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Critique de film
Le film

Geronimo

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L'histoire

1883. Après s’être battu pendant des années contre les armées des Etats-Unis et du Mexique, Geronimo (Chuck Connors), le grand chef Apache Chiricahuas, accepte enfin de cesser le combat et d’être conduit avec ses quelques guerriers rebelles jusqu’en Arizona où le gouvernement américain lui promet des terres pour son peuple. Arrivé à destination, Geronimo se rend compte avoir été floué puisqu’ils sont "parqués" avec d’ex-membres de sa tribu dans la Réserve de San Carlos où le responsable aux affaires indiennes (John Anderson) leur dit de ne pas trop se plaindre puisqu’ils seront nourris et soignés gratuitement par le gouvernement et qu’ils pourront cultiver quelques hectares de terrain mis à leur disposition. Quoi qu’il en soit c’est une humiliation pour les Apaches puisque leur marge de liberté est réduite à portion congrue. Lorsque Geronimo apprend que des hommes d’affaires corrompus vont acheter les quelques lopins de terre qui leur appartiennent afin de faire brouter des troupeaux, il décide avec une cinquantaine d’hommes de fuir la réserve et de se battre désormais sans discontinuer ; une décision prise malgré les conseils de Teela (Kamala Devi), l’institutrice Apache, qui souhaitait le faire entrer dans le rang des hommes "civilisés". En entamant ce nouvel affrontement, par leur courage et leur détermination, Geronimo et ses guerriers espèrent faire se lever un vent d’enthousiasme et de soutien pour leur cause auprès de l’opinion publique...

Analyse et critique

1962. Depuis plus d’une décennie, d’innombrables westerns fortement pro-Indiens étaient déjà passés par là quand Arnold Laven décida de produire et réaliser un film mettant en vedette le célèbre Geronimo, chef des Apaches Chiricahuas. Laven et ses collaborateurs Jules Levy et Arthur Gardner avaient déjà produit depuis dix ans une multitude de westerns, y compris dans le domaine de la série télévisée ; dans l’une d’elle, The Rifleman, la vedette n’était autre que Chuck Connors qui incarne dans Geronimo le rôle titre. Depuis 1848, ce fameux et intrépide guerrier avait donné du fil à retordre à la cavalerie américaine et même avant cela à l’armée mexicaine en représailles de l’assassinat de sa mère, de son épouse et de ses trois enfants par les soldats de ce pays. Le plus célèbre des chefs indiens (avec Cochise) avait déjà été personnifié à multiples reprises sur grand écran et notamment plusieurs fois par Chief Thundercloud, Michael Pate et surtout Jay Silverheels - ce dernier dans les meilleurs westerns où le chef Chiricahuas apparaissait, signés George Sherman (Au mépris des lois – The Battle of Apache Pass), Delmer Daves (La Flèche brisée – Broken Arrow) ou Jesse Hibbs (L’homme de San Carlos – Walk the proud Land) - mais jamais encore un film ne lui avait été entièrement consacré si ce n’est en 1939 avec Geronimo le peau rouge de Paul Sloane. Le western d’Arnold Laven n’est cependant pas une biographie au sens restreint du terme puisque le film ne se déroule que sur un laps de temps très court, de sa première reddition en 1883 jusqu’à la deuxième trois ans plus tard.

On sait parfaitement bien que Hollywood ne s’est que rarement soucié de la véracité historique, et là encore, sans que cela ne pose a priori de soucis, les approximations sont nombreuses. Ce ne serait pas du tout gênant si le film avait été intéressant ; ce qui n’est malheureusement pas le cas malgré les nobles intentions de départ ; celles consistant à se placer du côté des Apaches pour tracer le portrait d’un homme déterminé à sauver son honneur et ses libertés et, dans le même temps, à pointer du doigt les conditions de vie misérables dans les réserves, l’obligation qu’avaient les Indiens de se convertir au christianisme, la tentative par les Blancs d’annihiler la culture et le mode des vie des natives... Mais le total manque de rigueur de l’écriture fait malheureusement se succéder des situations et des dialogues souvent proches du ridicule, à commencer par la première séquence où Geronimo se fait attendre lors d'une importante rencontre avec les Tuniques bleues pour avoir eu auparavant, comme un homme d'affaires très occupé, "quelque chose à terminer" (et je ne vous dis même pas quoi tellement c'est risible). Mentions spéciales également aux paroles sentencieuses sortant de la bouche de l’actrice Kamala Devi, personnage horripilant à force d’être moralisateur, poussant sans arrêt avec insistance Geronimo à rentrer dans le rang. Paradoxal d’ailleurs qu’un film prenant fait et cause pour les Indiens (quasiment tous les hommes blancs sont des salauds ou des égoïstes) mette en scène un protagoniste aussi bêtement pragmatique, pas crédible une seule seconde. Tout autant difficile à concevoir - au sein du film - que Geronimo ait pu voulu la prendre pour épouse dans ces conditions.

Mais le script manque tellement d’inspiration, l’ensemble est tellement peu captivant que l’on finit par ne plus en tenir compte. Et il faut avoir vu cette séquence autre totalement improbable - et à la limite de la parodie - au cours de laquelle Geronimo et ses hommes se cachent dans la grange d’une maison où vivent une femme et son enfant d’à peine une dizaine d’années. Tombant nez à nez avec les Indiens, la femme les invite à sa table partager le poulet qu’elle a préparé ; comme par enchantement, alors qu’ils étaient censés n’être que deux, on se retrouve avec quasiment une carcasse par personne, soit environ une dizaine d’hôtes non prévus. Un exemple du manque de rigueur du scénario qui, au lieu de nous séduire, finit par grandement nous ennuyer. D’autant que l’interprétation ne parvient pas à sauver les meubles, notamment les rôles principaux tenus par un Chuck Connors au regard bleu-acier mais mono-expressif, un Ross Martin (futur Artemus Gordon dans la série Les Mystères de l’Ouest) ridicule avec son toupet d’Indien et pénible de cabotinage, ou encore une Kamala Devi rien de plus qu'agréable à regarder (et qui pour l’anecdote deviendra après le tournage la deuxième épouse de Chuck Connors).

Dommage car l’exécution était plutôt honnête, Arnold Laven prouvant qu’il savait correctement filmer une chevauchée, assez bien rythmer une séquence mouvementée et même savamment cadrer de somptueux paysages (notamment celui au sein duquel les Indiens s'installent un temps après avoir fui la réserve). Mais tant de manichéisme, de schématisme et d’absence de nuances dans les situations et la description des personnages nous font malheureusement capituler rapidement, le final niais et bien-pensant ne faisant pas se terminer le film sur une note plus positive. On pouvait attendre mieux d’un film narrant le parcours d’un chef de guerre refusant d’être privé de ses libertés ; les spectateurs eurent le nez creux puisque Geronimo fera un flop au box-office. Walter Hill aura peut-être mieux réussi son coup en 1993 avec Wes Studi en lieu et place de Chuck Connors. Il ne me reste plus qu’à le voir à l'occasion pour confirmer ou infirmer.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 9 janvier 2016