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Actualités - Cinéma

Johnny Guitar

Swashbuckler Films ressort ce mercredi le classique de Nicholas Ray, Johnny Guitar, film hors norme, pur mélodrame qui revêt les oripeaux du western et qui en cela peut rappeler deux autres chefs-d’œuvre du septième art : Duel au soleil de King Vidor et L’Ange des maudits de Fritz Lang. On peut relier à l’envie ces trois joyaux qui se répondent par leur atmosphère, leur noirceur et cette histoire d’amour qui est au cœur de chacun d’eux. Une histoire terrible, funeste, masochiste. Johnny Guitar est celle de deux anciens amants, Johnny (Sterling Hayden) et Vienna (Joan Crawford), qui se retrouvent de longues années après leur séparation et vont voir se raviver la flamme incandescente qui les avait brûlés naguère. Et tout le film de prendre feu avec eux. Ray filme cette histoire dans un décor à l’artificialité revendiquée, pour preuve l’utilisation du Trucolor, procédé tombé depuis longtemps en désuétude à cause de son rendu qui interdit tout réalisme. C’est que ce qui compte le plus pour lui, ce sont les deux amants et la manière dont le monde ne fait plus que refléter leur amour, ou comment il s’oppose à son envol. L’utilisation des couleurs est à ce titre exemplaire : ce ne sont pas des flamboyances à la Vidor, mais une utilisation toute en subtilité des teintes. Des éclats qui percent l’image, comme cette petite tasse de porcelaine bleue que le grand Hayden tient du bout des doigts et qui personnifie plus son personnage qu’une longue exposition. L’œil est ainsi accaparé par des détails, le sang trop rouge d’une blessure, les souillures sur une robe virginale. Ray est un cinéaste subtil, qui sait comme personne faire surgir d’un détail, d’un regard, d’un geste, l’insondable douleur des êtres.

Si le titre du film porte le nom du héros, Ray réalise avant tout un magnifique portrait de femme, offrant à Joan Crawford ce qui est peut-être son plus beau rôle. Farouche, indépendante, elle subit la colère et la rancune d’une femme acariâtre, Emma Small (Mercedes McCambridge), symbole de tout ce que la société américaine porte en elle de bondieuserie et de morale pudibonde. Même si Johnny Guitar est d’abord un mélodrame, Ray parle aussi de cette Amérique qui exploite les miséreux et écrase ceux qui ne rentrent pas dans le rang. Ray est un insurgé, marqué par la folie du maccarthysme, par l’iniquité d’une société qui n’a jamais fait cas de sa classe populaire. Profondément humain, peinture de la société américaine, Johnny Guitar possède aussi une dimension proprement mythique. La terre y est omniprésente, de la montagne qui explose dès l’ouverture à la tempête de sable, de la caverne saloon de Vienna aux profondeurs d’une mine abandonnée. Les éléments sont tour à tour convoqués : le vent qui soulève le sable, une cascade qui masque un repaire, le feu qui embrase la ville. Nicholas Ray inscrit ses personnages dans un territoire, un espace le plus souvent minéral. Il tisse ainsi un lien profond entre les individus et la terre. Le film raconte la gronde des paysans, les bouleversements d’une société qui entre dans la modernité avec l’arrivée du train, l’annonce de la toute-puissance du mythe capitaliste. Des scènes magnifiques impriment à jamais la rétine du spectateur : Vienna sur son piano, une discussion au clair de lune, l’incendie du ranch... autant d’images d’une infinie poésie ou d’une terrible douleur qui nous marquent au fer rouge par leur évidence, par la simplicité de leur mise en scène.

DANS LES SALLES

johnny guitar
UN FILM De nicholas ray (1954)

DISTRIBUTEUR : SWASHBUCKLER FILMS
DATE DE SORTIE : 14 FEVRIER 2018

La Chronique du film


Arizona. Un homme à cheval (Sterling Hayden), sans armes mais avec une guitare sur le dos (il se fait d'ailleurs appeler Johnny Guitar), arrive dans un saloon isolé qui appartient à Vienna (Joan Crawford). Cette dernière a acheté cet établissement, persuadée que le futur tracé du chemin de fer passera un jour à proximité. Elle refuse donc de quitter les lieux malgré le fait que les éleveurs de la région cherchent à la faire partir pour deux raisons : ils lui reprochent son intérêt pour les travaux du chemin de fer auxquels ils s'opposent, craignant l'arrivée massive de colons avec tout ce que cela implique (barbelés, partage des terres, des points d'eau... fin de leur règne), et ils la soupçonnent également d'abriter l'équipe de Dancing Kid (Scott Brady) sur qui ils font reporter tous les maux... (lire la suite)

Par Olivier Bitoun - le 14 février 2018

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