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Critique de film
Le film

Cheyenne

Partenariat

L'histoire

Wyoming, 1967. James Wylie (Dennis Morgan), un joueur professionnel recherché à Carson City, est appréhendé par le détective Yancey (Barton MacLane) qui lui propose de ne pas le livrer aux autorités judiciaires s’il l’aide à capturer un bandit insaisissable qui se fait surnommer "le poète" et qui pille la plupart des diligences de la Wells Fargo. N’ayant pas trop le choix, James Wylie se rend à Cheyenne où il semble que le hors-la-loi s’est réfugié. Il fait le voyage avec deux femmes, Ann Kincaid (Jane Wyman) et la chanteuse de cabaret Emily Carson (Janis Paige). En cours de route, la diligence est attaquée par la bande de Sundance Kid (Arthur Kennedy) mais les bandits n’y trouvent qu’un coffre vide contenant cependant un poème signé de leur principal concurrent dans la région. Ils ne s’en formalisent pas trop puisque le "poète" leur a suggéré par écrit de pouvoir faire leur prochain coup ensemble et de partager le butin. Arrivé à destination, Wylie commence son enquête et découvre que la jolie Ann, qui lui avait tapé dans l’œil durant le voyage, n’est autre que la jeune épouse du mystérieux outlaw ; pour s’infiltrer dans la bande de Sundance Kid et faire réagir "le poète", il se fait passer à leurs yeux pour le mystérieux voleur et donc pour le mari d’Ann. C’est le début de quiproquos en pagaille et de situations bien emberlificotées, d’autant qu’Ann joue le jeu dans le but de donner le temps à son véritable conjoint de se sauver puisqu’elle le sait désormais sur le point d’être démasqué par ce charmant "joueur-espion"...

Analyse et critique

A peine trois mois après La Vallée de la peur (Pursued), le nom de Raoul Walsh faisait à nouveau son apparition sur les écrans de cinéma au générique d’un autre western certes, mais cette fois totalement différent. Ceux pour qui le genre se doit d’être avant tout un divertissement et qui croyaient que le cinéaste avait perdu son sens de l’humour, sa pétulance et sa vigueur allaient être rassurés. En effet, même s’il ne possède pas les ambitions de son prédécesseur, Cheyenne ne mérite pas l’oubli dans lequel il est irrémédiablement tombé, passé sous silence dans la plupart des ouvrages consacrés au genre, omis par Walsh lui-même dans son autobiographie voire même fortement mésestimé : Phil Hardy écrira tout simplement à son propos "The least of Walsh’s many westerns". Pourtant, en ce qui me concerne, il n’en est rien ! Dans le domaine des films n’ayant pour objectif que de distraire à chaque seconde, Cheyenne (sorti également sous le titre Wyoming Kid) pourrait même être considéré comme un modèle. Mélangeant allègrement western, comédie et enquête policière, il ne nous laisse pas souffler un instant ; et ce pour notre plus grand plaisir tellement cette mayonnaise a priori indigeste se révèle avoir parfaitement pris.

Une histoire assez compliquée à raconter mettant sur les devants de la scène des personnages et des situations assez cocasses et originales ; un gambler au passé douteux à qui on a fait du chantage pour qu’il accepte de se charger de découvrir l’identité d’un mystérieux braqueur de diligences qui signe ses crimes par des poèmes en rimes ; deux femmes dont l’une est l’épouse du poète-outlaw, l’autre sur le point d’épouser ce même homme ; deux chefs de bande à la fois concurrents et associés... A lire tout ceci, on peut raisonnablement penser que le scénario doit être un embrouillamini incroyable et moi-même je ne suis déjà plus certain de me rappeler l’enchaînement des éléments de l’intrigue ! Mais le principal reste que durant le visionnage du film, rien ne soit confus, que tout soit au contraire clair comme de l’eau de roche. Bref, il s'agit d'une très belle réussite signée par les scénaristes Alan Le May et Thames Williamson, qui vont au bout de leur histoire sans jamais faire lâcher prise aux spectateurs. N’attendez cependant aucune notations psychologiques ni considérations de quelque ordre que ce soit (politiques, sociales, historiques ou autres) ; "That’s Entertainment" semble avoir été le mot d’ordre de Walsh, peut-être pour se changer de la tension dramatique intense qui parcourait son précédent western. Deux chansons par Janice Paige, des situations proches de la comédie américaine de l’époque (les séquences de la baignoire et de la "seconde" nuit de noces n’auraient pas dépareillé dans l’une d’entre elles), des dialogues à double sens aux sous-entendus sexuels assez salaces, des scènes d’action d’une efficacité redoutable, des méchants très méchants (certains avec le physique de l’emploi), des retournements de situations incessants, des quiproquos à la pelle... Tout a été mis en place pour faire passer au spectateur 90 minutes de pure détente et le résultat est à la hauteur des espérances : savoureux !

A condition de ne pas s'attendre à ce que le film vous bouleverse ou vous touche profondément (ce n’est pas le but recherché), le contentement devrait être au rendez-vous d’autant que le mélange des genres est réussi et que les interprètes se prêtent au jeu avec un plaisir évident. Rarement Dennis Morgan avait été aussi convaincant au point qu’il arrive même à nous faire oublier que son rôle avait été au départ prévu pour Errol Flynn. Arthur Kennedy, déjà partenaire de Dennis Morgan dans Bad Men of Missouri dans lequel ils jouaient tous les deux les frères Younger, est un parfait et menaçant bad guy dont les éclairs de violence sont redoutables. Bruce Bennett possède la classe adéquate pour interpréter ce mystérieux voleur poète. Janis Paige, tout comme Dennis Morgan, plus habituée des comédies musicales, s’avère bien fringante et Jane Wyman, dans la peau d’un personnage ambigu, prouvait son immense talent après avoir loupé de peu l’Oscar pour son rôle de la mère de Jody dans The Yearling (Jody et le faon) de Clarence Brown. On pourrait aussi dire un mot des très bons seconds couteaux tels John Ridgely, Tom Tyler, Bob Steele ou encore Alan Hale dans la peau du personnage truculent du shérif couard.

Un scénario bien enlevé, un casting parfaitement choisi, de superbes extérieurs filmés en Arizona et magnifiquement photographiés par Sidney Hickox, un Max Steiner inspiré dans le mélange des tons, mais aussi une mise en scène de Raoul Walsh d’une efficacité à toute épreuve qui donne à son film un rythme aussi trépidant que son intrigue. Il n’y a qu’à regarder ses scènes d’action pour s’en persuader. Lors des poursuites à cheval, le cinéaste se place devant les cavaliers (sans aucun stock-shot ni transparences), penchant un peu sa caméra et laissant les chevaux au grand galop le déborder par le côté, ce qui donne un dynamisme étonnant à ces séquences mouvementées. Content de retrouver le Walsh truculent, nerveux (l’échange de coups de feu dans la cabane abandonnée est d’une étonnante et sèche violence) et bon enfant. Certes pas aussi génial que de nombreux précédents chefs-d’œuvre du cinéaste, Cheyenne n'est cependant pas à négliger ; une œuvre certes mineure mais fichtrement réjouissante que je rapprocherais de The Desperadoes de Charles Vidor. Encore une belle réussite du scénariste-producteur Robert Buckner, qui nous avait déjà ravis avec les films du duo Michael Curtiz / Errol Flynn.

Un DVD ou un Blu-ray ne serait pas de refus, messieurs les éditeurs ! Le film n'existe à l'heure actuelle qu'en Warner Archives sans aucun sous-titres.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 2 mai 2015