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Critique de film
Le film

Fort Courage

(Fort Courageous)

Partenariat

L'histoire

Une violente attaque apache sur Fort Courageous décime tous ses occupants alors que, pendant ce temps-là, une patrouille se dirige vers cette garnison afin d’y escorter son nouveau commandant. Le groupe de soldats est entre autres composé par un docteur qui ne lésine pas sur la bouteille (Walter Reed), un sergent menotté (Fred Beir) qui doit passer en cour martiale pour un viol qu’il n’a pas commis et un éclaireur (Harry Lauter) qui a pitié de lui et qui, pour lui éviter la prison, est prêt à l’aider à se sauver. Sur leur chemin, ils viennent au secours de deux émigrantes - une mère et sa fille - dont la plus jeune vient d’être violée par une bande d’Indiens renégats à qui ils ne font pas de cadeau, gardant néanmoins un otage au cas où ils feraient une autre mauvaise rencontre. Durant l’escarmouche, le capitaine est grièvement blessé et les montures de ses hommes se sont toutes enfuies. Le prisonnier se voit promu commandant le temps d’atteindre à pied leur destination. Ils y parviennent avec grande difficulté, et quelle n’est pas leur surprise lorsqu’ils constatent qu’il n’y a aucun survivant à l’exception du major qui était sur le point de prendre sa retraite. Les voilà bloqués dans le fort, face aux Indiens prêts à les massacrer...

Analyse et critique


Avec une centaine de westerns à son actif, dont beaucoup de "bandes" tournées à toute vitesse avec les héros de serials qu’étaient Hopalong Cassidy, Lone Ranger ou Kit Carson, le prolifique Lesley Selander - réalisateur que l’on a un peu trop vite eu tendance à classer parmi les tâcherons - en a certes réalisé un grand nombre de très mauvais parmi lesquels Arrow in the Dust (Le Défi des flèches) avec Sterling Hayden en tête d'affiche ou The Texican avec Audie Murphy... mais il signa également quelques petites pépites méconnues telles l'étonnant Shotgun (Amour, fleur sauvage), l'amusant Panhandle ou encore le très sombre Fort Osage, une très belle réussite bénéficiant d'un superbe scénario. Alors qu’il aura surtout œuvré pour des studios de la Poverty Row, Selander eut parfois l’occasion de tourner pour des compagnies plus prestigieuses telle la Universal - le plaisant The Raiders (L'Heure de la vengeance) - ou la Warner - le sympathique Tall Man Riding (La Furieuse chevauchée) - même si ce fut pour des budgets également assez limités. Bref, un réalisateur à ne pas négliger même si nombre de ses films peuvent être aisément oubliés ; et c’est le cas de Fort Courageous, néanmoins pas déshonorant.


Le postulat de départ est sans surprises : une troupe de soldats ayant perdu leurs montures lors d’une échauffourée avec des Apaches doit rejoindre à pied et dans des paysages désertiques un fort assez éloigné, le danger guettant sans cesse avec d’autres Indiens belliqueux violant, pillant et tuant alentour. Une fois arrivés à bon port et trouvant le lieu dévasté et vidé de ses habitants - et pour cause, ils ont tous été massacrés -, les Tuniques Bleues se retrouveront encerclés, devant encore se protéger des attaques des Apaches qui organisent un blocus. On a vu cela des dizaines de fois, parfois moins bien mais souvent en mieux. Le film démarrait pourtant par une séquence pré-générique d’attaque de fort superbement réalisée ; on pourra donc certes s’en délecter mais en sachant que ce n’est pas Lesley Selander qui en est "responsable" puisque la scène complète correspond en fait à la séquence finale d’un western de 1958 signé Howard W. Koch, Fort Bowie. Ce qui explique après coup nos questionnements quant à l'énorme différence qualitative entre les différentes séquences d’action, celles tournées pour le film qui nous concerne s’avérant au contraire dans l'ensemble assez amorphes avec notamment des cascadeurs ne faisant pas le moindre effort. En revanche, le décor choisi pour le fort est plutôt réaliste - en tout cas un peu éloigné des canons traditionnels - et la musique de Richard LaSalle - pompée sur celle d'un western connu des 60's dont je n'arrive pas à me souvenir du titre au moment où j'écris ce texte - assez entêtante.


Les minuscules moyens alloués font que la figuration est minimale et qu’il ne faut pas compter sur une quelconque ampleur de la mise en scène. Cependant il faut bien reconnaitre un certain talent à Lesley Selander pour s’approprier de majestueux paysages, ses plans et cadrages étant souvent très beaux à voir surtout qu’ils sont rehaussés par une jolie photographie en noir blanc d’un certain Gordon Avil. Si la plupart des personnages sont sacrifiés par le médiocre scénariste Richard H. Landau, les deux principaux protagonistes n’en demeurent pas moins intéressants même si leur description aurait également mérité d’être plus fouillée. De plus, que ce soit l’éclaireur ou l’officier condamné à aller passer dix ans à Alcatraz pour un viol qu'il n'a soi-disant pas commis, ils sont ma foi plutôt bien interprétés par des comédiens très peu connus, Harry Lauter dans la peau du scout et Fred Bier dans celle du futur prisonnier. La complicité entre les deux hommes se révèle être ce qu’il y a de plus "captivant" dans ce western par ailleurs médiocre surtout faute à un scénario assez creux, écrit "à l’arrache" et pas toujours cohérent dans les situations mises en place. Comment par exemple croire que deux femmes seules puissent se promener dans des contrés aussi hostiles ? A ce propos, nous passerons sous silence les deux personnages féminins non seulement totalement "bradés" mais également pas crédibles un seul instant.


Grâce au talent de certains acteurs principaux, à la beauté de la photographie et à un Lesley Selander chevronné, on ne peut pas vraiment dire que le film procure de l’ennui mais plutôt un certain détachement qui fait que nous l’oublierons immédiatement après l’avoir visionné même si la séquence finale est assez curieuse et plutôt réussie, peut-être choisie par manque de budget mais en tout cas assez satisfaisante malgré le fait qu’elle ait au contraire déplu à beaucoup. Que les Indiens soient enfin montrés avec respect et dignité après avoir durant tout le film été décrits comme des sauvages sanguinaires n’a pas été pour me déplaire. Pour l’anecdote, il s’agit d’une sorte de remake de l’un des propres films de Selander datant de 1957, Le Sentier de la guerre (Tomahawk Trail). Routinier, classique, sans grandes surprises et assez mou, un western militaire loin d’être inoubliable mais un film de fin de carrière pas trop honteux pour autant. Disons que nous avons souvent vu bien pire dans le genre.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 mars 2018