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Critique de film
Le film

Red Planet Mars

Partenariat

L'histoire

Un couple de scientifiques pense être entré en contact radio avec la planète Mars. Ils sont d’autant plus intéressés par les découvertes faites par l’astronome Mitchell, qui étudie la planète depuis un bon moment et qui pense aussi avoir rassemblé des preuves de la présence de la vie sur Mars. Puis les messages ne tardent pas à arriver ; Chris Cronyn révèle alors au monde entier que cette race extraterrestre serait bien plus avancée que la nôtre, que l’énergie sur Mars existerait en abondance et que l’espérance de vie y serait de 300 ans. Les éventuels progrès technologiques qui pourraient découler d’une rencontre avec les Martiens intéressent grandement les soviétiques, qui payent Franz Calder pour espionner les messages qui s’échangent entre les Américains et Mars. La panique s’empare des habitants de la Terre qui pensent que ces découvertes marquent la fin de leur mode de vie...

Analyse et critique

Signé par Harry Horner, un homme ayant plus œuvré pour la télévision (Gunsmoke…) que pour le cinéma, Red Planet Mars, jamais sorti en France, est une véritable curiosité cinématographique. Qui plus est, malgré son hystérie anticommuniste et sa propagande pro-chrétienne qui laissent parfois pantois (l’image finale, au lieu de faire apparaître le The End traditionnel affiche triomphalement The Beginning - sous-entendue d’une nouvelle ère chrétienne), cette œuvrette n’est jamais ennuyeuse et s’avère même plutôt plaisante à suivre. Il faut dire que le scénario est sacrément gratiné et qu’il nous mène de surprise en surprise jusqu’à un "pré-épilogue" d’une profonde ironie. Jugez plutôt ! Le scientifique qui a reçu des ondes radio prenant pour source la planète Mars découvre que les messages ne proviendraient pas des Martiens mais ni plus ni moins… de Dieu en personne qui souhaite de là-haut mettre à mal les plans maléfiques des "cocos" qui s'apprêtent, à l’aide d’un ex-espion nazi devenu un suppôt de Satan (véridique ! Il déclamera même « Lucifer est mon héros »), à envahir le monde occidental ! L’épouse de l’ingénieur scientifique, protestante fervente, exaltée par les messages de Dieu arrivant directement au sein de son foyer, va aider son mari à éradiquer cette menace communisto-fasciste !! Franchement, qui n’aurait pas envie de jeter un œil curieux à un film au scénario aussi barjo ?!

Le plus étonnant est que les scénaristes chevronnés - John L. Balderston est quand même l’auteur de nombreux films fantastiques célèbres du début des années 30 à la Universal (Les Mains d’Orlac, La Marque du vampire, ou encore La Fiancée de Frankenstein), Anthony Veiller celui de petits chefs-d’œuvre tels The Killers de Robert Siodmak ou La Nuit de l’iguane de John Huston - nous livrent un travail qu’ils semblent avoir pris très au sérieux, un récit bien charpenté en tout cas qui permet au spectateur de ne pas trouver cet improbable ensemble trop ridicule. Paradoxalement, ce sont ces ahurissantes idées qui permettent de suivre le film jusqu’au bout sans ressentir (ou presque) de baisse de régime. D’origine théâtrale, l’œuvre initiale est récupérée par Anthony Veiller (il exerce aussi en tant que producteur) qui donne le rôle principal à un jeune acteur encore inconnu, Peter Graves (célèbre depuis pour avoir été le héros de la série Mission : Impossible). Avec un budget ridicule, il réussira néanmoins à boucler un film qui tient assez bien debout puisqu’il adopte un ton réaliste sans avoir à déployer une coûteuse imagerie fantaisiste (l’intrigue se passe entièrement sur Terre dans deux ou trois endroits fermés comme des laboratoires, des salons et des bureaux). Le côté statique et bavard n’est ici pas vraiment gênant, l’aspect théâtral n’empêchant pas le spectateur de se réjouir des rocambolesques rebondissements, divers et variés. Les quelques séquences qui nous font sortir en extérieurs sont assez habilement amenées et intégrées au reste ; pour une première réalisation, Harry Horner s’en sort plutôt bien même si son film n’est pas, loin s’en faut, un chef-d’œuvre... que nous soyons bien d’accord là-dessus !

A situations invraisemblables, traitement rigoureux ; ce qui, avouons-le, force un peu le respect ! L’interprétation s’avérant solide, on finirait presque par y croire. Mais le mysticisme effréné et la montée de religiosité jusqu’à la ridicule image finale gâchent un peu le spectacle. Trop, c’est trop. Dommage car juste avant celle-ci, le climax du film avait su relancer un suspense parfaitement mis en place et qui s’achevait d’une manière tout à fait surprenante par un sacrifice comme celui qui avait eu lieu dans Rocketship X-M. Ceux que la propagande antisoviétique intéresse seront aux anges ; rarement charge anti-rouge n’aura été aussi virulente ! « Nous bâtirons un nouveau monde sur les ruines de l’Occident. » On voit aussi les soldats soviétiques mitrailler les chrétiens, qui s’étaient réunis pour prier, et tenir des conversations dans lesquels ils planifient une éradication de ces derniers en "organisant" une famine. Sinon, on trouve également quelques autres petits détails croustillants : le premier téléviseur 16/9 encastré dans le mur chez Peter Graves, une vision du merchandising déjà en place, un patriarche orthodoxe à la tête de l’URSS. Malgré ses origines théâtrales, son faible budget, son absence d’effets spéciaux, de vaisseaux spatiaux ou de diverses créatures monstrueuses, ce film de science-fiction arrive à être fascinant. Ce n’était pas gagné d’avance.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 22 décembre 2011