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Critique de film
Le film

Starlift

Partenariat

L'histoire

Mike et Rick (Dick Wesson & Ron Hagerty), deux soldats américains, font les pitres devant une salle de spectacle où doivent se produire Doris Day, Gordon MacRae et Ruth Roman. Rick ayant été dans le même établissement scolaire que la quatrième vedette, Neil Wayne (Janice Rule), ils décident de s'en servir comme prétexte pour aller les rencontrer. Leur stratagème ayant réussi, ils se retrouvent dans l’hôtel où résident actuellement les quatre stars. Rick tombe amoureux de Neil et fait croire, pour l’apitoyer et se faire passer pour un héros, qu’il part le soir même au front en Corée. En réalité, ce sont seulement deux soldats qui pilotent les avions de transport jusqu’à Honolulu et ils ne prennent jamais part aux combats. Ne le sachant pas, nos vedettes les accompagnent à la base pour d'émouvants adieux. Elles en profitent pour visiter l’hôpital militaire où elles sont accueillies à bras ouverts par les blessés qui n’en croient pas leurs yeux. Doris Day se retrouve à chanter devant la prochaine "fournée" de combattants. C’est un gros succès et le commandant de la base décide, en collaboration avec le patron de la Warner, d’instaurer chaque semaine une navette de nouvelles stars, le Starlift, qui se rendra à la base se produire en spectacle afin d’encourager les soldats qui partent au combat...

Analyse et critique

Durant la Seconde Guerre mondiale, les grands studios hollywoodiens participèrent à l’effort de guerre par différents moyens, l’un d’entre eux étant la production de comédies musicales destinées avant tout à soutenir le moral des troupes. Parmi les meilleures nous citerons For Me and My Gal de Busby Berkeley qui nous faisait participer aux débuts très convaincants de Gene Kelly, formant alors un couple très attachant avec Judy Garland. Certaines d’entre elles, surtout à la Warner et à la 20th Century Fox, furent en quelque sorte de légères mises en abime. En effet, autour d’une intrigue romantique assez secondaire et souvent guère captivante (comme c’est le cas ici malgré la présence de la charmante Janice Rule), les majors studios invitaient sur l’écran une kyrielle de leurs stars maison à venir effectuer un numéro comique, dansé ou chanté, voire même faire une simple et amusante apparition. Les célébrités hollywoodiennes interprétaient alors leur propre rôle, se déplaçant dans les bases militaires, départ des futures destinations de combats de ces soldats qui allaient pouvoir ainsi passer des moments mémorables au lieu de se ronger les sangs dans l’attente de leur appel pour se rendre à leur baptême du feu. Le plus beau fleuron de ce sous-genre fut Hollywood Canteen de Delmer Daves, grâce à la sensibilité unique du réalisateur et au couple extrêmement touchant formé par Robert Hutton et la charmante Joan Leslie. En 1951, avec à peu près le même postulat de départ que celui du film de Daves, Starlift ressuscite ce style de comédies musicales, adapté cette fois au conflit coréen.

Au vu des projections devant des transparences qui laissent à désirer, Starlift est une production assez modeste qui s’apparente beaucoup à une comédie musicale de la Fox elle aussi en noir et blanc, Four Jills in a Jeep de William A. Seiter : deux films frais et sympathiques, bien plus digestes que certaines productions plus célèbres et prestigieuses réalisées dans la même optique telles La Parade aux étoiles (Thousands Cheer) - pourtant signé par le génial George Sidney - ou encore le pénible Thank Your Lucky Stars de David Butler. Alors certes, il ne faut rien attendre de plus de la troisième collaboration entre Roy Del Ruth et Doris Day qu’un honnête divertissement, mais de ce point de vue il me semble remplir honnêtement son contrat. Tout du moins pour les férus de comédies musicales, les autres allant probablement trouver ce Starlift fort médiocre d’autant que l’intrigue est non seulement quasi inexistante mais de plus guère captivante. La qualité du film baisse d’ailleurs un peu après la première demi-heure, ce qui correspond au départ de la vedette maison numéro un de l’époque, Doris Day. Au bout de 35 minutes, cette dernière devant partir sur un tournage, elle quittera aussi le film : sa spontanéité, son charme et son entrain feront un peu faire défaut à ce dernier. Mais ce sera alors au tour de Gary Cooper, Phil Harris, Gene Nelson, James Cagney, Randolph Scott, Jane Wyman, Virginia Mayo... de venir réconforter les GI's, certains pour de courtes apparitions mais presque toutes aussi savoureuses les unes que les autres.

Ce sera l’occasion de numéros musicaux ou comiques tous plus ou moins réussis mais dans l’ensemble très agréables. Citons parmi les meilleurs What Is This Thing Called Love, le formidable tango dansé par Gene Nelson et Janice Rule, It’s Magic chanté par un Gene Nelson que l’on a peu l’occasion de voir dans cet exercice, Look Out, Stranger, I'm a Texas Ranger, la parodie de western avec Phil Harris, Frank Lovejoy et Gary Cooper, Virginia Mayo en vahiné dans Noche Caribe, God's Green Acres of Home chantée a capella par Gordon MacRae et un chœur d’hommes. Les prestations de Patrice Wymore (Liza) et Jane Wyman (I May Be Wrong, But I Think You're Wonderful) seront en revanche un peu décevantes.

Mais - et sans être, je pense, bêtement ébloui par le talent extraordinaire de la comédienne/chanteuse qui ne cesse de me surprendre, les numéros les plus inoubliables auront cependant été ceux avec Doris Day ; un sentiment d’ailleurs partagé par la plupart des avis trouvés sur le Net. Ce seront donc tout d’abord You're Gonna Lose Your Gal, un savoureux duo avec son partenaire de prédilection de l’époque, Gordon MacRae, puis la reprise du très célèbre 'S Wonderful de George Gershwin, et enfin et surtout la séquence la plus mémorable du film, celle où elle vient chanter pour les blessés de retour du front, interprétant avec une bonne humeur communicative et un charme unique le medley You Oughta Be in Pictures / You Do Something to Me.

Vraiment un quasi-sans-faute à ce niveau là, surtout que la mise en scène de Roy Del Ruth (déjà auteur l’année précédente du très amusant West Point Story avec James Cagney et Doris Day) est plutôt enlevée, les chorégraphies de Leroy Prinz plutôt inspirées (ce qui n’a pas toujours été le cas) et que le noir et blanc s’avère très beau. Le sketch du cuisinier ivre par un Tommy Noonan déchainé - sorte de mélange entre Jerry Lewis et Red Skelton - réussit même à faire rire aux éclats alors que le cameo de James Cagney est savoureux, arrivant à l’improviste alors que Dick Wesson est en train de l’imiter en mimant une scène de White Heat (L’Enfer est à lui) de Raoul Walsh. Malgré une idée de départ assez astucieuse (inspirée par le fait que Ruth Roman est réellement à l’origine de ces déplacements, dans les bases militaires de San Francisco, des stars de la Warner pour aller motiver les troupes), le scénario ralentit un peu vers le milieu du film car, entre les numéros musicaux, le semblant d’intrigue guère palpitante continue. Neil Wayne (très séduisante Janice Rule) apprend la supercherie concernant son faux héros de soldat mais il est trop tard, la presse s’est emparée de cette histoire d’amour pour en faire ses choux gras. Nos deux "tourtereaux" devront faire semblant de vivre le grand amour devant les journalistes et les familles alors qu’ils ne se supportent plus... On note encore une apparition assez cocasse, celle de la journaliste à l’origine de cette fausse histoire d’amour, qui n’est autre que l’acerbe chroniqueuse mondaine Louella Parsons, tenant donc elle aussi son propre rôle.

Bref, malgré un flottement de l’intrigue, on relève beaucoup de choses réjouissantes dans ce film : la confirmation que Gene Nelson est un des meilleurs danseurs qui soit, la découverte d’un acteur comique qui aurait mérité d’être plus connu, Dick Wesson - qui jouera ensuite le travesti vraiment très drôle dans le Calamity Jane de David Butler aux côtés de Doris Day -, une multitude de standards signés non moins que par Cole Porter, George Gershwin, Jule Styne, Harry Warren, etc., des danses de grande qualité, le tout au sein d'un ensemble très joyeux. Moins réussi dans le même genre que le touchant Hollywood Canteen de Delmer Daves, mais néanmoins très plaisant à condition d’être féru de numéros musicaux.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 19 septembre 2016