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Critique de film
Le film

Caravane vers le soleil

(Thunder in the Sun)

Partenariat

L'histoire

1847. Une cinquantaine d'immigrants basques ayant fui les Pyrénées, suite aux conditions de vie devenues difficiles après la fin des guerres napoléoniennes, sont en route pour la Californie où ils souhaitent s’établir avec leurs pieds de vigne qui ont fait aussi la traversée de l’Atlantique. Arrivé à Independence dans le Missouri, ils doivent retrouver le guide qu’on leur a proposé pour traverser l’Ouest américain, le rustre Lon Bennett (Jeff Chandler). Bien plus motivé pour boire et à courir les filles, estimant qu’un tel petit convoi n’arrivera jamais à bon port, il finit néanmoins par accepter lorsqu’il croise le regard de Gabrielle (Susan Hayward), l’épouse du chef de l’expédition. Il n’a plus qu’une idée en tête, l’amener dans son lit ! La caravane démarre pour un long et dangereux périple. Gabrielle repousse ardemment les avances de leur guide, qui va de mauvaises surprises en mauvaises surprises en apprenant les us et coutumes archaïques du peuple qu’il escorte...

Analyse et critique

Au vu du pitch (antihéros rustre, mélange des cultures, postulat inhabituel...), cela aurait pu le faire ! Si beaucoup virent dans le précédent western de Russell Rouse, La Première balle tue (The Fastest Gun Alive), l'un des très bons westerns adultes des années 50, quelques-uns dont je fais partie auront eu au contraire l'impression de se trouver devant du théâtre filmé de mauvais goût et plutôt indigeste. Quoi qu'il en soit, ce western fut l'un des plus gros et inattendus succès de l'année 1956 pour la MGM. Et il pourrait faire office de chef-d’œuvre comparativement à la deuxième et dernière incursion dans le genre de ce réalisateur, à savoir le film qui nous préoccupe ici, qui partait donc pourtant d’un postulat intéressant et inédit, celui de décrire un convoi de colons droit venus du Pays Basque et se rendant en Californie pour y implanter leurs pieds de vigne. "C'est le roi du gimmick, des astuces dramatiques, des idées insolites, le tout développé avec sérieux dans un cadre réaliste" pouvait-on lire à propos du cinéaste sous la plume de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur 50 ans de cinéma américain. Si la première partie de cette affirmation peut se vérifier dans Caravane vers le soleil, il n’en est rien de la seconde, le manque de sérieux de l’ensemble pouvant s’apparenter à du véritable je-m’en-foutisme à tous les niveaux, aussi bien dans l’écriture que dans la mise en scène d’une rare indigence ou encore dans la direction d’acteurs qui laisse pantois. Si Jeff Chandler a rarement été aussi mauvais (il faut dire que son personnage est gratiné, un véritable "macho des cavernes"), son amie d’enfance, la magnifique Susan Hayward, fait peine à voir ou plutôt à entendre, affublée qu’elle est d’un horrible accent "français".

Fils d'un pionnier du cinéma, Edwin Russell, Russell Rouse a commencé sa carrière comme écrivain et (ou) scénariste à la Paramount. Il aura été par exemple l'auteur de l'histoire de Mort à l'arrivée (D.O.A.) de Rudolph Maté ou de celle de la célèbre et hilarante comédie de Michael Gordon, Confidences sur l'oreiller (Pillow Talk) avec le couple Doris Day / Rock Hudson. Tout en passant derrière la caméra en 1951 pour une courte filmographie de seulement onze films, Rouse n'arrêtera donc cependant jamais ce premier métier, continuant de participer à l'écriture de ses propres films et écrivant aussi pour les autres. L'ayant tout à la fois réalisé et ayant participé à l’écriture du scénario, on peut donc affirmer que Russell Rouse est bel et bien la première personne à blâmer quant à la profonde nullité de ce Thunder in the Sun. Certains allant peut-être estimer que je jette encore le bébé avec l’eau du bain se feront l’avocat du diable en mettant en avant l’originalité des idées et des situations qui auraient du me pousser à l’indulgence ; à ceux-ci je rétorquerai qu’un scénario totalement conventionnel mais à l’écriture implacable pourra donner une œuvre autrement plus satisfaisante qu’un script original sans aucune rigueur, alignant sans discontinuer bêtises, grossières erreurs historiques et situations aussi improbables que ridicules. En l’occurrence, des coutumes qui n'ont absolument rien de véridiques (le transport des braises qui ne doivent jamais s'éteindre au risque de mécontenter les dieux, les promesses de mariage faites dès l’âge de 8 ans...), des danses basques qui n’ont rien de basques, la risible mort accidentelle du rival en amour de Jeff Chandler dès la 30ème minute, le cri "irrintzina" (boules Quies fortement préconisées) utilisé comme suppléant au télégraphe (sic !) dès la première ahurissante séquence pré-générique, le fait de décrire des colons assoiffés préférer se sacrifier pour pouvoir arroser leurs pieds de vigne, ou encore l’hallucinante bataille finale voyant les Basques mettre la pâtée aux Indiens - pourtant "à domicile" - en sautant de roche en roche comme des kangourous (au propre, les trampolines invisibles faisant littéralement voler dans tous les sens les guerriers pyrénéens) et en utilisant les instruments de la pelote basque comme armes... Du grand et continuel n'importe quoi !

Nous pourrions également aborder l'humour au ras des pâquerettes (l’apprentissage tout le film durant du mot "The" par le patriarche du convoi), les décors, les transparences, les effets spéciaux et les toiles peintes plus que cheap, la pauvreté des dialogues, l'idiotie de l’histoire, les personnages caricaturaux au possible, le rythme anémié... j’en passe et des meilleurs. Inutile de s’appesantir plus longuement sur un film qui, à mon avis, ne le mérite pas (hormis éventuellement pour le sublime dos nu de Miss Hayward) et pour ne pas non plus peiner ses éventuels admirateurs qui s'avèreront probablement soit des fans de curiosités soit d'humour involontaire. Il est vrai que de ce côté-là, ils seront abondamment servis !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 20 janvier 2018