The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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sundance_matt
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The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Messagepar sundance_matt » 28 août 04, 14:14

J'ai revu hier soir le très bon Chinatown de Polanski.
Si au départ, Robert Towne voulait faire une trilogie, seule une suite a été tournée par Nicholson himself.
Que vaut ce Two Jakes?

Merci.

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Max Schreck
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Messagepar Max Schreck » 28 août 04, 14:17

Film tout à fait étonnant, loin de toute convention hollywoodienne, avec un scenario aussi tordu que Chinatown (qu'il prolonge directement, en fait), un Harvey Keitel génial d'ambiguité, un Ruben Blades flippant à souhait et une scène torride avec Madeleine Stowe. La réalisation de Nicholson est d'une classe de tous les instants, bref... J'aime beaucoup ce film.

Quand on pense qu'il l'a tourné juste après son rôle de Joker !
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Bartlebooth
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Messagepar Bartlebooth » 28 août 04, 15:58

Comme Max, mot pour mot.
Un des très bons films noirs des années 1990, référentiel juste ce qu'il faut, sans fétichisme rétro, avec par rapport à Chinatown un côté "Vingt ans après". Pas nostalgique donc, mais hanté par une mélancolie prenante.

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Zoé
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Messagepar Zoé » 28 août 04, 16:05

Film tout à fait convaincant, qui joue habilement sur un scénario ambigu à souhait. J'aime. Cela dit, je préfère largement Chinatown !

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Requiem
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Messagepar Requiem » 28 août 04, 16:06

Jamais vu et je le déplore. Y a-t-il un DVD ?
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Zoé
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Messagepar Zoé » 28 août 04, 16:07

Requiem a écrit :Jamais vu et je le déplore. Y a-t-il un DVD ?


Oui tout à fait. Je l'avais vu en zone 1 quelque part. Je crois même que le zone 2 existe. Par contre pourquoi le mettre dans la section naphtaline ?

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sundance_matt
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Messagepar sundance_matt » 28 août 04, 17:16

Zoé a écrit :
Requiem a écrit :Jamais vu et je le déplore. Y a-t-il un DVD ?


Oui tout à fait. Je l'avais vu en zone 1 quelque part. Je crois même que le zone 2 existe. Par contre pourquoi le mettre dans la section naphtaline ?


Je l'ai mis dans cette section à tort, je viens de m'en rendre compte, désolé... :oops:

Merci pour vos avis éclairés, je viens de prendre le DVD (Z1 et Z2UK existent pour les amateurs)... Je suis curieux de voir ce Two Jakes, qui est quasi oublié de nos jours, me trompe-je?

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Max Schreck
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Messagepar Max Schreck » 28 août 04, 17:21

sundance_matt a écrit :Je suis curieux de voir ce Two Jakes, qui est quasi oublié de nos jours, me trompe-je?

je trouve aussi. Alimentons la flamme !
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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson, 1990)

Messagepar Boubakar » 11 avr. 10, 12:52

Effectivement, ce Two Jakes est assez ignoré dès qu'on parle de la carrière de Nicholson ou comme prolongement de Chinatown, mais je trouve qu'il est loin d'être indigne face au film de Polanski. Disposant de la même équipe que le premier (dont Robert Towne, qui reprend le même genre d'intrigues), Jack Nicholson reprend son rôle de détective dans un film qui est, il faut le dire, tout aussi compliqué que le premier à suivre. Heureusement qu'à la fin, tout se décante (et avec la même type de tagline finale que Chinatown), mais ça reste un peu trop long. Heureusement, il y a un bon casting (jusqu'à l'oubliée Madeleine Stowe), et une réalisation assez proche de Polanski (la lumière y est identique).
D'ailleurs, on voit plusieurs extraits du film original (notamment quand Jake s'écoulait à terre, alors qu'il avait son bandage), et la présence de photos de Nicholson et de Faye Dunaway à l'époque (qui est présente dans cette suite, mais uniquement de manière vocale). Mais ce que j'apprécie, c'est que le film respecte très bien les codes du film noir, avec notamment cette voix-off désabusée de Nicholson, nous montrant que, comme nous, il se même les pieds dans cette intrigue assez complexe, mais qui trouve son sens dans la scène finale au tribunal.

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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson, 1990)

Messagepar Demi-Lune » 2 avr. 11, 21:38

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Le détective Jake Gittes, spécialiste des affaires d'adultère, est entraîné dans une troublante affaire de meurtres alors qu'il enquête sur un éventuel adultère de l'épouse d'un riche promoteur immobilier Jake Berman.

Au départ, une idée ambitieuse du scénariste Robert Towne : rendre hommage aux grandes histoires policières à tiroirs de Dashiell Hammett et Raymond Chandler, avec un personnage référent (le détective privé Jake J. Gittes), et brosser dans le même temps une peinture fascinée mais sans compromis de la corruption et de la décadence de Los Angeles. Le tout, dans une trilogie s'étalant sur trois décennies, avec Chinatown comme premier volet, The Two Jakes dont il est question ici, et un Gittes vs. Gittes qui ne vit finalement jamais le jour, le second opus étant un échec public et critique qui annihila les projets de Towne.

Pour comprendre un peu mieux cet échec, qui semble avoir relégué le film dans un oubli relativement immérité, il faut bien avoir en tête quelques facteurs intéressants car permettant de mieux se situer dans l'histoire du Nouvel Hollywood.
Au début des années 1980, tous les grands noms du mouvement ont eu à un moment de leur carrière la folie des grandeurs, et ont essuyé le plus souvent un échec public et critique cinglant en boomerang. Ceux de Coppola et Cimino portent le coup fatal mais la césure qui apparaît avec le recul n'est pas aussi décelable pour les protagonistes à ce moment-là. Robert Evans, le producteur star de la Paramount, croit dur comme fer qu'il tient un succès facile avec le nouveau scénario de Towne, suite d'un Chinatown qui a été en son temps un triomphe critique ; il met son ami Nicholson dans le coup et, si l'on en croit Peter Biskind, se répartissent à eux trois les rôles, Nicholson ré-endossant son costume de privé, Evans jouant le second rôle, et Towne, qui rêve de se faire un nom derrière la caméra, mettant en scène.
Mais ce qui devait être une poule aux œufs d'or se transforme progressivement en boulet, Evans étant pitoyable durant les auditions, sur fond d'imbroglio à la tête de Paramount. Le tournage est sans cesse repoussé, Towne gère lamentablement la crise qui dure pendant plusieurs années, Evans jette l'éponge dans le rôle qu'il s'était réservé. C'est Nicholson, excédé, qui prend finalement les choses en main et réalisera le film, tout en y jouant.
Pourquoi ce bref historique ? Eh bien, parce qu'il est parlant dans la mesure où on voit bien que les gloires symboliques du Nouvel Hollywood n'ont plus l'aura dont elles ont joui.
Robert Evans, le producteur au flair imparable, n'est plus que l'ombre de lui-même, accablé qu'il est par ses déboires avec la Justice pour des problèmes de drogue, et par le bide retentissant de Cotton Club.
Robert Towne, scénariste consacré à l'époque de Chinatown, a démontré dans les années 80 les limites de son talent (sur-vendu, pour beaucoup), accréditant ainsi l'hypothèse selon laquelle Chinatown fonctionnait autant par ce qu'il avait imaginé que par les retouches qu'avait opérées Polanski.
Jack Nicholson traverse les années 80 cahin-caha, débutant par un monument kubrickien et se faisant rare, apparaissant souvent pour des seconds rôles.

The Two Jakes est ainsi fascinant parce qu'il résulte totalement de l'esprit artistique du Nouvel Hollywood, réunissant une même équipe de talents pour un produit sourcilleux, mais échoue dans ses ambitions à cause de la trajectoire fatale qu'a connu cette mouvance et les déchéances de ceux qui la composaient. Un peu comme Dick Tracy de Warren Beatty qui sort la même année, The Two Jakes est une sorte d'îlot perdu de la bande du Nouvel Hollywood, une sorte d'anachronisme exigeant et complexe échoué sur les berges d'une décennie naissante qui consacrera le blockbuster pop-corn et surfriqué - ironie ultime pour des réalisateurs, acteurs, producteurs ou scénaristes du Nouvel Hollywood qui s'étaient laissés aller aux dépassements de budget faramineux pour concrétiser une vision artistique sans compromissions.

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Réalisateur qui ne voulait pas prendre en charge le tournage, scénario fignolé en catastrophe, tournage sans cesse repoussé... l'histoire de The Two Jakes est chaotique et je dois dire que cela se ressent un peu sur le film.
Du point de vue de l'intrigue, le film de Nicholson se montre au moins aussi complexe et labyrinthique que Chinatown - même plus. On en vient à être autant perdu que devant les investigations de Marlowe dans Le Grand Sommeil, ce qui peut être un compliment, s'il n'y avait cette impression lancinante que, à l'instar du raté Tequila Sunrise, Towne ne se laisserait pas aller à quelques emberlificotements stylés, alourdissant un peu inutilement une intrigue volumineuse qui convoque de nombreux personnages, de nombreuses ramifications, de nombreuses connexions, de nombreux détails. Il y a, comme souvent chez Towne, cette tentation du "trop-plein" qui atteint ici chez le spectateur une forme de saturation frustrante car l'intrigue, au demeurant, est de qualité.
Sans Polanski pour freiner ses ardeurs et étudier froidement ce qui est nécessaire et ce qui est de l'ordre du dispensable, cette suite de Chinatown semble parfois se perdre dans des lenteurs qui peuvent éventuellement avoir raison de l'intérêt du spectateur. On peut imaginer que Nicholson était suffisamment à bout de nerfs face à l'indécision de Towne en tant que cinéaste, et au laisser-aller d'Evans, pour ne pas avoir assez étudié le matériau scénaristique de Towne quand il repris l'entreprise à son compte, et y avoir apporté quelques corrections, ou ajustements, qui auraient permis à The Two Jakes d'être aussi fluide, même dans son opacité voulue, que son aîné.

Aîné dont il se pose comme le descendant logique au vu des surprises que réserve le scénario, sauf que curieusement, ce ne sont pas les échos entretenus avec Chinatown qui m'ont le plus convaincu. Peut-être, justement, parce que le scénario de Towne demandait un peu plus de travail de finition. Parfois, des scènes s'étirent en longueur sans que cela soit nécessairement justifié, ni sur l'instant, ni au regard de la solution de l'énigme. Le montage rend à quelques reprises approximatives les transitions entre différentes scènes, ce qui confère certes une étrange ellipticité au film, mais en affaiblit la lisibilité.
De la même manière, la mise en scène de Nicholson (abandonnant le Scope du premier volet), classique et efficace dans l'ensemble, a recours à deux ou trois reprises à des effets pas franchement probants : par exemple, la scène où Nicholson vole dans les airs à cause de l'explosion est totalement désamorcée par les flash-backs piochés dans le film de Polanski, inutiles, et par cette image qui n'arrête pas de tournoyer sur elle-même, pour un résultat visuel en l'occurrence du plus mauvais effet.
La voix-off désabusée de Nicholson et la musique très clichée soulignent un peu trop l'appartenance au genre, là où Polanski avait intelligemment opté pour une partition plus recherchée dans ses textures, et un recours régulier aux informations visuelles. Malgré tout, il ne faudrait pas croire que The Two Jakes est un ratage ; c'est un film noir ambitieux (par sa durée, le développement de l'intrigue) qui, dans sa somptueuse photographie de Vilmos Zsigmond ou sa direction artistique, déploie une classe et une beauté formelle remarquables. Il y a des imperfections incontestables mais les acteurs, l'empilement des rebondissements, le portrait toujours aussi acide et pourri de Los Angeles totalement imbriqué dans le propos (faisant du film bien plus qu'une simple enquête), méritent assurément que l'on considère The Two Jakes avec intérêt. Un des derniers films, spirituellement, générés par le Nouvel Hollywood en tant que "famille".
Dernière édition par Demi-Lune le 10 juil. 13, 17:14, édité 1 fois.

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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Messagepar feb » 2 avr. 11, 22:04

Une envie soudaine de voir ce film Demi-Lune ou quelque chose qui t'a donné envie ? :fiou: :mrgreen:
Merci pour ta chronique qui me permet de découvrir ce film et d'en savoir plus sur son histoire et sur son style (j'aime beaucoup ton choix de captures qui présentent un travail sur la couleur et la lumière qui semble réellement poussé) :wink:
Dernière édition par feb le 2 avr. 11, 22:05, édité 1 fois.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Messagepar ed » 2 avr. 11, 22:05

feb a écrit :Une envie soudaine de voir ce film Demi-Lune ou quelque chose qui t'a donné envie ? :fiou: :mrgreen:

:mrgreen:
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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Messagepar Demi-Lune » 3 avr. 11, 10:46

feb a écrit :Une envie soudaine de voir ce film Demi-Lune ou quelque chose qui t'a donné envie ? :fiou: :mrgreen:

Non, ce n'est pas ce que tu crois. :mrgreen: C'est une coïncidence. J'avais le dvd collector z1 depuis quelques temps et le fait d'avoir évoqué Vilmos Zsigmond - et par incidence The Two Jakes - avec Major Tom a été ce qui a déclenché mon envie de voir le film au complet. Film noir + Nouvel Hollywood, c'est de toute façon une équation à laquelle je n'aurai pas pu résister longtemps.
Quant au travail formel du film, c'est effectivement sublime (le z1 bénéficie d'une très belle restauration) et constitue déjà en soi une excellente raison de découvrir The Two Jakes. D'une manière générale, tous les films éclairés par Vilmos Zsigmond méritent d'être vus.

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Re: The Two Jakes (Jack Nicholson - 1990)

Messagepar feb » 3 avr. 11, 12:33

:mrgreen: Sacré coincidence alors mais merci pour ta chronique et pour ces infos supplémentaires...
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)