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Test blu-ray

Les Forbans de la nuit

BLU-RAY - Région B
Wild Side
Parution : 27 / 3 / 2019

Image

Wild Side propose Les Forbans de la nuit dans une belle restauration (sans doute en 2K), à la définition très convaincante et au niveau de détail poussé. L'ensemble a été stabilisé, presque entièrement nettoyé (il subsiste quelques rares rayures verticales, vraiment négligeables), avec un étalonnage effectué avec soin : la gamme de gris est plutôt subtile, très agréable, les noirs sont détaillés mais bien tenus, dans un ensemble très équilibré. La texture argentique a été respectée, le grain est bien présent et n'a pas été abîmé pendant l'encodage du Blu-ray. Ce sont des conditions extrêmement confortables pour revoir ou découvrir ce grand classique indémodable. Il faut néanmoins préciser que Les Forbans de la nuit a été édité en 2015 par les Américains de Criterion, à partir d'une luxueuse restauration 4K qui n'est pas celle proposée par Wild Side aujourd'hui. Au petit jeu des comparaisons, on pourra noter une texture un peu plus rugueuse sur l'édition française, où le grain est plus présent et les contrastes plus accentués, mais toujours dans une très grande cohérence. Si l'image de l'édition Criterion apparaît sans doute un peu plus fine, 4K oblige, il y a également une différence de cadre assez nette mais qui reste variable selon les plans, et jamais à l'avantage systématique d'une édition plutôt que l'autre.

Blu-ray Criterion (2015) vs. Blu-ray Wild Side (2019)1 2 3 4 5 6 7 8 9

DVD Carlotta (2005) vs. Blu-ray Wild Side (2019) 1  2  3  4  5  6  7  8

Comme son homologue américain, Wild Side propose une curiosité : le film dans sa version anglaise, au montage un peu plus long et quelque peu différent, qui n'a officiellement jamais été validé par Jules Dassin (il prétend avoir découvert son existence 52 ans après sa sortie). C'est une version un peu édulcorée, avec une musique plus romantique (exit Franz Waxman) et quelques scènes rajoutées ou remplacées pour tempérer la noirceur, et sans doute satisfaire une censure locale peu favorable à la violence des films américains. Cette copie a été retrouvée en 2002 au British Film Institute, présentée ici dans une restauration 2K très correcte - mais moins aboutie que celle de la version américaine : le piqué est un peu plus doux, l'image est stable mais l'émulsion est plus fragile (un peu de syndrome du vinaigre) et il reste encore quelques poussières et traces d'usure.


Son

La version originale mono est de très bonne facture, sobre mais détaillée, claire et dénuée de traces d'usure. Les sifflantes sont mesurées et le souffle a été complètement supprimé. Wild Side propose également la version française d'époque qui, si elle évite les saturations majeures (et a été sans doute nettoyée), reste toutefois davantage marquée par le temps : quelques variations de volume (comme vers 14 min 30), une compression plus sensible du spectre qui fait remonter les basses fréquences, des sifflantes prononcées, un souffle plus marqué, mais un mixage globalement assez équilibré.

La version britannique est uniquement proposée en version originale, dans des conditions là aussi très solides. Le son a été nettoyé, dénué de souffle, sans sifflantes ou traces d'usure intempestives.

Suppléments

Wild Side reprend donc le flambeau de Carlotta pour cette nouvelle édition française du chef-d'oeuvre de Jules Dassin, proposé dans un coffret comprenant un combo DVD / Blu-ray et un livre grand format de 220 pages, abondamment illustré de photographies et archives rares. Dans Le squelette de l'histoire, le journaliste Philippe Garnier retrace "la genèse d'un film dont on croyait tout savoir" à partir d'une enquête s'appuyant en partie sur les documents de production conservés à l'American Film Institute. Avec un style bien à lui, un ton parfois cash, Philippe Garnier reconstitue la gestation d'un film qui se déroula en deux temps, initié et développé par le producteur-flambeur (et ex-agent) Charles K. Feldman, puis repris par le nabab de la Fox, Darryl F. Zanuck. L'occasion de portraits hauts en couleur de Feldman ou de l'auteur du roman original, Gerald Kersh, écrivain-journaliste-"dandy fauché", "à l'esprit aussi libre que tordu", et une plongée instructive dans les évolutions d'un projet pensé au départ pour Cary Grant (le rêve de Feldman), qui revint ensuite vers quelque chose de plus noir au gré de (très nombreuses) réécritures successives mais vaines. Puis c'est la revente à Zanuck qui va tout reprendre en main, restructurer l'histoire de manière vigilante et clairvoyante - on le voit par exemple avec le personnage de Gene Tierney, renforcé sous son impulsion. Philippe Garnier s'interroge sur la "curieuse ambivalence" de Jules Dassin envers Les Forbans de la nuit, coutumier des approximations dans ses souvenirs, qui n'a jamais reconnu "l'apport considérable que le film doit à Zanuck" (que l'on constate ici), gardant une "attitude d'écorché vif" et un ressentiment certain ("un film que j'ai choisi d'oublier", une "affreuse expérience") alors que "le cinéaste avait trouvé [dans le producteur] le parfait complice". Passionnant à lire, tout simplement.

Les Forbans de la nuit est également accompagné de quelques suppléments, au nombre restreint mais de très grande qualité.

Running in the dark (42 min - 1080p)
Réalisée par Robert Fischer en 2016, c'est une longue et très complète présentation du film par Glenn Erickson, spécialiste du Film Noir, auteur d'un essai sur Les Forbans de la nuit et du commentaire audio pour l'édition Criterion. Il s'avère très pédagogique, clair, précis et passionnant dans ses explications, revenant sur les origines du projet, tourné à Londres, loin de la tempête, afin de "protéger un artiste" menacé par la fameuse Liste Noire d'Hollywood - démontrant l'une des facettes de Darryl Zanuck (chef de la production de la 20th Century Fox), véritable protecteur de ses poulains. En plus de présenter les grands noms du casting, comme Richard Widmark ("le pire méchant des années 40") ou la trouvaille Stanislaus Zbyszko, véritable lutteur dans les années 20 et 30, Erickson analyse Les Forbans de la nuit, "la quintessence du genre", au "scénario très puissant" sur les relations humaines et la corruption, adapté difficilement à cause de la violence du roman original et du code de censure. Il revient sur certaines scènes, comme le combat très brutal entre Gregorious et L'étrangleur, et s'attarde longuement sur le tournage en décors réels, dans un Londres en reconstruction, explique la qualité des éclairages stylisés de Mutz Greenbaum et les prises de vues au crépuscule, qui "poussent le genre à l'extrême" et en font l'"un des plus beaux films noirs jamais tournés". Il précise les différences entre les deux versions du film et raconte comment Les Forbans de la nuit fut redécouvert quelques années après son échec au box-office.



Le club de Jules Dassin (51 min - SD - 4/3)
Morceaux choisis de l'émission de Ciné Classics, diffusée en 1999, dont Jules Dassin était l'invité. Autour de Jean-Jacques Bernard, Jean-Ollé Laprune, Christine Haas et Denis Parent l'interrogent sur son parcours. Même si, comme le précise Philippe Garnier dans le livre, les souvenirs peuvent être trompeurs avec le temps, c'est un vrai plaisir d'écouter le cinéaste revenir sur certains de ses films comme Du rififi chez les hommes, Les Démons de la liberté, Jamais le dimanche, Topkapi ("une parodie de moi-même") ou La Loi ("une grande tristesse dans ma vie"). Il parle de sa période MGM ("un autre monde") et en profite pour corriger certaines fausses informations créées par les services de presse de l'époque (il n'a jamais été l'assistant d'Hitchcock, par exemple, mais "seulement" son stagiaire). Il parle également de ses rapports avec Hollywood et le système des studios, le contrôle du montage difficile à conserver, les amis qu'il y fréquentait ("la crème de la culture allemande") et répond sur les personnalités qu'il a pu rencontrer ou diriger, comme Charles Laughton, David O. Selznick ou Stanislaus Zbyszko ("un grand monsieur"). Il avoue son admiration pour le genre documentaire, regrettant de ne pas avoir pu s'y essayer, parle évidemment de la Grèce ("un pays si beau") et de certains projets qu'il faillit tourner comme le premier Don Camillo. Typiquement le genre de supplément que nous adorons, des trésors cachés dans les archives de la télévision française qui restent trop rarement utilisés par les éditeurs, faute de moyens, le plus souvent (car cela a un prix). Les plus malins pourront en chercher sur youtube ou sur le site de l'ina...



Bande-annonce (2 min 24 - SD - 4/3 - VOSTF)


En savoir plus

Version US

Taille du Disque : 49 778 819 411 bytes
Taille du Film : 20 194 363 392 bytes
Durée : 1:35:44.655
Total Bitrate: 28,12 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 22,53 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 22532 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1936 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1931 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,379 kbps
Subtitle: French / 29,339 kbps

Version UK

Taille du Disque : 49 778 819 411 bytes
Taille du Film : 20 624 302 080 bytes
Durée : 1:40:48.792
Total Bitrate: 27,28 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 23,91 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 23917 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1885 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 31,348 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 4 avril 2019