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Critique de film
Le film

Le Père malgré lui

(The Tunnel of Love)

Partenariat

L'histoire

Isolde (Doris Day) et Augie (Richard Widmark), un couple qui n’arrive pas à avoir d'enfants malgré leurs innombrables tentatives « de toutes les manières et dans toutes les positions possibles » affirme la femme sans aucune inhibition mais à la grande gêne de son époux bien plus timide et réservé. Ils décident donc d’entreprendre toutes les démarches pour en adopter un. Mais avant cela, une inspectrice de l'agence d'adoption va devoir enquêter sur la moralité des deux époux ainsi que sur celle du couple qui s’en porte garant. Seulement, l'ami de la famille (Gig Young) qui a été choisi comme référent est un chaud lapin et, alors qu'on s'attendait à l'intervention d'une inspectrice vieille fille collet monté, c'est Estelle, une brune sculpturale (Gia Scala), qui se présente dans leur foyer. Le mari, poussé par son Casanova de voisin, va être tenté à son tour par l'adultère. Un matin, alors qu’il a découché, il est persuadé s’être fait "violer" par Estelle et qu’il va être père malgré lui...

Analyse et critique

The Tunnel of Love est le dernier travail de Gene Kelly pour la MGM ; après 15 années de bons et loyaux services pour le studio - aussi bien devant que derrière la caméra - cette comédie marquait la fin du contrat qui les liait. En revoyant aujourd’hui la plupart des quelques films que Gene Kelly réalisa en solo, on peut a posteriori facilement imaginer qui de lui ou de Stanley Donen avait fait le principal du travail de mise en scène sur les comédies musicales qu’ils avaient signées de leurs deux noms, tels les grands classiques du genre que sont Un jour à New York (On the Town) ou Chantons sous la pluie (Singing in the Rain). En effet, alors que Stanley Donen n’a pas cessé de nous enchanter par ailleurs, Gene Kelly, privé de son collaborateur, s’est révélé bien médiocre voire même carrément laborieux dès qu’il endossait donc seul la casquette de réalisateur, de son ennuyeux film-ballet Invitation à la danse en 1956 jusqu’à sa pénible parodie de western avec pourtant non moins que James Stewart et Henry Fonda en têtes d’affiche, le consternant et peu amusant Attaque au Cheyenne Club (The Cheyenne Social Club) en 1970. Plutôt que derrière la caméra, nous préférons nous souvenir de lui en tant qu’acteur plein de verve ou évidemment comme danseur acrobatique et chorégraphe de génie. Car The Tunnel of Love - qui au théâtre eut énormément de succès, comptabilisant pas moins de 417 représentations sur Broadway - ne vaut guère mieux que les films précédemment cités.

Pour mettre en scène la transposition cinématographique de cette pièce de théâtre jouée à Broadway - elle-même adaptée d’un roman de Peter De Vries -, le producteur Benny Thau, grand fan de Gene Kelly, demanda à ce dernier de s’en occuper mais sous certaines conditions : qu’il soit photographié en noir et blanc dans un seul décor avec seulement trois semaines de tournage pour un budget ne dépassant pas les 500 000 dollars. Si certains cinéastes redoublent de créativité lorsqu’ils sont soumis à des contraintes financières drastiques, ce n’est malheureusement pas le cas de Gene Kelly qui assure tout juste correctement son travail de metteur en scène sans témoigner d'une quelconque originalité ni du moindre sens du rythme ou de l’espace. Les spectateurs ne seront pas dupes et au final, malgré ses faibles moyens et son duo de stars, le film ne réussira même pas à rentrer dans ses frais ! Il s'agit d'une comédie adaptée par Joseph Fields - créateur du savoureux My Sister Eileen et scénariste de l’hilarant Une nuit à Casablanca avec les Marx Brothers - de l'un de ses vaudevilles cosignés avec Jerome Chodorov et qui avait pour têtes d’affiche Tom Ewell - connu pour avoir été le partenaire maladroit de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion -, Nancy Olson et Darren McGavin. Assez osée pour l'époque - Doris Day "use" son époux en essayant toutes les tactiques possibles pour parvenir à être enceinte, Gig Young ne supporte pas ses enfants et ne pense qu’à ajouter une "proie" à son tableau de chasse -, plutôt amusante dans son postulat de départ, cette première sex comedy pour Doris Day échoue sur presque tous les tableaux. L’actrice dira d’ailleurs n’avoir pas voulu participer à ce film au vu de la pauvreté du script mais que son époux, Martin Melcher, avait déjà signé le contrat.

Plus que la médiocrité du scénario, qui outre le fait qu’il ait un peu "lissé" la pièce afin de pouvoir passer la censure - au théâtre, l’inspectrice a vraiment couché avec le mari dans le seul but de pouvoir être enceinte - ne parvient que rarement à nous dérider, la grosse erreur des auteurs a été leur choix pour l’acteur principal, à savoir Richard Widmark. Le comédien a beau avoir été un immense acteur de mélodrames, de films de guerre, de westerns ou de films noirs, on le sent quand même vraiment très mal à l’aise dans le registre de la comédie ; et au final il s’avère ici très loin d’être convaincant dans la peau de cet époux timide et maladroit, voire même pas drôle du tout. On imagine aisément le résultat que cela aurait pu être avec à sa place James Garner, Rock Hudson ou même Glenn Ford initialement prévu. Widmark était d’ailleurs lucide sur sa prestation puisqu’il dira : « I was no good and neither was the movie. It could’ve been [better] with the right actor. » On ne rit donc jamais vraiment comme on le fera par exemple avec Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) ou Un pyjama pour deux (Lover Come Back) d’autant plus que le personnage de Doris Day est un peu en retrait ; dommage car elle s’avère au contraire toujours aussi pétillante et charmante. Mais celui qui domine le casting est Gig Young, le Casanova qui fait une psychanalyse parce que ses aventures extraconjugales lui provoquent toujours des crises de conscience. A la fin du film, il exulte car il est guéri : désormais, il peut batifoler à qui mieux mieux sans que sa conscience en soit affectée ! L’acteur et son personnage de mufle sont souvent assez drôles, ce qui nous permet d’échapper à l’ennui qui n’est cependant jamais loin. Quant à l’aguichante Gia Scala, nous sommes un peu déçus qu’elle n’ait pas plus de temps de présence à l’écran.

Malgré ses nombreux quiproquos, The Tunnel of Love est une comédie pas franchement inoubliable voire même plus que moyenne et bien trop sage, ayant perdu le pouvoir de subversion qui avait dû faire son effet à l’époque. Mais que l’on se rassure ; grâce notamment au producteur Ross Hunter, la plupart des comédies suivantes avec Doris Day seront autrement plus amusantes et énergiques. Reste le plaisir de l’avoir entendu fredonner la chanson-titre ainsi que - à mi-film - la sympathique Runaway, Skiddadle Skido. C’est bien peu !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 26 janvier 2017