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Test blu-ray

Intégrale Tati

BLU-RAY - Région B
Studiocanal / Les Films de mon oncle
Parution : 18 / 2 / 2014

Image

jour de fête

Jusqu'ici, il n'était possible de revoir le premier long-métrage de Jacques Tati que grâce au DVD édité par Opening en 1999 et épuisé depuis belle lurette. Ce dernier offrait une qualité d'image dont on pouvait vaguement se satisfaire il y a 15 ans, mais qui était devenue assez douloureuse pour la rétine à l'heure des écrans HD. S'il présentait l'attrait de proposer la version retravaillée par Tati en 1964, avec ses ajouts de touches de couleurs et son montage remanié, mais aussi, sur sa « face B », la version Thomson-Color miraculeusement développée et restaurée en 1994, il lui manquait le montage d'origine noir et blanc de 1949.

Curieusement, dans sa version DVD, le nouveau coffret intégrale de StudioCanal et des Films de Mon Oncle ne propose que cette version originelle de Jour de fête. Un choix tout à fait défendable sur le plan artistique (c'est selon nous dans son montage d'origine que le film est le plus beau), mais également technique, puisque les plans avec les touches de couleurs de la version 1964 tranchent singulièrement avec le reste du film et que la version couleurs, passé son prime effet de sidération, n'est pas des plus confortables à regarder. Mais les fans complétistes de Jacques Tati n'étant équipés qu'en DVD devront donc garder leur disque Opening antédiluvien s'ils veulent posséder toutes les versions du film.

Un problème qui ne se pose pas aux acquéreurs du coffret Blu-ray. En effet, Jour de fête y est proposé dans ses versions de 1949 et de 1964, toutes deux restaurées en Haute Définition, mais également dans sa version Thomson-Color. Cette dernière n'a pas bénéficié d'un nouveau traitement et elle fait plus ici figure de bonus, en définition standard. Si l'on ne peut que se féliciter de posséder sur un même support toutes les déclinaisons de l'oeuvre, accompagnées de surcroît par un documentaire de 81 minutes et une stupéfiante bande-annonce, on est en droit de se demander si tant de contenu n'aurait pas mérité d'être transféré sur deux disques plutôt que sur un seul BD-50. Le résultat est heureusement rassurant. Les versions de 1949 et de 1964 ont été restaurées avec beaucoup de soin et le résultat en HD est globalement très satisfaisant, malgré des incidents qui doivent plus à la genèse complexe du film qu'à sa restauration récente. Si un peu de bruit vidéo se fait parfois sentir dans certains aplats ou sur les visages, le rendu est délicieusement argentique. La compression AVC est discrète, à défaut d'être toujours totalement transparente.

Au-delà du plaisir de la (re)découverte, le montage de 1949 est celui qui offre l'expérience visuelle la plus équilibré et la plus séduisante. Certains s'étonneront de la disparité de qualité entre les très belles séquences extérieures, majoritaires dans le film, et de certaines scènes intérieures, beaucoup plus contrastées et moins bien définies. Cela s'explique par le recours à certains segments de la pellicule couleurs, tirés en noir et blanc, et offrant un rendu moins détaillé et trop dense. Car il convient de rappeler ici que Jour de fête a toujours été un film "hybride". Prévu pour être le premier film français en couleurs "française"» (et non en couleurs tout court), le premier long-métrage de Tati a été filmé simultanément sur une pellicule couleur gaufrée et sur une pellicule noir et blanc de sécurité. Une précaution salutaire, puisque la pellicule gaufrée n'a pu révéler ses couleurs qu'en 1994 ! Certaines parties de cette pellicule récalcitrante ont néanmoins été utilisées pour compléter la version noir et blanc de 1949, ce qui explique quelques baisses de qualité d'image. Il faut louer là encore le travail de restauration, qui rend ces transitions les moins choquantes possibles.

Salvateur sur le film de 1949, l'apport de la HD est un peu moins tendre avec la version retravaillée par Jacques Tati en 1964. Peiné que son film ne soit jamais sorti en couleurs, le réalisateur profite d'une ressortie pour remanier Jour de fête. Non seulement il en resserre le montage, insère des nouveaux plans et retravaille la bande-son, mais il ajoute sur les conseils de son ami Paul Grimault des touches de couleurs avec la technique de la rotoscopie. Fanions, banderoles, drapeaux et ballons se trouvent comme par magie parés de couleurs éclatantes. Mais ces ajouts poétiques se font au détriment de la qualité des plans "ripolinés", qui perdent en luminosité et en contraste. Là encore, la restauration numérique est hors de cause : Jour de fête a essentiellement été présenté ainsi depuis 1964 et il est plus que probable que personne ne l'avait encore vu dans d'aussi bonnes conditions.

Proposée en définition standard, la version couleurs sortie en 1994 est naturellement la moins probante sur le plan technique, bien que le rendu soit très convenable et supérieur à ce qu'offrait le DVD Opening. Passée la déception de ne pas revoir cette émouvante curiosité en HD, le souvenir de sa découverte en salle nous fait relativiser cette déconvenue. On ne peut que louer l'esprit pionnier de Jacques Tati, passionné par la technique et la nouveauté dès ses débuts comme réalisateur. Et l'on ne saurait oublier les exploits accomplis par les artisans du développement tardif et épique de cette version Thomson-Color, évoqués dans un ouvrage remarquable (Jour de fête ou la couleur retrouvée de François Ede). Mais il nous faut bien admettre qu'au-delà de son immense intérêt historique, la version couleurs du film tient plus du document qu'autre chose. Ses teintes instables et plus curieuses que réalistes en rendent le visionnage assez fatiguant sur 1h16 et un report HD n'aurait sans doute rien changé à l'affaire. Bref, nous ne saurions reprocher à StudioCanal et aux Films de Mon Oncle d'avoir limité les frais sur cette troisième déclinaison du premier joyau de Jacques Tati.

les vacances de monsieur hulot

Cette fois encore, ce sont les possesseurs du coffret Blu-ray qui sont les plus gâtés, sur le plan technique comme en matière de contenu. En effet, la déclinaison DVD du coffret Intégrale fait l'impasse sur la version d'origine du film, tel qu'il est sorti dans les salles en 1953, pour se focaliser sur le tout dernier montage supervisé par Jacques Tati en 1978. La version de 1953 était pourtant proposée sur un deuxième disque lors de la réédition DVD du film chez Naïve en 2009. On la retrouve en revanche en définition standard dans le coffret Blu-ray. Les collectionneurs les plus acharnés déploreront peut-être l'absence du montage de 1962, mais il ne présente que peu de différence avec la version de 1978, qui se distingue essentiellement par l'inclusion de quelques plans anachroniques pastichant Les Dents de la mer de Steven Spielberg.

C'est donc ce dernière montage qui a eu les honneurs d'une restauration numérique en 2009 et qui est présenté en HD sur ce Blu-ray. A défaut d'être toujours renversante, la qualité d'image est très plaisante. Le niveau de détail est satisfaisant et la texture très cinématographique. On ne déplore ni surlignage disgracieux des contours, ni réduction de bruit aux effets dévastateurs. On regrette en revanche que le contraste soit un peu trop doux et que l'image manque légèrement de mordant. Nul doute que la volonté artistique de Jacques Tati soit respectée (sa palette visuelle, en couleurs comme en noir et blanc, est généralement assez neutre et douce, avec quelques éclats épars). Mais la tonalité grise du film aboutit à un rendu parfois un peu mou. Par ailleurs, la compression AVC n'est pas toujours d'une discrétion optimale. Certains aplats affichent un grain dont on soupçonne qu'il ne soit pas purement argentique, ainsi qu'une instabilité de luminosité qui, à défaut de gâcher le spectacle, posent question. Cela étant dit, nous avons tout de même affaire à du très bon travail, qui permet de redécouvrir l'art subtil et méticuleux de Tati. N'oublions pas que nous avons affaire à un matériau ancien, traité avec respect et passion, et malgré nos quelques réserves, il est plus que probable que Les Vacances de Monsieur Hulot n'ont jamais été aussi belles.

On mesure d'autant mieux l'énorme travail de restauration lorsqu'on passe à la version de 1953, qui est livrée dans une copie brute et en définition standard. Eclairante pour qui se passionne pour l'oeuvre en perpétuel questionnement de Jacques Tati, plus nostalgique et chaleureuse, elle se présente dans un état nettement moins flatteur que le montage de 1978. Parsemée d'un bout à l'autre de rayures, points blancs, scratchs et poussières, elle met l'accent sur le défi que représente la restauration d'un film de l'ère argentique.

mon oncle

Le troisième disque de cette intégrale offre encore une différence de taille selon qu'on aura opté pour le coffret DVD ou Blu-ray. En effet, seul ce dernier contient My Uncle, soit la version légèrement remaniée du film par Tati himself pour les pays anglo-saxons. Pourtant présente sur un deuxième disque dans l'édition DVD parue chez Naïve en 2005, elle devient désormais le privilège des possesseurs de lecteurs Blu-ray qui peuvent le voir... en définition standard. Cette version alternative, qui présente assez peu de différences avec le film original, tient il est vrai plus du bonus qu'autre chose. Les fans les plus inconditionnels s'amuseront de la post-synchronisation, des titres et graffitis adaptés en anglais et aussi de quelques infimes variations de jeu ou de cadrage. A noter que malgré une certaine instabilité chromatique, l'image en Mpeg-2 de My Uncle est fort correcte.

Elle ne saurait néanmoins souffrir la comparaison avec le rendu HD de Mon Oncle, qui a bénéficié d'une très belle restauration et d'un encodage AVC soigné. La compression est des plus discrètes et nous n'avons décelé aucun traitement numérique dommageable. Pour sa première aventure aboutie en couleurs (après l'échec de la version Thomson-Color de Jour de fête), Jacques Tati décide de travailler avec une palette limitée, où les teintes vives ne sont utilisées qu'avec parcimonie. D'où l'impression trompeuse de fadeur que peuvent donner les premières séquences, vite contredite par les premières touches de rouges claquants. Si quelques plans peuvent afficher une certaine mollesse et un contraste un peu trop doux, l'impression générale est très positive. Une chose est claire : on n'a jamais vu Mon Oncle dans d'aussi bonnes conditions.

playtime

Bien qu'il ait été présenté une première fois dans un montage de 2 heures 34, puis raccourci illico de 19 minutes, il semble que Playtime n'existe désormais plus que dans sa forme de 124 minutes. Pas de versions multiples ici : le contenu éditorial du disque de Playtime est donc cette fois-ci identique dans les coffrets Intégrale DVD et Blu-ray. Mais l'apport de la HD est ici tellement crucial qu'il donne évidemment l'avantage au second. Il devrait même décider les derniers indécis à investir dans le matériel adéquat et à adopter le Blu-ray sans état d'âme. Incompris à sa sortie et désormais considéré comme un des plus grands films de l'histoire du cinéma, Playtime a en effet trouvé avec le Blu-ray le support vidéo à sa démesure. Tourné en 70mm et évidemment conçu pour être vu en salle (de préférence sur un très grand écran), le chef-d'oeuvre de Jacques Tati est un film à la fois monumental et fragile, dont la beauté n'est réellement perceptible que lorsqu'il est vu dans des conditions optimales. Quasi dépourvu de plan rapproché, fourmillant de petits détails dispersés dans un immense cadre-monde, Playtime bénéficie désormais d'une magnifique édition Blu-ray qui permet de s'y plonger comme dans un rêve, tantôt oppressant puis féérique. Très détaillé, le master n'affiche que très peu de défauts : tout au plus remarque-t-on quelques tremblements épars et un peu d'instabilité dans quelques aplats. Mais le rendu général est intimidant de précision, sans qu'on ait à déplorer le moindre surlignement numérique. On peut enfin jouer à essayer de trouver tous les faux monsieur Hulot dont le réalisateur a peuplé son film. Ceux qui auront le bonheur de le découvrir seront peut-être surpris par une impression générale de grisaille : nul signe de déficience technique ici, mais un respect scrupuleux des volontés artistiques de Tati, qui estimait que la surabondance de couleurs perturbaient le regard. Bref, du très beau travail, qui surclasse la déjà très honorable édition DVD parue en France en 2002.

trafic

Jusqu'ici inédit sur support numérique en France, Trafic est bien servi par ses éditions DVD et Blu-ray, même si c'est évidemment ce dernier qui offre les meilleures conditions de visionnage. Suite à la banqueroute de sa société de production après l'échec de Playtime, Tati ne retrouve évidemment pas les moyens luxueux mis à sa disposition pour son précédent film. Le 70mm cède la place au 35mm et le format 1.33 remplace le majestueux 1.85. Le petit budget obtenu pour cette co-production franco-belge, d'abord pensée pour la télévision, ne permet pas au cinéaste de peaufiner son oeuvre avec son soin maniaque coutumier. D'où une image plus fade et plate, ce qui n'empêche pas à Tati de faire montre de son génie de coloriste et, plus ponctuellement, de son sens de la composition unique. Si le rendu HD est précis, certains passages du films affichent un léger voile terne, probablement plus imputable aux conditions de tournage qu'au mastering. L'encodage est totalement transparent et, comme sur tous les titres du coffret, on ne déplore ni réducteur de bruit ravageur ni accentuation artificielle des contours. C'est l'occasion rêvée de redécouvrir ce film un peu bancal, promenade indolente mais très attachante.

parade

Initialement produit pour la télévision, Parade mixe un sketch filmé en 16 et 35mm à Stockholm, une séquence burlesque tournée en super-16mm à Paris et un spectacle en public filmé en multi-caméras vidéos au cirque de Stockholm. Mais bien que la photographie des séquences vidéo, qui occupent la majorité du film, ait été dirigée par le grand Gunnar Fischer (collaborateur d'Ingmar Bergman, notamment sur Le Septième sceau, Les Fraises sauvages et Le Visage), il faut bien admettre que Parade est un film visuellement assez repoussant. Si l'on peut apprécier le côté gentiment foutraque de cet ultime hommage au monde du cirque, où Tati rejoue avec élégance ses plus célèbres numéros de mime et témoigne d'une grande tendresse pour la génération du Flower Power, il est difficile de passer outre la laideur assez générale du film et le peu d'intérêt des numéros de cirque. Et comment ne pas être atteint par la tristesse qui se dégage de cette oeuvre de circonstance commise par un génie déchu ? Reste que si le DVD cheap jusqu'ici en circulation était à peine regardable, la restauration dont il a bénéficié pour cette intégrale est assez remarquable et permet de le redécouvrir sans risque pour la vision. La différence entre la nouvelle édition DVD et le Blu-ray n'est en revanche pas très flagrante, compte tendu des limites du matériau d'origine.

Retrouvez ci-joint la galerie des captures des versions HD du coffret.

Son

Jour de Fête

Perfectionniste jusqu'à l'obsession, Jacques Tati soignait au moins autant les bandes-son de ses films que leur image. Autant dire que StudioCanal et Les Films de Mon Oncle étaient attendus au tournant sur ce point et que le résultat est à la hauteur de nos attentes. Pas de remixage inutile ou de spatialisation hasardeuse : les pistes DTS-HD Master Audio mono des montages 1948 et 1964 sont toutes les deux d'une grande clarté et mettent en lumière la formidable musicalité du film. On s'amusera à relever les différences sonores entre les deux versions (Tati ayant opéré de nombreuses retouches pour la ressortie du film), mais aussi à essayer de reconnaître la voix du maître qui double certains figurants. Sans avoir le même niveau de précision, la piste Dolby Digital de la version Thomson-Color est également très convenable.

Les Vacances de Monsieur Hulot

Dès les premières notes de la mythique B.O d'Alain Romans, la piste DTS-HD MA mono du montage de 1978 impressionne par sa clarté. Quand bien même Jacques Tati n'attachait pas d'importance aux dialogues, le son est particulièrement crucial dans son cinéma et sa parfaite restitution est au moins aussi importante que celle des images. Là encore, le travail de restauration est exemplaire et toute la dimension burlesque et émotionnelle de l'univers sonore du réalisateur est parfaitement reproduite.

Mon Oncle

Plus ouvertement narratif que Les Vacances de Monsieur Hulot, Mon oncle est aussi un peu plus dialogué. Il n'en demeure pas moins que le travail sur le son opéré par Tati sur son film est plus que jamais révolutionnaire, singulier, les bruits atteignant ici une dimension burlesque inédite. D'où la nécessité d'une reproduction de grande qualité. La piste DTS-HD Master Audio mono est une grande réussite, traduisant magnifiquement les strates d'une bande-son particulièrement complexe. En comparaison, la bande-son de My Uncle en Dolby Digital paraît très plate, sentiment renforcé par une post-synchronisation anglaise qui paraît forcément plaquée et saugrenue.

Playtime

Bien qu'il soit quasiment dépourvu de dialogues intelligibles, Playtime est le plus sonore des films de Jacques Tati. Bruits de circulation automobile, ronflement de machines invisibles, bribes de propos échangés dans un nombre incalculable de langues, grognements divers et variés, la bande sonore de ce voyage à Tativille est une des plus riches et complexes de l'histoire du cinéma. La piste DTS-HD Master Audio 2.0 stéréo, accompagnée d'une autre piste HD 3.0 offrant un peu plus d'amplitude, lui rend pleinement justice.

Trafic

Malgré ses revers de fortune, Tati ne transige pas sur ses partis pris artistiques. La bande-son de Trafic témoigne de cette intransigeance : dialogues rares, bruits de moteurs et fracas de tôle, polyphonies de langues et d'accents (favorisée par le fait que monsieur Hulot voyage de Paris à Amsterdam, accompagné d'une commerciale américaine et d'un chauffeur méridional)... Même si on est loin de la musicalité de Playtime, le dernier "vrai" film de Jacques Tati est encore un régal pour les oreilles. La piste DTS-HD Master Audio est aussi claire que possible, sans saturation et bien aérée.

Parade

Les expérimentations sonores de Jacques Tati ne sont plus à l'ordre du jour. Il faut se contenter de musiques pour la plupart assez pénibles et d'une post-synchronisation française parfois hasardeuse. Reste que la piste DTS-HD Master Audio est constamment claire et tire le meilleur d'un matériau là encore très limité.

Détail des disques

Blu-Ray 1 : Jour de fête [BD 50]
Version 1949 : N&B - 1.37 / AVC - 1080p / DTS-HD MA 1.0 / 87 min
Version 1964 : N&B avec éléments colorisés - 1.37 - / AVC - 1080p / DTS-HD MA 1.0 / 80 min
Version 1994 (version Thomson-Color) : Couleur - 1.37 / Mpeg-2 - 576i / Dolby Digital 2.0 / 77 min

Blu-Ray 2 : Les Vacances de Mr Hulot [BD 25]
Version 1978 : N&B - 1.37 / AVC - 1080p / DTS-HD MA 1.0 / 89 min
Version 1953 : N&B - 1.37 / Mpeg-2 - 576i / Dolby Digital 2.0 / 95 min

Blu-Ray 3 : Mon oncle [BD 50]
Couleur - 1.37 / AVC - 1080p / DTS-HD MA 1.0 / 116 min
My Uncle : Couleur - 1.37 / Mpeg-2 - 576i / DTS-HD MA 1.0 / 106 min

Blu-Ray 4 : Playtime [BD 50]
Couleur - 1.78 / AVC - 1080p / DTS-HD MA 3.0 / 124 min

Blu-Ray 5 : Trafic [BD 25]
Couleur - 1.37 / DTS-HD MA 1.0 / AVC - 1080p / 98 min

Blu-Ray 6  : Parade [BD 25]
Couleur - 1.37 / AVC - 1080p / DTS-HD MA 1.0 / 90 min

Blu-Ray 7 : Les Courts métrages [BD 25]
Sept courts métrages restaurés (1.37 - HD 1080p) :

Suppléments

Jour de fête

Bande-annonce originale (2 min 30)
À l’américaine. Film d’analyse de Stéphane Goudet (81 min)


Le premier supplément ne dure que 2 minutes 30, mais il vaut singulièrement le détour. Il s'agit de la bande-annonce d'époque du film, qui s'ouvre sur des images d'une violence presque insoutenable. Soucieux de présenter Jour de fête comme un remède aux traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, les producteurs opposent à la douce fantaisie du film de Tati des images documentaires de bombardements, d'incendies et de catastrophes naturelles. Avant de découvrir un résumé des facéties du facteur François, le spectateur de 1948 est ainsi exposé à un plan extrêmement dérangeant et graphique d'un mort ensanglanté ! Une technique marketing pour le moins surprenante, qui témoigne d'un profond désir de panser les plaies d'un pays encore en état de choc.


Mais la pièce maîtresse de cette section bonus est évidemment le documentaire A l'Américaine de Stéphane Goudet, qui mêle avec maestria informations biographiques, anecdotes de tournages, comparaison des différentes versions du film et décryptage aussi savant que pédagogique. Aussi long que le film, ce passionnant documentaire se regarde avec le même plaisir et s'avère un modèle d'analyse filmique abordable et lumineuse.

Les vacances de Monsieur Hulot

Beau temps, vent léger : film d’analyse de Stéphane Goudet (39 min)

Commençons par un petit regret : la bande-annonce de 1953, qui jouait du contraste entre le stress de la vie urbaine et le parfum de vacances distillé par le film, et qui s'avérait aussi intéressante sur le plan sociologique que celle de Jour de fête, n'a pas été reprise sur ce Blu-ray. En revanche, nous ne regrettons pas la disparition des très embarrassantes pastilles comiques qui figuraient sur le double DVD Naïve de 2009. Le meilleur bonus de cette précédente édition, le documentaire Beau Temps, vent léger, est repris ici et c'est bien l'essentiel.


C'est encore une fois l'indispensable Stéphane Goudet qui relate avec clarté la conception du film et l'analyse sans la moindre pesanteur. Loin d'un exercice de dissection qui pourrait atteindre la poésie du film, cet essai souligne avec perspicacité et délicatesse ses innombrables beautés, sa gravité sous-jacente et sa place dans une oeuvre aussi courte qu'étonnamment cohérente.

Mon oncle

Tout est beau / Tout communique : film d’analyse de Stéphane Goudet (51 min)

L'interactivité (en SD) se découpe en deux parties. La première, Tout est beau !, se concentre sur l'architecture, la mode et le design du mobilier de Mon oncle, en donnant la parole à des spécialistes de ces domaines. Considéré à sa sortie par une partie de la critique comme un film réactionnaire et résolument hostile à la modernité, le film de Jacques Tati a gardé sa part de mystère. Les points de vue des différents intervenants (Jean Nouvel, Pamela Golbin, Philippe Pérès...), à défaut d'éclairer totalement l'objectif de Tati, mettent en avant son ambivalence mais aussi l'extraordinaire richesse plastique de son film. La seconde partie, Tout communique, est un long documentaire de Stéphane Goudet, qui poursuit sa brillante analyse de l'oeuvre de Tati à travers ce film-pivot. Là encore, l'exercice est constamment ludique et éclairant, même si l'analyse devient plus complexe.



Playtime

Jacques Tati, invité de ABC Tempo (25 min)
Like Home : film d’analyse de Stéphane Goudet (18 min)
Séquences commentées par Jérôme Deschamps (12 min)
Séquences commentées par Stéphane Goudet (12 min)

En plus de la traditionnelle analyse de Stéphane Goudet, plus concise (18 minutes) et un peu moins informative que celle des précédents films, la partie suppléments contient deux intéressants commentaires de séquences par le même Goudet et Jérôme Deschamps. Mais on retiendra surtout le très émouvant documentaire d'époque Jacques Tati, invité de ABC Tempo, où le réalisateur s'explique - en anglais - sur ses partis pris, ses sources d'inspiration et sur sa volonté d'échapper au carcan du cinéma traditionnel. Dans les décors de son grand-oeuvre, Tati s'y montre à la fois humble et déterminé, volubile et enclin au doute. Envisagé à la lumière de sa chute à venir, ce document exceptionnel est un coup de poing au coeur.

Trafic

Trafic International : interview de Jonathan Romney, critique de cinéma (15 min)

On regrette que le monsieur Loyal de cette intégrale, Stéphane Goudet, ne soit pas de la partie. On aurait aimé profiter de son érudition pour en apprendre un peu plus sur la genèse compliquée de ce film méconnu. On se contente d'une interview du critique de cinéma Jonathan Romney, qui replace Trafic dans l'oeuvre de Jacques Tati et dans le contexte de sa sortie. A défaut d'être follement enthousiasmante et richement illustrée, cette analyse pointe avec pertinence les points forts et les faiblesses du dernier opus des aventures de monsieur Hulot.

Parade

En piste : film d’analyse de Stéphane Goudet (27 min)

A défaut de partager son enthousiasme pour Parade, on se réjouit que Stéphane Goudet consacre 27 minutes à l'analyse du dernier film de Jacques Tati. Si l'on avoue avoir peiné à le suivre quand il dit trouver ici certaines des séquences les plus drôles de l'oeuvre du réalisateur, le brio avec lequel Goudet décrypte cet ultime tour de piste nous invite à le reconsidérer et à chercher de la beauté dans ce qu'on avait tendance à considérer comme la bien triste conclusion d'une oeuvre magistrale.

Les courts métrages

On demande une brute (1934 - N&B - 25’)
Gai dimanche (1935 - N&B - 22’)
Soigne ton gauche (1936 - N&B - 13’)
L’Ecole des facteurs (1946 - N&B - 16’)
Cours du soir (1967 - Couleur - 29’)
Dégustation maison (1976 - Couleur - 14’)
Forza Bastia (1978 - Couleur - 28’)
Bonus : Les leçons du professeur Goudet : analyse du cinéma de Jacques Tati par Stéphane Goudet et Simon Wallon-Brownstone (31 min)


Studiocanal et Les Films de Mon Oncle ne prenant pas la notion d'intégrale à la légère, tous les courts métrages interprétés et/ou réalisés par Jacques Tati (à l'exception de deux films perdus) ont été réunis sur un septième disque. Si les deux premiers, On demande une brute et, dans une moindre mesure, Gai Dimanche, ont subi des dommages manifestement irréparables, la qualité de restauration des quatre autres films force encore une fois le respect. On mentirait en disant que le génie de Jacques Tati se déploie dans ces courts films avec la même virtuosité que dans ses longs métrages. Mais on ne saurait bouder notre plaisir à (re)découvrir ces oeuvres rares. Ainsi, L'Ecole des facteurs est un délicieux prélude à Jour de fête. Cours du soir, bien qu'un peu trop long, permet de retrouver un monsieur Hulot étonnamment bavard, déambulant dans les décors de Playtime et présentant l'extrait d'un spectacle où Jacques Tati rejoue le rôle... du facteur François ! Comment passer à côté d'une telle curiosité ? S'ajoute à ces six films un court métrage de la regrettée Sophie Tatischeff, fille et collaboratrice du maestro, tourné à Sainte-Sévère.

Enfin, le programme s'achève sur un programme d'une demi-heure, qui compile Les Leçons du Professeur Goudet, amusantes interventions de Stéphane Goudet qui étaient diffusées sur des écrans lors de l'exposition consacrée à Jacques Tati en 2009 à La Cinémathèque Française.

LE LivreT

Cerise sur le gâteau, le coffret Blu-ray est accompagné d'un livret de 52 pages richement illustré et extrêmement instructif. Après une courte biographie de Jacques Tati, les étapes de la restauration opérée sur chaque film sont décrites avec précision. Un travail de passionnés, soucieux de redonner tout son lustre à une oeuvre malmenée par les années, mais aussi par les retouches opérées par le perfectionniste Tati. On ressort de la lecture de ce livret encore plus admiratif devant les miracles accomplis pour aboutir à cette intégrale.

Par Emmanuel Voisin - le 3 avril 2014