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Critique de film
Le film

A l'Ouest du Pecos

(West of the Pecos)

Partenariat

L'histoire

A Chicago, le médecin du Colonel Lambeth (Thurston Hall) conseille à ce dernier de faire de l’exercice s’il ne veut pas que sa santé aille en déclinant. Pour le faire bouger, sa fille Rill (Barbara Hale) a donc pour idée de l’emmener dans le ranch familial qu’ils possèdent au Texas. Son fiancé, l’avocat Clyde Corbin (Bruce Edwards), tente de la dissuader en lui faisant part de ses inquiétudes : il lui décrit l’Ouest du Pecos comme étant une région sans loi et de fait dangereuse. Quoi qu’il en soit, les voilà partis en diligence accompagnés par Suzanne (Rita Corday), leur femme de chambre française. Alors qu’ils arrivent non loin de leurs terres, ils sont attaqués par des bandits et Tex, l’un des conducteurs, est tué. Deux cow-boys, Pecos Smith (Robert Mitchum) et Chito Rafferty (Richard Martin), qui ont entendu les coups de feu, se rendent sur place. Dans son dernier souffle, Tex a le temps de prononcer le nom de son meurtrier ; il s’agit de Sam Sawtelle, le frère de Brad (Harry Woods), l’homme qui tient la région sous sa coupe avec l’aide de sa milice. Arrivé en ville, Pecos (qui était le grand ami de Tex) accuse Sam puis est obligé de le tuer en légitime défense. Il doit néanmoins fuir, poursuivi par la troupe de Brad. Quant à Rill, se sentant obligée de se déguiser en homme pour ne pas être importunée par tous les Texans, elle décide de conduire, sans l’aide de personne, son père au ranch. Mais le petit groupe est vite perdu au sein de ces immensités désertiques et, comble de malchance, leur carriole vient à se briser. Heureusement, ils sont rejoints par Pecos et Chito qui acceptent de les emmener à destination. La cocasserie des situations qui vont suivre durant ce voyage sera due au fait que les deux cow-boys continuent à prendre Rill pour un jeune garçon...

Analyse et critique

Totalement méconnu, Edward Killy fut néanmoins un cinéaste prolifique dans le domaine du western dans la seconde moitié des années 1930 puis encore dans la première moitié de la décennie suivante. Il fut principalement le réalisateur attitré de Tim Holt pour ses westerns à la RKO. Tim Holt, comédien dont le nom ne risque pas non plus de vous dire grand-chose mais que vous avez obligatoirement croisé un jour ou l’autre au détour d’un film ; il fut l’un des frères Earp dans La Poursuite infernale (My Darling Clémentine) de John Ford ou encore et surtout le troisième larron aux côtés de Humphrey Bogart et Walter Huston dans Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston. L’acteur n’étant plus disponible (puisque parti se battre sur le front car nous étions alors en pleine Seconde Guerre mondiale), c’est Robert Mitchum qui fut choisi pour le remplacer dans Nevada et West of the Pecos, les deux derniers films réalisés par Edward Killy. Si le Pecos Smith de Mitchum est assez différent de la plupart de ses futurs personnages ironiques et nonchalants, il n’en est pas pour autant dénué d’humour bon enfant. Et force est de constater que le comédien dégageait déjà ici, pour son deuxième film en haut de l’affiche, beaucoup de charisme et une forte dose de sympathie, tout autant d’ailleurs que ce petit western de série B bougrement agréable même si totalement prévisible. Tout de suite après ce plaisant West of the Pecos, Mitchum sera pour la première fois en tête d’affiche d’un film d’importance : The Story of GI Joe (Les Forçats de la gloire) de William Wellman. En cette année 1945, sa carrière (l’une des plus belles du cinéma hollywoodien) était lancée !

La plupart des quelques westerns sortis en 1945, drame mondial oblige, louchaient vers la comédie : West of the Pecos en fait partie et pourrait se révéler être, avec Le Grand Bill (Along Came Jones) de Stuart Heisler, l’un des plus plaisants. Un petit western de série B d’à peine une heure qui devait être destiné à passer en première partie de programme au milieu des années 40 ; un spectacle dont la seule ambition était de divertir, ce dont il s’est pleinement acquitté. Il s’agit de la troisième adaptation d’un même roman de Zane Grey, la précédente était sortie sous le même titre, déjà chez RKO en 1935, avec Richard Dix sous la direction de Phil Rosen. Rappelons que Zane Grey fut l’un des auteurs de westerns les plus prolifiques et les plus rentables qui fut : "the greatest storyteller of the American West". Sa centaine de romans de gare idéalisèrent l’Ouest américain et furent une source inépuisable pour le cinéma dès l’époque du muet. Les premières adaptations cinématographiques de ses histoires furent produites par sa propre maison de production, plus tard revendue à la Paramount qui continua sur la lancée durant les années 30. Puis c’est la RKO qui prit la suite. Zane Grey était tellement célèbre aux USA que les studios avaient trouvé pratique de mettre son nom en haut de l’affiche, avant même ceux des comédiens ; il en allait de même lors du générique de début de ces multiples bandes destinées pour la plupart à être diffusées en double programme. Quand Tim Holt dut partir pour la guerre, Robert Mitchum, encore méconnu, fut choisi pour prendre sa suite. On pourrait presque avancer que c’est Zane Grey qui mit le pied à l’étrier du célèbre comédien.

« A man's got to take care of herself » : cette phrase délectable est prononcée par le personnage interprété par Barbara Hale alors qu’elle vient de se travestir en garçon afin de ne plus être importunée par tous les "mâles" attirés par son joli minois. West of the Pecos fait donc partie de cette vague de films basés avant tout sur le travestissement d’un des personnages principaux, une situation d’où découlent cocasseries et quiproquos divers. Les plus célèbres de ces productions avaient été avant 1945 Sylvia Scarlett de George Cukor ou Uniformes et jupons courts (The Major and the Minor) de Billy Wilder. Comme pour tous ces films, il faut bien évidemment faire preuve de suspension d’incrédulité et ne pas sans arrêt se demander comment Pecos West fait pour ne pas se rendre compte que son compagnon de voyage est en réalité une femme. Cela fait partie des paramètres inhérents à ce style d’histoires qu’il faut d’emblée accepter si l’on veut pouvoir les apprécier. Ceci étant dit, la mascarade de Barbara Hale au sein de ce western provoque des situations vraiment savoureuses, presque même osées pour l’époque comme la séquence au cours de laquelle Robert Mitchum lui dit de venir se coucher, se frotter puis se blottir contre lui pour se tenir mutuellement chaud. L'aspect le plus culotté et le plus amusant est que cet état de fait est présenté comme choquant parce que Rill est une femme et non un jeune garçon. Les homosexuels devraient grandement apprécier ce sous-texte peu courant pour l’époque et qui est source d'une grande drôlerie. Il faut dire que l’abatage de l'actrice (aussi à l'aise d'ailleurs dans ses atours de femme) ainsi que de ses partenaires y est aussi pour beaucoup !

West of the Pecos n’est cependant pas une comédie au sens strict, ni même une parodie, mais un western avec beaucoup d’humour sans que jamais le film ne sombre dans la vulgarité, sans que ses acteurs n’en fassent des tonnes. C’est donc plutôt une bonne surprise de ce côté-là ; alors qu’on pouvait raisonnablement craindre le pire, le dosage se révèle plutôt harmonieux. Le film d’Edward Killy possède en effet tous les ingrédients du genre en plus de l’humour : des grands espaces (ici beaucoup de scènes filmées à Lone Pine), de l'action, des haltes au coin du feu, des nuits passées à la belle étoile, des poursuites, des chevauchées, des gunfights, des bagarres à poings nus... Chose très appréciable pour un film à tout petit budget, l’utilisation des transparences lors des séquences mouvementées est très restreinte. Et puis tous les techniciens s’acquittent de leurs tâches avec professionnalisme, du chef opérateur au compositeur. Il est difficile dire grand-chose de plus sur un film avant tout fait pour divertir le spectateur du samedi soir ; mais comme ce dernier en a eu pour son argent, on peut estimer la mission d’Edward Killy réussie au point de nous donner envie de nous pencher plus avant sur son cas si possible (car a priori peu de ses films sont encore visibles). Un western de très courte durée (63 minutes), plein d’humour et de charme. Un scénario plutôt bien écrit, une intrigue rondement menée et des comédiens qui forcent la sympathie ; que demander de plus lorsque l’on a une petite heure à perdre ? West of the Pecos s'avère une bonne surprise et source d'un bon moment de détente à condition d'être au départ un aficionado du genre. Mais n’en demandez pas trop non plus !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 4 avril 2015