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Critique de film
Le film

Soufrière

(Sulfarara)

Partenariat

L'histoire

De nombreuses mines de soufre parsèment le centre de la Sicile. A cinq cent mètres sous le niveau du sol, à peine protégés, mal équipés, les mineurs s'épuisent et souffrent pour l'extraire des entrailles de la terre. Parfois les galeries se mettent à gronder et leurs gestes se suspendent…

Analyse et critique


En mettant en scène une journée de travail des mineurs dans les soufrières du centre de la Sicile, Vittorio De Seta montre comment la vie de ces hommes (et ailleurs des paysans, pêcheurs ou bergers) est une lutte quotidienne, que chaque jour il s'agit de se remettre au labeur, de lutter pour sa survie. Soufrière raconte « l'invisible tragédie qui a lieu dans les entrailles de la terre et est insoupçonnable en surface » comme l'indique un carton. Ces hommes pourraient être des forçats ou des esclaves, et la façon dont De Seta les filme gagner la mine au petit matin évoque l’idée d’un secret, d’un travail si honteusement dangereux qu'il se doit d’être caché aux yeux du monde.

Les mineurs sont à peine protégés et risquent à chaque moment de voir les galeries s'effondrer sur eux. Ils sont mal équipés et attaquent presque avec leur main la roche dont ils extraient le soufre. Le cinéaste nous fait ressentir la poussière, le bruit, les efforts intenses et continus que doivent déployer les mineurs. La bande-son est agressive, reproduisant le martèlement oppressant des marteaux et des pioches, un martèlement répercuté et amplifié par les galeries. De Seta accélère le rythme des plans afin d'augmenter encore ce sentiment d'angoisse et de fatigue qui est celui de ces hommes prisonniers des entrailles de la terre. Le film va ainsi crescendo jusqu'au silence, l'arrêt : tous suspendent leurs gestes, demeurent silencieux et immobiles dans la crainte d'un éboulement. Cette séquence est bien entendue fabriquée, réinventée (il suffit de dénombrer le nombre de plans pour s’en convaincre), préparée avec les mineurs à la manière de Flaherty. Si son efficacité est indéniable c’est qu’elle est le fruit d’un savant travail de mise en scène.

Si Vittorio De Seta filme admirablement la peur et le danger, il filme tout aussi admirablement le groupe. Il nous fait partager la solidarité de ces hommes, la façon dont ils ne font qu'un devant l'adversité. De Seta ne les isole jamais à l’image, il y a toujours plusieurs mineurs dans un plan afin de garder toujours présent à l’esprit cette idée du groupe. Leurs chants percent l'obscurité, racontant la longue histoire des mineurs, leur culture. Le réalisateur entrecoupe les images sombres de la mine par d’autres images venant du dehors, éclatantes de soleil et d'espace. C'est à la fois une opposition visuelle particulièrement parlante entre le monde de la surface et celui de la mine, mais aussi une façon de relier ces travailleurs à leur famille et à leur entourage qui les attend là haut.

De Seta est issu d'un milieu très aisé, et c'est lors de son service militaire qu'il côtoie pour la première fois des ouvriers et qu'il s'intéresse à leur monde, leur culture. Il fait des rencontres qui le marquent fortement et qui dictent ses choix de réalisateur, puisqu’il décide de leur rendre leur fierté en filmant simplement leur vie et leur culture. Mais lorsqu'il filme les pêcheurs d'espadon et les mineurs des soufrières, c'est la fin de ce monde ; et deux ans après la fin du tournage, ces activités ont déjà disparues.

Après le volcan d'Îles de feu qui nous ramenait à des temps antédiluviens, l'image du sous-sol minier vient ancrer une nouvelle fois l'histoire de l'homme au coeur de la terre. Après avoir filmé la mer, De Seta privilégie deux espaces évoquant les forces telluriques, marquant bien le lien profond qui unit l'homme à la terre. Il va dans ses films suivants se détacher de ces images qui évoquent la puissance de la nature, il va s'écarter d'une imagerie élémentaire pour se consacrer plus encore aux rites et à la société de ces hommes et femmes du sud de l'Italie.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Introduction à l'oeuvre de Vittorio De Seta

Poursuivre avec Pâques en Sicile

Par Olivier Bitoun - le 4 septembre 2010