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Critique de film
Le film

Agent secret S.Z.

(Carve Her Name with Pride)

L'histoire

Pendant la Deuxième guerre mondiale, Violette Szabo entre dans les services secrets britanniques après la mort de son mari.

Analyse et critique

Carve Her Name with Pride s'inscrit dans la veine des films de guerre anglais des années 50 au début 60 qui, s'éloignant de la veine uniforme de propagande de la décennie précédente, exploitent les histoires plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Cela donna des œuvres originales et captivantes comme L'évadé du camp 1 (1957), narrant les exploits d'un roi de l'évasion allemand, et en plus mélodramatique le magnifique La Conspiration (1960), sur l’héroïsme de nonnes ayant sauvés des enfants juifs. Carve Her Name with Pride narre ainsi la réelle histoire de Violette Szabo, jeune femme britannique reconvertie agent secret de la section F du Special Operations Executive pendant la Seconde Guerre mondiale, qui effectua deux missions en France occupée. Le film adapte le roman éponyme que lui consacra R.J. Minney.

L'intrigue est très rigoureuse dans le déroulement des évènements, à quelques raccourcis près (Violette ne revoyant plus son mari après son retour au front alors qu'il eut d'autres permissions) afin de renforcer la dimension dramatique (le poème The Life That I Have attribué au mari défunt qui servira de code à Violette est en réalité l'œuvre de Leo Marks cryptographe durant la guerre et futur scénariste du Voyeur (1960) de Michael Powell). Le début très romanesque est habilement construit pour à la fois dépeindre le caractère de Violette (Virginia McKenna), définir les convictions qui l'amèneront à s'engager mais aussi subtilement montrer les aptitudes qui lui serviront sur le terrain. Incitée par sa mère française à inviter un compatriote exilé à dîner un soir de 14 juillet, Violette va tomber sous le charme d’Etienne (Alain Saury) jeune soldat français qu'elle va épouser. L'idylle est charmante et un peu surannée mais s'y révèlent au détour de quelques moments légers le fait que Violette parle français couramment et qu'elle dispose d’une condition physique impressionnante (sa faciliter à narguer Etienne en grimpant à un arbre). Lorsque son époux décède tragiquement au front et la laisse seule avec sa fille, ne reste finalement aux services secrets qu'à solliciter sa conviction à s'engager à son tour puisqu'elle possède déjà les qualités requises. Virginia McKenna exprime parfaitement ce mélange d'humanité à travers le souvenir du défunt, et de patriotisme qui suscite son engagement.

La partie purement militaire ira crescendo dans la dramatisation. La formation est assez comique, nos frêles femmes tout d'abord malmenées prenant de l'envergure et se montrant capables de roublardise dans les exercices (excellent moment où elles iront voler de l'alcool dans le bâtiment des officiers). Les deux missions exploitent des veines différentes du film de guerre. La première fait dans la pure infiltration avec Violette parachutée à Rouen où elle doit entrer en contact avec les rescapés d'un groupe de résistants démantelé. L'allant de la première mission se mêle à une vraie tension, exploitant bien l'intelligence et la malice séductrice de Violette tout en se montrant spectaculaire dans les visions de ce Rouen dévasté et subissant les bombardements. Après cette expérience notre héroïne comprendra vraiment ce qu'elle risque et a à perdre (déchirante scène d'adieu à sa fillette lors du nouveau départ) ce qui donnera le climat oppressant de la seconde mission qui tournera mal.

On aura notamment une haletante traque en campagne par les Allemands où Lewis Gilbert fait preuve d'un suspense redoutable et donne définitivement une aura héroïque à Violette qui décime un régiment d'allemands à la mitrailleuse. On comprend la modification de l'origine du poème/code lors des scènes de tortures elliptiques mais glaçantes puisque relié autant à un souvenir personnel qu'à sa mission et aux secrets qu'elle ne doit pas révéler. Même les épisodes qu'on pourrait penser ajoutés (Violette préférant désaltérer les prisonniers hommes plutôt que s'enfuir durant une attaque aérienne) sont réels et renforcent la grandeur du personnage, la romance avortée avec son supérieur Tony (Paul Scofield) élevant encore cette dévotion et offrant de beaux moments. Le final est assez inattendu par sa sècheresse pour qui ne connaît pas l'histoire et fait montre d'un poignant mélange d’emphase et de sobriété lors du moment fatidique. Une œuvre méconnue mais captivante donc qui vaudra à Virginia McKenna une nomination au Bafta de la meilleure actrice. Petite curiosité à signaler Maurice Ronet dans un rôle de résistant, Denise Grey (future grand-mère de La Boum) jouant la mère de Violette et une des premières apparitions de Michael Caine en prisonnier réclamant de l'eau.

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 15 avril 2022