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Critique de film
Le film

Les Bérets verts

(The Green Berets)

Partenariat

L'histoire

Durant la guerre du Vietnam, le colonel Mike Kirby est chargé de recruter deux unités d’élite issues des Forces Spéciales, afin de venir en aide à la construction d’un camp retranché dans la république du Viêt-Nam. Plusieurs opérations sont menées dans le secteur, dans le but de contenir l’avancée des Nord-Vietnamiens. Alors que Kirby est retourné à la base de Sanag, le camp est attaqué. Après une résistance farouche, et l’arrivée des renforts menés par Kirby, la population des villages alentours est évacuée. Peu de temps après, une opération commando est lancée, visant à capturer un général nord-vietnamien...

Analyse et critique

En 1968, la sortie des Bérets verts fait l’effet d’une bombe (1). Produit, réalisé et interprété par John Wayne, le film prend en effet le parti de soutenir clairement et avec une totale conviction le conflit armé au Viêt-Nam. Jusque là avant tout considéré comme un patriote amoureux de son pays, distillant ses valeurs au travers de plusieurs de ses films, et acteur d’un cinéma sur le point de s’éteindre, Wayne voit son image se renverser de manière fracassante. Les Bérets verts va lui opposer tous les intellectuels et pacifistes américains, ainsi qu’une Europe relativement hostile à cette guerre. La France, surtout, sera considérablement marquée par l’image d’une politique de droite et pro-militariste développée par l’acteur avec ce film. La jeunesse française, alors en pleine révolution sociale et intellectuelle (après les évènements de 1968), et les communistes offrent un accueil enragé au film qui sort le 27 juillet 1969 à Paris (2). Des affiches sont lacérées, certaines salles de cinéma sont victimes d’alertes à la bombe, l’image de John Wayne est désormais celle d’un réactionnaire dangereux, capable de louer les vertus d’une guerre horrible et d’en défendre les principes. Aux Etats-Unis, et ce dès 1964, la guerre est condamnée par l’opinion publique. La presse relaie l’information et les images, et fait au bout du compte de ce conflit la première guerre quotidiennement médiatisée de l’histoire. On y voit un nombre incalculable de corps mutilés, d’explosions de bombes incendiaires ; mais on y voit aussi une population en souffrance qui subit les massacres, aux côtés d’une armée américaine possédant un armement massif et technologiquement à la pointe du progrès. Sur le terrain, confrontée à une situation qu’elle ne peut contenir correctement, l’armée elle-même ne sait pas toujours ce qu’elle est venue faire dans ces contrées. Une grande partie du peuple américain détourne le regard, manifeste dans les rues des grandes villes (comme à New York, le 15 avril 1967), commence à avoir honte de ce conflit, et l’Europe se nourrit des images véhiculées par la presse du monde entier, se forgeant ainsi une opinion de fer, pacifiste et contre l’engagement armé au Viêt-Nam. La jeunesse est bien sûr la première à montrer son mécontentement, surtout aux Etats-Unis, en manifestant, en occupant les campus d’université, en détruisant ses papiers militaires ou même en fuyant au Canada. La scission entre la population et l’armée se fait alors plus large et plus vindicative.

En allant rencontrer l’armée américaine sur le terrain, John Wayne y découvre une situation difficile qu’il ne soupçonnait pas. Exposé aux tirs d’obus et aux conditions déplorables qui font le quotidien des militaires engagés, l’acteur perçoit une autre réalité, celle d’une intervention humanitaire indispensable dans le but d’aider la république du Viêt-Nam (Sud-Vietnam) à réorganiser le pays et à vaincre la République Démocratique du Viêt-Nam (Nord-Vietnam) soutenue par le bloc de l’Est, et plus particulièrement par la Chine. Choqué aussi par ce qu’il juge être de l’information partiale (menée par les médias), qui ne rend absolument pas compte de l’investissement humain et idéologique effectif depuis le début des hostilités, Wayne décide de monter un projet de film qui lui servira à défendre cette cause qui lui semble pourtant si juste et si nécessaire. Il demande l’assistance du gouvernement américain, afin de bénéficier de tout l’équipement armé et logistique dont il aura besoin pour reproduire une réalité militaire moderne et réaliste. Il travaille durement sur l’évolution du scénario, et propose de se charger de la production : il pourra ainsi contrôler tous les aspects artistiques et thématiques du film. Malgré les craintes de la Warner Bros., le comédien prend également les commandes concernant la réalisation. De l’avis des studios, Ray Kellogg lui sera adjoint pour sécuriser le projet, ainsi que Mervin Le Roy (non crédité au générique). En effet, l’échec financier d’Alamo sur le territoire américain (mais il avait néanmoins obtenu un grand succès en Europe) est encore dans les mémoires, ce qui limite la confiance des exécutifs vis-à-vis des compétences de metteur en scène de Wayne. Nanti d’importants moyens financiers, le film est pensé, préparé et tourné dans l’urgence, finalement presque sur un coup de tête pourrait-on dire, celui d’un acteur absolument convaincu du bien fondé d’un tel film, une fois encore sûr de son bon droit et décidé à en découdre avec l’opinion publique.

On a émis à peu près tous les avis à propos des Bérets verts, y compris et surtout les pires jugements. A l’époque, en plein bourbier vietnamien et en pleine crise morale, toute une partie de l’Amérique et sa jeunesse s’est révoltée devant un tel film. L’Europe s’y est aussi employée, et surtout la France. Il faut dire qu’au cœur même d’une actualité brûlante et dérangeante, les esprits s’échauffent facilement, se passionnent, restent cloitrés dans leurs certitudes (bonnes ou mauvaises)… La condamnation d’une œuvre, dans un tel contexte, devient une forme d’expression populaire consacrée et incontournable, pour ne pas dire presque obligatoire. De son côté, obnubilé par une face bien spécifique de la vérité, John Wayne s’y est perdu, glosant avec une fierté inhabile sur le processus de guerre enclenché par les Etats-Unis, y pointant un rôle décisif que, selon lui, le pays se devait d’endosser. Passionné, oui, mais refusant la nuance, pour ne pas dire l’ambiguïté. Wayne l’avait déclaré un jour : « Perversion et corruption se cachent souvent sous le masque de l’ambiguïté. Je déteste l’ambiguïté et ne lui accorde aucune confiance. » Il s’agit en réalité dans tout cela d’un point de vue profondément américain, au sens littéral du terme, qui a toujours régi les idéaux d’un pays qui s’est d’ailleurs toujours construit dans l’action et inscrit dans l’éternel schéma du bien et du mal. A l’époque des Bérets verts, le monde entier vit sous la coupe de la Guerre Froide dans laquelle s’affrontent deux pôles, deux superpuissances, les Etats-Unis et l’URSS, laissant ainsi un grand nombre de pays tiraillés entre deux idéologies dominantes complètement antagonistes. Cette période a excité les passions et activé les rancœurs. En 1969, une France relativement indépendante de l’hégémonie culturelle américaine s’était employée à lyncher publiquement l’image de John Wayne, lui accolant les étiquettes « raciste » et « fasciste », des étiquettes qui encore de nos jours traduisent la pensée de certains cercles intellectuels vis-à-vis de l’acteur. Mais dans ce cas, eux aussi ne risqueraient-ils pas tout simplement de manquer de nuance en s’embourbant dans l’amalgame ? Force est en tout cas de constater qu’au 21ème siècle, une France dopée à la culture de masse américaine ne réagit plus de la même façon face aux politiques guerrières menées par les Américains. Le désaccord existe toujours, mais la fureur de la jeunesse a laissé place au cynisme du vécu.

Avec désormais plus de quarante ans de recul, il est possible de regarder Les Bérets verts avec un esprit débarrassé des nombreux clichés qui l’ont durement attaqué toutes ces années, et par ce biais d’en apprécier autant les défauts que les qualités. Film intéressant à plus d’un titre, il traduit également la personnalité complexe et douloureuse d’un acteur-réalisateur qui, faute d’avoir pu s’engager dans l’armée (un traumatisme teinté de remords et de culpabilité qui ne le laissera jamais en paix), est devenu un super patriote afin de servir le pays qu’il aimait tant, pour le meilleur, mais aussi parfois pour le pire.

« Je pense que nous aidons un petit pays courageux
à se défendre contre l’invasion communiste. »

(John Wayne)

Avec Les Bérets verts, John Wayne se sert de la puissance brute du cinéma, mais davantage comme une forme d’instrument que dans une optique artistique. Pour ce faire, il va scinder son film en trois parties bien distinctes les unes des autres, conférant ainsi à l’ensemble une tenue extrêmement didactique, bien qu’émaillée de séquences faisant avancer la diégèse.

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 Acte 1 : « Ils ont besoin de nous, Mlle Sutton. Et ils veulent de nous. »

La première partie s’articule autour d’un discours tenu par un groupe de soldats, et plus particulièrement par deux sous-officiers ayant plusieurs fois servi au Viêt-Nam : les sergents Muldoon et McGee. Tous deux présentent la situation, répondent aux questions des journalistes, avancent des arguments simples mais imparables, et se servent de leur propre pays pour exemplifier leurs propos. Ces deux personnages permettent à John Wayne de donner le ton général du film, mais aussi d’indiquer on ne peut plus clairement ses opinions sur le sujet. Ce film sera sien, il le prouve d’entrée de jeu et ne laisse aucun doute planer sur son propre engagement. Les équipements nord-vietnamiens viennent d’horizons communistes divers, à commencer par les Russes. Comment se permettre alors de rester en dehors du conflit, dès lors que tout le monde y participe déjà de façon plus ou moins directe ? Ses arguments n’ont à la base rien de nauséabond, mais la manière de les asséner par la suite, au cœur même de son récit, peut effectivement provoquer un certain malaise chez le spectateur. Ses idées sont simples, mais pour autant bien pesées, ce qui ne l’empêche malheureusement pas de réduire le raisonnement tenu à son simple squelette, sans aucun doute dans le but de parler directement au public américain, sans l’amener à réfléchir. L’aspect réflexif n’est de toute manière pas visé par Wayne, tant il veut convaincre et livrer une vérité autre que celle proposée par la presse. Est-ce pour autant une fausse vérité ? On ne peut pas dire cela, mais en écartant les nuances et en désignant des idéaux mal dégrossis, John Wayne empêche toute adhésion à son discours. Il fait la différence trop facilement entre "le bien et le mal", fustige ardemment la menace communiste et, de ce fait, perd en chemin le spectateur un tant soi peu informé. A un journaliste (l’un des personnages principaux) demandant si cette guerre est bien utile, absolument pas convaincu par les arguments d’un sous-officier qu’il juge peu fiable, le colonel incarné par Wayne lui répond par cette question : « Y-êtes vous allés ? » Répondant par la négative, le journaliste baisse la tête. Il reproduira ce geste régulièrement durant tout le film, comme attaqué par des sentiments qu’il ne désirait pas rencontrer. Le Duke croyait fermement aux vertus divertissantes du cinéma, et gageons que la rapidité simpliste de ce discours d’ouverture, malmené par le souci de ne pas ennuyer le spectateur et de le faire entrer le plus rapidement possible dans le vif du sujet, se mariait tout simplement excessivement mal avec la très grande complexité du conflit vietnamien.

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Acte 2 : « Votre zone de tir est d’environ 50 mètres. La première chose à faire, c’est de dégager 100 mètres de plus. »

Passé les quinze premières minutes, la deuxième partie peut commencer. L’acteur-réalisateur s’engage dès lors à nous présenter visuellement la situation telle qu’il la conçoit, et qui n’est pas toujours éloignée de la réalité du moment. N’oublions pas qu’il a conçu le film en collaboration avec l’armée, et notamment avec des conseillers militaires (dont un Béret vert), tout en ayant été lui-même se rendre compte de la situation sur le terrain. Même parcellaire et unilatérale, sa vision n’en demeure pas moins relativement réaliste. Ainsi, il présente le genre d’hommes engagés pour les opérations militaires d’envergure, c'est-à-dire les fameux Bérets verts, les forces spéciales constituées dès 1952 et lancées dans des opérations au Viet-Nam dès 1957. On ne voit pour ainsi dire pas leur entraînement, car le but est de les présenter le plus vite possible, au Vietnam, dans le feu de l’action. Wayne met en revanche un point d’honneur à démontrer par l’exemple la puissance de feu et la technologie américaine. On y voit, pêle-mêle, des hélicoptères servant au transport des troupes, aux déplacements rapides et au sauvetage des populations, mais aussi des armes portatives dernier cri (M16 et autres mitrailleuses lourdes), des lunettes infrarouges à vision nocturne, des explosifs à charges variables… Toujours dans une démarche intensément américaine, on y voit toute l’admiration et la fascination exercées par les technologies de pointe sur l’Amérique. Ces outils militaires servent à obtenir la victoire, à affirmer la force et la supériorité d’un adversaire. Wayne s’en sert donc pour présenter une Amérique solide, voire inexpugnable, et que rien ne peut arrêter. On y observe également le quotidien des soldats occupés à la protection du camp, pendant qu’il se construit. Les patrouilles, les embuscades, les sauvetages et les soins médicaux apportés à la population font partie des habitudes. Le Duke centre son récit sur la vie au sein du camp, offrant un panorama finalement assez proche du thème militaire fordien déployé au travers de films tels que La Charge héroïque ou Rio Grande. Enfin, on nous y présente la collaboration entre la population autochtone et l’armée, mais aussi entre les militaires d’origine vietnamienne et les Américains. Dans cette représentation, le Duke donne la preuve qu’il n’y a aucun racisme primaire contenu dans ses idées. Ses relations avec les Vietnamiens et son regard envers le pays en attestent : « Ce serait un beau pays… sans la guerre. » Mais du paternalisme, oui, et surtout un anticommunisme primaire excessivement mis en avant par l’acteur.

On y découvre également une guerre statique, et donc mal connue du grand public, puisque, par la suite, la plupart des films de guerre sur le Viet-Nam s’empresseront de montrer des opérations ayant lieu dans une optique de mouvement, menées par de petits commandos. De ce fait, la situation nous permet de contempler une autre forme de guerre psychologique menée par l’ennemi, c'est-à-dire dans le bombardement sporadique du camp une nuit sur deux, visant avec une précision redoutable des structures stratégiques (l’infirmerie ou le bunker, par exemple), afin de démoraliser et d’inquiéter l’adversaire. L’ennemi, par ailleurs, n’est vu que par défaut. On le croise de façon fantomatique, dans la contemplation du désastre : la destruction d’un village, les blessés rentrés au camp après l’attaque d’une patrouille, les bombardements inattendus, ou les réflexions des militaires du camp eux-mêmes, persuadés que l’ennemi ne se trouve qu’à quelques encablures des limites du camp. Cet ennemi, on ne le voit pas, il se manifeste dans l’obscurité (l’attaque du camp pendant la nuit), dans la découverte de pièges mortels, et indécelables, disposés en pleine nature… Il nuit aux efforts des troupes américaines sans que ces dernières puissent avoir prise sur lui. Reconnaissons-le, John Wayne relate cette situation avec savoir-faire certain ; il a parfaitement compris que cette guerre n’était pas comme les autres, qu’elle était tapie dans l’ombre, à la fois difficilement gérable et dramatiquement compliquée en terme de stratégie. L’ennemi n’apparait finalement clairement que pendant la fameuse attaque du camp, en pleine nuit, et cela massivement. Reproduisant un schéma similaire à celui d’Alamo (un fort encerclé par un ennemi numériquement supérieur et avançant vers lui avec intention de le raser), Wayne y présente des troupes terriblement nombreuses et déterminées à envahir l’espace contrôlé par les Bérets verts.

En fin de compte, cet ennemi invisible est en vérité une force d’envergure harcelant régulièrement les troupes d’en face et ne se montrant qu’au moment de l’assaut. A défaut d’avoir su en capter toute l’énergie et toute la détresse, l’acteur-réalisateur est néanmoins parvenu à décrire les fondements même du problème militaire : comment battre ce qui ne se montre jamais ? La conclusion de l’attaque apparait en revanche totalement artificielle et volontairement triomphaliste. Un avion équipé de mitrailleuses rotatives lourdes tirant à grande distance massacre allègrement les troupes ennemies situées au cœur du camp déserté par les Américains. C’est là l’occasion d’observer deux éléments importants. Le premier explique rapidement et sans mesure, qu’une fois à découvert, l’ennemi devient une proie accessible. Le deuxième élément, bien plus important, permet de constater l’échec de John Wayne à retirer autre chose de son film qu’un sentiment de victoire qu’il faut à tout prix obtenir. A force de soutenir le conflit et son pays, il en vient à refuser catégoriquement la possibilité d’une défaite. Pourtant, rien ne laissait supposer que la situation tournerait à l’avantage des Bérets verts. Une fois le camp laissé en arrière, l’évacuation des civils par hélicoptères commence et la scène aurait certainement dû se terminer de cette façon. On y aurait compris la difficulté à tenir les enjeux, et on aurait assisté à un discours dans l’ensemble plus alarmiste, donc plus convaincant. En l’état, Wayne laisse une fois de plus intervenir la puissance technologique pour régler les affrontements, réduisant ces derniers à des querelles sanglantes faciles à résoudre : il biaise son propos et rate la cible, car il ne fait que solutionner le problème par quelques salves d’armes lourdes, présentant la victoire comme largement accessible et la situation comme réellement en faveur des Américains. Comment pourraient-ils perdre avec de tels outils ? Et pourtant, c’est ce que l’Histoire démontrera. D’autre part, Wayne passe un peu trop vite du triomphalisme à l’humilité, et l’on ne comprend pas bien la gravité des quelques instants de recueillement sur les cadavres couchés les uns à côté des autres, après la fin de la bataille... Est-ce là pour montrer simplement l’horreur de la guerre ? Ou bien est-ce pour renforcer davantage le sentiment de menace communiste en s’indignant du coût en vies humaines ?

Quoi qu’il en soit, John Wayne a décidé de construire cette deuxième partie de façon presque totalement visuelle, réduisant les dialogues au strict minimum, esquissant rapidement des personnages simplistes, les montrant en action plutôt qu’en questionnement. Ainsi le personnage du capitaine Nim, d’origine vietnamienne, est-il uniquement animé par l’esprit de vengeance. Ainsi les militaires américains sont-ils presque tous unis par des idéaux nobles, aidant glorieusement la population, et avec le sourire quand il s’agit d’enfants. Le scénario tentera par ailleurs assez vainement de créer un amour filial entre l’un des militaires (nommé Petersen) et un orphelin accompagné d’un chien. Wayne ne sait visiblement pas comment introduire adroitement cette histoire secondaire dans cet ensemble si vaste d’enjeux politiques et guerriers. Finalement, cette relation demeurera grotesque et sans réelle valeur. A peine le plan du bras de l’enfant, enserrant Petersen pour s’endormir, laissera entrapercevoir le potentiel d’une telle idée. Pour finir, le seul nord-Vietnamien que l’on aperçoit de près est présenté comme étant un traître infiltré, veule et sans vergogne, comme sorti d’un film de soutien de guerre américain des années 1940, tels qu’Alerte aux Marines. Car si les traitres infiltrés faisaient effectivement partie de la réalité des combats, on ne peut pas dire que le problème soit ici subtilement traité. L’écriture est défaillante, mais le visuel est soigné. Ce déséquilibre est certainement l’une des plus grosses erreurs commises par Wayne pour ce film, empêchant ainsi toute information d’être intégrée et discutée par le public.

Le moment traduisant à la perfection ce sentiment est celui de la rencontre entre les villageois et l’équipe militaire du camp. Une petite fille s’est écorchée le pied sur un piège ennemi, ce que le médecin va s’empresser de soigner. A ses côtés, touché par la fragilité et la simplicité de la fillette, le journaliste va lui donner son médaillon, en souvenir. Elle lui répond alors qu’elle le gardera toujours. Pendant ce temps, le chef du village dit au colonel Kirby (incarné par Wayne) qu’il a confiance en lui et qu’il acceptera de le recevoir dès le lendemain, pour l’évacuation du village entier. Le lendemain, après une marche de plusieurs heures en territoire hostile, le colonel et ses hommes arrivent trop tard, ils ne peuvent que s’épancher sur les restes d’un massacre particulièrement barbare. La fillette a été tuée d’une manière inhumaine, ce que suggèrent les paroles échangées entre les villageois encore en vie et le détachement américain arrivé sur les lieux. Le journaliste subit un coup psychologique sévère. A-t-il compris l’ampleur du mal gangrénant le pays ? A-t-il compris l’engagement américain au cœur de ce conflit ? Certainement. Mais John Wayne va s’échiner à en rajouter encore d’ici la fin de la deuxième partie, car il faut impérativement convaincre ce personnage jusqu’au bout et ne lui laisser aucun doute, à l’image du public américain. Ce que le spectateur retiendra de cet enchainement entre les deux séquences, c’est une présentation de la situation se soldant par un cuisant échec. Ainsi, le spectateur est piégé au cœur d’un mécanisme pourtant enfantin : voici les gens, sains et courageux, puis ensuite, voici ce qu’on leur a fait. Le processus était grossier, mais il a fonctionné. Presque aussi tapageur qu’un mauvais décor de théâtre, son artifice réussit à soulever le mécontentement du public vis-à-vis du film. En se parant de moyens aussi lourds, Wayne mise sur l’efficacité ultime, mais compromet une fois de plus, par le simplisme de cette présentation, des idées et des arguments pourtant intéressants au départ.

En conclusion, si ce segment possède un dispositif technique soigneusement étudié, symbole d’un sentiment « va-t-en-guerre » appuyé (toutefois mâtiné d’une conception humanitaire des opérations), l’ensemble est unanimement tiré vers le bas en raison d’une réflexion quelquefois simplifiée à l’extrême. John Wayne se contente de marcher droit, ne se permettant aucune digression, secoué par l’uppercut de ce qu’il a vu, incapable de prendre un minimum de recul, et présentant en définitive une structure binaire : certes, nous faisons cela, mais l’ennemi fait bien pire, nous ne faisons que lui répondre, nous ne faisons que l’empêcher de nuire.

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Acte 3 : « Voici le rat. Voici le piège. »

La troisième et dernière partie, toujours contestable, ruine en partie la construction documentaire du film. Jusque-là tourné vers la démonstration et la défense d’idées, le récit va choisir de se clôturer sur un axe privilégiant l’utilisation du cinéma comme source de divertissement récréatif. Cela soulève deux problèmes majeurs. Le premier concerne le déséquilibre global de l’entreprise. Car d’un côté, on est heureux que John Wayne se soit reconnecté sur un principe de pure fiction, délaissant pour moitié la volonté de réalisme, et qu’il se soit décidé à offrir un segment ayant pour velléité de profiter de la mode du film de commando, mis à l’honneur depuis quelques années par des succès comme Les Canons de Navarone. Mais d’un autre côté, on ne sait plus très bien où notre homme veut en venir. S’il caresse encore son idéologie, de façon plus intimiste, grâce à un personnage féminin simple mais fort et à des relations de dignité bafouées qu’il faut pardonner (thème très américain militant pour la paix des sentiments, face à de basses besognes qu’il est nécessaire d’accomplir pour vaincre l’adversaire), tout cela est noyé dans un flot de séquences d’infiltration et de courses poursuites interminables et sans véritable sens dramaturgique. C’est ici qu’intervient le second problème majeur : une absence totale de rythme et de nervosité. On a l’impression de voir ces Bérets verts se balader gentiment en territoire ennemi, et préparer tranquillement leur enlèvement au pied d’une bâtisse de laquelle personne ne les repère, même en plein jour. Le manque de crédibilité contraste beaucoup trop avec l’acuité presque maniaque portée sur les détails de la partie précédente. Il aurait fallu insuffler de la frénésie, ne pas céder à la facilité et éviter de verser dans la linéarité.

Symptomatique du malaise de fond et de forme contaminant cette opération, la mort du militaire, parti en reconnaissance après le parachutage du commando, reste un exemple flagrant du manque de savoir-faire de Wayne à ce niveau de l’action. En effet, le Béret vert est attaqué par quatre nord-Vietnamiens, mais parvient à s’en débarrasser un par un, dans un enchaînement de violence gratuite et de bagarres conventionnelles apparaissant à l’écran comme trop lisses, trop "préparées". Bien sûr, il y laissera la vie, poignardé dans le dos par l’un de ses vils adversaires. Il s’agit peut-être de l’une des scènes les plus maladroites et les plus absurdes du film : l’ennemi serait-il lâche et mesquin au point de n’attaquer qu’en groupe et par surprise le moindre militaire égaré ? Il ne s’agit pas de racisme, Wayne l’a déjà prouvé auparavant dans le film, mais tout simplement d’une haine farouche de tout ce qui touche de près ou de loin à la notion de communisme. C’est bien dommage, tant cela brime un raisonnement qui pourrait être infiniment plus argumenté. De plus, est-ce si difficile de reconnaitre qu’un militaire américain puisse mourir au combat autrement que trahi ou poignardé dans le dos ? Le Duke respecte les combattants de son pays au point de ne pas accepter leur faillibilité, de leur rendre un hommage aussi irréaliste que naïf.

Enfin, le film se conclura sur une séquence aussi dérangeante qu’irrationnelle, et donnant toute sa démesure à une idéologie réactionnaire. Le petit garçon orphelin attend patiemment Petersen, en compagnie du journaliste, figure pataude oubliée depuis près de 40 minutes et définitivement trop peu exploitée par Wayne. Mais après tout, durant des années, la presse a été la seule à parler et à aiguiser l’opinion publique, c’est peut-être pour cela que Wayne l’empêche ici de s’exprimer et lui oppose une parole continue : maintenant, c’est à eux d’écouter. Or, Petersen est mort en opération et ne reverra plus jamais son petit protégé. Passant d’hélicoptère en hélicoptère afin de retrouver son seul ami, et comprenant très vite qu’il est mort, l’enfant se rue sur la plage, les larmes aux yeux, désemparé. Solide comme un roc, quoique durement attendri, et décidé à lui relever la tête, John Wayne vient à sa rencontre et lui pose le béret vert de Petersen sur la tête. S’engage alors un échange très court et complètement irréel, l’enfant demandant si Petersen est mort en brave. Le vieux militaire lui répond que oui. Puis, sur un mode plus réaliste, l’enfant lui demande ce qu’il va advenir de lui. Wayne répond que cela le regarde. Le spectateur en fera un amer constat, car ce petit garçon orphelin représente somme toute le Viêt-Nam. La transcription serait alors la suivante : le Viêt-Nam serait un pays comparé à un enfant isolé, incapable de prendre soin de lui-même, qui ne sait pas ce qu’il doit faire. En posant le béret vert sur sa tête, Wayne y apporte une réponse embarrassante : l’avenir du pays se fera avec les Américains, ils apporteront la solution. Wayne répond que l’avenir du gamin le regarde, comme l’avenir du pays regarde les Etats-Unis, sans avoir un destin qui leur appartienne au moins un peu. Et le film de se conclure sur un plan de coucher de soleil, plastiquement très beau, l’enfant et le vieux militaire se donnant la main et marchant le long de la plage, sur un générique défilant au son de The Ballad of the Green Berets, chanson vantant les mérites des Bérets verts et d’un patriotisme décomplexé. Cet enfant, privé de famille, parlant déjà couramment l’anglais et arborant une attitude d’acceptation, est d’ores et déjà un petit Américain, ce qui donne à réfléchir. Cette scène finale embrase alors littéralement la portée complète du film et transforme le discours de John Wayne en une "propagande colonialiste malgré elle".

Involontairement, le Duke venait de donner le bâton le plus solide qui soit pour se faire battre, assurément inconscient de toute une partie de ce que son film projetait, persuadé alors d’œuvrer pour le bien d’un conflit de première nécessité, soutenu par le garant de la liberté dans le monde : les Etats-Unis. On se demandera longtemps comment Wayne aurait tourné le film s’il avait attendu et s’il avait pu le faire 15 ans plus tard. En l’état, un manque de recul effarant dominé par l’urgence de la situation, conjugué à une aversion totale pour le communisme, aura eu raison d’un discours plus réfléchi et plus réaliste.

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Pour finir, se pose la question de savoir ce que vaut simplement le film en tant qu’œuvre artistique. Là encore, il a longtemps été admis que Les Bérets verts était un mauvais film de guerre, mal réalisé, inadapté à son époque et relativement plat. On peut aisément considérer que ces jugements sont fort injustes. En effet, John Wayne ne retrouve pas ici le feu sacré qui animait sa mise en scène dans le chef-d’œuvre absolu que demeure Alamo. Ce film, celui d’une vie, démontrait un très grand sens épique chez son auteur, officieusement aidé dans sa tâche par un John Ford venu en père protecteur. En ces lieux, Wayne échoue à moitié dans sa démonstration visuelle, car la totalité du film manque de nervosité, d’un peu de mordant, et s’avère en outre un peu passéiste au travers de certains de ses éléments : une musique de Miklos Rozsa souvent criarde et pointant davantage les clichés déployés, un montage pas toujours très alerte, et un crash d’hélicoptère (avec utilisation de maquette) proche du ridicule… A première vue, le film accuse dix ans de retard sur n’importe quelle autre production hollywoodienne d’envergure de l’époque. Et puis le choix de filmer Les Bérets verts aux Etats-Unis pose quelques problèmes, car si l’illusion est conservée la plupart du temps, il suffit régulièrement de poser le regard sur certains éléments fâcheux pour déceler la supercherie, tels que des arbres que l’on ne verrait jamais au Viêt-Nam.

Pourtant, de facture très classique, la prise en main de John Wayne reste impressionnante. S’il s’adonne un peu trop facilement à la technique du zoom optique (toutefois beaucoup plus discrète que chez son ami le réalisateur Andrew V. McLaglen, par exemple), ainsi qu’aux plans panoramiques légèrement académiques, il offre en revanche une esthétique très soignée. Au risque d’en étonner certains, Wayne s’affirme en définitive comme un plasticien hors pair. Les couleurs sont belles, le format Cinémascope savamment mis en valeur, et la composition du cadre minutieusement préparée. Wayne préfère un cadre solide, avec de grands mouvements devant lui, plutôt qu’une caméra active plongeant au cœur de l’action. Il privilégie une immersion faite de plans larges afin de rendre son travail contemplatif. En regard de son sujet, il s’agit d’un choix artistique contestable, certes, mais tout à fait respectable. On retrouve même, l’espace de quelques plans, la marque de celui qui dirigea Alamo, puisque des références à peine voilées y pointent le bout de leur nez (l’attaque du camp, la façon de filmer les troupes au sol…).

John Wayne réalisateur se paie même le luxe de construire une excellente scène d’anthologie, celle de l’attaque du camp durant la nuit, une séquence de plus de vingt minutes. Grâce à une parfaite maitrise de l’espace, des situations et des différents degrés de l’attaque, et tout en se servant d’une ambiance nocturne inquiétante du plus bel effet, le Duke multiplie les perles visuelles : une pyrotechnie éblouissante aux couleurs démesurément chaudes perçant une nuit d’encre, l’atterrissage en urgence des hélicoptères de soutien en rase campagne (remuant de hautes herbes dans les airs), John Wayne genou à terre à la tête d’une troupe de Bérets verts aux aguets (magnifique structuration du plan), la marche silencieuse des militaires afin de rejoindre le camp qui n’apparait au loin que par la luminosité des explosions (et où l’on n’entend que le bruit des herbes écrasées et celui des explosions lointaines), la mise en service des fougasses (charges explosives à l’effet aussi inattendu qu’effrayant), le repli stratégique et progressif des troupes américaines, les tirs ajustés de certains soldats situés sur un balcon (le genre de plans très modernes qui seront largement utilisés dans de futurs films de guérillas urbaines), l’arrivée de l’aube derrière un John Wayne grimpant à l’échelle pendant qu’une énorme explosion surgit à l’arrière-plan, l’arrivée des hélicoptères afin d’évacuer les civils… Pour tous ceux qui en douteraient, il leur faut impérativement revoir au moins cette séquence, longue et réussie, et qui démontre largement les incontestables qualités de metteur en scène de Wayne.

Il s’en sort beaucoup moins bien dans les séquences d’émotion, pompières, car en règle générale trop appuyées. Quant à l’humour, il est peu présent mais entache tout de même un peu le ton du film. La dernière partie, centrée sur l’opération commando, ne parvient pas à réunir les qualités visuelles précédemment appliquées. Bien minuté et assez précis, le kidnapping du général est malheureusement un peu mou, même si émaillé encore une fois de bonnes idées. A noter que John Wayne acteur a désormais 61 ans, et qu’il ne bouge évidemment pas aussi bien qu’auparavant. Malgré cela, et sûrement parce qu’il le pensait obligatoire, il n’hésite pas à s’immerger totalement dans l’action. Il court parmi les flammes et les explosions, saute à la corde en portant une femme sur son dos et se jette sur l’ennemi avec une certaine souplesse (pour son âge). En plus de son charisme légendaire, il s’investit une nouvelle fois physiquement et, même s’il n’a plus l’âge requis, il reste très crédible. Sans rien révolutionner, les autres acteurs le sont aussi. Jim Hutton interprète solidement son rôle de « démerdard » nommé Petersen, et Aldo Ray est plutôt savoureux en sergent Muldoon. Raymond St. Jacques est assez convaincant en sergent médecin, et George Takei s’en sort avec les honneurs en donnant un peu d’épaisseur et de charisme à l’enveloppe du capitaine Nim. Les autres acteurs parcourent le récit sans trop se faire remarquer, mais restent professionnels. Nous jetterons au contraire un voile pudique sur David Janssen qui se contente d’interpréter un journaliste détournant le regard à la moindre occasion. Il est aussi dommage que les enfants soient aussi mignons, mais sachent aussi mal jouer la comédie. Fort heureusement, leurs scènes ne sont guère nombreuses.

Artistiquement, Les Bérets verts n’est donc pas le naufrage annoncé un peu partout, loin de là. Sa mise en images vaut bien celle de certains produits hollywoodiens efficaces de son époque, tels que Enfants de salauds d'André De Toth ou Quand les Aigles attaquent de Brian G. Hutton. Sans rien bouleverser sur le plan de l’art cinématographique, ce film se défend honorablement et propose même quelques moments forts au potentiel vraiment impressionnant.

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Premier film tourné sur la guerre du Vietnam, de surcroit l’unique produit durant le conflit, et l’unique à le soutenir, Les Bérets verts demeure un film marquant et historiquement important. Impitoyablement traîné dans la boue par ses nombreux détracteurs de l’époque (et l’on peut en partie les comprendre), il fut néanmoins un triomphe au box-office américain, se classant facilement dans le Top 10 de l’année, avec plus de 21 millions de dollars de recette. En Europe, malgré des attaques tout aussi farouches, le film fut également bien accueilli. La France, habituée depuis une quinzaine d’années à se diriger massivement vers les salles de cinéma pour voir les films avec le Duke, boude en partie sa sortie. On peut sans aucun doute penser que la jeunesse (et en particulier les étudiants) fut sans concession en regard de cette production et de son instigateur, créant un sacré désordre autour de sa réputation pseudo-fascisante. Toutefois, environ 1 130 000 personnes se déplacèrent pour voir le film et lui accorder un succès plus qu’honorable, surtout dans un tel contexte politique et social. La popularité de John Wayne dans l’Hexagone ne sera plus jamais aussi haute, du moins dans les salles. A part Rio Lobo, et dans une moindre mesure Cent dollars pour un shérif et Les Géants de l’Ouest, ses films suivant accuseront des pertes d’entrées de plus en plus importantes, finissant d’enterrer une gloire déclinante. Ce fut un cas assez unique, puisque les Etats-Unis et une partie de l’Europe continuèrent de faire honneur à ses films.

Aujourd’hui, le mythe est demeuré intact, et beaucoup ont oublié Les Bérets verts. Pourtant, il n’existe aucune raison d’oublier ce film passionnant, soulevant des questions délicates, rempli de défauts, mu par la volonté de bien faire, traduisant sans complexe les qualités mais aussi les défauts de la personnalité de John Wayne. On continue encore de nos jours à le croire invincible, intouchable, perclus de bon sens, comme une sorte de symbole tout entier dédié à l’honneur et au patriotisme, aux valeurs humaines et à la justice. Mais on oublie bien trop souvent à quel point le Duke était aussi un homme complexé par une existence qui ne le satisfaisait pas entièrement, un homme qui, de temps à autres, pouvait être profondément dépressif et qui était capable de s’enthousiasmer et de lutter pour des choses qui le touchaient au plus profond de sa personne. C’est aussi pour ces failles, pour ces entêtements et pour cette personnalité qui rêvait d’atteindre un idéal, que l’on peut bien volontiers lui pardonner les défauts des Bérets verts. Au fond, c’est aussi cela qui lui donna la force d’être ce qu’il fut, un éternel mythe du cinéma américain.

(1) Il faut préciser que le film sort aux USA le 4 juillet 1968, soit à peine quelques mois après la fameuse offensive du Têt, réellement débutée le 31 janvier de l'année en cours, et renversant des rapports de force que les USA croyaient entièrement en leur faveur.

(2) Il faudra par ailleurs attendre plus de 20 ans avant de pouvoir apprécier le film sur une chaîne de la télévision française.

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Par Julien Léonard - le 12 mars 2010