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Critique de film
Le film

Breaking Away

Partenariat

L'histoire

Dave, Mike, Cyril et Moocher sont quatre amis de la ville universitaire de Bloomington, dans l’Indiana. Tous les quatre sortis du lycée, ils ne savent pas quelle direction donner à leur vie, et passent l’essentiel de leur temps ensemble à nager dans les carrières abandonnées et inondées de la région. De temps à autre, ils se confrontent aux riches étudiants de la prestigieuse université d’Indiana qui les considèrent avec mépris. La passion de Dave pour le cyclisme va donner aux quatre amis l’occasion de se mesurer à leurs rivaux.

Analyse et critique

La carrière de Peter Yates est particulièrement obscure. Souvent, elle est résumée à un seul film, le plus facilement visible de sa filmographie, Bullitt. Il est même fréquent de voir sa contribution à l’histoire du cinéma réduite à la seule poursuite de Bullitt, certes remarquable mais qui ne doit pas occulter les qualités d’ensemble de ce film. Le cinéphile aventureux pourra pourtant trouver de grandes satisfactions à l’exploration de l’œuvre de ce cinéaste. On peut par exemple penser aux Quatre malfrats, sympathique et efficace film de casse mettant en scène entre autres Robert Redford et George Segal, et surtout aux Copains d’Eddie Coyle, sublime drame criminel qui offre à Robert Mitchum ce qui est peut-être le plus beau rôle d’une étincelante carrière. Ces réussites incitent à la curiosité pour les films signés Peter Yates, et particulièrement pour Breaking Away qui reçut, en son temps, un accueil critique élogieux avant de disparaître ou presque des circuits de distribution en salles ou de l’édition vidéo. Il y a de quoi le regretter puisque ce film, qui fut distribué en France sous le titre La Bande des quatre, est sans doute une des plus belles réussites du teen movie, bénéficiant d’une mise en scène remarquable et d’un scénario qui sait brillamment jouer des codes du genre, et surtout s’en écarter lorsque c’est nécessaire.


Prenant la forme d’une chronique plutôt que d’un récit structuré, Breaking Away suit le quotidien de quatre jeunes gens à peine sortis de l’adolescence, Dave, Mike, Cyril et Moosher. Ils sont des cutters - littéralement des tailleurs de pierre -, un sobriquet donné par les étudiants riches de l’université d’Indiana aux habitants de Bloomington en référence à l’activité ouvrière de la ville historiquement centrée autour de l’exploitation des carrières de pierre de la région. Ce récit est né sous la plume de Steve Tesich, scénariste né en Yougoslavie qui émigra avec ses parents vers les États-Unis à l’âge de 14 ans avant de devenir étudiant à l’université d’Indiana où il participa à la course cycliste des Little 500 - en référence aux fameux 500 Miles d’Indianapolis - qui sera le point culminant du film. Nous sommes donc devant un film écrit par quelqu’un qui connaît son sujet, et cela se ressent. Tesich capte avec une acuité remarquable la réalité économique et sociale de la région à la fin des années 70. Une économie rendue moribonde par la fermeture des carrières et qui offre peu d’avenir à la jeunesse locale, ce qui relie le film au pessimisme du cinéma des années 70 plutôt qu’à l’ambiance de celui des années 80 qui marque le retour à l’écran de l’Amérique triomphante. Yates traite ce matériau avec une grande subtilité, ne transformant jamais Breaking Away en un manifeste social pesant. C’est par des détails que le réalisateur transcrit à l’écran la peinture de l’Amérique décrite par Tesich en évoquant par exemple au détour de conversations la situation du père de Cyril, parti à Chicago en quête d’emploi, ou en filmant avec pudeur la tristesse du père de Dave, médiocre vendeur de voitures d’occasion. Cette situation sert de toile de fond aux aventures de nos quatre jeunes gens. Sans fil rouge scénaristique fort, Breaking Away suit les petites péripéties de leur existence avec humour et légèreté, sans occulter les difficultés de leurs vies présentes et à venir.

Le traitement de ce type de sujet se fait traditionnellement sur un ton dramatique. La jeunesse s’oppose aux institutions familiales et sociales dans l’espoir d’un monde nouveau, quitte à se diriger vers une conclusion tragique. Ce n’est absolument pas le ton choisi par Yates pour Breaking Away, le cinéaste privilégiant au contraire la légèreté, voire la comédie, pour insuffler une joie de vivre communicative à son film. Il n’y a d'ailleurs pas réellement de rébellion chez nos quatre jeunes héros, et notamment pas d’opposition à la structure familiale. Si Dave agace son père avec sa passion pour la culture italienne, la situation est traitée avec humour et se résout sans heurts. Quant à Cyril, lorsqu’il évoque les réactions de son père à ses échecs scolaires, il le fait avec une tendresse qui désamorce immédiatement toute possibilité de conflit. Finalement, seul le personnage de Mike conserve quelques traces d’une amertume régulièrement présente dans les teen movies, lorsqu’il évoque de manière émouvante sa carrière de footballeur avortée, alors qu’il observe l’entraînement des universitaires avec ses camarades dans une très belle scène où Yates positionne les amis à l’extérieur du stade, observateurs mais exclus de la société la plus aisée. Au contraire, Breaking Away célèbre ce qu’il y a de beau dans les traditions sociales, comme lorsque Moocher se marie, discrètement, retrouvant la signification purement sentimentale de cet acte. Même la bagarre entre les cutters et les étudiants, assimilable à la traditionnelle bagarre entre bandes rivales, est traitée avec un ton décalé, sans la gravité habituelle de ces situations au cinéma. C'est d'ailleurs le seul moment où la violence pourrait apparaître dans le film ; pour le reste, ces jeunes gens s'amusent en nageant dans de sublimes décors, ou encore s'expriment par le cyclisme, élément central du film qui nous offre plusieurs scènes très poétiques lorsque Dave se retrouve sur la route, toujours accompagné d'une musique flamboyante qui donne une dimension presque onirique à ces moments. Rien de très tragique donc, malgré la situation sociale difficile c'est la quiétude et le sport qui dominent le récit, et il n'existe aucun conflit qui ne sera résolu en douceur. Le film se conclura d’ailleurs avec les quatre jeunes portant l’inscription cutters sur leur T-shirt symbole d’un lien renforcé avec leurs parents et l’histoire sociale de leur ville. Yates propose ainsi un film résolument optimiste, dans lequel la communauté existe toujours comme idéal se rapprochant plus de l’Americana traditionnel que des habituels films de rébellions adolescentes.


Cette atmosphère positive véhiculée par le film doit beaucoup à son casting. Si Dennis Quaid est celui qui connaîtra la plus belle carrière par la suite, les quatre jeunes acteurs nous offrent de superbes performances et créent des personnages particulièrement attachants. En premier lieu, c’est l’interprète de Dave, Dennis Christopher, qui nous marque le plus. Son naturel, la vérité et l’optimisme absolu qu’il apporte à son personnage rendent sa prestation impressionnante. Tous sont parfaitement en phase avec le ton de Breaking Away et rejoignent la mise en scène discrète et pudique de Yates, qui refuse tout excès de dramatisation. Ceci ne l’empêche pas de nous offrir quelques morceaux de bravoure, comme lors de l’entraînement de Dave sur la route où il croise un routier dont le camion va lui servir de lièvre. La sensation de vitesse est impressionnante, Yates retrouvant ses réflexes de metteur en scène d’action, dans une séquence qui évoque, bien sûr, la fameuse course-poursuite de Bullitt. Ce moment réjouissant comme le magnifique décor naturel ensoleillé renforcent encore la sensation de bonheur tenace que nous offre Breaking Away, film atypique et réconfortant qui accroit encore l’intérêt qui doit être porté à la carrière de Peter Yates.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : Théatre du Temple

DATE DE SORTIE : 31 octobre 2018

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Par Philippe Paul - le 31 octobre 2018