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Critique de film
Le film

Les Rôdeurs de la plaine

(Flaming Star)

Partenariat

L'histoire

1878. Difficile à cette époque au Texas de vivre en bonne entente avec ses voisins dès que dans une famille se trouvent un Indien ou ne serait-ce même qu’un métis. C’est le cas chez les Burton, le veuf Sam (John McIntire) ayant épousé en secondes noces une femme de la tribu des Kiowas, Neddy (Dolores Del Rio). Un fils est né de cette union, le taciturne Pacer (Elvis Presley). Après que l’on a fêté l’anniversaire de l’aîné, Clint (Steve Forrest), leurs voisins en rentrant chez eux se font massacrer par les Indiens qui ne supportent plus d’être spoliés de leurs terres et ont décidé de se battre violemment jusqu’au bout. Clint et Pacer n’apprennent la tragique nouvelle que le lendemain en se rendant en ville où ils sont reçus avec hostilité par la population qui soupçonne le jeune sang-mêlé d’être impliqué dans le carnage. C’est le début d’une montée de la violence au sein de cette paisible communauté ; peu de membres de la famille Burton en sortiront indemnes malgré les efforts de chacun d’entre eux pour calmer le jeu, Neddy allant même trouver le chef de son ancienne tribu pour tenter de faire stopper leurs attaques contre les colons...

Analyse et critique

Surtout réputé pour être un des meilleurs films avec Elvis Presley, Les Rôdeurs de la plaine, malgré ses réelles qualités et ses louables bonnes intentions, arrive un peu trop tard en cette fin des années 60. Hormis par une violence inaccoutumée dans quelques séquences, il ne se démarque pas assez de tous les westerns pro-Indiens qui l'ont précédé, et surtout il possède trop de points communs et de similitudes avec un western d’une toute autre envergure sorti en salles seulement quelques mois plus tôt, l’étonnant Vent de la plaine (The Unforgiven) de John Huston, film doté d’une distribution elle aussi bien plus prestigieuse et qui abordait déjà la thématique du comportement des Blancs à l’égard des métis durant les guerres indiennes. Dans le film de Don Siegel, Elvis Presley (dont le potentiel dramatique n’est une fois de plus pas très évident à déceler) interprète un sang-mêlé, son père étant un Blanc, sa mère une Indienne Kiowa. A partir du moment où, tout à fait légitimement, les Indiens se rebellent contre les Blancs par peur de tout perdre (« Il nous faut nous battre ou mourir » expliquera le nouveau chef de la tribu), le jeune homme se voit tiraillé entre la communauté des colons au sein de laquelle il vit et celle des Indiens vers laquelle il se sent de plus en plus attiré, compatissant avec leur détresse. Mais il se verra tour à tour rejeté par les deux camps, n’arrivant à gagner la confiance ni de ses ex-amis qui le soupçonnent d’avoir été au courant des attaques qui se préparaient, ni des Indiens après qu’il a voulu sauver la vie de son frère tombé entre leurs mains.

Dommage qu’un personnage aussi intéressant et complexe, tour à tour tendre et violent, ait été confié à Elvis Presley ; malgré le fait qu’il semble faire des efforts, l'acteur demeure bien terne et forcément moyennement convaincant alors qu’au départ le rôle avait été écrit par Nunally Johnson pour Marlon Brando, celui de son frère Clint devant être tenu par Frank Sinatra. On imagine aisément que le résultat aurait probablement été plus probant avec un tel duo même si Steve Forrest (le frère cadet de Dana Andrews) arrive à tirer son épingle du jeu. Si John McIntire et Dolores Del Rio - sa première apparition dans un film américain depuis Dieu est mort (The Fugitive) de John Ford en 1947 - dans la peau des parents s’en sortent également très bien, on les a cependant connus plus inspirés par le passé, ayant déjà tenu à maintes reprises ce genre de rôles. Si chez les seconds couteaux le casting comporte également des noms aussi sympathiques pour les aficionados que Richard Jaeckel, L.Q.Jones ou Karl Swenson, nous n’avons malheureusement pas le temps de longuement les croiser. Quant à Barbara Eden, l'autre personnage féminin principal, elle a déteint sur la fadeur de sa rock star de partenaire. Une interprétation d’ensemble en demi-teinte donc comme d’ailleurs tous les autres éléments du film, que ce soit le scénario pas constamment captivant ou la mise en scène bien trop sage malgré quelques fulgurants accès de violence (l'étonnante première attaque nocturne des Kiowas sur le ranch voisin des Burton) et une judicieuse utilisation du Cinémascope.

Après avoir travaillé à la Warner dès 1933 et s’être fait remarquer en tant que monteur de talent, Don Siegel s’était révélé, dès les années 40 / 50, un spécialiste de la série B par l’efficacité de ses mises en scène, sa direction d’acteurs irréprochable et la bonne gestion de ses modestes budgets qu’il ne dépassait que rarement. Après s’être distingué par un court métrage très intéressant, Hitler Lives en 1945 (diffusé par Patrick Brion au Cinéma de Minuit) et avoir tourné le sympathique et réjouissant Ca commence à Vera Cruz (The Big Steal), il avait signé quelques classiques de la science-fiction ou du Film noir tels L’Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) ou Les Révoltés de la cellule 11 (Riot in Cell Block 11). Au vu de la mise en scène de ces films, on pouvait très logiquement s’attendre à mieux concernant Les Rôdeurs de la plaine ; peut-être le cinéaste n’a-t-il pas pu faire tout ce qu’il voulait sur le tournage de ce film au budget plus conséquent que tous ceux qu’il avait eu l’occasion de réaliser auparavant, et dont le projet était prévu au départ pour atterrir entre les mains de Michael Curtiz ? Quoi qu’il en soit, rien de honteux ne peut lui être reproché car l'ensemble reste de la belle ouvrage. Et puis le pessimisme foncier des scénaristes est néanmoins assez nouveau, même si l'on pouvait s’attendre également à beaucoup mieux de la collaboration entre Clair Huffaker et Nunally Johnson (qui devait au départ écrire, produire et réaliser le film). On a donc une réflexion intéressante et plutôt intelligente sur la loyauté, la difficulté d’être un sang-mêlé et la quasi-impossibilité de vivre en paix à cette époque, la bonne entente entre Blancs et Indiens (ou semi-Indiens) étant non seulement chimérique mais source de conflits, de violence et de mort. Le film n’est pas non plus exempt de lyrisme, témoin la très belle séquence de la mort mélodramatique de Dolores Del Rio se trainant à plat ventre dans le désert jusqu’à se prosterner devant la "Flaming Star".

Que ceux qui craindraient de tomber sur un film dans lequel Elvis pousse la chansonnette à tout bout de champ soient rassurés ! Hormis lors des cinq premières minutes où il prend sa guitare pour entonner l'entrainante A cane and a high starched collar à l’anniversaire du personnage de son frère aîné, il n’y aura par la suite plus aucun interlude musical comme ce sera le cas dans la plupart de ses films suivants, et donc pas de séquences totalement incongrues comme nous pouvions en trouver dans le pourtant très sérieux Love Me Tender. C'est d’ailleurs Elvis lui-même qui avait tenu à ne pas chanter ; sur quoi son agent, le Colonel Parker, avait transigé en lui imposant néanmoins d'interpréter la mélodie du générique ainsi qu'une seule autre chanson dans le courant du film. Toujours concernant l’aspect musical du film, il est un peu triste de constater que la partition du pourtant talentueux Cyril J. Mockridge manque cette fois-ci singulièrement de finesse, n’arrivant jamais à faire décoller le film - bruit ne rimant pas nécessairement avec ampleur. En revanche, la photographie de Charles G. Clarke - déjà auteur entre autres de celles des superbes Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) et Duel dans la boue (These Thousand Hills) de Richard Fleischer - se montre digne d’éloges, le chef opérateur utilisant à merveille les superbes extérieurs à sa disposition (qui ressemblent eux aussi énormément à ceux de The Unforgiven) ; de leur côté, les intérieurs sont également magnifiquement décorés et éclairés.

Pour résumer, nous avons affaire à un honnête et salutaire western qui manque néanmoins d’ampleur à tous les niveaux. Au risque de faire grincer quelques dents, il est même permis de lui préférer le western précédent dans lequel figurait la star montante du rock’n’roll, Le Cavalier du crépuscule (Love Me Tender) de Robert D. Webb dont le scénario s’avérait bien plus rigoureux, ainsi même que l’unique précédent western réalisé par Don Siegel, la série B nerveuse qu'était Duel sans merci (Duel at Silver Creek) avec le duo Audie Murphy / Stephen McNally. Car si rien n’est vraiment mauvais dans Flaming Star, rien n’est non plus vraiment marquant, pas plus le scénario qui manque de liant que la mise en scène en panne d’inventivité ou d’interprétation de conviction. Cela dit,  ce n'est pas parce que mon avis se révèle dans l'ensemble assez tiède et que le film m'a moyennement emballé, qu'il n'est pas recommandable.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 13 février 2015