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Critique de film

L'histoire

David Blake, un jeune étudiant, est engagé comme assistant de laboratoire par le Dr. Stoner, un herpétologiste spécialisé dans les serpents. Il ne tarde pas à tomber amoureux de la fille du docteur, tandis que ce dernier décide d'utiliser sur lui un sérum secret destiné à créer un hybride homme-serpent.

Analyse et critique


On ne peut pas dire que Bernard L. Kowalski soit un réalisateur populaire... Ses premiers films, Night of the Blood Beast (1958) et L’Attaque des sangsues géantes (1959), séries B sans intérêt, auront une audience confidentielle et seul Krakatoa à l’est de Java (1969), film catastrophe ayant eu son petit succès, restera dans les annales. La télévision, par contre, via des séries comme Columbo, Les Incorruptibles, Magnum ou Mission : Impossible, lui permettra de se faire un nom et de devenir relativement indépendant. Pourtant, en 1973, c’est bien lui qui est désigné par Richard D. Zanuck et David Brown, qui viennent de fonder la Zanuck / Brown Productions. À l’initiative du projet, le spécialiste des effets spéciaux Daniel C. Striepeke, connu pour ses maquillages de La Planète des singes, et qui propose un semblant de scénario aux deux jeunes loups. Conçue comme une variation de L’Île du docteur Moreau, l’idée est retravaillée et budgétée. Émerge de tout cela une petite production innovante et ambitieuse, injustement mise de côté.


"Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin..." (Genèse 3:1)

Comme dans l’oeuvre de H.G. Wells, les justifications théologiques du Dr. Stoner sous-tendent ses crimes : l’humanité est condamnée à périr et seule une nouvelle espèce, mi-serpent mi-homme, hybride donc, pourra survivre. Ses connaissances scientifiques lui permettront donc de parfaire l’ouvrage de Dieu. Ce fond judéo-chrétien est exploité à fond par le réalisateur : la propriété du Dr. Stoner, qui est aussi son laboratoire de recherche, est un petit Éden. Son assistant est un véritable Adam. Sa fille, une Ève réussie. L’homme contrôle son univers et fait régner son ordre. Cela se ressent dans la construction du film, avec une première partie tout à la fois pédagogique et symbolique. Pédagogique, avec une multitude d’anecdotes scientifiques et d’explications méthodologiques. Symbolique, avec cette ambiance mystique et des digressions théologiques.


Il y a donc une approche scientifique assumée, qui pencherait même parfois vers le documentaire animalier : zooms durant les déplacements des reptiles, gros plans exceptionnels nous permettant d’admirer écailles et comportements. S’en dégage une sensation de maîtrise et de sérieux, inhabituelle dans ce type de films, et qui est due à la place centrale qu’occupent les serpents. La scène d’introduction du cobra royal, par exemple, est impressionnante : l’acquisition d’un spécimen pour 1 000 dollars permettra à Bernard L. Kowalski de nous offrir une séquence d’anthologie qui, par la magie du montage, met nos nerfs à rude épreuve. Il est important de savoir qu’aucun effet spécial n’a été utilisé : toutes les scènes utilisent à plein les 155 serpents spécialement dressés pour le tournage.


La distribution, quant à elle, tient la route. Strother Martin, en savant fou obtient, à 54 ans son « premier premier rôle ». Étranger au monde du fantastique, plutôt tourné vers les westerns et la télévision, il déploie tranquillement son talent. Dirk Benedict, gendre idéal, et Heather Menzies, atout charme, tirent parfaitement leur épingle du jeu, réussissant à rendre crédibles des personnalités sans grande consistance. Les seconds rôles, enfin, assurent le nécessaire. Malheureusement, ils ne peuvent empêcher un certain essoufflement, principalement dû à un petit nombre de facilités scénaristiques et de maladresses visuelles. Le maquillage, censé dramatiser les métamorphoses de David Blake, est assez léger, se contentant de verdir le visage du pauvre Dirk Benedict. Nous ne nous attarderons pas sur la phase finale du processus, littéralement catastrophique (qu’est-ce qui leur a pris ?)... La trame, quant à elle, aboutit à une résolution poussive et attendue : les personnages mettent beaucoup de temps à déduire des évidences, laissant le Dr. Stoner seul maître du jeu. Heureusement, la scène finale est réussie, en ce sens où aucune conclusion définitive ne nous est donnée, conférant ainsi à l’ensemble une tonalité anthologique.

Des acteurs convaincants, une succession de séquences maîtrisées, bien que ternies par une conclusion laborieuse, un usage intelligent des reptiles : Ssssnake est une belle découverte, évidemment déconseillée aux ophiophobes. Il faut dire que l’affiche originale a de quoi les faire fuir...

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La fiche IMDb du film