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Critique de film
Le film

The Party

L'histoire

Un acteur indien, nommé Hrundi V. Bakshi, est recruté par un studio hollywoodien pour jouer un soldat indigène dans un remake de Gunga Din. Lors du tournage, cet homme très maladroit détruit un des décors très coûteux du film. Le producteur, très fâché contre le comédien de second ordre, demande qu'on le note sur une liste noire. Suite à une erreur-quiproquo du studio, Hrundi se retrouve invité à la fête annuelle du studio, à Hollywood. Pendant la fête, le comédien accumule les gaffes mais il n'est pas le seul...

Analyse et critique

Blake Edwards et Peter Sellers faisaient une entorse à leur saga de La Panthère Rose avec ce chef-d'œuvre comique et sommet de leur collaboration. The Party est un film sous influence assumée tout en étant une comédie au traitement radical et quasi expérimental. On se souvient de quelle manière Peter Sellers, au départ second rôle (la vraie star étant David Niven), avait littéralement vampirisé le premier volet de La Panthère Rose (1963) et fait sienne la saga dès l'épisode suivant avec le génial Quand l'inspecteur s'emmêle (1964). Cette fois, Blake Edwards façonne un écrin à la (dé)mesure de sa star avec un scénario minimaliste (faisant à peine 63 pages, le réalisateur se vantant que c'est le plus court sur lequel il ait jamais travaillé) et prétexte à laisser s'exprimer le génie de Sellers. Ce dernier compose ici un personnage bien différent de son mythique Inspecteur Clouseau. Celui-ci était un monument de bêtise égocentrique que la conscience de son génie tout relatif amenait à commettre les pires bévues en toute assurance. Cette fois, il sera le bien plus innocent Hrundi V. Bakshi, un acteur indien dont la maladresse fonctionne plus sur le motif du poisson hors de l'eau et constamment inadapté à son environnement. On en a un exemple dès l'extraordinaire scène d'ouverture où son excès de zèle enlise littéralement le tournage en cours alors qu'il se refuse à arrêter de jouer du clairon. C'est avec la même candeur qu'il exaspère définitivement le réalisateur, dont il vient de détruire accidentellement le décor et qui lui promet de le rayer du métier, en demandant innocemment : « Même à la télévision ? »

L'idée est donc de plonger ce gaffeur insouciant dans le cadre le plus superficiel et hypocrite qui soit, une soirée mondaine hollywoodienne que sa sincérité et sa maladresse vont dynamiter. Après avoir montré dans l'ouverture de façon spectaculaire les dégâts que peut causer malgré lui Bakshi, Edwards joue avec brio sur la retenue et l'attente une fois la "party" entamée. La demeure futuriste typiquement sixties, à l'architecture improbable et aux gadgets en pagaille, offrira un terrain de jeu idéal où Edwards exploite toutes les ressources comiques possibles. Cela va de la simple maladresse de Bakshi (la perte de chaussure d'entrée) et sa fantaisie enfantine (le fameux « birdie num num » ou l'épisode où il manipule le tableau de contrôle de la maison) aux éléments physiques qui semblent diaboliquement ligués contre lui, occasionnant certains gags aussi extraordinaires qu'inattendus tel le rouleau de papier toilette qui se déroule indéfiniment. Peter Sellers (qui avait déjà incarné un Indien dans le très moyen Millionnaire d'Anthony Asquith), peinturluré et à l'accent prononcé, est absolument génial de timing comique et compose un personnage très attachant dont Edwards se plaît à souligner la dimension enfantine par de multiples idées qui le placent constamment à la marge : l'arrivée dans sa minuscule voiture à trois roues (un hommage à la voiture de Monsieur Hulot dans Les Vacances de Monsieur Hulot), le coucou lancé loin des lieux de la catastrophe qu'il vient de provoquer, cette table de dîner où il se retrouve à hauteur limitée ou encore sa manière décomplexée de s'incruster dans les conversations guindées comme un gamin cherchant à se faire des copains, sans parler d'une hilarante et incontrôlable envie d'uriner.

Blake Edwards, bien que n'ayant pas encore connu ses fameux déboires à Hollywood, annonce déjà le ton corrosif de sa satire S.O.B. (1981) avec le portrait peu reluisant fait de cette communauté ici. Courbettes, hypocrisie ou encore producteur trop entreprenant souhaitant emmener les starlettes jusqu'à leur lit, l'atmosphère pourrait être bien plus sordide sans l'humour. La présence de Bakshi sert donc de dynamiteur, contaminant progressivement l'ensemble, du serveur profitant de la moindre occasion pour s'en jeter un à la maîtresse de maison frisant la syncope à la moindre contrariété, pour nous mener au final anarchique avec mousse envahissante, éléphant et hippies dans une joyeuse hystérie. Bakshi va pourtant trouver une âme aussi pure que la sienne dans ce cadre en croisant la douce Michelle Monet (Claudine Longet), une apprentie chanteuse pas loin d'être brisée par ces codes du paraître mais qui trouvera un soutien idéal avec notre héros. Là encore la maladresse, l'emprunt et la fantaisie de leurs échanges contribuent à en faire des enfants déplacés dans un cruel monde d'adultes que leur alliance défiera, chassant la solitude pour Bakshi et le sentiment d'exploitation pour Michelle. Le film contribuera d'ailleurs grandement à la notoriété de la Française Claudine Longet, qui entamera une jolie carrière musicale par la suite et nous envoûte ici le temps d'un divin Nothing to lose. C'est elle qui donne de la consistance à Bakshi, qui nous apparaît naïf mais certainement pas simplet (et finalement très respectueux vis-à-vis des Indiens) comme le montre la défense qu'il prendra de Michelle face à l'odieux réalisateur ou sa réaction outrée face à l'éléphant maquillé.

Bien que sous influence (Tati essentiellement), The Party ne ressemble à rien de connu. Edwards ose un rythme languissant bien loin de la comédie survoltée attendue (sans musique extra-diégétique, si ce n'est celle des musiciens à l'écran), use d'un découpage sobre exploitant plus la largeur et la profondeur de son décor (où comme chez Tati encore, l'attention est de mise tant on découvre de nouveaux gags et péripéties dissimulés dans un recoin de l'image à chaque vision) et laisse graduellement s'insinuer la folie. L'interprétation de Sellers est si grandiose qu'il n'y a même pas besoin de lâcher les chevaux trop vite, le spectateur est souvent plié de rire AVANT le gag en lui-même simplement par les mines ahuries de Bakshi et l'attente de sa prochaine bêtise, les préliminaires avant la catastrophe. La prouesse est telle que le final apocalyptique est presque moins drôle que la première partie sobre où l'on guette chaque dérèglement. Le résultat : un des chefs-d'œuvre d'Edwards et l'un des films les plus drôles jamais réalisés.

DANS LES SALLES

DISTRIBUTEUR : splendor films

DATE DE SORTIE : 18 juillet 2018

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Par Justin Kwedi - le 11 mars 2016