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Personnalités

Jacques Feyder

Jacques Feyder

Biographie

Jacques Feyder (1885-1948), maître du cinéma Français, est paradoxalement né Belge et mort en Suisse… Quand on connait son parcours, c’est en réalité typique de cet artiste doué, exigeant, malchanceux, et… nomade. C’est semble-t-il afin de réussir à se lancer dans une carrière théâtrale que le jeune Jacques Frederix a quitté son pays natal et rejoint Paris, tant son choix des planches était fort mal vécu par une famille assez traditionaliste qui le voyait plutôt s’illustrer en tant qu’officier. Pour cette raison, l’aspirant acteur choisira aussi un pseudonyme. C’est pourtant dans le cinéma qu’il va percer réellement, en arrivant à la Gaumont où il devient en 1912 l’assistant du réalisateur et scénariste Gaston Ravel. Lorsque ce dernier tombe malade en 1915 sur le plateau d’un de ses films, on lui offre l’opportunité de le remplacer et Feyder devient tout naturellement réalisateur à plein temps pour la firme à la marguerite. Il étonne avec son premier projet personnel, Tête de femmes, femmes de tête, mais sans pour autant convaincre : bien qu’il aspire à plus d'ambition, Feyder est un réalisateur à tout faire pour Gaumont et on lui donne tout à tourner, et parfois même n’importe quoi comme des parodies de serial tel Le Pied qui étreint.

Et pourtant, en 1921, Feyder devient un indépendant comblé : il a réussi un coup fumant en portant à l’écran le roman à succès de Pierre Benoît, L’Atlantide. Ce film long et mélodramatique à souhait lui permet enfin d’affirmer son savoir-faire pour utiliser des décors naturels spectaculaires ou dramatiques. C’est le début d’une décennie partagée entre succès et échecs commerciaux, mais qui reste sans doute la plus belle période de toute sa carrière. Il acquiert un prestige tel qu’un voyage vers Hollywood lui est proposé, ce qu’il accepte lorsque l’insuccès et le scandale des Nouveaux Messieurs en 1928 lui donnent envie de mettre de la distance entre le cinéma Français et lui. Malgré une première réussite (tout un symbole : il s'agit du dernier film muet de la firme, The Kiss), son passage à la MGM ne sera pourtant qu’une déception de plus. Il va essentiellement diriger des films de série B, notamment avec un Ramon Novarro alors en perte de vitesse, ou des versions Françaises (Le spectre vert) ou Allemandes (Anna Christie) de films américains.

Déçu et lassé de travailler uniquement en studio, loin des grands espaces, il rentre en Europe où il tourne des films qui seront des précurseurs de ce qu’on appellera le « réalisme poétique » : Le Grand jeu, Pension Mimosas, Les Gens du voyage… Feyder tourne aussi un film retentissant et spectaculaire, La Kermesse héroïque, réjouissant mais qui fait aussi polémique car il est - comme du reste Les Gens du voyage - tourné en Allemagne. Mais Feyder le nomade, qui n’a pas d’attaches en France, tourne aussi un film pour Alexander Korda avec Robert Donat et Marlene Dietrich et achève durant la guerre sa carrière de réalisateur sur un film (alléchant mais fort rare) tourné en Suisse : Une femme disparait. Il tente de revenir au premier plan du cinéma français à la toute fin de sa vie, épaulé comme en toutes circonstances par son épouse Françoise Rosay (qui a d’ailleurs parfois été sa remplaçante sur les plateaux comme pour l’admirable film Visages d’enfants, lui aussi tourné en Suisse), et signe la « direction artistique » de Macadam, de Marcel Blistène - en fait la supervision de ce film noir qui renvoie directement par son pessimisme à son univers. Santé fragile, moral miné par tous ces échecs consécutifs : Jacques Feyder meurt à quarante huit ans, sans avoir pu reprendre ses activités de metteur en scène.

Le film que la postérité retient de Feyder est généralement La Kermesse héroïque; il est vrai que son humour mordant, sa belle santé parfois coquine et sa galerie de grands noms du cinéma français sont fédérateurs. Visages d’enfants, redécouver tardivement, semble dominer la période muette. Pourtant, la critique contemporaine des films de Feyder nous amènerait volontiers à croire que le meilleur film de Feyder aurait été ce Thérèse Raquin tourné à Berlin en 1927, une collaboration entre Albatros Films et la firme UFA. Le film est remarqué comme une grande date du cinéma européen, une réussite notée par tous... mais c'est un film perdu, symbole ironique du talent oublié d’un des meilleurs réalisateurs des années 20 et 30, d’un homme qui a su s’inventer un style, qui a su faire bouger les lignes et abolir les frontières entre un cinéma d’artistes et un cinéma plus commercial. Un réalisateur qui ne parvenait pas à se trouver un chez lui, éternel apatride dont les personnages des films étaient eux aussi, le plus souvent, engagés dans une noire fuite en avant.

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Portrait de Jacques Feyder à travers ses films

La fiche IMDb
Par François Massarelli - le 26 janvier 2014

Informations

Naissance : 21 juillet 2000
Décès : 24 mai 1948
Pays : Belgique
Métiers : scénariste, réalisateur