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Critique de film
Le film

Phantasm

L'histoire

Orphelin depuis peu, Mike découvre que des faits étranges se déroulent dans le cimetière de Morningside. Il remarque un croque-mort à l'allure sinistre portant des cercueils (comme s'il s'agissait de simples boîtes de carton), puis de petites créatures encapuchonnées aux activités pas moins suspectes... Effrayé mais curieux, aidé de son ami Reggie, Mike cherche à savoir ce qui se passe réellement. Il n'est pas au bout de ses surprises.

Analyse et critique



Culte, Phantasm l’est assurément. Au sens cinéphile du terme. Inspirant, cela va sans dire : il n’est qu’à voir la scène d’ouverture, parodiée par Lloyd Kaufman dans Poultrygeist. Étrange. C’est toute cette œuvre qui est étrange. Prenons les premiers plans-séquences : la déambulation  hallucinante et hallucinée du personnage principal, exceptionnelle de maîtrise et de suspense. Le cadre, les chromatiques, l’ambiance sonore (qui n’est pas sans rappeler John Carpenter, et dont on trouve des réminiscences dans la série Stranger Things). Ou les quelques personnages qui nous sont présentés : un adolescent voyeur, toujours collé à son frère, une voyante aveugle et magicienne. Et le croque-mort. Nous en reparlerons. Les ellipses, aussi, participent à un climat déstructuré. Fantastique, au sens premier du terme. C’est-à-dire qui fait cohabiter le réel et l’irréel. La représentation des cauchemars qui hantent nos protagonistes, enfin, est un parti pris logique. Notons que Don Coscarelli a écrit son film seul, dans une cabane isolée, en faisant confiance à tout ce que son subconscient recelait de bonnes idées. D’où la forme onirique, brumeuse, que prend l’ensemble. Par exemple, il n’aura échappé à personne qu’un grand nombre de scènes se déroulent en plein jour. C’est extrêmement rare, un film d’horreur qui se passe en plein jour. C’est d’autant plus inquiétant.


Parlons du « grand méchant » de Phantasm : le Tall Man. Moitié psychopathe et moitié entité supérieure, moitié fou furieux et moitié diabolique. Il faut dire que l’acteur Angus Scrimm crève l’écran : issu du théâtre et de la télévision, habitué aux rôles de « gentils », il incarne son personnage avec un grand talent, ici, notamment dans le ralenti qui nous est proposé à la vingtième minute. Costume trop large, œil borgne, cheveux grisonnants plaqués sur les tempes : c’est un véritable archétype qui prend forme sous nos yeux, et qui déploie ses talents de comédien. Il faut dire qu’il peut compter sur un univers fantasmagorique puissant qui n’hésite pas à s’affirmer comme surréaliste : mouche géante, structure sphérique tueuse (reprise et augmentée dans les prochains épisodes de la saga), doigt animé, gnomes encapuchonnés... « Je suis parti de cauchemars remontant à mon adolescence », confie Don Coscarelli, qui a su allier les visions de Lovecraft et le sens scénaristique de Stephen King. Un ensemble de paramètres et d’intuitions qui serviront à la construction des opus suivants. Une jouissance de l’imaginaire qui n’aurait rien à envier à des films comme L’Antre de la folie ou Le Festin nu.


Phantasm, dans sa dernière partie, bascule dans les questions dimensionnelles, mais de manière novatrice. Point de porte avec des hiéroglyphes, point de laboratoire secret, point de sous-sol rugissant à la Evil Dead : juste une porte au fond d’un funérarium. Unité de lieu, qui ouvre néanmoins sur des univers mystérieux, propices aux explorations formelles. Ce qui est intéressant, au-delà d’une intrigue faisant confiance à notre sens de l’adaptation, c’est cette capacité qu’a Don Coscarelli d’introduire des éléments discordants et formels, comme le camion Ice Cream, avec sa musique entêtante, digne d’un It, année 1990. Quelques années plus tard, viendront les films de Freddy Krueger qui reprendront cette ambivalence entre le monde enfantin et le monde violent. Une dualité rêve / réalité qui n’a pas fini d’être exploitée, mais qui est en même temps la base de toute variation sur l’imagination.


Loin de la maîtrise formelle d’un Halloween, loin d’un Massacre à la tronçonneuse (infiniment plus drôle et radical), loin du style bouffon d’Evil Dead, Phantasm, premier d’une longue série, a souffert d’un manque de moyens terrible. Obligé de resserrer le budget autour de sa personne, en véritable chef d’orchestre, Don Coscarelli a réussi à lier grands moments de frayeur et inventivité formelle. Un imaginaire tout à la fois gothique et contemporain aura permis de poser les bases d’une franchise. Le manque de moyens et un certain montage abrupt auront malgré tout permis de donner au tout une intensité cauchemardesque qui fait encore la réputation du film. De jour comme de nuit, entre funérarium et grande avenue, il y a toujours un Tall Man pour gronder : « You play a good game, boy, but the game is finished ! Now, you die ! » La suite, vite !

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La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 10 novembre 2017