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Critique de film
Le film

Lenny

L'histoire

Après la mort du comique américain le plus célèbre et le plus controversé des années 60, un intervieweur recueille les témoignages de ses proches et tente de retracer sa vie…

Analyse et critique

Disparu en 1987 à l’âge de 60 ans, Bob Fosse est essentiellement connu pour sa carrière de chorégraphe à Broadway ; fortement influencé par Jerome Robbins, il a contribué à incorporer un large éventail d’influences dans l’univers très cloisonné de la comédie musicale. Mais il n’a jamais perdu de vue le cinéma, media qu’il avait commencé à pratiquer en travaillant, sans être crédité, sur la chorégraphie de Kiss Me Kate. Il n’a réalisé qu’une poignée de films, cinq en tout, mais qui construisent une véritable œuvre de cinéaste, riche et cohérente, basée sur les personnages jusqu’au-boutistes aux destins tragiques. L’histoire du stand-up comedian Lenny Bruce ne pouvait dès lors que le passionner. Entre ses deux sommets, Cabaret et Que le spectacle commence, il réalise donc ce Lenny : comique provocateur à l’origine de nombreux scandales, plusieurs fois arrêté pour "obscénité" et objet de toutes les attentions du FBI, Lenny Bruce a à tout jamais changé le visage de l’humour américain, ouvrant la voix à une nouvelle génération, plus mordante, plus crue, n’hésitant pas à aborder de front tous les sujets qui fâchent : sexe, racisme... Il décèdera des suites d’une overdose à 41 ans.

Bob Fosse choisit de s’éloigner de la biographie filmée traditionnelle - un genre trop souvent susceptible de tomber dans l’hagiographie pompière - pour nous offrir un film étonnant, qui emprunte aux techniques du documentaire - le film est rythmé par les interventions face caméra des acteurs campant l’entourage de Lenny Bruce. Bob Fosse n’évite pas les zones d’ombre du personnage, dont sa dépendance à la drogue, mais les montre comme une conséquence de la pression qu’il subissait : de fait, sa mort a des allures de crucifixion, et Bruce est clairement montré comme un martyr de la liberté d’expression, victime des coups répétés des bien-pensants. Lenny est un film plastiquement superbe, en grande partie grâce à la remarquable photographie en noir et blanc de Bruce Surtees - collaborateur régulier de Clint Eastwood jusqu’à Pale Rider, il a également travaillé avec John Milius et Arthur Penn.

Mais Lenny, c’est avant tout l’une des plus belles performances de Dustin Hoffman : le comédien ne cherche pourtant pas à imiter son modèle à tout prix, même s’il s’est inspiré de documents rares - cherchez des vidéos de Lenny Bruce, vous pourrez constater que son jeu était plus nerveux que celui de Hoffman -, mais il livre une interprétation intense, toute en intériorité. À l’opposé de l’exubérance de Cabaret ou Que le spectacle commence, il s’agit d’un film intimiste, s’intéressant plus à son anti-héros qu’au contexte de son œuvre - un film comme Man on the Moon de Milos Forman se penchera bien plus sur le sujet. Si l’on garde ces partis pris en tête, on ne pourra qu’apprécier ce film remarquable.

DANS LES SALLES

Film réédité en salle par Carlotta

Date de sortie : 13 octobre 2010

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Par Franck Suzanne - le 2 octobre 2010