mais enfin, rien de bien méchant ni de très répréhensible, même si pour certains jeunes spectateurs de la nouvelle génération le film sera le triste reflet d’une époque où les mâles en rut ne pouvaient se passer de pincer les fesses passant à portée de main ou de tripoter les poitrines à la première occasion, sans que cela n’offusque grand monde alentour. Sans oublier d’autres images qui pourront choquer de nos jours, comme les très jeunes avec la cigarette au bec. Mais dans l’ensemble, le ton reste bon enfant, les mœurs assez justement observées et dépeintes ; les situations se révèlent souvent très amusantes grâce à une très bonne direction d’acteurs et à des dialogues qui sonnent plutôt justes et vrais, sans trop de mots d’auteur à la louche qui souvent, à force d’un trop grand nombre, finissent par plomber le récit plus qu’ils n’amusent.


Et surtout quel plaisir de retrouver Guy Marchand, Francis Lemaire, Myriam Boyer et Daniel Ceccaldi, tous aussi bons les uns que les autres, entourés de toute une troupe de comédiens plus ou moins jeunes qui ne déméritent pas - mentions spéciales à Martine Sarcey, dans le rôle de la gérante de l’hôtel, ou encore Michèle Grelier dans celui de l’épouse de Guy Marchand qui tombera dans les bras d’un adolescent. Les enfants et adolescents aussi s’en sortent plutôt bien, Sophie Barjac en tête, nous octroyant par la même occasion une émouvante interprétation de la chanson phare du film, Un été de porcelaine de Mort Shuman. N’oublions pas Michel Robin dans la peau du vieux garçon sans cesse accompagné de sa vieille maman, et surtout, rappelant un peu Christophe Bourseiller dans le superbe dytique d'Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément / Nous irons tous au paradis, l’inénarrable Bernard Soufflet qui, non seulement voit d’un œil peu rassuré débarquer sans prévenir dans la maison de ses parents toute sa bande de copains, mais qui est également amoureux fou de la tenancière de l’hôtel de la plage, d’au moins une vingtaine d’année plus âgée que lui, mais qu’il harcèle néanmoins avec autant d’ardeur que de maladresse. Parmi le pot-pourri des séquences ou des répliques les plus marquantes que tous les nombreux fans du film se remémorent par cœur : le "tiens, embrasse un Belge ; faut pas être raciste" par Guy Marchand ; Sophie Barjac en robe moulée rouge qui nous fait un numéro lascif façon musical hollywoodien ; la grand-mère abandonnée sur la plage alors que la marée commence à monter ; Bertrand qui explique à celle qu’il voudrait faire tomber dans ses bras que le retard de sa mère pourrait être dû à un accident d’avion ; la jalousie maladive de Jean-Paul Muel à chaque fois qu’un homme porte le regard sur sa femme, la gironde Myriam Boyer ; le piège amoureux concocté à Francis Lemaire par ses deux copains...


Sans prétentions, voici donc un bon film choral et populaire dans le bon sens du terme, sans grande originalité et moyennement solide dans son écriture - plus construit comme une suite de saynètes disparates - mais au casting particulièrement bien choisi et qui devrait grâce à son charme rafraichissant, sinon vous faire rire aux éclats, tout du moins vous faire retrouver le sourire. Une comédie cocasse et bon enfant qui fonctionne certes un peu à la nostalgie mais où toutes les tranches d’âge pourront potentiellement s’y retrouver et s’y divertir sans arrière-pensées. Cela aussi grâce à un tournage qui, aux dires de tous les participants, fut une véritable partie de plaisir, la complicité qui émergea de tout ce petit monde en vacances se ressent sur le résultat, Michel Lang ayant beaucoup de tendresse envers tous ses personnages, souvent stéréotypés mais aussi tous assez crédibles. Grâce au beau Blu-ray concocté par Gaumont, que ceux qui l’auraient toujours dédaigné donnent une chance à ce classique des rediffusions télévisuelles un peu injustement maltraité par une certaine critique.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 septembre 2020